‹ Rational ou manuel des divins offices de Guillaume DurandChapitre 69 sur 128 · DE L'ÉTOLE OU STOLE {STOLA · texte numérisé non relu

DE L'ÉTOLE OU STOLE {STOLA

I. Après le cordon, le prêtre se met sur le cou Yorarium ou l'étole^ qui signifie que « le joug du Seigneur est léger, » ou qui est elle-même le joug des préceptes du Seigneur, afin de montrer à tous qu'il a reçu le joug du Seigneur. Il se la met après l'avoir baisée, et Tôte avec la même cérémonie, pour marquer la volonté et le désir avec lesquels il se soumet à ce joug. Et les deux bouts de l'étole, qui descendent de son cou devant lui , ornent le côté droit et le côté gauche , parce que le prêtre doit être fortifié par les armes de la justice à droite et à gauche, c'est-à-dire dans la prospérité et dans l'adversité , de manière à ce que l'une ne le brise pas et l'autre ne l'enorgueillisse pas. D'où vient aussi que ^ quand le prêtre reçoit l'étole , lors de son ordination, l'évêque lui dit : « Reçois le joug de Dieu. » Or, son joug est suave et son poids est léger ; il est suave dans la prospérité , léger dans l'adversité.

1 II. Certes ! l'étole s'étend jusqu'aux genoux, qui se courbent, [pour montrer que nous devons être doux de cœur et humbles. [Elle signifie encore la patience, dont il est écrit : ce La patience

(( voTis est nécessaire pour attendre TefTet des promesses éter- « nelles. » Et encore : « Gardez et maintenez vos âmes dans « la patience. y> C'est aussi pour cela que Ton unit par des nœuds, à droite et à gauche , l'étole avec la ceinture ouïe cordon , parce que l'on est associé entre soi , et aidé par les vertus, afin de n'être ébranlé par aucun choc de la tentation, et pour nous montrer que , tant dans l'adversité que dans la prospérité, on doit porter le joug du Christ avec patience, étant unis ensemble par le ciment [glutino) de la charité. Et il y a des pontifes qui ajoutent aux paroles rapportées ci-devant : « Que le Seigneur te revête de la stole ( rohe ou étole ) de l'in- <( nocence ; » ce qui regarde la robe [stolam) primitive , symbole de l'innocence chez nos premiers parents.

III. Lors de l'ordination du prêtre, on replie l'étole de l'épaule gauche au côté droit du récipiendaire , parce que , de même que l'obéissance commence par les actes , c'est-à-dire par là dilection du prochain , de même aussi elle s'élève à la vie contemplative par la dilection de Dieu. Or, la longueur de rétole symbolise la persévérance , ses deux bras pendants signifient la prudence et la tempérance ; ce qui fait que l'Apôtre dit à Titc (chap. m) : c^ Vivons sobrement, justement et pieuce sèment, etc. » Mais, selon le décret du Concile de Braga [Bracharemis), (xxiii, distinct. Ecclesiastica) , le prêtre doit d'un seul et même orarium couvrir et défendre à la fois son cou et l'une et l'autre épaules, après en avoir formé la croix sur sa poitrine,, afin qu'il apparaisse tel qu'un homme auquel il est recommandé de demeurer imperturbable au milieu de la prospérité et de l'adversité, toujours entouré comme d'un mur, sur l'une et l'autre épaules, des ornements des vertus dont nous avons parlé. Et si quelqu'un en agit autrement à l'égard de cela, il est soumis de droit à l'excommunication , à moins, pai hasard, que l'on dise que ce décret est abrogé par la coutume opposée de l'Eglise universelle ; car ce n'est pas partout qu( l'on plie les deux parties de l'étole devant la poitrine, en fa-

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çon de croix. Et le prêtre porte la croix sur la poitrine lorsqu'il imite, dans son ame, les exemples de la passion du Christ, dont il est le ministre. C'est pourquoi Vorarium est à la fois un joug et un fardeau ; un joug pour les prêtres, un fardeau pour les diacres ;

IV. D'où vient qu'aux prêtres on le met autour du cou, et aux diacres sur l'épaule gauche. Car, de même qu'on porte un joug sur le cou, ainsi l'on porte les fardeaux sur les épaules. Lis dans le Lévi tique, et tu verras les seuls lévites destinés à porter des fardeaux. Pour les diacres aussi, l'étole signifie un joug y comme on l'a dit dans la seconde partie, où l'on traite du Diacre. On place encore l'étole sur l'épaule gauche du diacre , parce qu'il convient d'asservir les choses du temps à celles de l'esprit, ou bien parce qu'il faut que la droite du diacre soit libre et dégagée , afin qu'il assiste le prêtre avec plus de facilité. C'est ce de quoi Ton a aussi parlé en cet endroit.

V. Le prêtre ceint l'étole sur ses reins, afin qu'ennemi des passions qu'il est, il soit fort et plus dégagé. Parfois, cependant, on replie seulement sur le bras gauche la partie de devant de l'étole ; ce qui a été tiré et imité des prêtres de l'ancienne loi, qui, lorsqu'ils sacrifiaient, rejetaient les extrémités de leur baudrier sur leur épaule. Mais pour l'évêque ou le prêtre, les deux bouts de l'étole pendent également par devant des deux côtés, parce que le Christ, dont ils réproduisent le^type, et qui se montra d'une égalité d'ame constante dans la prospérité et dans l'adversité (que représentent la gauche et la droite), désirait conduire les habitants de la terre au ciel, que toujours il plaçait devant les yeux de leur ame.

VI. Et on a appelé l'étole orarium^ parce que, bien qu'il soit permis aux prêtres de baptiser, de bénir et de faire bien d'autres choses en priant [orando), sans les autres ornements, il ne leur est pourtant pas permis de rien faire de tout cela sans Vorarium, à moins qu'ils n'y soient obligés par une grande né-

ccssité. On lit dans le Concile de Tihur , rapporté par Bucard, liv. vi, au chapitre Preshylerl : a Que les prêtres n'aillent pas sans être revêtus de la stole ou de Voi^arium {stola orariove). » Et il est à remarquer que, très-anciennement [antlquitus)^ la stola était un vêtement blanc (pii tombait jusqu'aux pieds, et dont les patriarches usaient avant la loi. Les premiers nés, ou les aînés d'une famille, la revêtaient lorsqu'ils recevaient la bénédiction de leur père et offraient des victimes à Dieu, comme les pontifes. Mais, après que l'on eut commencé à porter Taube, la slole fut changée en collier. Par la première stole y on entend l'innocence qui fut dans le premier homme. Mais, lorsqu'il l'eut perdue par le péché, il fallut qu'il l'a recouvrât par le sacrifice d'un veau gras. Donc, comme il faut que { nous, qui sommes tombés par la désobéissance, nous ressuscitions par l'obéissance c'est à juste titre que, pour recouvrer le vêtement de l'innocence , nous subissons le collier de l'obéissance. Car, en recevant l'étole dont nous nous servons maintenant, nous avons promis d'obéir à l'Evangile du Crucifié.

VII. Enfin, en ce qui se rapporte à notre chef, c'est-à-dire au Christ, l'étole, qui par-dessus l'amict tombe sur le cou du prêtre , signifie l'obéissance et la servitude que le Seigneur a subies pour le salut de tous les siens. « Car, lorsqu'il avait la « forme et la nature de Dieu, il n'a point cru que ce fut pour (( lui une usurpation (a) d'être égalé à Dieu. Il s'est encore « anéanti lui-même en prenant la forme et la nature de l'es- « clave, se rendant obéissant jusqu'à la mort, la mort même « de la croix. » Certes ! ce ne fut pas son origine, ce ne furent pas non plus ses œuvres qui furent la cause de sa mort. L'étole représente la corde avec laquelle Jésus fut lié à la colonne.

Vin. Il fut établi dans les canons (xxui , distinctione Non oportet) et dans les deux suivants, « que les sous-diacres, les lecteurs et les psalmistes ne se serviraient pas des orarium ou étoles. »

(a) Rapinam est plus fort.

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