DE LA MITRE
I. Après que Févêque a revêtu la planète, on lui met sur la 3te la mitre, qui remplace la cidaris, la tiare et le diadème, elon cette parole : (( Seigneur, tu l'as couronné de gloire et ; d'honneur. » Mais, d'après la concession que lui en a faite empereur Constantin (xcvi, dist. Constantinus) ^ le Pape a i couronne , Vhomophorium [frigium lorum) , le surhuméral, 1 chlamide de pourpre et la tunique d'hyacinthe.
II. Or, la mitre désigne la science de l'un et l'autre Testalents, car ses deux cornes sont les deux Testaments. : celle de evant, le Nouveau; celle de derrière, l'Ancien, que l'évêque oit savoir tous les deux par cœur [memoriter) (xxii quaest., ^rima episcopus)^ et dont il doit frapper, comme avec deux ornes, les ennemis particuliers [inimicos) delà foi. L'évêque oit, en effet, se montrer armé de cornes à ceux qui sont sous a juridiction, ainsi que Moïse lorsqu'il descendit du mont Silaï et que, portant les deux tables du Témoignage, il apparaisalt cornu à Aaron et aux enfants d'Israël , à la suite de son enretien avec Dieu, comme on le lit dans l'Exode , cliap. xxxiv. lais certains hérétiques condamnent la mitre et ses cornes, insi que l'évêque qui la porte, prétendant, pour fomenter
(c) « Isaac dit [a Jacob] : Approche-toi d'ici, mon fils, afin que je te touche, tque je reconnaisse si tu es mon fils Esaû ou non. Jacob s'approcha de son •ère, et Isaac, l'ayant tâté, dit : Pour la voix, c'est la voix de Jacob ; mais les ïiains sont les mains d'Esaû. » Tel est le récit de la Genèse (cap. ii, v. 21 !t 22). L'incarnation de notre Seigneur est venue expliquer le sens de ce pasâge, si difficile à comprendre autrement que dans le sens mystique.
leur erreur, que [saint] Jean dit, dans l'Apocalypse : « Je vis une c( autre bète qui montait de la terre et avait deux cornes sem- « blables à celles de TAj^neau, mais elle ])arlait comme le dra- « gon. » Et les deux fanons garnis de (ranges ([ui pendent par derrière, ce sont l'esprit et la lettre.
m. Les deux susdits fanons ou cordons, servant à serrer la mitre sur la tête de l'éveque, marquent encore qu'il doit être prêt à expliquer et à faire comprendre les saintes Ecritures, tant dans le sens mystique que dans le sens historique. A Textrémitc de ces bandelettes sont des franges de couleur rouge, qui marquent quelle doit être sa promptitude à défendre la foi et la sainte Ecriture, même jus/ju'à répandre son sang pour elles. Elles pendent sur ses épaules, pour marquer qu'il doit montrer dans ses actions ce qu'il prêche par ses discours; car, de même que dans les épaules aucune place n'est plus élevée qu'une autre pour travailler ou pour porter un fardeau, ainsi elles désignent convenablement les œuvres que le prélat doit faire.
IV. Le cercle d'or, qui embrasse la partie postérieure et antérieure de la mitre , indique que tout écrivain instruit de la science du royaume des cieux doit tirer « de son trésor des u choses neuves et anciennes » (saint Mathieu, xin). Que l'éveque prenne donc soigneusement garde de ne pas vouloir être maître avant d'avoir appris à être disciple , de peur que, (( si un aveugle conduit un autre aveugle, tous deux ne tomc( bent dans le fossé. » Car il a été écrit par le Prophète : « Tu as repoussé la science, et moi je te repousserai, afin que <( tu ne remplisses pas les fonctions de mon sacerdoce. » La mitre, par sa forme allongée en haut, ne désigne pas avec moins de justesse l'élévation de la science ; car l'éveque doit tellement surpasser en science ceux qui lui sont confiés , qu'en comparaison de lui les autres soient, à juste titre, appelés son troupeau. Les deux fanons qui pendent par derrière désignent un double souvenir : le premier, des actes divins, de peur que.
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méprisant lorsqu'il célébrera, il ne soit puni de cet oubli. )ù vient aussi que dans l'Ancien-Testament celui qui de- X offrir le sacrifice avait son vêtement entouré de sonnettes, Q que, par leur son, il fût reçu par Fange préposé à la garde temple s'il en était digne, ou repoussé par lui s'il en était ligne. Le second souvenir, c'est celui de ses péchés, afin 'il en ait de la componction.
V. La mitre, qui est parfois de lin et blanche, signifie la mcheur et la pureté de la chasteté. De là vient que cet orment est très-nécessaire à la tête , où sont les racines des iq sens du corps, par la corruption desquels la chasteté est ilement violée. 11 y en a aussi quelques-uns qui disent que mitre du pontife représente la couronne d'épines ; et de là nt que le diacre , à l'office de la messe , oii le pontife figure Christ pendant la passion, lui met la mitre et la lui ôte, rce qu'il a, par sa charge , le droit de lire l'évangile, dans leel on lit que le Christ fut couronné d'épines. Les deux cors sont les deux préceptes de la charité. Donc le pontife met mitre parce qu'il comprend qu'il doit préserver des séducns du monde les cinq sens, afin de conserver les préceptes 5 deux Testaments et de remplir les deux préceptes de la arité, pour mériter de recevoir la couronne éternelle. Mais autres prêtres et les clercs, en général, ne se couvrent tête d'aucun ornement, quoique, dans les jours de fêles, soient, après eux, parés de tous les autres ornements dans itleur corps, parce que maintenant notre joie n'est pas enre pleine et entière ; car nous nous réjouissons non dans la îlité des biens du présent , mais dans l'espérance des biens turs , parce que maintenant nous nous efforçons d'arriver à ntcmpler Dieu face à face et sans voile. YL Assurément, on doit se servir d'une mitre d'orfroi deiis Pâques jusqu'à l'Avent, et depuis la Nativité du Seigneur squ'à la Septuagésime dans toutes les fêtes doubles, et des !uf leçons pendant toute l'année , si ce n'est pour la fête des
Innocents , comme on le dira au chapitre des Couleurs ; et les dimanches des temps dont nous avons parlé plus haut, et généralement toutes les fois qu'on chante le Gloria in excelsis et le Te Deum laudamus. Car, comme on les chante dans les jours des festivités , où nous rappelons à notre mémoire la vertu et l'allégresse générale comme étant spéciale au chef et à ses membres, ainsi qu'on le dira dans la préface de la septième partie, nous nous servons alors, ajuste titre, de la mitre d'orfroi , parce que l'or et l'éclat des pierres précieuses représentent la joie. Mais dans les jours des jeûnes on ne doit pas s'en servir, par la raison qui suit : parce que, comme ces jours sont consacrés à effacer nos péchés, que nous devons alors rappeler à notre mémoire, on ne doit pas faire ou porter alors des choses qui marquent l'allégresse, mais plutôt l'humilité et l'affliction.
VII. Mais dans les autres temps on doit se servir régulièrement non d'une mitre d'orfroi, mais d'une mitre simple ; par exemple, depuis l'Avent jusqu'à la Nativité [de N. S.]. Cependant le seigneur Pape se sert d'une mitre d'orfroi le dimanche de Gaudete et depuis la Septuagésime jusqu'à Pâques, et le dimanche de Lœtare^ Jérusalem^ comme on le dira au chapitre des Couleurs, et aussi dans la cinquième férié de la Cène du Seigneur (le Jeudi saint), à l'office de la messe seulement, et le Samedi saint à la messe. Il en est de même aux fêtes des trois leçons de ce temps et dans toutes les vigiles où a lieu un jeûne solennel, et aux Quatre -Temps et aux Rogations. Cependant le seigneur Pape s'en sert à la fête de saint Marc, à la messe seulement. Il en est de même pour l'office des Morts.
YllI. 11 est aussi à remarquer que le pontife romain , en signe de l'empire , se sert du regnum, c'est-à-dire de la couronne impériale, et, en signe du pontificat, de la mitre. Mais il se sert toujours et partout de la mitre, mais non pas toujours ni partout du regnum, parce que l'autorité du pontife est à la fois plus grande, plus convenable et plus étendue que le pouvoir
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impérial. Car, parmi le peuple de Dieu, le sacerdoce a précéié la royauté^ comme Aaron, le premier pontife, a précédé Saiil, le premier roi, et Noé, Nembroth; parce que, comme 3n le lit , le commencement du royaume de Nembroth fut à Babylone ; mais Noé éleva un autel au Seigneur et offrit des holocaustes dessus. Or, le seigneur Pape ne se sert du regnum ju'à certains jours et qu'en certains lieux ; jamais dans l'église, mais dehors.
IX. Enfin, pour ce qui se rapporte à notre chef ( capiti), qui 3st le Christ, la mitre du pontife représente ce que le Prophète , parlant du Fils, dit au Père : « Seigneur, tu l'as cou- (( ronné de gloire et d'honneur, etc. » C'est ce nom qui est au-dessus de tout nom, afin « qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers. » Car le nom du Seigneur était gravé sur la lame d'or qui ceignait le front du pontife , le TSTpaypàpfxarov, dont nous déclarerons le mystère dans le chapitre des Ornements de l'ancienne loi. Donc, par la mitre qui couvre la tête nous comprenons cette suprême glorification du Christ^ qui, à cause de sa divinité, est due à son humanité ; car, à cause de son pied on en adore l'escabeau : (( Adorez ( dit le Psalmiste ) l'escabeau de ses pieds , « parce qu'il est saint. »
X. Et remarque que, comme le dit le pape Zacharie {De consecrat.f distinct, i, Nullus), « l'évêque qui s'avance à l'autel pour prier, ou qui se tient debout devant la table sacrée, ou répand ses prières devant Dieu , dépose sa mitre et son bâton [pastoral] , parce que l'Apôtre défend aux hommes de prier la tête voilée dans l'église , afin que, le voile étant tiré de devant leur face, ils contemplent la gloire du Seigneur. » Mais quand il se tourne vers le peuple pour le prêcher, il reprend les insignes qui doivent le rendre redoutable à ses yeux. De là vient aussi que Moïse plaidait la cause du peuple auprès de Dieu par ses prières , mais devant le peuple celle de Dieu le glaive en main.
XI. En dernier lieu, remarque que certains évoques bénissent solennellement à la messe et à Tautel, mais encensent après avoir ôté la mitre. Mais d'autres le font avec la mitre en tête. Les premiers sont mus par la raison qu'en bénissant solennellement ils s'acquittent d'une fonction divine et que Dieu bénit par leur ministère ; vois les Nombres, au chapitre vi , sur la fin, oii il est dit : (( Ils invoqueront mon nom sur les fils d'Is- (c raël, et je les bénirai. » Mais l'encensement de l'autel signifie les prières. L'Apocalypse, au chapitre viii, dit : a La fumée « s'éleva des encensoirs où brûlaient les prières des saints. » Or, comme dans les oraisons l'évêque plaide la cause du peuple devant Dieu , voilà pourquoi il doit faire cela avec respect, après avoir d'abord ôté sa mitre. Mais les seconds considèrent que la bénédiction et l'encensement ne sont pas essentiels à la consécration du corps du Christ, mais appartiennent à la solennité , et voilà pourquoi ils font les deux choses avec la mitre, afin que par là on les distingue des simples prêtres. Mais,, quoique l'évoque ait plus de part que le simple prêtre à ces choses qui appartiennent à la solennité , comme pour les ornements et le reste, il n'en a pas cependant [plus] dans ce qui regarde la consécration même. Et cette seconde conduite paraît moins suffisamment expliquée que la première ; car, d'après ce principe, on ne quitterait la mitre, pendant la messe, que quand on prononce les paroles à l'émission desquelles a lieu la transsubstantiation des espèces.