‹ Rational ou manuel des divins offices de Guillaume DurandChapitre 64 sur 128 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DES VÊTEMENTS OU DES ORNEMENTS DE L'ÉGLISE, DES PRÊTRES, DES PONTIFES ET DES AUTRES MINISTRES (a).

1. On ne doit pas se servir comme d'un vêtement habituel des vêtements sacrés, parce qu'ainsi que, selon la lettre, nous changeons d'habits, de même nous devons en agir aussi selon l'esprit. Donc, nous n'entrerons pas dans le Saint des saints avec les vêtements souillés de la vie commune ; mais nous toucherons les I Wo sacrements de Dieu avec une conscience pure et des vêtements lelpc chastes et consacrés : d'où vient que le pape Etienne statua qu'on ne se servirait des sacrés habits que dans les cérémonies ecclésiastiques et lors des offices que l'on célèbre en l'honneur de Dieu. Et Ezéchiel dit : ce Ils ne bénissaient pas le (( peuple avec leurs vêtements ordinaires. » Car la religion

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(a) Il nous eût été agréable de pouvoir donner à nos lecteurs le dessin exact des costumes de l'Eglise au xiii^ siècle; mais, malheureusement pour nous et pour eux, il y a si peu de données certaines sur les vêtements sacrés de cette époque, qu^ nous avons dû renoncera notre projet. Nous nous contenterons seulement d'indiquer aux curieux : les Monuments de la monarchie française, par Montfaucon, 5 vol. in-folio; le Voyage littéraire de deux bénédictins (Durand et Martène), 2 vol. in-4o;D. Claude de Vert, Explication... des cérémonies de l'Eglise, la dernière édition, en 4 vol. in-S»; le Voyage liturgique en France du sieur de Moléon (Le Brun des Marètes), 1 vol. in-8o; les Vitraux de la cathédrale de Bourges et les Mélanges d'archéologie, etc., par les RR. PP. Arthur Martin et Cahier. A la Bibliothèque impériale , on pourra voir les miniatures des manuscrits suivants: le Missel de saint Louis; les Miracles de la Vierge, par Gautier de Coinsy; les exemplaires du Rational du xiiie siècle; et les Bibles moralisécs, de la même époque. On peut lire aussi avec fruit les remarquables travaux de M. Victor Gay sur les ornements sacrés (Annales archéologiques).

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divine a un costume pour les offices de l'Eglise , et un autre pour l'usage ordinaire de la vie , afin de montrer à tout le peuple chrétien l'exemple d'une bonne vie, et comment, après s'être d'abord lavés de leurs souillures , ils deviennent de nouveaux hommes aux yeux du Christ. En effet, le prêtre dépouille le vieil homme avec ses actes, et revêt alors le nouveau, qui a été créé selon Dieu. Par les vêtements aussi dont nous nous servons seulement pour célébrer les saints mystères, nous entendons qu'on ne doit pas les révéler tous au peuple. Et remarque qu'au temps de Louis , empereur, fils de Charles-le- Grand, les évêques et les clercs déposèrent leurs ceintures tissues d'or, leurs habits recherchés et les autres ornements du siècle.

II. Et les sacrés vêtements paraissent avoir été pris de Tancienne loi ; car le Seigneur recommanda à Moïse de faire à Aaron^ prêtre, et à ses fils, des habits saints pour le glorifier et pour l'honorer, afin qu'après s'être lavés et revêtus des sacrés vêtements ils s'acquittassent de leur charge dans les cérémonies (Exode, XXVII, xxxi, xxxv et xl cap.). Le Seigneur instruisit aussi Moïse, pendant quarante jours, à faire les vêtements pontificaux et sacerdotaux pour ses prêtres et ses lévites, et encore des ornements et des linges. Marie tissa et fit ce qui devait servir à l'usage du ministère dans le tabernacle de l'Alliance; et l'Ecclésiastique (cap. xlvii) dit, en parlant de David : (( Il rendit les fêtes plus brillantes, etc. » Il y a cependant d€§ ornements empruntés aux apôtres, et ils désignent Celle [la sainte Vierge] que ses vertus ont rendue digne de coopérer au mystère de l'Incarnation.

III. Or, le pontife sur le point de célébrer ôte ses habits de tous les jours, et en revêt de purs et de sacrés. D'abord, il chausse des sandales , afin de se souvenir de l'incarnation du

t Seigneur. Secondement, il se met un amict^ afin de comprimer ses mouvements et ses pensées , ses lèvres et sa langue , pour que son cœur devienne pur lorsqu'il recevra dans ses entrailles

l'Esprit de justice qui le renouvellera. Troisièmement , une robe blanche [l'aube], afin de persévérer dans la pureté de la chair. Quatrièmement, la ceinture, pour mettre un frein à l'impétuosité de la luxure. Cinquièmement^ l'étole, en signe d'obéissance. Sixièmement, la tunique couleur d'hyacinthe, c'est-à-dire la conversation et la. vie célestes. Septièmement, il met, par-dessus, la dalmatique, c'est-à-dire la sainte religion et la mortification de la chair. Huitièmement, les gants, afin de rejeter la vaine gloire. Neuvièmement, l'anneau, afin de chérir sa fiancée [sponsam), c'est-à-dire son Eglise, comme lui-même. Dixièmement, la chasuble, c'est-à-dire la charité. Onzièmement, le suaire , afin d'essuyer avec la pénitence tout ce qu'il commet de péchés par fragilité ou par ignorance. Douzièmement, il met, par-dessus, le pallium, afin de se montrer imitateur du Christ, qui a supporté nos langueurs. Treizièmement , la mitre, afin d'agir de telle sorte qu'il mérite de recevoir la couronne éternelle. Quatorzièmement, le bâton pastoral, c'est-à-dire l'autorité de la puissance et de la doctrine. Et, ensuite , il foule les tapis sous ses pieds, afin d'apprendre à mépriser la terre et à aimer les biens du ciel. Et, toutes ces choses étant accomplies comme on l'a dit, le prêtre est revêtu de ses habits par ses ministres , parce que les anges l'aident de leur secours, afin qu'il revête les vêtements spirituels, ou parce qu'il est le vicaire (6) du Christ, que servent les anges et à qui ils donnent toutes choses. Le pontife regarde encore vers l'aquilon , quoiqu'il lui soit plus convenable de se tourner vers l'orient ou vers l'autel; et il agit pourtant ainsi, et il peut regarder de ce côté, comme un avocat et comme un athlète sur le point de combattre avec l'antique ennemi. Il se revêt alors des vêtements sacrés comme d'autant d'armes, selon la parole de l'Apôtre, et comme on va le dire.

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