DES MINISTRES ET DES DIGNITÉS DE L'ÉGLISE, ET DE LEURS DEVOIRS
I. Dans cette seconde partie, nous avons l'intention de traiter des ministres et des dignités de l'Eglise, et de leurs devoirs. Nous poserons avant tout, en principe, qu'il y a trois sectes (a) fameuses , à savoir : les Gentils, les Hébreux et les Chrétiens. La première est une secte d'erreur ; la seconde , de vérité ; la troisième, de vérité et de salut. Dans la première^ nous faisons naufrage; dans la seconde, nous sommes arrachés du péril; dans la troisième, nous sommes sauvés. La première secte [secta] tire son nom de sec^are (couper), parce qu'elle nous retranche , c'est-à-dire nous 'sépare de Dieu ; la seconde et la troisième sectes sont ainsi appelées {secta) , de sectare (rechercher et posséder), parce qu'elles éclairent, sauvent et délivrent. Les personnes tant séculières qu'ecclésiastiques^ parmi les chrétiens, sont prises et tirées des deux autres sectes, qui sont l'hébraïque et la païenne. Or, de même qu'il y a parmi nous deux sortes de personnes , à savoir : les laïques et les ecclésiastiques, il en était ainsi chez les Gentils et les Hébreux.
II. Chez les Gentils, les personnes séculières étaient le monarque ou l'empereur romain ; les patriciens, que l'on appelait
(a) Secta , dit Durand ; c'est pour nous conformer au strict mot à mot que nous traduisons f;ectn par secte. Ici, ce mot a le sens de part, portion, et non pas de secte dans l'acception mystique des branches séparées du tronc nour ricier de l'arbre de vie.
aussi sénateurs, au gré desquels tout était ordonné ; les rois, les ducs, les comtes, les gouverneurs, les préfets, les suffètes, les tribuns des soldats , les tribuns du peuple, les préteurs , les centurions , les décurions , les quarteniers , les décemvirs , les questeurs, les édiles et les huissiers du palais. Parmi les inventeurs littéraires [poetas) , on rangeait les avocats [advocati] , les poètes épiques, les historiographes en vers, les comédiens, les tragédiens et les historiographes en prose.
ÏII. Le mot vates , qui vient de vi mentis (le transport de Tame ) , signifie tantôt le prêtre , tantôt le prophète , tantôt le poète. Selon [saint] Isidore, on comptait chez les Gentils, dans l'ordre des cérémonies du temple , les archiflamines , les protoflamines, les flamines et les prêtres, comme on le dira bientôt. Il y avait aussi chez eux des communautés [conventns) religieuses d'hommes et de femmes.
IV. Chez les Hébreux existait aussi la même diversité de personnes ; car les unes étaient séculières , et les autres consacrées au culte divin dans le temple. Dans le temple ,, il y avait le grand-prêtre , comme Melchisédech ; les prêtres d'un ordre inférieur, les lévites; les nathinéenSy ceux qui éteignaient les lumières; les exorcistes, les portiers et les élus ou chantres. Quant au peuple, voici ce qu'on en peut savoir : Moïse en était le chef, et, au-dessous de lui, il y avait ceux qu'il avait établis, selon le conseil de Jéthro, son beau-père ; il y avait encore les chiliarches et les acontarches, les pentacontarches et les décacontarches, c'est-à-dire les milleniers, les centeniers et les dizainiers; car ^^^iXtàç signifie mille, eià^x^v , prince ; d'oii x'-'^m^x^'; -> celui qui commande mille hommes ; d'où aussi arcontarchey celui qui avait l'autorité sur cent hommes. On appelle j)en^acontarche celui qui commande cinquante hommes ; car Tzivxt signifie cinq. Le decanus est celui qui a dix hommes sous lui; car ^sxa, c'est dix. On trouve aussi une pareille diversité de personnes chez les chrétiens. Et remarque que les chrétiens ont tiré leur nom du Christ, et que le Christ prend le sien de l'onc-
tion [chrismale) qu'il a reçue. On a parlé de cela dans la première partie, au chapitre des Consécrations et des Onctions.
V. Le nom des chrétiens fut d'abord inventé à Antioche , car, auparavant, tous s'appelaient disciples ou frères, jusqu'à ce que les Apôtres s'assemblèrent en concile à Antioche. Et l'on donne aux chrétiens le nom d'orthodoxes, c'est-à-dire d'hommes qui se glorifient à juste titre, et vivent selon ce qu'ils croient. En effet, èf.0wç, en grec, se dit recte en latin (d'une manière droite) , et o6^a signifie gloire (gloire juste et raisonnable). Le Christ s'appelle de ce nom, à cause de l'onction qu'il a reçue [chrisma], c'est-à-dire , en quelque sorte, l'Oint. Il a été oint éternellement par Dieu/par-dessus tous ses frères, comme on le lit dans les Actes des Apôtres ; et ce nom est une huile répandue. C'est pour cette raison que , dans F Ancien- Testament, on appelait christs les prêtres et les rois, parce qu'on les oignait de l'onction matérielle, selon cette parole : (( Ne veuillez pas [nolite] toucher mes christs (mes oints) » (6).
VI. Et ce nom de christ n'est pas le nom propre et particulier du Sauveur ; ce n'est que l'appellation vulgaire de la puis-
{h) Cette façon de parler, créée par Dieu, et que nous ne trouvons que dans la Bible et principalement dans l'Evangile, est généralement atténuée dans toutes les traductions, où on ne lui donne que la valeur d'une simple négation. Ainsi, l'on traduit : « Irascimini et nolite peccare, » par : « Mettez-vous en colère et ne péchez pas, » comme si, au lieu de nolite^ qui signifie qu'on ne doit pas même avoir la pensée de la colère, on lisait : et non, etc., ce qui n'a plus le sens sévère et étendu que nous révèle ce mot de Jésus-Christ : « Je vous dis que celui qui aura regardé unç femme avec un mauvais désir, et avec la volonté de mal faire, a déjà commis l'adultère. — Va, et n'aie plus la volonté de pécher, dit le Christ à la femme adultère ; noli peccare. » Le christianisme et Dieu, son divin auteur, ont pu seuls dire ce mot inconnu et impossible à l'antiquité païenne, qui ne condamnait, comme la justice imparfaite des hommes, que l'accomplissement du désir et non le désir lui-même qui échappait à ses lois , sur lequel elle n'avait et ne pouvait jamais avoir de droit. Traduisons donc ce noli si dur au monde et si consolant pour le chrétien , dont la vie la plus sainte comme la mieux remplie peut se résumer tout entière dans les victoires qu'à chaque instant Dieu lui fait une loi de remporter sur ses désirs déréglés. Nous pourrions multiplier à l'infini les exemples de ce genre d'observation; les deux que nous avons indiqués suffisent, parce que l'un explique l'importance de l'autre.
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sance. Car c'est un nom commun à toute dignité. Mais celui de Jésus est le propre nom du Sauveur, qu'il reçut de Fange Gabriel lors de sa conception , selon le témoignage de Tévangéliste : (( Tu le nommeras du nom de Jésus » (dit-il), et il le reçut encore des hommes dans sa circoncision. Or, remarque que Jésus se dit en hébreu Messie, et en grec Christ, ou crwrrip ou bien cwcpr/p (sauveur) , en latin oint, comme on l'a dit plus haut; ou encore Sauveur, « parce qu'il sauvera son peuple de « ses péchés. » Car il a le pouvoir de remettre les péchés, comme il le dit lui-même : il a aussi celui de sauver, parce qu'il nous a donné le salut. Si donc nous observons ses préceptes, nous posséderons la vie éternelle. Pour ce qui est de ce nom de Jésus , Porphyre , philosophe versé dans les langues grecque et latine, l'écrivait en latin lesus^ et en grec par un h, qu'on emploie en cette langue pour î long. Voilà encore pourquoi il y en a qui prononcent Gysus ;. mais les Latins se servent de Ve long. Il paraît plus raisonnable d'écrire ce nom ainsi : Yhs , en se servant de l'abréviation grecque , que par HiesuSy avec l'aspiration latine. Et comme Christ est grec, on l'écrit en abréviation de cette langue : Xpç , car les Grecs emploient X pour chiy pi^our r, et c pour s. Mais, si on l'écrit par s, il finit par la terminaison latine. Donc, si on l'écrit avec un mode long, on le représentera ainsi par aspiration : Christus. VII. A l'égard des noms du Christ, il est à remarquer que certains par eux-mêmes sont dits appartenir à sa personne d'une manière relative ou en quelque façon relative [relative seu quasi relative), comme ceux de pasteur, époux et médiateur. D'autres lui appartiennent d'une manière non relative , comme homme ; d'autres au figuré , comme agneau, brebis, veau, serpent, béUer, lion, ver ; d'autres, enfin, lui sont devenus relatifs parla coutume : ce sont les prérogatives attachées à son privilège, comme Christ. Car Jésus est proprement son nom, comme on l'a dit plus haut. On appelle aussi le Christ l'alpha et l'oméga , c'est-à-dire le commencement et la fin , et
en hébreu Emmanuel , ce qu'on interprète : Dieu avec nous. Il est en efTet avec nous par la présence de sa majesté , par la participation de la vérité , par le lien de la charité et par l'accomplissement de la vérité. On l'appelle de plus la voie, la vérité et la vie. La voie , par l'exemple ou le précepte.
VIII. La vérité, dans la promesse. La vie, dans la récompense. Et 5a6ao//i, c'est-à-dire le Dieu des armées. Adonay, qui signifie Seigneur [Domine). AGàvax-oç, Immortel. Kùpioç, Maître [Sire). 0CÔÇ, Dieu. llavàyaToç, le meilleur des pères, qui a soin de tout, ou qui est parfait. Opiouaioç (c), d'une seule essence. Voilà les noms de Dieu , et non pas seulement de la personne du Christ. De plus, le Christ, selon Isaïe, est appelé l'Admirable, le Conseiller, le Dieu fort, le Père du siècle futur, le Prince de la paix. Il est Admirable dans son incarnation [d). Conseiller dans la pensée entière des choses. Dieu dans leur création. Fort dans leur gouvernement. Père du siècle à venir, à cause de la récompense qu'il donnera à chacun selon ses mérites. On l'appelle Prince de la paix, ou parce qu'il a été le médiateur de Dieu et des hommes , ou encore des hommes et des anges, ou bien parce qu'il leur donne cette paix qui surpasse le sens hu-
(c) Boileau, dans sa XII^ satire (sur l'Equivoque), parlant de l'hérésie arienne, dit :
[L'Eglise...] «Sentit chez soi trembler la vérité chrétienne, Lors qu'attaquant le Verbe et sa divinité, D'une syllabe impie un saint mot augmenté Remplit tous les esprits d'aigreurs si meurtrières , Et fit de sang chrétien couler tant de rivières. » Il s'agissait du mot ôpouiîioç, d'une seule essence, auquel les Ariens substituaient le mot ofjLocoûoioç. d'une essence semblable.
{(1) Après avoir énuméré tous les titres les plus glorieux de la sainte Trinité, dans la personne du Père, du Fils et du Saint-Esprit, saint Ambroise et saint Augustin, les deux improvisateurs inspirés du Te Deum, s'écrient: « Tu {Filius Dei ) , ad libcrandum suscepturus hominem , non horrui.sti virginis uteincm. — Toi (le fils de Dieu), qui venais pour relever et délivrer l'homme, tu n*as pas eu horreur du sein d'une vierge» (et quelle vierge, Marie!). Il fautdireavec amour et répéter avec dévotion cette magnifique strophe , en la considérant comme le texte du commentaire , sublime dans sa brièveté même, de l'évêque de iMende : Admirabilis in incar-natione (le Christ est admirable dans son incarnation ).
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main, cette paix qui n'aura jamais de fin. On donne encore au Christ le nom ineffable du Terpaypàfxparov, c'est-à-dire des quatre lettres^ qui sont iothy he^ vau^ heth, qui sont gravées au dedans de nous-mêmes. Mais c'est parler à la légère que d'appeler ineffable Dieu , que non-seulement on ne peut nommer de ce nom {fari), mais qu'on ne doit encore invoquer^ en le prononçant, que dans les circonstances difficiles, ou bien parce que le sens que ce mot renferme ne peut être suffisamment expliqué. Voici comment on l'interprète : ioth principe, he celui-ci, vau de la passion , heth de la vie , comme si Ton disait en quelque sorte : ce Celui-ci est le principe de la vie, de la passion. » Le génitif, selon la coutume des Grecs , est employé ici pour l'ablatif, passionis pour passione, c'est-à-dire : par la passion (Celui-ci est le principe de la vie par sa passion). Mais nous ne pouvons pénétrer ( inlueri ) comment notre vie découle de sa mort. On parlera de cela dans la troisième partie, au chapitre des Ornements de l'ancienne loi.
IX. Or, ce nom Dieu est propre au Père, au Fils qt à FEsprit saint, comme on le lit dans le symbole de saint Athanase, quoique aussi il s'étende parfois à d'autres personnes , selon cette parole : « Tu ne parleras point mal des dieux (les juges). » Et ailleurs : « Donne cela aux dieux (les prêtres ou les juges). » Et l'Apôtre dit : « Car encore qu'il y en ait qui soient appelés « dieux (gar les païens) soit dans le ciel ou sur la terre, cepen- (( dant il n'y a pour nous qu'un seul Dieu , Père , de qui tout ((.procède. » Et il ajoute : c< Si notre Evangile est voilé dans (( ceux qui périssent réprouvés , il l'est pour ceux de ce monde c( dont Dieu a aveuglé les âmes infidèles. »
X. Jésus est encore appelé Nazaréen, d'un bourg de Galilée. On lui donne le nom de Dieu à cause de la substance unique qu'il a avec le Père. On l'appelle Seigneur et Maître, à cause du culte que lui rend la créature , sa servante. Dieu et Homme, parce qu'il est Verbe et chair. Oa l'appelle Verbe , parce que c'est par lui que le Père a formé et a ordonné toutes choses.
Image , à cause de sa ressemblance exacte avec le Père. Or, chez les chrétiens, on donne aux personnes du siècle le nom de laïques, car Xaoç en grec, se àMpopulus (peuple) en latin.
XI. Les clercs (e), ce sont ceux qui font le service de l'église ou la gouvernent ; leur nom vient de xXr/poç, qui veut dire partage, comme on l'expliquera bientôt. Et ils se subdivisent lesuns en moines ou personnes demeurant chacune à part (povoç en grec se traduit sinyularis, seul, en latin); les autres en reli-
gieux.
XII. Et il y a quatre sortes de moines : les uns, ce sont les cénobites , qui , renfermes dans un commun monastère , suivent une règle et passent leur vie à obéir aux plus âgés, élevés en dignités ; les autres, ce sont les anachorètes, qui édifient les déserts, et qui, quoique vivant ensemble, vaquent cependant à une contemplation particulière ; les autres , ce sont les ermites, qui vivent solitairement dans les déserts ; les autres, enfin, ce sont les gijrovagi , c'est-à-dire les vagabonds et les circoncellions. (Selon saint Augustin, moines qui n'avaient pas de demeure fixe.)
XIII. La religion est ainsi appelée, parce qu'elle nous rattache (religat) à un seul Dieu , auquel nous offrons un culte divin, enchaînés que nous sommes à son service. Ce culte lui est offert par les clercs séculiers , que Ton appelle séculiers par abus, à la différence des réguliers, qui ne possèdent rien en propre ; ce qui n'a pas lieu chez les premiers (les séculiers), car, selon saint Augustin , n. Un mauvais moine fait difficilement « un bon clerc. » Or, il y a deux classes de personnes ecclésiastiques.
XIV. L'une est de dignité, l'autre d'ordre. De dignité, comme le pape, le patriarche, le primat, Tarchevôque ou métropo- Htain^ ce qui est la même chose ; l'évoque, l'archidiacre, Tarchiprôtre et le prévôt {prœpositus), quoique tous ceux qui com-
(e) Cléricales, les personnes du clergé, ce qui comprend les prêtres et les ordres mineurs.
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mandent ( qui prœsunt ) soient généralement nommés à juste titre prévôts [prœposili). Et, dans le chœur^ les personnes sont : le doyen , le sous-doyen , le chantre ou préchantre , le souschantre , le trésorier ou sacristain , l'archiacolyte ou premier acolyte [archiacola], et les autres de cette classe. Or, les dignités comme les rangs ont tiré leur origine de Fancienne loi , et ont été instituées à son exemple , selon cette parole : ce Tu les « établiras princes sur toute la terre ; » malgré qu'il y en ait qui disent que les dignités ont commencé à être connues chez les Gentils. Et les personnes d'ordre sont : le prêtre , le diacre et les autres dont nous parlerons plus bas.
XV. Voyons rapidement comment a eu lieu la translation des personnes de l'ancien culte, tant des Hébreux que des Gentils, à celui de l'Eglise actuelle, et comment les personnes qui occupent les dignités dans l'Eglise en ont tiré leur origine. Or, le seigneur Pape, qui est le père ou le gardien des pères , reproduit le type du souverain pontife ou grand-prêtre. L'empereur de Rome ressemble au monarque. La dignité .des sénateurs et des patriciens se retrouve dans l'Eglise, dans les quatre patriarches, et dans l'Eglise romaine, dans les cardinaux. Les primats , qui ont sous eux trois archevêques , représentent le roi qui commande à trois ducs. Les métropolitains, ou archevêques, sont comparables aux ducs, qui ont sous eux plusieurs comtes, comme ceux-ci [les archevêques) plusieurs évêques. Cependant le pape Pelage dit « qu'une province a un roi et un (( métropolitain. » Les évêques ressemblent aux comtes. Les corévêqucs ou coadjuteurs [coepiscopi) (22), dont le pouvoir a été aboli, représentaient les gouverneurs et les intendants. Les prévôts rappellent les tribuns des soldats ; les archiprêtres, les triburis du peuple ; les chanceliers, les préteurs ; les archidiacres, les centurions; les doyens, les décurions; les prêtres curés [preshyleri curati) (/), les avocats. Les personnes d'or-
if) Nous voyons par le grand Pastoral de l'église de Paris (Mss) que l'on désignait les curés tantôt par presbyter curatus, et tantôt par le terme de près-
dre ont aussi tiré leur origine des Hébreux et des Gentils , car les prêtres représentent les édiles ; les diacres, les quarteniers; les sous-diacres , les duumvirs. Les exorcistes ont été créés à l'imitation des questeurs. Les portiers rappellent les huissiers du palais; les lecteurs, les récitateurs des annales en vers; les acolytes, les historiographes en vers.
XVI. Or, la dignité épiscopale, selon [saint] Isidore, est divisée en quatre parties , dans la personne des patriarches , des ' archevêques, des métropolitains et des évêques.
XVn. La foi, qui nous vient des Apôtres, comme dit le pape Anaclet, est la tête et le gond des autres vertus; car, de même que la porte tourne sur le gond, ainsi toutes les églises se guident sur l'autorité de Rome ; et c'est pourquoi on a donné le nom de cardinaux [cardinales) (23) à ceux qui gouvernent toute ^i l'Eglise et sont pour elle ce que le gond [car do) est pour la ; porte, c'est-à-dire des régulateurs. Et le prélat, Tévêque de cette Eglise, qui est le Pape, c'est-à-dire le père des pères , est encore appelé l'Universel^ parce qu'il est le prince de toute l'Eglise, et on le nomme Père apostolique parce qu'il remplit la charge du prince des Apôtres, et le Souverain-Pontife parce qu'il est le chef (capwf) de tous les pontifes, qui de lui descendent comme les membres de la tête [a capite), et de l'abondance de qui tous reçoivent, qu'il appelle tous à partager sa sollicitude et non à posséder comme lui la plénitude de la puissance. 11 est, lui, Melchisédech , dont le sacerdoce ne peut être comparé aux autres.
XVlll. Patriarche, dans la langue grecque, signifie le plus grand des Pères , parce qu'il occupe le premier rang , c'est-àdire celui d'Apôtre ; et , comme il est revêtu de l'honneur suprême, voilà la cause pour laquelle on lui donne un pareil nom. Or, il y cinq patriarches : celui de Rome, celui de Cons-
byter seulement. (V. page 24 de notre Hist. du village de Châtenay-lez-Bagneux ! et du hameau d'Aulnay, dépendant de Châtenay; broch. in-S» raisin de 96'j pages.)
à rs
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tantinople, celui d'Antioche, celui d'Alexandrie et celui de Jérusalem. On l'apelle encore patriarche [patriarchà), comme si l'on disait en quelque sorte [pater arcœ ) père de l'Arche, c'est-à-dire de l'Eglise , ou bien le père des pères , le premier d'entre eux, car âp/wv en grec se dit en latin j^nnceps, prince. Le patriarche c'est Moïse, qui consacra Aaron pontife en l'oignant d'huile.
XIX. Le mot archevêque vient du grec ; il signifie qu'il est le souverain ou le prince des évêques. Il tient en effet la place des Apôtres, et gouverne tant les métropolitains que les autres évêques.
XX. Les métropolitains ou métropolites sont ainsi nommés (a métro) de la mesure et de l'étendue des cités^ car ils veillent sur chaque province dont les prêtres sont leurs sujets et leurs disciples, et, sans leur permission, les autres évêques ne peuvent rien faire. Le soin de toute la province leur a été commis, et ils doivent veiller sur elle avec sollicitude ; ce qui a fait dire au pape Pelage : « Sachez que toute province bien circonscrite c( a dix ou onze cités, et un roi, et autant de puissances subal- « ternes sous lui ; et un métropolitain , et dix ou onze autres « évêques sufFragants, qui sont les juges des fidèles. » On réfère au jugement des métropolitains toutes les causes des évêques, des autres prêtres et des autres cités. Et les membres de toutes les classes d'évêques et de supérieurs désignées plus
I haut sont appelés évêques, d'un seul et même nom. Mais il y en a qui se servent d'une appellation particulière pour mettre une distinction entre le genre de puissance qu'ils ont reçue chacun en particulier. On dira, au chapitre del'Evêque, d'où
' a été tiré le vocable d'épiscopat. Enfin, selon le pape Anaclet, « les primats et les patriarches ont divers noms, mais ils
' « jouissent des mêmes prérogatives et ont les mêmes devoirs
' « à remplir. » C'est pour cette raison que certains primats s'arrogent le nom de patriarches , comme celui d'Aquilée et celui de Granden (Grenade?). Et la primatie [primatia) a été
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ainsi appelée des prémices [a prîmiliis) de la conversion des peuples à la foi, que Ton a recueillies sur le lieu où plus tard on a établi les primats.
XXI. 11 l'ut décidé, dans le concile d'Afrique, que l'évêque du premier siège ne serait pas appelé prince des prêtres ou souverain prêtre, ou quelque autre chose de semblable, mais seulement l'évêque du premier siège. Le pape Pelage établit encore qu'aucun patriarche n'emploierait jamais le nom d'universalité ou d'universel, et que personne ne le lui donnerait dans les lettres qu'il lui écrirait, parce que si un seul patriarche s'appelle universel, le nom de cette dignité sera rabaissé chez les autres et leur sera soustrait. Ajoutez à cela que l'établissement des souverains-pontifes, des prélats et des autres prêtres a commencé dans l'Ancien-Testament et a été plus entière-^ ment consommé dans le Nouveau , car les grands prêtres et leurs inférieurs ont été établis de Dieu par Moïse, afin que le culte du Tabernacle fût perpétué par leurs successeurs au milieu des fils d'Israël. Et David institua de plus, pour le service de la maison de Dieu, les portiers et les chantres. Salomon eut l'idée [invenit) des exorcistes, comme on le dira au chapitre du Prêtre. L'Eglise a imité tout cela dans le Nouveau-Testament, comme on l'a déjà dit, car elle a des portiers qu'elle appelle concierges ; au lieu des chanteurs, elle a établi à la fois des lecteurs et des chantres ; elle a encore reçu des fils d'Aaron les exorcistes , en leur conservant leur nom et leur antique office. Tous ceux qui s'acquittent des fonctions et des devoirs du sacerdoce sous l'autorité du souverain-pontife ont été consacrés.
XXII. Parmi eux s*est élevée une distinction ; de sorte que les uns s'appellent simplement prêtres, les autres archiprêtres, les autres évêques , les autres archevêques ou métropolitains, les autres primats, les autres patriarches^ les autres souverainspontifes, comme il a été dit plus haut. Cette distinction a été établie surtout par les Gentils , qui appelaient leurs flamines
les uns simplement flamines, les autres archiflamines , les autres protoflamines, c'est-à-dire primats. Ces prêtres portaient sur leur tête un bonnet surmonté d'une petite baguette , avec laquelle ils chassaient les oiseaux des viandes offertes en sacri- I fice. Et ce bonnet était encore surmonté d'une houppe de laine; mais, comme ils ne pouvaient pas le porter pendant Tété, à cause de la chaleur, ils commencèrent à ceindre seulement leur front d'une bandelette de fil ( filum). ■ XXIII. C'est pourquoi on les nomma flamines {flamînes), à cause de ce bandeau de lin [a filo), comme si l'on eût dit en quelque sorte filamines ( dont flamînes est une contraction ) . Mais les jours de fêtes, déposant leur bandelette , ils se coiffaient , à cause de la majesté du sacerdoce , du bonnet dit flamen. Parmi les prêtres , la différence des plus grands et des plus petits a pris, dans le Nouveau-Testament, son origine du Christ lui-même, qui choisit , parmi les prêtres qu'il créa, les Apôtres pour le premier et plus grand degré , et les disciples pour les rangs plus bas et moindres. Pour Pierre , il Féleva {elegit) au rang de souverain-prêtre. Les Apôtres, à leur tour, suivirent la même marche dans chaque cité ; ils y ordonnèrent des évêques et des prêtres , comme on le dira au chapitre du Prêtre. Nous lisons que les Apôtres ordonnèrent des lévites ou diacres, ce qui a fait dire à saint Cyprien : ce Les diacres doic( vent se souvenir que le Seigneur a choisi les évêques et les « supérieurs » [prœpositos ) .
XXIV. Les Apôtres s'adjoignirent donc des diacres après l'ascension du Seigneur au ciel , et , dans la suite , l'Eglise établit dans son sein les sous-diacres et les acolytes. Et le canon du pape Clément témoigne en quels termes le bienheureux Pierre a commandé de placer des évêques , des primats ou des patriarches dans les cités où jadis , chez les païens ou Gentils ;, résidaient leurs flamines et les docteurs de la première loi. Et dans celles où étaient autrefois, chez eux, leurs archiflamines, qu'Us réputaient d'un ordre inférieur à leurs primats, dont
nous avons parlé plus haut, il commanda d'instituer des archevêques , et dans toutes les autres cités des évoques.
XXV. Le pape Anaclet établit qu'on mettrait et qu'on ordonnerait aussi des prêtres dans les hameaux [castella) et les -villages [villas). Au reste , on lit dans le Lévitique que la voix d'en-liaut dit à Moïse : « Dis à Aaron : Un homme de ta race « qui aura contracté une souillure per familias n'offrira pas « les pains à son Dieu , et il ne sera pas admis au saint minis- « tère, s'il est aveugle, boiteux; s'il a le nez petit ou grand ou « de travers, le pied brisé; s'il lui manque un bras ou une « main ; s'il est bossu , chassieux ; s'il a une taie dans l'œil , « une gale continuelle , une dartre vive sur le corps ; s'il est « pesant, s'il est débile ; parce qu'il ne convient pas de donner a à Dieu ce que l'homme dédaigne. » Ce passage nous enseigne quels sont ceux qu'on doit repousser de la cléricature.
XXVI. Or, les clercs tirent leur nom de xXîjpoç^ mot grec dont le sens en latin est sors ou hœr éditas (partage ou héritage), comme s'ils étaient en quelque sorte le partage du Seigneur, ou comme si le Seigneur était leur héritage, selon cette parole du prophète : « Le Seigneur est la part de mon héritage. »' D'où il est manifeste qu'ils ne doivent rien avoir hors Dieu; mais qu'ils reçoivent seulement les dîmes, les prémices et lesi offrandes qui sont les héritages du Seigneur, ou bien parce! qu'ils sont en quelque façon élus par le sort. Car, dans l'An-i cien -Testament et chez les Gentils, les clercs et les prêtrea étaient élus par le sort et par leur inscription sur les tablette» {libris); et-, dans le Nouveau-Testament, Math ias fut choisfl par le sort ; le premier clerc que l'on fit, ce fut Pettus. Le pape Iginius , le dixième depuis le bienheureux Pierre , composa le clergé et en distribua les rangs. A l'égard de la couronne des clercs, on doit faire attention à trois choses, savoir : la tonsure de la tête, la coupe des cheveux et la forme du cercle. Trois choses se rapportent à la tonsure de la tête ; ce sont : la conservation de la propreté, son altération et sa nudité. La conser-
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vation de la propreté, parce que c'est par les cheyeux que les ordures s'amassent sur la tête. L'altération, parce que les cheveux sont pour orner la tête ; la tonsure signifie donc la pureté d'une vie sans ornements ;, c'est-à-dire, au dehors, un habit ou extérieur qui ne soit pas recherché, selon [saint] Denys, dans sa Hiérarchie ecclésiastique. La rasure et la tonsure des cheveux, c'est aussi l'abandon de tous les biens temporels. Car les clercs doivent se contenter de la nourriture et de l'habillement, et posséder tout en commun. C'est pourquoi, selon FApôtre, « qu'ils n'entretiennent pas leur chevelure, » mais qu'ils rasent le dessus de leur tête en forme de cercle. Et la mise à nu de la partie élevée du chef [capitis), marque qu'il ne doit pas y avoir de mur entre nous et Dieu , afin que , la face du Seigneur nous étant révélée, nous contemplions librement sa gloire.
Nous rasons encore la tête des clercs, ne laissant de cheveux * qu'au bas et en forme de couronne, parce que la tête représente l'ame, et les cheveux les pensées du siècle. De même donc que l'on purifie le haut de la tête en le dégarnissant des cheveux, ainsi notre ame, afin de pouvoir penser aux choses élevées, c'est-à-dire aux biens du ciel, doit être débarrassée auparavant des pensées du siècle. Mais on ne dégarnit pas la partie inférieure du chef, parce qu'il n'est pas défendu de penser quelquefois aux choses du monde, sans lestre| quelles on ne peut vivre ici-bas. A l'égard de la coupe des cheveux , il est à remarquer que les clercs doivent retrancher I de leur ame toutes les pensées superflues.
XXVIL Or, les clercs doivent encore aller la tête tonsurée fit les oreilles découvertes , de peur que les cheveux , en croisdJjsant, ne couvrent leurs oreilles, et ne les empêchent de voir ;uii clair en tombant sur leurs yeux ; car nous devons veiller à ce roj que les pensées du siècle ne viennent pas à boucher les oreilles et les yeux de notre ame, et ne nous entraînent pas à la recherche si des biens de ce monde. C'est pourquoi nous coupons les che-
al
veux des clercs au-dessus des oreilles, afin qu'ils aient les cin([ sens de la tête libres et dégagés pour le service de Dieu. A juste titre donc il fut dit à Ezéchiel : «Les prêtres ne raseront « pas leur chef et ne nourriront pas leur chevelure ; mais ils « couperont leurs cheveux de temps en temps pour les tenir c( courts. » Or, comme dit [saint] Grégoire, dans le Pastoral (lib. II , cap. xvui) : ce Les cheveux que Ton voit sur la tête, « ce sont les pensées qui croissent dans notre ame. » Et ces cheveux qui s'élèvent insensiblement sur le sommet de la tête expriment les inquiétudes et les soins de la vie présente. Ces soins , que par un sentiment de négligence nous laissons parfois croître d'une manière importune, grandissent sans que nous le sentions en quelque sorte. Or donc, comme les prêtres, qui sont les chefs [duces) sacrés des fidèles, peuvent avoir Icf sollicitudes du dehors , et que cependant ils ne doivent pas s*y plonger avec force, on leur défend à juste titre de raser entièrement leur tête et d'entretenir leur chevelure , afin qu'ils ne retranchent pas entièrement d'eux les pensées qui occupeni le cœur des hommes qui sont sous le joug de la vie, et qu'il; ne se relâchent pas trop non plus en les laissant croître d'une manière désordonnée. Et l'on ajoute avec raison : (c Qu'il ' c( coupent leurs cheveux de temps en temps , pour les tenii j (( courts ; » comme si l'on disait en quelque sorte : «Afin qu'il: pourvoient aux soins de la sollicitude temporelle autant qu'i sera nécessaire ; et cependant qu'ils y coupent court au plu: vite, afin qu'ils ne s'accroissent pas d'une manière immodérée. > Lors donc que l'on a pourvu au soin et à la vie du corps pai l'administration des choses du dehors , et que , grâce à l'inten tion modérée du cœur , on n'en est pas embarrassé , alors le; cheveux demeurent sur la tête du prêtre pour couvrir la peau et on les coupe ensuite pour qu'ils ne lui bouchent pas le; yeux. Pour ce qui est de la forme du cercle ou de la couronne il faut savoir qu'elle a lieu pour beaucoup de raisons.