DU MANIPULE
I. Mais, parce que souvent la tristesse se glisse en secret dans les âmes bien disposées et dévouées au culte de Dieu , et que , par la torpeur qui en est la résultat, elle rend l'ame assoupie, ce qui a fait dire au Psalmiste : « Mon ame a sommeillé à « cause de son ennui, » c'est pourquoi on place à la main gauche du ministre qui va célébrer le saint sacrifice de l'autel une serviette [manipula) (a), que l'on appelle fanon [fanum) (6), manipule [manipulus) (c), ou suaire [sudarium) {d)^ afin qu'il essuie
(a) Manipula a parfois le sens de baculus, un bâton : [Homo quispiam.... damnatis quinquennio luminibus , illico ut ante sancta sanctorum manipula régente pervenit, amissum... lumen resumit.] (V. Hist. translat. S, Sébastian!, mart., c. 12, n. 60») Ce mot signifie encore la mitre épiscopale, et une petite nappe ou serviette ( mappula , mantile ) ; enfin , une truelle de nniaçon ; mais ici nous devons nous arrêter au sens de serviette. [Ad hoc habent cultellos, quibus eos (panes) radant, et prœparant , et ad. hoc manipulas quas prius ad collum suspendunt, ut, dum raserint et paraverint ipsos panes, possint contra pectus honeste reclinare.] (V. Bernardi, mon. ord. cluniac, part. I, c. II, apud Du Gange, voce Manipula^ nos i, 2, 3 et 4.)
(6) Et mieux : fano, phano, fanonus, etc. Ce mot a le sens de nappe (mappa), de corporal ; c'est à ce dernier sens, et tel que l'explique Raban Maur (De ïnst. cleric, lib. 1, c. 18), que nous nous arrêtons : [Mappula, sive mantile , dit-il, sacerdotis indumentum est, quod vulgo phanonem vocant, quod ob hoc eorum tune manibus tenetur, quando missœ officium agitur, ut paratos ad ministerium mensœ Domini populus conspiciat.] De fano est venu fanon. « Jadis, dit Du Gange (in Gloss., voce Phano), les fanones étaient faits de lin, non de drap, et comme une petite serviette blanche. »
(c) Appelé aussi sudarium (suaire , mouchoir pour s'essuyer la figure, a sudore). [Manipulus est ornamentum manus,] dit Guillaume-le-Breton (m Vocabul.) Et Anastase, en la Vie de saint Zozime : [Fecit constitutum, ut diaconi lœvas tectas haberent de palliis {id est manipulis vel mappulis) linostinis (de lin). (V. Du Cange, voce Manipulus.) Manipulus a aussi le sens de gerbe, sur quoi repose l'application d'un passage de David faite par Durand au manipule du prêtre. [Venientes autem venient cum exultatione, portantes msinipulos suos. ]
(d) Sudarium, autrement mappula, et manipulus. (V. Amalaire, 1. 2, De Ecoles, offic, c. 24.) — C'est aussi un voile de tête, un drap servant à ensevelir; enfin , un mouchoir pour arrêter la sueur de. la tète et du cou.
la sueur de son anic, et qu'il secoue le sommeil de son cœur ; enfin, qu'il praticiuc les bonnes œuvres avec une très-grande vigilance, après avoir chassé loin de lui l'ennui et la torpeur. 1 Car le manipule désigne les bonnes œuvres et la vigilance, \ dont le Seigneur a dit: « Veillez, parce que vous ne savez à « quelle heure le Fils de l'homme doit venir. » C'est pour cela que l'Epouse dit, dans les Cantiques :* « Je dors, et mon cœurj « veille. » Le suaire désigne aussi la pénitence , avec laquelle on se relève des chutes qu'occasionnent les fautes de chaque jour et l'on sort de l'ennui que cause la vie de ce monde , ennui dont il est dit : « Mon ame a sommeillé à cause de son en-' (( nui ; » car Tame des pécheurs est triste, à cause de la tor-' peur et de l'infirmité où est plongée leur conscience. Le manipule est encore le symbole de la récompense et des biens à venir; d'où vient qu'en certains lieux, chaque fois qu'on se sert d'aubes, on porte des manipules pour signifier que chacun recevra dans cette vie la récompense qui lui est propre : « Et <( ils marcheront, ils marcheront pleins de joie et portant leurs, « gerbes (manî/)u/os). C'est encore parce que le manipule désigne la pénitence, que le suaire du sous-diacre appartient plus particulièrement à la charge du prêtre ; car là où le péché a, été le plus grand , là aussi on attend un plus grand fruit de pénitence. On parlera encore, et plus bas, du suaire.
II. Assurément, les ministres de l'autel portent le manipule' au bras gauche, pour marquer qu'ils doivent être resserrés pour les choses de la terre, mais libres pour acquérir les biens célestes. Et les anciens n'étaient pas astreints à cela, parce qu'ils servaient Dieu en vue des biens temporels. C'est pour marquer encore que dans cette vie, représentée parle bras gauche, nous devons souffrir l'ennui de Thumeur superflue, c'està-dire du penchant au plaisir, ainsi que les autres exubérances de Tame. Ajoutons à cela que le manipule sur le bras gauche désigne la foi que nous devons avoir, pendant cette vie, à la vie du ciel.
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m. L'usage du manipule n'a pas été emprunté d'Aaron, nais des anciens Pères, parce que (comme on le lit dans le latyrologe de Bède) , Arsène portait toujours un suaire dans on sein ou à sa main , pour arrêter le cours abondant de ses armes. Les saints Pères avaient aussi, quand ils disaient la ainte messe et quand ils administraient les sacrements , des napellœ^ c'est-à-dire de petites nappes [parvœ mappœ), et des inges sur les mains , tant pour se les essuyer que pour se les îouvrir par respect pour les espèces sacrées qu'ils touchaient. IV. Enfin, pour ce qui se rapporte à notre chef [capiti)^ qui îst le Christ , le manipule que le prêtre porte à gauche désigne les palmes que le Christ remportait sur son passage. Car 6 manipule désigne la récompense et le prix du travail, selon :e qu'on lit : « Et ils viendront, ils viendront pleins d'alléx gresse, portant leurs gerbes [manipulos suos). » Par la gauîhe , nous entendons celte vie présente , selon cette parole : ( Sa main gauche soutient ma tête , et sa droite m'embras- ( sera. » Et le Christ jouissait et méritait tout à la fois :• il jouislait dans le ciel , demeure de son Père [in pairia), et méritait lans son voyage [in via) sur la terre. Car il saisissait en même emps le rameau du triomphateur , et parcourait le stade de 'athlète, parce qu'il était en même temps dans sa patrie et pur la route qui y conduit, a Personne, dit-il, ne monte dans < le ciel que celui qui est descendu du ciel , le Fils de X l'homme qui est dans le ciel. »
V. Le manipule représente aussi la corde de chanvre dont îésus, après avoir été pris par les Juifs, fut lié. Ce qui a fait lire à [saint] Jean (chapitre xviii) : « Ils le saisirent et le hè- X rent. » Or, on a coutume de ne donner le manipule au Pon-
Iife romain qu'après qu'il a revêtu la planète (chasuble) ; ce lui a été observé par plusieurs auteurs, et dont on parlera lans la quatrième partie , au chapitre de la Confession du prêre , ou du Confileor.
VL Et il est à remarquer que le diacre et le sous -diacre
aident et servent sans manipules le pontife [Vévc'que) , quand il se revct ou se dépouille des sacrés vêtements : premièrement, pour remplir leur charge d'une manière plus dégagée et plus libre ; secondement , i)Our marquer que dans un tel service on ne doit pas rechercher le fruit temporel que signifie parfois le manipule , selon celte parole du Psalmistc : a Venientes c( aulem , etc. » Encore, lorsque le pontife s'habille ou se déshabille, le diacre se tient debout à sa droite, et le sous-diacre à sa gauche, parce que le diacre, par le rang qu'il occupe, a été choisi pour exécuter de plus fortes et de plus grandes choses (symbolisées par la droite) que le sous-diacre.