XXVIII. Premièrement, pour marquer que le Christ, notn
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roi^ prêta s'offrir lui-même sur l'autel de la croix, a porté une couronne d'épines. C'est pourquoi nous aussi, qui désirons être sauvés par sa passion , nous portons au sommet de nos têtes le signe de la passion du Seigneur, c'est-à-dire la figure de la couronne d'épines qu'il porta sur son chef, afin de briser par ses souÇrances les ronces de nos péchés, pour que, de même que lui pour nous , nous aussi pour lui nous montrions que nous sommes prêts à souffrir volontiers les railleries elles opprobres. Secondement, le cercle de cheveux désigne 1 la vertu de l'égalité d'ame, qui se plie à tout ce que veut la raison chrétienne ; car les pensées que l'on a touchant les choses du temps sont bonnes et justes^ si elles se rapportent à la raison dont nous venons de parler.
XXIX. Troisièmement, on fait cette figure circulaire, parce que cette figure n'a ni commencement ni fin. Ce qui nous donne à entendre que les clercs sont les ministres de Dieu, qui n'a pas eu de commencement et n'aura pas de fin. Quatrièmement, cette figure n'a aucun angle ; ce qui signifie que les clercs ne doivent pas avoir de tache dans leur vie : « Car c( là oiiil y a angle , là il y a immondice, » comme dit [saint] Bernard. Cela signifie encore qu'ils doivent être véridiques dans leur doctrine , parce que « la vérité n'aime ni les angles « ni les détours, » selon l'expression de [saint] Jérôme. Cinquièmement , parce que cette figure est la plus belle de toutes les figures. Voilà pourquoi Dieu Fa donnée aux créatures célestes , les astres ; ce qui signifie que les clercs doivent être beaux dans leur ame , au dedans d'eux-mêmes et au dehors , par leur conversation et leur vie. Sixièmement, parce que cette figure est de toutes la plus simple ; car, selon [saint] Augustin, (( aucune autre figure ne se renferme dans une seule « hgne, si ce n'est la circulaire, dont une seule ligne dessine le « contour ; » ce qui signifie que les clercs doivent avoir la simplicité de la colombe , selon cette parole : « Soyez simples « comme des colombes, y)
XXX. Septièmement, la couronne montre que les clercs sont spécialement le partage de Dieu et ses sujets immédiats ; car, selon [saint] Jérôme, «ils sont rois et prêtres, c*est-à- « dire de royaux prêtres ; et ils sont rois, c'est-à-dire qu'ils (( régnent sur eux-mêmes et sur les autres par les vertus, et (( voilà pourquoi ils ont un royaume en Dieu. »
XXXI. (( Assurément, la tonsure de la tête des clercs a lieu, « comme dit [le vénérable] Bède dans Tllistoire des Angles, en (( mémoire de ce que, lorsque le bienheureux Pierre prêchait (c dans Antioche, on lui rasa le sommet de la tête par mépris (( pour le nom chrétien et pour la passion du Seigneur ; » ce qui, certes! est passé aujourd'hui en honneur chez tout le ' clergé. Il y en a eu pourtant qui disaient que l'usage de la tonsure ecclésiastique est venu des Nazaréens (24), qui gardent ' toutes les observances de l'ancienne loi. Or, ces hommes qui avaient d'abord gardé tout leur poil, après une grande continence de vie, rasaient ensuite leur tête entièrement, et jetaient leurs cheveux dans le feu du sacrifice, afin de se consacrer sous le joug du Seigneur avec un parfait dévouement [perfectionem devotionis). Ce fut à leur exemple que les apôtres établirent que les Nazaréens et les saints de Dieu renouvelleraient de temps en temps la coupe de leurs cheveux , après avoir préalablement reçu la tonsure ; et cela malgré qu'autrefois les chrétiens fussent appelés, d'une manière en quelque sorte outrageante, par les Juifs, du nom de Nazaréens, parce que notre Sauveur porte ce nom, qui lui vient d'un bourg de Galilée. Oa peut dire aussi que l'usage de la tonsure a tiré son origine de l'ancienne loi. Car le prêtre portait la tiare légale, c'est-à-dire le bonnet de lin très-fin fait en forme d'un demi-globe , sur la tête, et le roi portait la couronne. Mais la partie de la tête sur laquelle reposait la tiare était rasée. Le cercle d'abord est l'image de la couronne ; il marque que Dieu a fait des clercs une race élue pour un royal sacerdoce. La loi ordonnait encore que l'on fît une couronne de quatre doigts sur la table
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[de l'autel] , et dessus une auréole. Au reste, le Seigneur dit à Ezéchiel : « Prends un glaive aigu et promène-le sur ta tête n. et sur ta barbe. » Car la longueur des cheveux signifie la multitude des péchés.
XXXII. Ce passage apprend donc aux clercs qu'ils doivent raser leurs barbes. Car la raison que l'on donne des poils de la barbe, qu'on dit provenir des humeurs superflues de l'estomac, marque que nous devons retrancher les vices et les péchés, qui sont choses superflues en nous. Nous rasons donc nos barbes afin que, par l'innocence et l'humilité, nous paraissions purs^ et que nous devenions les égaux des Anges, qui sont toujours dans la fleur du jeune âge. Cependant dans les jeûnes nous laissons quelquefois croître nos cheveux , parce que les j pensées qui ne sont pas contre Dieu , comme de bâtir une I église , de cultiver un champ, et d'autres semblables, que l'on a coutume de faire pendc^nt le temps de l'abstinence, ne doivent pas être défendues. Le Concile de Carthage statua [Extra de vita et honestate cleric. ; Clerici xxxm, distinct. Si quid)^ « que les clercs n'entretiendraient ni leur chevelure ni leur (( barbe. »
. XXXIII. On ordonne les clercs pour qu'ils servent Dieu et ala-|que désormais ils abandonnent le service du monde et ne s'attachent plus à sa gloire ; ils doivent donc offrir leurs corps comme une hostie vivante , sainte et agréable à Dieu. Ce qui a ifait dire par l'Apôtre, parlant aux Romains : ce Qu'ils soient « confondus tous ceux qui se glorifient dans la folie, c'est-à- !(( dire dans la gloire du monde, qui n'est pas la véritable a gloire, mais son image. » On dira, au chapitre du Diacre, pourquoi l'on étend la main sur ceux que l'on doit ordonner. XXXIV. L'ordination a lieu aux quatre saisons de l'année, parce que les prêtres et les autres clercs prennent alors dans l'église la place qui fut assignée aux Lévites au milieu du peuple jd'Israël; car, ainsi qu'on le lit dans le livre des Nombres, le Seigneur les reçut pour ses premiers-nés et les conserva dans l'E-
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gyptc, pendant que ceux dos Egyptiens étaient mis à mort. Par l'expression de primogenila, on entend en quelque sorte certaines prémices ; voilà pourquoi nous offrons comme des prémices, pour ainsi dire, au Seigneur, quand nous consacrons quelqu'un dans les saints ordres. Il convient donc que nous offrions les prémices des hommes , lors des prémices des quatre saisons, c'est-à-dire aux Quatre-Temps. Nous les offrons encore aux quatre saisons, afin qu'ils soient ornés de quatre vertus, et que ce soit pour eux un avertissement de servir le Christ et les églises, sous la protection et l'exemple des quatre évangélistes. Au printemps, afin que les vertus fleurissent en eux. Dans Tété, afin qu'ils portent des fruits. Dans l'automne, afin qu'ils recueillent les fruits des bonnes œuvres. En hiver, pour qu'après les avoir amassés ils les conservent dans le grenier et * qu'ils en jouissent dans le Seigneur. Et vois , dans la sixième partie, au Samedi après le dix-septième dimanche.
XXXV. Mais les ordinations ont lieu aux samedis des Quatre-Temps de préférence aux quatrièmes ou sixièmes fériés, parce que ce jour est consacré à l'Esprit saint , dont on reçoit les dons dans les ordinations. Car il fut commandé au premier peuple de célébrer le sabbat (samedi), afin que cela fut la figure de la sanctification de l'Esprit saint. C'est pourquoi on lit dans l'Exode : ce Le repos du sabbat fut sanctifié par le Sei- « gncur. » Et plus loin : ce Gardez mon sabbat, car il est saint « pour moi, parce qu'il sera le signe établi entre moi et vous, c( et il se [perpétuera chez vos enfants d'âge en âge. » En outre , nous ne lisons jamais dans la Genèse que la sanctification ait lieu dans tous les premiers jours; mais il est dit seulement du sabbat : « Dieu sanctifia le jour du sabbat. » Les ordinations ont encore lieu le samedi , pour marquer que ceux qu'on doit ordonner doivent avoir le repos [sahbatum) du temps pour passer enfin à celui de Téternité ( sahbatum œternitatis. ) L'ordination que l'on fait le samedi n'est commencée que le jour suivant, car elle figure que les prêtres ordonnés sont les
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ministres des divers sacrements du Seigneur. Et cette cérémonie a lieu à l'heure de none (trois heures de l'après-midi), parce qu'alors ce temps se rapporte au jour du Seigneur (le dimanche), c'est-à-dire de la résurrection. On entend donc aussi par laque ceux qu'on va ordonner ressuscitent le samedi, à l'image du Christ.
XXXVl. Donc, c'est à juste titre que dans ce jour, qui est celui du Seigneur (le dimanche), on célèbre la cérémonie de la bénédiction sacerdotale , dans laquelle sont conférées les onctions de la grâce [chrismata gratiarum). En ce jour le Seigneur ressuscita, en ce jour il souffla sur les Apôtres en disant : « Recevez l'Esprit saint ; ceux à qui vous remettrez leurs «. péchés, ils leur seront remis. » En ce jour l'Esprit saint promis descendit. "C'est donc bien à droit que dans ce jour nous appelons les bénédictions sur les prêtres, afin de pouvoir chanter joyeusement avec les Apôtres : « Viens, saint Esprit, « remplis les cœurs de tes fidèles, c'est-à-dire de ceux qu'on a (( ordonnés. » Les ordinations ont lieu aussi le samedi de la Mi-Carême, où l'on chante : « Sitientes, etc., » et encore le Samedi saint. Mais cependant jusqu'aux temps du pape Simplicius on dit que les pontifes romains ont toujours célébré les ordinations en décembre, comme on le dira dans la sixième partie, au Samedi après le xvii^ dimanche. C'est aussi pourquoi l'on chante alors les offices entiers, ce qui n'a pas lieu les autres dimanches. Mais on ne confère pas les ordres sacrés le samedi après la Pentecôte, parce que dans la semaine suivante on célèbre la grâce de l'Esprit saint qu'on a reçue.
XXXVIÏ. Seul, le pontife romain peut faire des diacres les dimanches. Les autres prélats peuvent seulement, les dimanches, conférer les ordres mineurs et consacrer les vierges. Si cependant, à cause d'une pressante nécessité, l'ordination a lieu le dimanche, parce que peut-être elle n'a pu être terminée entièrement le samedi , elle doit avoir lieu avec continuation du jeûne, tant de la part de celui qu'on doit ordonner que de
celui qui ordonne, parce qu'alors, à cause de la continuation du jeûne, on simule un jour.
XXXVIII. Au reste, on dit qu'en certains lieux, ceux dont les fêtes des églises sont aux samedis des Quatre-Tcmps, transfèrent le jeûne à la semaine précédente , à cause de l'honneur de leurs festivités. Mais nous disons que cela ne leur est pas permis , et que l'on ne peut pas alors célébrer les ordres. Il est donc mieux de transférer les festivités elles-mêmes. On parlera de cela dans la sixième partie , à la quatrième Férié de la troisième semaine de l'Avent. On dira, au chapitre de l'Evêque, quel jour et à quelle heure on doit consacrer les évêques. Il faut encore considérer que les prêtres et les diacres sont seulement nommés par l'Apôtre dans sa lettre, parce qu'ils sont surtout nécessaires pour le service de l'autel. Mais les autres ordres ont été ajoutés ensuite pour l'utilité du ministère, parce que, à cause de la multitude des croyants^ il ne pouvait être convenablement rempli par eux. C'est aussi pourquoi, selon [saint] Ambroise, « leur ordination est surtout célébrée autour c( des autels, et que l'évoque se prosterne pour eux devant (( l'autel. » Les autres ne sont en aucune façon ordonnés en face de l'autel, parce qu'on ne les établit pas pour le service des autels, mais pour qu'ils remplissent d'autres offices, en chantant ou en Hsant , ou en faisant d'autres choses qui leur sont propres. Tous cependant requièrent la présence du prélat, c'est-à-dire la face du Seigneur, afin de pouvoir hériter au nombre des premiers-nés, comme Jacob, qui s'arrogea le droit d'aînesse de son frère. Et fais attention que, dans certaines églises , immédiatement après qu'on a conféré chaque ordre, quel qu'il soit, on chante le Répons ou Trait, comme on le voit dans le livre Pontifical que nous avons publié {g), et cela pour hien marquer que ceux que l'on a ordonnés pour être lecteurs.
[g) Le Pontificale, espèce de Rituel des évêques, ouvrage Mss. de Durand. (V. la Notice hist. sur la vie et sur les écrits de G. Durand, § ii.)
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déjà instruits de ce qu'on leur a lu, sont appelés au soin et au travail que signifient le Répons et le Trait. Or, comme il a été fait mention de la consécration des vierges (25) , il faut voir : premièrement, quels jours on les bénit; secondement, ce que signifient les cérémonies de leur bénédiction.
XXXIX. On les bénit les dimanches, aux jours des Epiphanies ( ou trois révélations du Christ ) (h) , in alhis paschalihus (lorsque l'Eglise, vêtue de blanc, célèbre les fêtes de Pâques), et aux fêtes des Apôtres, afin que l'Esprit saint descende sur elles, simples comme des colombes, et que, de même que les Apôtres assurèrent par leur mort l'inviolabilité [virginitalem ) de l'Eglise , elles soient consacrées au Seigneur et présentées par leurs successeurs au Christ, comme par les paranymphes de l'épouse. Il reste à voir ce que signifient les cérémonies de leur bénédiction, car, bien que toute ame soit fiancée à Dieu par la foi , ce qui a fait dire à Osée : « Je te tt fiancerai à moi dans la foi, » cependant on dit que les vierges sont plus particulièrement fiancées au Christ, parce que leur chair se joint plus étroitement à celle du Christ, par la raison que cette chair , ainsi que celle du Christ , n'a pas senti la corruption. Et c'est pour cette cause que les vierges suivent l'Agneau partout où il ira, dit l'Apocalypse.
XL. Or donc, les vierges que l'on doit bénir se tiennent debout sous un pavillon, ou en quelqu'autre lieu, jusqu'au moment où l'archiprêtre ou un autre chante à haute voix , avant l'évangile : c( Prudentes virgineSy etc. » Elles sortent, des cierges ardents dans les mains , têtes nues, au-devant de l'évêque, et entrent dans l'église. Or, elles portent dans leurs mains des cierges allumés , selon cette parole de [saint] Luc : « Que vos reins soient ceints, et que des lampes ardentes soient c( dans vos mains , » afin qu'elles se montrent les imitatrices
{h) L'Epiphanie ou Adoration des Mages, les Noces de Cana et le Baptême de J.-G. (V. le Rational, lib. vi, cap. xvi et seq., De festo Epiphaniœ .)
des yierg-es pnulcntcs, qui j^arnirent leurs lampes et sortirent au-devant de l'époux ; car leur époux , c'est le Christ , que le pontife, son \icaire , représente. Or, tenir des lampes ardentes dans ses mains, c'est, par ses bonnes œuvres, montrer l'exemple au prochain , selon cette parole du Sauveur : a Que votre « lumière luise devant les hommes , afin qu'ils voient vos (( bonnes œuvres , etc. » Leur sortie du pavillon , ainsi que leur entrée dans l'église, marque qu'en recevant la bénédiction et en entendant la parole du Christ qui nous fiance à lui, elles passent d'une prison d'esclaves et de ses afflictions , des ténèbres de la vie présente et de ses prestiges , à la liberté du royaume des cieux, à sa joie et à sa splendeur, et dans le lit nuptial du souverain roi. C'est pourquoi l'Eglise dit : «Viens, (( toi que j'ai choisie, et je te placerai sur mon trône. » Elles viennent nu-tetes à la rencontre du prélat, et le pontife leur dit, en cliantant : « Venez, » et elles, en chantant aussi, elles répondent. Maintenant, on représente ce qu'on lit dans les Cantiques : « Lève-toi, mon amie, ma fiancée ; montre-moi ton (( yisage, et que ta voix résonne à mes oreilles. » La nudité de la tête marque encore d'une manière convenable l'abandon et l'entière renonciation aux choses de ce monde. Elles entrent aussi nu -têtes dans l'église, pour signifier qu'on les introduit, comme de belles et agréables fiancées aux yeux de l'époux, dans sa propre maison, selon ce qu'on lit dans les Cantiques : « Je suis noire (i), mais belle, et le roi m'a fait en- « trer dans son appartement le plus secret (m lahernacu- « lum suiim). »
XLI. Et on leur dit trois fois : « Venez, » pour marquer que nous devons venir à ce tabernacle de trois manières, à savoir : par l'abdication de la propriété, par le vœu de la chasteté et par
{i) C'est-à-dire brune (fusca), « quia decoloravit, me sol parce que le soleil m'a décolorée , » voilà pour le sens naturel ; quant au sens mystique, ce que dit l'épouse signifie que l'Eglise est noire, à cause de la fragilité des hommes mortels et sujets au péché qui la composent; mais elle est belle à cause de la grâce dont son époux Ta ornée.
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la promesse [sponsionem] de l'obéissance . Les vierges doivent donc venir à la demeure du Roi des cieux : Premièrement, en abdiquant ce qu'elles possèdent en propre , c'est-à-dire la servitude du monde , l'esclavage de l'Egypte , la prison , ses liens et ses filets ; ce qui a fait dire au Psalmiste : « Les pécheurs « tomberont dans le réseau du siècle ; » et à la Sagesse : « Les « créatures de Dieu sont ievenues une tentation pour Famé des « hommes, et un piège [muscipidamy a mus et capere), une « souricière pour les pieds des insensés. » Secondement, elles doivent venir à ce palais divin par le vœu de la chasteté, en sortant des délices et de la complaisance de la chair, de l'impureté, d'un lieu empoisonné, où, si l'ame respire quelque chose et si elle ne le rejette pas par la pénitence, elle meurt de la mort éternelle. Troisièmement, parla promesse de l'obéissance, en sortant de sa propre volonté comme de la corruption, d'un four embrasé et de la fournaise de Babylone. Et c'est pourquoi elles disent avec les enfants qu'on y avait renfermés : « Et , (( maintenant, nous te suivons de tout notre cœur, et nous te c( craignons, et nous cherchons ta face » {In Dan.ypanim ante Psal. Benedi.). Il faut sortir de chacun de ces dangers , quel qu'il soit, par un ferme propos du cœur , par un vœu encore plus solennel, et par la persévérance continuelle dans le genre de vie dont on aura fait choix ; et ce sont comme trois abstinences. Il est dit dans l'Exode : ce Nous marcherons pendant « trois jours dans le désert. » Les trois invitations faites trois foiç , comme on l'a vu plus haut , marquent ces trois abstinences, parce qu'en effet, après avoir formé un si louable propos, restent les embûches et les tentations du diable, et les combats très-rudes contre le monde , la chair et les démons , et , par là-dessus, la difficulté de l'observance régulière que la faiblesse de la femme ne peut suffisamment supporter par ellemême. C'est pourquoi on implore le secours de Dieu elles suffrages des saints par les Litanies que l'on joint aux cérémonies énumérées plus haut.
XLII. C'est avec raison que les vierges déposent leurs anciens vêtements et se revêtent de nouvelles robes bénies, pour marquer que, dans cette disposition où elles sont, elles dépouillent le vieil honnne et revêtent le nouveau, « qui, connue « on le lit dans l'Epître aux Epbésiens, a été créé dans la jusce tice et dans la sainteté de la vérité. » Ces robes doivent être propres et blancbes, pour signifier que, comme elles sont fiancées au Fils de Dieu, elles doivent à l'avenir se préserver de toute taclie et se conserver pures et saintes , selon cette parole de l'Apôtre : a Je vous ai iîancés à un seul liomme, pour vous c( présenter au Christ comme une vierge chaste. » Or , la blancheur ou la propreté de l'habit des vierges est le symbole de ce que nous venons de dire. C'est pourquoi TEcclésiaste dit : (( Que tes vêtements soient blancs et purs ( candida ) en tout^ « temps. )) Et cela a été emprunté de la bienheureuse Cécile, qui resplendissait au dehors par son vêtement , et brillait au dedans par sa chasteté ; et aussi des anges, qui, lors de la résurrection du Christ, furent vus revêtus de robes blanches. Ou bien, si riiabit des vierges est noir, il signifie la mortification de la chair. Car, de même que le Christ, leur fiancé {spotisus) (/), est mort pour elles, elles doivent, elles aussi, à leur tour, mourir toutes ensemble pour lui; ce qui a fait dire à l'Apôtre : (( Ceux qui sont du Christ ont crucifié leur chair avec ses vices
(j) C'esti\ tort qu'on traduit ordinairement ^/;on.çî/5 par époux; ce mot, qui vient duxcrhespondere, signifie promis, accordt'^, lianci''. Dans une charte qui date de 1212, on lit : Uxore sua dcsponsata (*), en parlant d'un homme qui fait une damnation ; le vrai sens de ces mots, devant lesquels ont hi^sité des hommes que leurs études auraient dû, ce semble, rendre plus familiers avec les synonymes latins, est que le susdit indivjdu venait de fiancer {dcsponsata) la femme qui, par la célébration du mariage civil et reUgieux, allait devenir son épouse {uxore sua); où l'on voit que sponsus n'a jamais d'autre sens que celui de tiancé ; mulier c'est le nom de toute femme , virgo d'une vierge, conjux d'une personne i\ qui l'on est uni en vertu d'une union reconnue ou non par la société et l'Eglise; conjux signifie une femme qui a des enfants; enfin, fœmina n'est qu'un nom commun aux femelles de toutes les espèces d'animaux.
(*) V. Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, 2c série, t. 3, p. 253.
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(( et ses concupiscences. » Et l'Epître aux Romains : «Si nous (( sommes greffes sur le Christ par la ressemblance de sa <c mort, nous y serons aussi entés par la ressemblance de sa (( résurrection. » La couleur noire de l'habit virginal, c'est encore le mépris virilis amplexus.
XLlIl. Ensuite, revêtues des vêtements bénits, elles viennent devant l'évêque, comme si elles lui disaient par cette action même : ce Nous avons méprisé le royaume du monde et toute c( la pompe du siècle pour l'amour de N. S. J.-C. , etc. »
XLIY. Et puis, selon la règle du pape Sother, on place sur leurs têtes, avec le signe de la croix, le voile qui leur pend sur les épaules et sur la poitrine : Premièrement, pour signifier qu'elles doivent, à cause du Christ, mépriser humblement le monde dans leur cœur et par leurs œuvres, voiler leurs sens et se fortifier par le souvenir de la passion du Christ, pour ne pas se laisser aller aux choses du siècle par l'impureté, et afin qu'elles ne pénètrent pas leurs sens , selon cette parole de l'Apôtre : « Le monde est crucifié poui^ moi, et moi je le suis c( pour le monde. » Secondement, on voile les vierges parce qu'elles ne sont pas l'image de Dieu (/<:). Troisièmement, pour montrer leur soumission. Quatrièmement, afin qu'elles ne se laissent pas voir sans permission à tous les hommes. Cinquiè-
{k) Quia non sunt imago Dei. — Durand , en cette occasion , est Téchô des Conciles et de son siècle ; il a entendu à la rigueur le verset de la Genèse : « Faisons l'homme à notre image; faciamus hominem ad imaginem nostram. » Mais Durand n'aurait pas dû oublier, ce nous semble, qu'immédiatement la Genèse dit ; « Dieu créa l'homme à son image... mâle et femelle; creavit Deus
hominem ad imaginem suam masculum et feminam. » La naissance delà
femme , tirée du côté de l'homme , n'est en quelque sorte que le dédoublement d'Adam, ou plutôt de cet être double créé du limon de la terre, homo ex humo^ et qui contenait et renfermait les deux sexes, les deux classes d'habitants raisonnables et créés à l'image de Dieu pour gouverner la terre. Ainsi, il ne faut regarder que comme une acception trop rigoureuse du mot homme ce que l'on pourrait croire une injure faite à la femme, en disant qu'elle n'a pas participé ■■ à la dignité de l'homme; ce qui est tout-à-fait contraire à l'enseignement de I l'Eglise , et surtout à celui des premiers apôtres, et de saint Pierre et de saint Paul en particulier. La femme est l'os des os et la chair de la chair de l'homme; elle est donc comme lui l'image de Dieu.
mement, de peur que leur beauté ne soit une occasion de pécher à ceux qui les regarderaient ; car le Psalmiste dit : « Sei- « gneur , tu m'as fait trouver des délices dans la vue de Tœu- « vre de tes mains ; » et les créatures de Dieu sont devenues un objet de tentation ;, comme on l'a dit plus haut. Or, le voile est le symbole de la pudeur et de la gloire future qui leur sera révélée. Ensuite, comme elles sont fiancées au Christ, qui est l'alpha et l'oméga^ c'est-à-dire le commencement et la fm , on leur donne un anneau qui est rond , et n'a ni commencement ni fin ; et on le met au quatrième doigt, où il y a une veine qui vient du cœur, afin qu'elles sachent qu'elles doivent chérir le Christ , leur fiancé , de tout leur cœur, et lui être inséparablement attachées. Enfin, on leur met des couronnes sur la tête, , selon cette parole de l'Ecclésiastique : « Viens, fiancée du, c< Christ, et reçois la couronne, etc., » pour marquer que, quand la vierge est fiancée au roi suprême par la consécration, elle devient reine; c'est-à-dire qu'elle se gouverne, elle et les autres, par la pratique et l'exemple de toutes les vertus. C'est pourquoi on lit dans les Proverbes : « Afin que la grâce c( couronne ta tête , et qu'elle soit comme un collier à ton (c cou. » Pendant ce couronnement, le pontife chante ce cantique d'allégresse : «Viens, toi que j'ai choisie, etc., » comme, s'il était le paranymphe du céleste époux. Et c'est pour cela que les amis et les parents des vierges se réjouissent lors de cette consécration. Le pape Léon fut le premier qui établit, dans ! le Concile de Chalcédoine, qu'il célébra et présida lui-même, (( que les vierges seules devraient être yoilées. »
XLV. Mais on a fait mention plus haut du voile : il faut remarquer que cet ornement de tête est tantôt un signe de conversion, tantôt de consécration, tantôt de profession, tantôt d'ordination, tantôt de prélature. Une personne qui passe de la vie, séculière à la vie religieuse prend le voile de conversion ; et alors, si, pendant un an, elle persévère parmi les vierges voilées, elle ne pourra plus les quitter désormais. Le voile de con-
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sécration est donné par les seuls évêques aux vierges seulement, et encore ce n'est qu'aux festivités et les dimanches. Cependant, dans une nécessité pressante^ il pourrait être donné, comme le baptême , à tous ceux qui en auraient le désir et la dévotion [omnibus devotis). On ne le donne pourtant pas avant que la récipiendaire n'ait vingt-cinq ans accomplis dans Fannée où elle le recevra , à moins qu'il n'y ait , par hasard , une dispense. Une vierge reçoit le voile de la profession quand elle fait preuve de continence, et, cependant, pas avant douze ans, et on ne la bénit pas non plus avant ce temps. On donne donc ce voile en même temps qu'une bénédiction solennelle , qu'accompagne le chant des Litanies. Aucun évêque ne donne ce voile aux veuves ou aux femmes corrompues ; mais elles le prennent elles-mêmes de dessus l'autel (au dire de certains auteurs).
XLVI. Certes î l'évêque voile la vierge et non la veuve, parce que la vierge , dans ses fiançailles, représente le type de l'Eglise, qui, pure et vierge, a épousé uq seul homme, c'est-à-dire Jésus-Christ ; et c'est en signe de cela qu'elle reçoit le voile des mains de l'évêque, pour signifier que le Christ la prend pour son épouse. Il a été dit, en parlant de sa personne : « Le « Seigneur m'a fiancée avec son anneau. » Mais, dans une pa- I reille occasion, la veuve ne reproduit pas la figure de l'Eglise comme la vierge, puisqu'elle n'est pas entière dans son ame et dans son corps comme celle-là. C'est pourquoi elle n'est pas unie au Christ de manière à représenter l'union de l'Eglise; c'est pourquoi elle ne reçoit pas le voile.
XL VII. De plus, il est défendu au prêtre d'assister aux secondes noces et de répandre la bénédiction sur ceux qui se marient une seconde fois, comme on l'a dit dans la première partie, au chapitre des Sacrements de l'Eglise. Or, cette veuve se marie en quelque sorte en secondes noces : d'abord fiancée à un homme, ensuite par la profession au Qirist, ce qui fait qu'on ne lui présente pas le voile de la consécration, parce qu'on la considère à l'égal d'une personne qui célèbre des se-
condes noces; ni même celui de la profession, mais elle le prend elle-même sur l'autel. Il y a cependant des auteurs qui disent que, quoiqu'elle ne puisse pas être voilée par Tévêque, elle peut l'être pourtant par un prêtre du voile de la profession ou de la conversion , et qu'elle reçoit aussi de lui ou de celui qui l'assiste l'habit ou le vêtement religieux. Toutefois, on trouve dans le livre Pontifical selon l'ordre romain la bénédiction d'une veuve faisant profession de continence et celle de son voile. Car le Seigneur consola la veuve de Sarepta par le ministère d'Elie, son prophète , et nous avons vu dans la ville d'Ostie [Hostien) l'évêque bénir, en même temps que les vierges, deux veuves en qualité de religieuses.
XLVIII. Le voile de l'ordination se donnait aussi à la diaconesse (26), à l'âge de 40 ans, afin qu'elle pût lire Tévangile aux nocturnes (/) . Le concile de Laodicée [Laudicen) établit « que les femmes qui, chez les Grecs , étaient appelées prêtresses {preshijterœ)y chez nous veuves [viduœ), et dans l'Eglise vieilles et respectables [seniores), veuves d'un seul homme [univirœ), ou. sages-femmes [matricuriœ], ne devaient pas être ordonnées. »
XLIX. Autrefois, on donnait le voile de la prélature aux abbesses à l'âge de 40 ans. Or, il est une chose qu'il faut savoir, c'est que notre très- sainte et très -sacrée [sacrosancta) mère l'Eglise a des rangs et des degrés distincts. Et, lorsque le pontife romain célèbre solennellement la messe , il a avec lui six ordres de clercs , qui sont : les évêques, les prê- ^ très, les diacres, les sous-diacres, les acolytes et les chantres j *
(l) ut posset légère evangelium in Nodurnis. — Il est souvent fait mention dans les liturgistes, non-seulement de religieuses qui avaient le droit déporter Taumusse , le surplis , le manipule et l'étole même , mais encore de lire l'évangile, comme nous le prouve te passage suivant de la Vie de sainte Aura, abbesse : « Un jour, dit son légendaire, cette bonne et sainte abbesse, impatiente d'ouïr mal prononcer l'évangile , ôta l'étole au diacre et entreprit de le dire elle-même, dont elle fut reprise par son bon ange. » La rude pénitence qu'elle s'imposa fut pour punir, non sa témérité d'avoir voulu faire une chose qui lui était permise de droit, mais son impatience très-condamnable dans un lieu consacré au recueillement et à la prière. (V. Jacques Quétif, Vie de madame sainte Aure, et Lebrun des Marettes, Voyages liturgiques en France.)
ou MANUEL DES DIVINS OFFICES. 175
ce nombre est une preuve manifeste du mystère de cet office, car le nombre de six est un nombre parfait, comme on le dira dans la préface de la troisième partie. Et nous lisons qu'il y avait dans l'Ancien-Testament six ordres de ministres , à savoir : les pontifes , les prêtres , les lévites , les nathinéens, les portiers et les chantres, qu'Artaxercès distingua de l'ordre inférieur dans la lettre qu'il écrivit au scribe Esdras^ et où il lui dit : (( Nous faisons savoir, touchant tous les prêtres et les lévites, les chantres et les portiers , les nathinéens et les ministres de la maison de Dieu, qu'aucun impôt, tribut et taxe ne leur soit imposé d'aucune manière. »
L. Et le pape Sylvestre énumère en ces termes les ordres ecclésiastiques : « Qu'en tout lieu le prêtre obéisse au pontife, « le diacre au prêtre, le sous-diacre au diacre, l'acolyte au « sous-diacre, l'exorciste à l'acolyte, le lecteur à l'exorciste, (( le portier au lecteur, l'abbé au portier, le. moine à l'abbé. y> Le bienheureux Isidore dit encore : « Généralement on appelle « clercs tous ceux qui servent le Christ dans Téglise; voicileurs « noms et leurs rangs : le portier, le psalmiste , le lecteur, i( l'exorciste , etc. » 11 fait aussi mention du chantre après les autres, et il dit : ((Tous ces hommes se réjouissent déposséder le « privilège de la cléricature. y> Mais, cependant, certains hérétiques pleins de perfidie, méprisant le sacrement de l'Ordre, mentent lorsqu'ils disent que , dès le principe , l'Eglise du Christ n'avait pas des personnes qu'elle appelait exorcistes, céroféraires, lecteurs ou diacres, mais seulement les exorcistes des démons qui étaient contre [saint] Paul, et que le Christ n'a pas fait ce que l'Apôtre a dit, en parlant de fonctions si basses que nous énumérons ci-dessous , mais qu'il a révélé par ces désignations des choses plus élevées et plus précieuses que l'Eglise romaine ne connaît pas (m).
[m) Voici le texte de cette phrase assez obscure : « Nec ea quœ Ghristus fecit "vel Apostolus dixit pro tam vilibus significationibus, quse infra sequuntur, fecit etdixit; sed altiora et pretiosiora, quee romaua nescit Ecclesia , demonstravit.»
LI. Parmi ces ordres, il y en a certains qui ne sont pas sacrés {sacri ), et d'autres qui le sont. Les ordres mineurs qui ne sont pas sacrés^ ce sont : les emplois du chantre, du psabniste, du portier, du lecteur, de l'exorciste et de l'acolyte. Mais les ordres sacrés ou majeurs, ce sont : le sous-diaconat, le diaconat, la prêtrise et le rang épiscopal.
LU. Connu unément on assure qu'il doit y avoir sept ordres, dont le portier est le premier et le prêtre le dernier, à cause des sept formes dont se revêt la grâce de l'Esprit saint , par le don duquel ils remplissent leurs ministères. Et si tu veux rapporter chaque don à chaque rang, en commençant par la crainte, tu Tassigneras au portier, et puis, donnant à chacun le caractère qui lui est propre , tu adapteras la sagesse au prêtre (Esa., iv). Ce sont les sept femmes chez lesquelles l'Esprit saint reçoit l'hospitalité, et chacune d'elles lui apprête son festin.
LUI. Il est encore spirituellement (et spécialement) portier, celui, quel qu'il soit, qui fait entrer spirituellement les autres dans l'Eglise, c'est-à-dire celui qui enseigne la foi en la prêchant. Il est lecteur, celui qui forme les mœurs; exorciste, celui qui prie ; acolyte , celui qui fait briller ses mœurs par la pratique de la vertu ; sous-diacre , celui qui montre Thumilitc' dans sa conduite ; diacre, celui qui exhorte les autres; prêtre, celui qui s'offre lui-même à Dieu comme une hostie sainte; évêque enfin, celui qui administre les sacrements. Or, nom parlerons de chacune de ces personnes en particulier dans la suite de ce livre.