‹ Rational ou manuel des divins offices de Guillaume DurandChapitre 91 sur 128 · DES PRINCIPAUX AUTELS DES ÉGLISES · texte numérisé non relu

DES PRINCIPAUX AUTELS DES ÉGLISES

On a donné divers noms honorables à la table des autels. Saint Jacques (1) l'appelle cœlestis mensa (la table céleste); saint Grégoire de Nysse (2) et le pape Nicolas P^ (3), mensa sancta (la table sainte) ; saint Optât (4), « le siège du corps et du sang de J.-C, d'où les justes reçoi- « vent le gage du salut éternel , la défense de la foi et l'espérance de la « résurrection; » saint Augustin (5) et saint Léon (6), mensa sacra (la table sacrée); Théodoret (7), mensa mystica (la table mystique); et Siméon, archevêque de Thessalonique (8), « le Saint des saints, la « chaire et le siège de Dieu, le repos, le propitiatoire et la boutique (( (officina) du grand sacrifice, le tombeau de J.-C, et le tabernacle de « sa gloire. »

« On veut aujourd'hui , dit Thiers (9) , que la table des autels soit de « pierre , quoique pendant sept siècles elle ait été indifféremment d'or, « d'argent, de pierre ou de bois. »

Siméon, archevêque de Thessalonique (10), qui vivait au XIV^ siècle, nous apprend que de son temps les autels étaient en pierre , et voici la raison mystique qu'il en donne : k C'est parce que la table de l'autel, faite d'une pierre, représente J.-C, qui est appelé pierre, comme étant notre fondement et la principale pierre de l'angle de notre édifice, et que la pierre d'où découlèrent les eaux qui servirent à étancherla soif des Israélites dans le désert en était la figure. » Avant le XIV^ siècle les autels étaient indifféremment des matières dont nous avons déjà parlé.

Notre Seigneur fit la cène sur une table de bois. Durand (11) fait men- I lion d'un autel de terre construit en Provence par les trois Marie et

(1) In Liturgia ipsi tributa.

(2) Orat. in bapt. Ghristi.

(3) Epist. 2.

(4) L. 4, De Schismat. Donatist.

(5) L. 1, contra Pelagian., c. 24.

(6) Serm. 6, De jejun. septimi mensis.

(7) Serm. 10, DeProvid.

(8) L. De Templo et Missa.

(9) Dissertation sur les principaux autels des églises, cap. 1, p. 1.

(10) Ut supra.

(11) L. 1, Rational. div. off., c. 7, n» 28.

sainte Marthe. C'est le seul exemple d'un autel do ce genre que nous ayons trouvé jusqu'ici.

11 n'est pas certain (\\ic saint Sylvestre ait ordonné que les autels seraient de pierre (1) ; car l'ancien autel de l'église de Saint-Jean-de-Lalran, à Rome , était de bois , en forme de coffre (2) , à cause qu'il était plus aisé à transporter d'un lieu à un autre pendant les persécutions.

Lorsque la paix eut été rendue à l'Eglise, sous Constantin, on fit des autels d'or et d'argent, enrichis de pierreries, et les plus magnifiques du monde.

Ainsi il a été permis, pendant sept siècles, de dire la messe sur des tables de bois , de pierre , d'or ou d'argent ; au lieu qu'aujourd'hui on ne peut dire la messe que sur des tables de pierre, ou, si on la dit sur d'autres tables, il faut au moins qu'il y ait des autels portatifs de pierre au milieu, et d'une telle grandeur qu'on y puisse aisément placer le calice et la sainte hostie.

11 ne paraît pas que les autels aient été consacrés avec des cérémonies particulières, comme ils le sont aujourd'hui, avant le VI^ siècle. On pouvait dire la messe indifféremment sur des autels d'or, d'argent ou de bois , sans aucun autel portatif, avant le Vlll® siècle.

Quel a été depuis ce temps-là l'usage des autels portatifs?

Jonas , moine de Saint- Wandrille , est le premier de tous les auteurs ecclésiastiques qui ait parlé des autels portatifs. Il raconte , dans la Vie de saint Walfran (3), que ce saint archevêque de Sens, passant en Frise, célébra la sainte messe dans son vaisseau, sur un autel qu'il portait avec lui dans ses voyages, qu'il donna ensuite au monastère de Saint- Wandrille, et dont voici la description : [Altare consecratum in quatuor angulorum locis et in medio reliquias continens sanctorum in modum clypei, quod secum , dum iter ageret, vehere solitus erat.]

Le vénérable Bède, qui vivait au Ylll* siècle, parle aussi des autels portatifs , lorsqu'il dit que les deux Ewaldes offraient tous les jours à Dieu le sacrifice de la victime de notre salut, portant avec eux des vases saints et une table consacrée au lieu d'un autel (4).

(1) Le Père Scorce, 1. 1, De sacros. missae sacrifie. , c. 14, n« 3. — Gavantus, Comment, in rubric. Breviar. rom., p. 1, tit. 20. — Le Bréviaire rom.,lec. 6 in fest. Dedicat. Basilic. Salvat. , 9 novembre.

(2) Le Brév. rom. ut supra. (V. aussi Greg. Turon., 1. 9, Hist. Franc, c. 15 ; Mabillon, in Itin. Ital. , p. 60. )

(3) N. 5, apud Surium ad diem20, Mart. et Mabillon, in Act. SS. Ord. S.Bened., Saccul., 3, p. 1.

(4) In fine 1. 5 Hist. Angl.

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Hincmar (1) et rancien Ordre romain (2) font mention des autels portatifs dans les mêmes termes.

Mais bien avant qu'on se servît de ce genre d'autels, et dans le IX* siècle, au lieu d'autels portatifs il y avait des propitiatoires sur les autels de plusieurs églises.

On donnait le nom de propitiatoires à des plaques d'or ou d'argent enchâssées au milieu des autels, sur lesquelles on offrait le sacrifice du corps et du sang de J.-C, qui est un sacrifice de paix et de propitiation (3).

Les Grecs, au lieu d'autels portatifs et de propitiatoires , qui ne sont connus que des Latins , se servent de nappes ou draps , qu'ils appellent àvTtjuLtvata OU àvTip.r/vcta. Us les étendent sur les tables non consacrées où ils célèbrent les saints mystères. L'usage de ces couvertures consacrées (4) nous est assez clairement marqué par ces paroles de Théodore Balsamon , patriarche d'Antioche (5) : Ideo reperta sunt antimensia et fiunt a pontificibus quo tempore célébrant dedicationem ecclesiœ , ut ponantur sacris mensis , quando permissu antistitis oblatio liturgiœ fit in oratorio.

On ne voit guère de vide sous la plupart des autels d'aujourd'hui. Il y en avait néanmoins sous presque tous les anciens autels.

Pour ce qui est de la forme à peu près pleine des autels actuels , le père Scorce (6) croit que cela doit être ainsi, pour distinguer les autels de l'ancienne loi , qui étaient vides de grâces, d'avec ceux de la loi nouvelle, qui en sont remplis.

Cependant, presque tous les anciens autels étaient creux par-dessous. En voici quelques preuves , entre un grand nombre d'autres :

Socrate (7) raconte que saint Alexandre, patriarche de Constantinople, ise cacha dessous l'autel pour y faire ses prières, avant que d'entrer en dispute avec Arius.

Le consul Eutrope se retira dessous l'autel de la grande église de Constantinople (8), après avoir encouru la disgrâce de l'empereur Arca-

(1) Gapitular. 3, ann. 12 sùi episcop. edit.

(2) Tit. Ord. ad Bened. ecclesiam.

(3) D'Auteserre, Not. et observât, in Anastas., de Vit. rom. pontif. in Paschali, 1.

(4) Le Père Goar, 648 et seq., in Eucolog. greec. — Le Pontifical de l'Eglise grecque, par Habert, évêque de Vabres, p. 657 et seq.

(5) In can. 3i, TruUan.

(6) L. 2, De sacros. Missae sacrif., cap. 14, n» 2.

(7) L. 1, Hist. eccles., cap. 37 grsec. edit., vel 25 edit. latin. Joan. Christo- Aorson.

(8) Id., ibid., 1. 6, c. 5.

dius. Et saint Augustin (1), parlant de Mdximien, évoque deBagai, tué par les donatistes , dit (jue ce prélat s'étant réfugié sous Tautel de bois d'une église, ils renfoncèrent sur lui et en prirent les morceaux, dont ils le massacrèrent cruellement, lui en donnant plusieurs coups et le frappant avec des bâtons et des poignards, en sorte que le dessous de cet autel fut tout rempli de son sang.

11 n'y a guère aujourd'hui de piscines sous les autels, chez les Latins; mais il y en avait autrefois chez les Grecs, et elles avaient divers noms (2).

Les Grecs avaient autrefois des armoires sous leurs autels, dans lesquelles on serrait les habits des religieux. Les Latins n'en ont point eu pour cet usage , mais quelquefois pour mettre des reliques , et quelquefois les ornements sacerdotaux; « ce qui, néanmoins, ne se devrait pas faire, w dit Thiers (3).

Le Père Goar observe que les Grecs mettaient sous Tautel les habits que devaient prendre les religieux , afin que ces habits fussent consa- | crés par l'attouchement de ce saint lieu , et comme reçus de Dieu même résidant sur son trône. I

Selon le sentiment de ce Père, il est bien permis de mettre les habits des prêtres sur l'autel, et avant que de les prendre, et après les avoir quittés. Pour les habits des religieux, ils doivent seulement être mis sous les autels pour marquer que, encore qu'ils approchent de bien près de ceux des prêtres, ils leur sont néanmoins inférieurs en vertu et en dignité. Ce qui condamne visiblement la pratique de resserrer les ornements et les livres nécessaires pour la célébration des mystères di vins sous les autels, dans des armoires (4).

11 ne doit point y avoir de corniches de bois aux autels , comme il y en a aujourd'hui en beaucoup d'églises (5) ; et cela pour trois raisons

La première , de Gavantus (6) , parce que ces corniches mangent les chasubles.

La deuxième, qui est du Père deBrallion (7), parce qu'elles sont indé

(1) L. 3 con'tra Crescen, cap. 43.

(2) V. le Père Goar, Notis in Eucol., p. 15, et Habert, Observât. 3 ad var altaris rit., p. 665.

(3) Loc. cit., p. 32 du chap. 5.

(4) Godeau, évéque de Vence, dans ses Instructions synodales, tit. 23 G. 3, n» 2. — Le Concile provincial de Toulouse de 1590 , p. 3 , c. 1 , n" 15.

(5) Le Cérémonial des évêques, 1, 1, c. 12.

(6) Gavantus, Comment, in rubric. Missal. rom. , p.l, tit. 20, et in Manual episc. (V. Altare.)

(7) Le Père Brallion, le Cérémonial des chanoines, p. 4, append. 2, c. 2, § 3 — Le Cérémonial de Paris, p. 4, c. 3, n^ 6, — Le Rituel d'Alet, p. 2, Im truct. 10, no 7.

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centes et incommodes, et qu'elles usent beaucoup les ornements des célébrants.

La troisième , enfin, qui est du Cérémonial de Paris, et nous semble la plus forte de toutes, parce qu'elles empêchent que les prêtres ne fassent quantité de cérémonies qui sont prescrites dans les Missels, et entre autres qu'ils ne baisent l'autel et les reliques qui y sont enfermées.

Les Grecs laissent continuellement le livre des Evangiles sur l'autel. Les Latins en pouvaient autrefois user de même; mais aujourd'hui on y trouverait à redire (1).

Autrefois, cependant, on l'y laissait le jour et la nuit, dans l'Eglise latine comme dans l'Eglise grecque, avec cette différence pourtant que l'usage constant de l'Eglise grecque était de l'y laisser, au lieu que dans l'Eglise latine on avait la liberté de l'y laisser ou de ne l'y pas laisser (2).

Jusqu'au IX® siècle, on n'a point mis de reliques sur les autels, ou si l'on y en a mis ce n'a été que pour un peu de temps , et les saints de qui elles étaient s'en sont offensés et les en ont fait ôter. On y en met ordinairement aujourd'hui.

Nous lisons dans le deuxième livre des Miracles, de saint Bercaire (3), que le sacristain de l'église du monastère de Moustier-en-Der, n'estimant pas que les reliques de ce saint abbé, qui Inourut en 695, fussent bien dans l'endroit où elles étaient ordinairement, se leva la nuit et les alla mettre sur l'autel ; mais que saint Bercaire lui étant apparu la même nuit, tout indigné de cette conduite, l'obligea, en le menaçant, de rapporter ses reliques dans leur place ordinaire; ce qu'il fit à l'heure même : (( Je suis, lui disait-il, celui dont tu as placé la cendre sur la table où repose le corps de notre créateur et sauveur, le seigneur Jésus-Christ. Donc, lève-toi à l'instant, et, ôtant mon copps de cet endroit , porte-le à sa première place. Est-ce que tu ne savais pas que partout règne la puissance de mon Seigneur, et qu'il veille toujours sur ceux qui le craignent? »

Dans le dixième siècle, nous trouvons encore un exemple frappant de l'humilité des saints, qui ne voulaient pas qu'on mît leurs reliques sur l'autel. Bernon, premier abbé de Cluny, rapporte (4) qu'aussitôt qu'on eut

(1) Thiers, 1. c, p. 36, chap. 7.

(2) Léon IV, homil. de cur. pastoral. , t. 2 concil., ult. edit., et Ratherius, évêque de Vérone, epist. synod., t. 2, Spicil. Acheri.

(3) Ssecul. 2, t. 2 Act. SS. Ord. S. Bened-, no 26.

(4) Apud S. Odon, abb. Gluniac, 1. 2, collât., c. 28.

mis, pour quelques jours seulement, les reliques de sainte Gauburge sur l'autel d'une église de son nom et voisine de Cluny, les miracles qui s'y faisaient cessèrent ; et que cette sainte, étant apparue à un des malades qui imploraient son assistance, lui dit que la raison pour laquelle il ne recouvrait pas la santé était parce qu'on avait mis ses reliques sur l'autel du Seigneur, qui ne doit servir qu'à la célébration des mystères divins. Ce qui donna occasion de les en ôter et de les rapporter dans le lieu où elles étaient auparavant ; et au même instant les miracles continuèrent de s'y faire.

Avant le dixième siècle , on ne mettait point d'images des saints sur les autels, comme l'on fait aujourd'hui. « On ne croirait pas aujourd'hui, dit Thiers (i), que les autels fussent bien parés s'il n'y avait dessus quelques images en bosse, en bas-relief, en broderie ou en plate peinture. 11 n'y en avait pas, néanmoins, sur les anciens autels, quoiqu'il y en eût sur les voiles et sur les arcades des ciboires, autour des autels, etc., etc. »

11 y avait des crucifix au milieu des églises, selon Lactance (2) :

Quisquis ades, mediique subis in limina templi , Siste parum, insontemque tuo pro crimine passum , Respice me , me corde animo, me in pectore serva.

Saint Ambroise dit (3) que la croix est érigée au milieu de l'église, comme un mât au milieu d'un navire.

L'image de Jésus-Christ et celles des anges , des prophètes , des apôtres et de la sainte Vierge étaient sur les douze colonnes qui entouraient le chœur de l'église de Sainte-Sophie de Constantinople. L'image du Fils de Dieu et celles des apôtres saint Pierre et saint Paul étaient aussi sur les voiles de l'autel (4).

Le pape Nicolas P*" assure (5) que depuis le commencement de l'Eglise jusqu'à son temps on a peint les images de Jésus-Christ , de sa sainte mère et de tous les saints sur les murailles des églises.

Depuis le dfxième siècle , on met des images sur les autels en trois manières :

Les unes sont posées sur les tables des autels ; les autres sur les gradins des autels, au même rang que les tabernacles; les autres, enfin, sur les rétables des autels.

(1) L. c, chap. 9, p. 45.

(2) Carmen de Passione Ghristi.

(3) Serm. 55.

(4) Paul-le-Silentiaire, in Descript. S. Sophiae.

(5) Epist. 2.

En quelque endroit des autels que Ton place les images, Ton doit extrêmement prendre garde de les bien placer, cest-à-dire de donner la place la plus honorable à celles qui la doivent avoir, et de ne pas mettre au côté gauche celles qui doivent être au côté droit, ni au côté droit celles qui doivent être au côté gauche , ni au milieu celles qui doivent être à gauche ou à droite , comme cela n'arrive que trop souvent dans nos églises.

Pour remédier à cette irrégularité, il faut, quand on a des images à placer dans le même rang , s'il y en a trois ou davantage , mettre au milieu celles qui sont les plus honorables, parce que, comme le remarque fort bien le Père Sirmond (1), tout le monde sait que quand il y a trois personnes ensemble la plus considérable doit être au milieu des deux autres. Mais, s'il n'y a que deux images , la plus honorable doit être à gauche et l'autre à droite , parce que dans l'église le côté gauche est plus honorable que le droit, d'après le sentiment du jurisconsulte Barthélemi de Chassaneus (2) , fondé sur le témoignage d'Antoine de Lebrixa ouNébrisse, en Espagne (3). Le cardinal Baronius en rapporte cinq raisons (4) :

La première, parce que notre main gauche est à- la droite de Dieu, laquelle doit être dans une considération toute particulière. Aussi voyonsnous que l'Écriture sainte (5) attribue fort souvent à la droite de Dieu les principaux ouvrages de sa puissance.

La seconde, parce que les légats du pape saint Léon, Anatolius, patriarche de Constantinople , et Maxime , patriarche d'Antioche , avaient le côté gauche dans le Concile de Chalcédoine (6).

La troisième, parce que Sophronius, patriarche de Jérusalem, parlant d'un tableau qui représentait Jésus-Christ, la sainte Vierge et saint Jean- Baptiste, dit (7) que Jésus-Christ était au milieu , la sainte Vierge à sa gauche, et à sa droite son précurseur.

La quatrième, parce que dans les églises d'Occident, et surtout dans celles de Rome, où les hommes étaient séparés des femmes, la place des

(1) In Goronide sidoniana, ad calcem notar. in Sidon. Apollinar., p. 274.

(2) In Gatalog. glor. mundi, 3 p., considérât. 2.

(3) In quinquagena locorum script., c. 39.

(4) Ad ann. 213, n» 6, et ad ann. 325, no* 57 et 59.

(5) Exod., 15, V. 6, et 35 , v. 22. — Job , 14, v. 15. — Psalm. 16 , v. 7 ; 17, V. 36;19, V. 7;20,v. 9; 43, v. 4;76,v. 11; 89, v. 12; 107, v. 7;117, v. 16; 137, V. 7; et alibi.

(6) Actio. 1.

(7) Homil. 2 ad populum, GonciUo nicœn. inserta, seu 1. de SS. Cyro et Johann, rnirac, 306.

hommes, comme les plus nobles, était à gauche, et celle des femmes à droite.

La cinquième , parce que dans les bulles des papes l'image de saint Pierre, chef des apôtres, y est à gauche, et celle de saint Paul à droite, ainsi que le témoignent saint Pierre Damien (i), saint Thomas (2), Molanus (3), Guillaume Durand (4), Bellarmin (5) et le Père Théophile Reynaud (6).

Ajoutons à cela ce que dit le Père Goar (7), que les Grecs mettent au côté gauche des portes sacrées Timagedu Fils de Dieu, et au côté droit celle de la sainte Vierge; et ce que rapporte Mabillon dans son Iter Jtalicum (8), qu'il a vu à Rome un excellent tableau dans Téglise de saint Théodore, martyr, où Jésus-Christ était représenté assis sur un globe et ayant saint Pierre et un évêque à sa gauche, et saint Paul et un roi à sa droite.

Il ne paraît pas qu'on ait mis des fleurs sur les autels dans les douze premiers siècles de l'Eglise.

Il est vrai qu'on en mettait sur les tombeaux des martyrs , et qu'on les en retirait ensuite pour obtenir de Dieu la guérison de quelque maladie par leur attouchement (9). On en faisait aussi des guirlandes et des couronnes que l'on mettait autour et au-dessus des autels les jours de fêtes (10). On en mettait encore aux murailles des églises, ainsi que saint Grégoire de Tours le raconte du prêtre saint Séverin (11), qui attachait des lis autour des murailles d'une des deux églises qu'il avait bâties. Entin, on en jonchait le pavé et l'entrée des églises, comme le marquent ces vers de saint Paulin (12) :

Ferte Deo , pueri , laudem , pia solvite vota ; Spargite flore solum , praetexite lumina sertis. Purpureum ver spiret hyems, sit floreus annus Ante diem ; sancto cedat natura diei.

(1) Opasc, 35. c. 1.

(2) In epist. ad Gai., lect. 1.

(3) L. 2 Hist. SS. Imagin., c. 46, et 1. 3, cap. 24.

(4) L. 7 Rational., c. 44, n» 6,

(5) L. 1 de rom. Pontif., c. 27.

(6) In Heteroc. Spirit., sect. 3, punct. 3, § 5.

(7) Net. in Eucolog. Graecor., p. 110, n» 7.

(9) S. Augustin, 1. 22, de Civitate Dei, cap. 8.

(10) L. 8, Garm. 9 ad Radegund. Fortunat.

(11) L. de Glor. confess., c. 40.

(12) Natal. 3 S. Felic.

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Mais on n'en mettait pas dans des vases , sur les gradins de Tautel, comme aujourd'hui, où les jours de fêtes, dans certaines églises, l'autel disparaît sous les fleurs naturelles ou fausses et les caisses d'arbustes dont on le charge et dont on l'entoure.

Anciennement, rien ne pouvait être sur les autels en présence de l'Eucharistie. « La raison de cette loi était qu'il n'était ni juste ni à propos que sur le même autel sur lequel se faisait le sacrifice du vrai corps de Jésus-Christ on y vît d'autres oblations, et qu'il n'était pas raisonnable de souffrir que quelque autre chose eût place sur l'autel en sa présence. Cette ordonnance est grandement à l'avantage de l'Eucharistie, car elle nous enseigne l'estime qu'ils en faisaient , puisqu'ils croyaient que de souffrir quelque offrande sur l'autel en sa présence cela eût tourné à son mépris et cela l'eût offensée. C'était un sacrifice qui effaçait tous les autres, et non-seulement qui les effaçait, mais qui ne souffrait pas que ce qui était dédié et donné à Dieu et qui n'était plus aux hommes pût demeurer en sa présence. En effet, c'était enseigner que Dieu ne pouvait pas jeter les yeux sur d'autres oblations , quand on lui offrait son Fils. ))

Mais d'où vient alors que le livre des Évangiles y restait perpétuellement? C'est parce que, l'Évangile étant la parole de Dieu, on n'en faisait pas moins de cas que de l'Eucharistie. « Dites-moi, mes frères et mes sœurs, s'écrie saint Augustin (1), lequel des deux vous estimez le plus, la parole de Dieu ou le corps de Jésus-Christ ? Si vous voulez dire la vérité, vous me répondrez sans doute que la parole de Dieu n'est pas moins estimable que le corps de Jésus-Christ; c'est pourquoi, comme nous prenons extrêmement garde, quand on nous donne le corps de Jésus-Christ dans nos mains (2), qu'il n'en tombe quelque fragment et quelque particule à terre , il faut que nous ayons autant de soin, lorsqu'on nous prêche la parole de Dieu, que quelque pensée ou quelque mot ne nous fasse perdre le fruit que nous en devons tirer. Cay ce n'est pas un moindre crime d'entendre la parole de Dieu avec négligence , que de laisser tomber à terre, par sa faute, le corps de Jésus-Christ. »

Il va sans dire que l'Église ne permet nullement aux ministres de Jésus-Christ d'y mettre leurs calottes, leurs mouchoirs, leurs étuis à lunettes , leurs gants , leurs tabatières , ni beaucoup d'autres choses de même nature , comme on le voit dans plusieurs synodes tant provinciaux que diocésains.

(1) L. 50 Homil., homil. 26.

(2) Les fidèles recevaient autrefois l'eucharistie dans leurs mains avant que de la mettre dans leurs bouches.

On voit aujourd'hui peu d'autels couverts de ciboires, bien que les ciboires fussent autrefois fort fréquents.

Thiers ne comptait de son temps que deux ciboires en France : l'un à Paris, dans l'église du Val-de-Grâce , existant encore; et l'autre en Normandie, dans celle de l'abbaye du Bec (1).

On appelle ordinairement ciboire, en France, un vase ou une boîte où l'on garde les saintes hosties pour la communion des fidèles. Mais ce n'est pas ainsi qu'en Italie et chez les anciens chrétiens, latins et grecs, on entend le mot de xtÇwpiov, xiÇouptov, xiStonov ou xiÇwTovet ciborium. C'est un petit édifice en forme de voûte ou de tour , soutenu de six ou de quatre colonnes et d'autant d'arcades, qui sert de couvertures et d'ornement tout ensemble aux autels, avec une croix au-dessus dans le milieu. Ce qui fait que cette construction est appelée couverture d'autel (umbraculum altaris) dans l'Ordre romain (2). Et, comme le saint Sacrement était quelquefois suspendu à ces ciboires, c'est de là que l'on a donné le nom de ciboires aux vases ou boîtes dont nous avons parlé.

Il y avait deux sortes de ciboires , comme deux sortes d'autels : les uns grands et fixes, les autres petits et portatifs. On portait les petits en voyage, les grands étaient à demeure dans les églises.

Les petits ciboires étaient faits à peu près comme de petits dais ou de petits pavillons, et on les étendait sur les autels portatifs sur lesquels on célébrait la sainte messe dans les voyages, soit par mer, soit par terre, de crainte qu'il ne tombât quelque chose d'en haut qui pût profaner les divins mystères. On y renfermait des reliques des saints, d'où le nom de châsses, que leur donne l'Ordre romain {hoc conditorium sanctorum pi' gnorum)^ qui assure, de plus, qu'ils sont destinés à contenir les dons précieux , c'est-à-dire les reliques des saints , ad recondenda in eo tuorum munera pretiosa sanctorum.

Du Cange avance (3), mais sans preuves convaincantes, que les petits ciboires avaient la forme des vases de ce nom et servaient au même usage.

Les grands ciboires étaient d'ordinaire magnifiques , si nous nous en rapportons à la description de celui de l'abbaye de Saint^Jean-d'Angely, qui était creux et posé sur six colonnes de marbre merveilleusement bien travaillées, et où l'on déposa le saint chef de saint Jean-Baptiste et les trois corps de trois des saints Innocents.

(1) Loc. cit., p. 60, cap. 11.

(2) Tit. Ordo de sedificand. écoles.

(3) In descript. S. Sophiae, etl. 3, C.-P. Christian, n» 6.

On mettait ordinairement des croix sur le haut des ciboires des auels. Il y avait aussi quelquefois des couronnes suspendues aux ciboires les autels par le devant. Mais souvent on mettait des couronnes aulessus des autels au lieu des ciboires, et au milieu de ces couronnes des :roix.

On mettait encore autrefois des couronnes dans les églises ailleurs lu'au-devant ou au-dessus des autels. Depuis, Ton a vu très-peu de couronnes dans les églises, ou, si Ton y en voyait encore, elles étaient oriinairement dans les jubés, k 11 y en a dans le jubé de Saint-Jean de u.yon, avec trois chandeliers et trois cierges à chacune» (1).

Selon le sentiment des Pères, suivi et développé par les écrivains ecilésiastiques, les fidèles se tournent du côté de l'Orient lorsqu'ils prient, ît cela pour neuf raisons principales : 1^ parce que les apôtres se tourlaient du côté de l'Orient pour prier ; 2" parce que le Saint-Esprit descendit sur eux du côté de l'Orient, le jour de la Pentecôte; 3*^ parce qu'é- ;ant dans le monde comme des étrangers , nous soupirons après le paradis terrestre, notre ancienne patrie, d'où nous avons été bannis, et que Dieu planta en Éden, vers l'Orient ; 4" parce qu'on doit toujours donner 1 Dieu les meilleures choses, et que l'Orient, au sentiment des hommes, 3st la meilleure de toutes les parties de la terre ; 5° parce que Jésus- Christ, que nous prions et par qui nous prions, est la vraie lumière et le vrai Orient ; 6° afin d'avoir Jésus-Christ en face , car Jésus-Christ , étant attaché à la croix, avait les épaules vers l'Orient et le visage vers l'Occident; 7^ afin de suivre de cœur et d'afTection Jésus-Christ, qui est monté au ciel du côté de l'Orient, selon le Psalmiste (2) ; 8° afin de nous distinguer des infidèles et des hérétiques, qui ne se tournent pas toujours du même côté quand ils prient , mais tantôt vers l'Orient , tantôt vers rOccident , tantôt au Midi , tantôt au Septentrion ; 9° parce que Jésus- Christ viendra du côté de l'Orient juger les vivants et les morts.

Les églises sont ordinairement tournées de ce côté-là, aussi bien que les 'autels. Mais cela n'empêche pas, au jugement de Walafride Stra- Lon (3), que les uns et les autres ne puissent être tournés d'un autre côté, lorsque la nécessité ou la disposition des lieux le demande ainsi.

Les anciens autels (à la réserve de ceux qui étaient bâtis sur les tombeaux des martyrs) n'avaient qu'un ou deux degrés; aujourd'hui on leur en donne ordinairement trois.

(1) J.-B. Thiers, loc. cit., p. 71 in fine, cap. 11.

(2) Psalm. 67.

(3) L. de rébus écoles., cap. 4.

Dans rÉglise d'Orient comme dans celle d'Occident , les anciens autels, au-dessus desquels il y avait des ciboires, étaient entoures de voiles ou rideaux que Ton tenait dépliés pendant la consécration. On donnait le nom d'oraisons du voile aux prières que l'on récilait en tirant le rideau qui cachait le tabernacle (1). « Je te rends grâces. Seigneur, disait le prêtre , que tu nous as donné l'assurance d'entrer dans ton sanctuaire, et que tu nous as renouvelé la vie que nous avons, et que nous vivons par le voile de la chair de ton Jésus-Christ. Puis donc que tu nous as faits dignes de pouvoir entrer dans le lieu du tabernacle de ta gloire , et que nous soyons au-dedans du voile, et que nous regardions le Sancta sanctorum (le Saint des saints), nous baisons les genoux à ta bonté : aies pitié de nous, car nous tremblons et nous craignons quand il nous faut approcher de ton saint autel et qu'il, .nous faut offrir le redoutable et non sanglant (incruentum) sacriûce pour nos péchés. »

Ces voiles ne sont plus en usage parmi les Grecs depuis longtemps. « On en conserve encore quelques vestiges dans la plupart des grandes égUses des Latins » (2).

Autrefois il n'y avait point de balustres d'appui aux autels, comme l'on y en voit aujourd'hui en plusieurs églises. Ces balustres ne pouvaient être d'aucun usage dans les premiers siècles , soit pour séparer l'autel du reste du chœur, soit pour empêcher que les laïques n'approchassent des saints autels, soit pour la communion des fidèles.

Trois raisons suffiront à prouver ce que nous avançons :

1° Les balustres eussent été inutiles pour séparer l'autel du chœur, parce que, d'une part, il en était assez séparé par les voiles qui l'entouraient de tous côtés, et que, de l'autre, cette séparation n'était pas nécessaire, puisqu'encore aujourd'hui, dit Thiers, qui écrivait dans le XVll® siècle, on ne la juge pas telle dans une infinité d'illustres églises où l'autel n'est pas fermé de balustres ;

2° Il eussent été inutiles pour empêcher que les laïques n'approchassent des saints autels , parce que l'ancienne police de l'Eglise ne leur permettait pas même d'entrer dans le chœur, ainsi qu'on peut s'en convaincre en lisant les premiers auteurs ecclésiastiques (3) ;

3° Enfin, ils eussent été inutiles pour la communion des fidèles, parce que l'on communiait anciennement dans les églises, et que l'on y communie encore aujourd'hui assez souvent sans l'aide des balustres.

(1) Mgr de L'Aubespine, 1. 2, De l'ancienne pohce de l'Eglise, etc., c. 10.

(2) Thiers, 1. c, p. 8, c. 14.

(3) V. Théodoret, 1. 5., Hist. eccles., c. 17; — Sozomène, 1. 7., Hist. écoles., cap. 24; — etNicéphore, 1. 12, Hist. eccles., c. 41.

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Nous voyons, par une homélie de saint Jean Chrysostôme (1), que les Grecs communiaient debout. Le même auteur (2) et saint Cyrille de Jérusalem (3) observent, déplus, qu'ils avaient la tête baissée en communiant. Smith (4), parlant des Grecs modernes, dit qu'ils baissent un peu la tête et les genoux en communiant.

Le pontife ou le prêtre, selon le Père Goar (5), Habert (6) et le cardinal Bona (7), communie au milieu de l'autel, les autres prêtres autour de l'autel, le diacre derrière l'autel, les sous-diacres et les autres ecclésiastiques à l'entrée du chœur, et le peuple hors le chœur, proche la porte royale, ou dans le lieu appelé le Trône de Jésus-Christ [Solea), qui est le premier endroit que l'on rencontre en sortant du chœur par la porte royale pour aller dans la nef.

Les Latins communiaient autrefois debout (8), et encore aujourd'hui le diacre communie debout à la messe solennelle du pape (9).

11 paraît, par l'Ordre romain (10), qu'autrefois le pape communiait assis dans un siège proche l'autel; que les évêques, à genoux, communiaient de sa main auprès de son siège ; que les prêtres et les diacres, dans la même posture, communiaient à l'autel; qu'ensuite le pape allait communier les sénateurs et les autres personnes considérables au haut de la nef; et qu'après cela les évêques et les prêtres communiaient les hommes et les femmes dans la nef, selon les rangs qui leur étaient assignés.

Au lieu des nappes qui servent aujourd'hui à la communion des fidèles, on leur donnait, au rapport de saint Athanase, saint Jean Chrysostôme et Baronius , de petites tables de bois frottées avec des éponges : voilà pour l'Orient. En Occident, jusqu'au-delà du IX® siècle, les hommes recevaient l'hostie dans leurs mains toutes nues (11), et les femmes dans leurs mains couvertes d'un linge propre, que le Concile

(1) Homil. 18 in 2 ad Cor.

(2) Orat. in Eucaenia.

(3) Gateches. 5 mystagog.

(4) Epist. de Ecoles, graec. statu hodierno, p. 111.

(5) Not. ad Eucolog. grsec, p. 150, no 170,

(6) Supr., observ. 9 et 10.

(7) L. 2 rerum liturg., c. 17, n» 8.

(8) Tertull., 1. de Orat., c. 14.

(9) Bona, ut supra.

(10) Tit. Ordo process. , etc. ; tit. Incipit ordo ecclesias., etc.; tit. In nomine Domini incipit, etc.

(11) S. Augustin, serm. 252 de temp.

d'Auxerre, tenu en 578 , appelle une dominicale (1) {dominicalem). Ce linge a donne l'idée des nappes actuelles.

Au lieu d'une balustrade , il y avait, au commencement du XII® siècle, dans le monastère de Cluny, un accoudoir (reclinatorium) qui servait à la communion des religieux (2).

Les autels doivent être disposés de telle manière que l'on puisse tourner tout autour. On tournait autour de l'autel des encensements et de celui des holocaustes. Les plus célèbres autels du paganisme étaient dans la même disposition. Les auteurs ecclésiastiques , aussi bien que quantité de cérémonies marquées dans les Missels et dans les Cérémoniaux anciens et modernes, supposent que l'on tournait autour des autels.

Les autels qui sont placés vers le milieu ou au bas du chœur des églises ne sont pas moins réguliers ni moins fondés dans l'antiquité que ceux qui sont au haut du chœur, a II y a plusieurs illustres églises, (c telles que celles de Toulon et d'Orange, en France ; de Turin, de Mice lan, de Padoue, de Vérone, de Spolète, etc., en Italie, dont les au- (( tels sont au bas du chœur y* (3).

Ce n'est que depuis le X^ siècle , ou environ , que Ton met des croix sur les autels ; anciennement, comme nous l'avons dit, on les mettait au-dessus des ciboires ou des couronnes des autels, et il ne paraît pas que l'image de J.-C. crucifié y fût attachée , comme elle l'est maintenant à ceux qui sont sur les autels.

On ne mettait point autrefois de chandeliers ni de cierges sur les autels. Ce n'est que depuis le X^ siècle tout au plus que les Latins y en mettent. Les Grecs n'y en mettent point , mais bien sur le petit autel qui est au côté droit du grand autel.

Siméon, archevêque de Thessalonique (4) (au XIV® siècle), explique les différentes sortes de cierges et de lampes que l'on allume dans les églises aux offices divins. Après s'être fait cette question : « Que signi-i fient le multiple rang des lumières, ou les douze cierges, ou le chandelier à trois dents , ou, enfin, tous les autres que l'on doit allumer dans l'église ?» il y répond ainsi : « De même que dans le ciel, ainsi dans le temple visible les flambeaux brillent comme les magnifiques étoiles attachées à sa voûte. Et les couronnes (ou lustres) ou cercles de lu-(

(1) Gan. 42.

(2) Coutumes de Cluny, de S. Udalric (Xlle siècle), 1. 3, cap. 80, t. 4 Spicil. Acheri. i

(3) Thiers, 1. c, p. 124, chap. 17.

(4) L. de Sacramentis.

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nières représentent le firmament, les zones des planètes et les autres ampes célestes; desquelles quelques-uns ont trois mèches, d'autres )ortent trois cierges ; les uns ont sept lampes , à cause du nombre des grâces divines ; les autres douze , à cause du chœur des apôtres ; et au nilieu d'eux s'élève, par-dessus tous, un grand cierge, symbole de la grande lumière du Christ Jésus. 11 y a aussi un cierge à deux rameaux, [ui signifie les deux natures du Christ. 11 y en a un qui est unique, pour eprésenter l'unité de la Trinité, ou le saint, quel qu'il soit, devant le* [uel il brûle. »

Anastase- le -Bibliothécaire donne divers noms aux chandeliers et LUX lampes des églises : phari eiphara, canthari et canthara , pharoxinthara, phara-canthara, coronœ, etc., etc.

Les Latins suspendaient avec des chaînes ou des cordes des lampes m phares aux voûtes ou lambris des églises, comme le témoignent ces ^ers du poète Prudence :

Pendent mobilibus lumina funibus , Quae suffixa micant per laquearia, Et de languidulis fota natalibus Lucem perspicuo flamma jacit vitro.

Gredas stelligeram desuper aream Ornatam , geminis stare trionibus , Et qua phosphoreum temo régit jugum Passim purpureos spargiet hesperos.

On mettait des lampes et des chandeliers devant les crucifix , autour les autels , devant les confessions ou tombeaux des apôtres et des martyrs, dans les jubés et devant les autels. Aux messes solennelles, les icolytes tenaient Lîs chandeliers entre leurs mains, les mettaient à plate-terre ou sur la première marche des autels , ou derrière les autels.

Il n'y avait anciennement ni gradins, ni tables des secrètes sur les autels. Ce n'est que depuis le XY^ siècle , tout au plus, que l'on a commencé d'y en mettre.

Anciennement, les autels n'étaient point couverts de trois nappes comme ils l'ont été depuis. Les Grecs ne couvrent l'autel que de deux nappes, du corporal et de quatre morceaux de drap." aux quatre coins, auxquels on donnait le nom à'évangélistes, parce que le nom et l'image de chacun des quatre évangélistes y étaient, pour marquer que l'église, qui est représentée par la sainte table, est composée des fidèles que J.-G. a assemblés des quatre coins du monde, parce qu'elle est fondée

sur la parole do ce divin Sauveur, et (juc la voix des quatre évangélistes s'est répandue par toute la terre.

Sur ces quatre morceaux de drap on mettait une première nappe appelée ad carnem , parce qu'elle est la ligure du linceul blanc dans lequel le corps de notre Seigneur fut enseveli par Joseph d'Arimathie.

Sur cette nappe on en mettait une autre d'un fil plus délié, parce qu'elle représente la gloire du Fils de Dieu assis sur l'autel comme dans son trône.

Enfin, on mettait par-dessus ces quatre morceaux de drap et ces deux nappes un corporal , qui était tout ensemble la figure de la mort et de la résurrection de J.-C, parce qu'après la résurrection de ce divin Sauveur les apôtres virent en un même lieu et le linceul dont sa tète avait été enveloppée, et les nappes qui avaient servi à ensevelir son corps. De là vient qu'on le plie et qu'il s'appelle £i>.r)T6v, à cause que la tète du Fils de Dieu y a été enveloppée. C'est sur ce corporal que repose l'Evangile au milieu de l'autel.

Saint Isidore de Damiette appelle ce corporal oivowv, qui signifie en général linceul, et dit qu'il est la figure du linceul dans lequel Joseph d'Arimathie ensevelit le corps de N. S. J.-C, qui a rendu la vie à tous les hommes. De sorte qu'il ne le distingue point de la première nappe ad carnem : voilà pour les Grecs.

Parmi les Latins, avant saint Sylvestre, c'est-à-dire avant le IV® siècle, les corporaux étaient les uns d'étoffe et les autres de linge. Autrefois ils couvraient toute la surface des autels. Jusqu'à la fin du îX* siècle, on couvrait communément les autels, tantôt d'étoffes et tantôt de linges.

L'empereur Constance étant venu à Rome et ayant visité l'église de Saint-Pierre, il y fit présent d'une pièce de drap d'or pour couvrir l'autel. Le pape Zacharie fit faire une couverture de même étoffe pour le même autel, sur laquelle il fit représenter la Nativité de notre Seigneur, et qu'il enrichit de pierreries. Adrien 1" en fit faire deux pour le grand autel de Sainte-Marie-Majeure : l'une de toile d'or pur, garnie de pierreries, avec l'image de l'Assomption de la sainte Vierge; et l'autre de soie à fleurs ou à figures, bordée d'écarlate tout au tour. Nous pourrions citer une foule d'exemples de la magnificence des tissus qui couvraient la table de l'autel.

Vers le commencement du X^ siècle, on cessa de couvrir les autels de housses si précieuses, et l'on se restreignit à des linges très-blancs.

Il y a apparence qu'avant le XV* siècle on ne les couvrait ordinairement que d'une nappe et d'un corporal , et que ce n'est que vers ce

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cmps-là que la coutume de les couvrir de trois nappes de linge s'éta- )lit dans toute TEglise latine (1).

Il n'y a point eu autrefois de parements d'autel dans TEglise grec- [uc. 11 y a fort longtemps que TEglise latine en a de deux sortes : les ms de matière solide, comme d'or, d'argent, de vermeil doré, de narbre, de jaspe, de porphyre, de cristal, d'ivoire , de bois, etc. ; les lotres d'étoffes précieuses. Les anciens ne sont guère différents de îciix d'aujourd'hui que pour la forme et les couleurs. Les cinq coueurs dont on se sert à présent ne sont pas fort anciennes. Ce sont le jlanc, le rouge, le vert, le violet et le noir. Elles ne sont en usage à lome que depuis le IX® siècle. Autrefois on ne se servait point de violet m France, et ce n'est que depuis le XllP siècle que l'on s'en sert.

Les contre-autels, ou rétables des autels, n'ont guère que six siècles d'antiquité. Ils anéantissent une des raisons pour lesquelles les icges ou trônes des évêques étaient placés derrière les autels, et l'anicnne cérémonie selon laquelle, aux messes solennelles, le sousliacre, après l'oblation, se retirait derrière l'autel avec la patène, qu'il f tenait cachée, en regardant toujours le célébrant. Durand (2) dit que a patène , ainsi cachée par le sous-diacre , signifie la fuite et l'infidéité des apôtres dans le temps de la passion du Fils de Dieu.

Fortunat (3) , archevêque de Trêves , exj)liquant cette cérémonie , lit : 1® que pendant le canon, les évêques, les prêtres et les diacres le tiennent derrière le Pape qui célèbre les saints mystères , et que les lous-diacres le regardent en face , ce qu'ils ne sauraient faire s'ils ne lont derrière l'autel ; 2^ que ces sous-diacres représentent ou les disci- )les secrets du Fils de Dieu , ou celui qui lui donna sa salle pour faire a sainte Cène, ou les femmes qui furent présentes à sa passion ; 3*» qu'en e retirant de derrière l'autel avec la patène , pour revenir devant l'autel après l'Oraison dominicale , ils signifient les mêmes femmes [ui se retirèrent du sépulcre après que notre Seigneur fut enseveli, |!t qui s'en rapprochèrent ensuite avec des aromates , afin d'embaumer on corps. Ainsi , selon cet auteur, il faut que les sous-diacres , qui deneurent derrière l'autel jusqu'à la fin de l'Oraison dominicale, aient en ace non-seulement le célébrant, mais aussi le sacrifice ; et, cependant, :'est ce que les rétables des autels ne leur permettent pas de faire. Enin, il tire un sens moral de cette cérémonie , et dit que ces sous-diacres

(1) V. Thiers, loc. c, le chap. 21 tout entier, p. 153 à 171 inclus.

(2) L. 4 Rational, c. 30, n» 29.

(3) Lib. 3, de Ecoles, offic, c. 21, 23 et 26.

sont la figure des pécheurs qui moutrent à découvert leur visage, c'està-dire la conscience de leurs péchés au prêtre , afin qu'il offre à Dieu leur confession , et qu'ensuite ils ne prennent pas tout d'un coup la place des maîtres , qui sont les justes, mais qu'après s'être longtemps humiliés devant Dieu , leurs cœurs se dilatent de telle sorte , par la grâce du Saint-Esprit, qu'ils soient dignes d'y recevoir, comme sur une patène , les sacrements de l'Eglise.

Autrefois il n'y avait point de tabernacles, pour réserver la sainte Eucharistie , dans la plupart des églises. Ils sont néanmoins plus anciens qu'Hospinien (1) ne l'a cru , quand il dit qu'on n'avait commencé à s'en servir que depuis 1215, en quoi il se trompe. 11 est vrai que dans beaucoup d'anciennes églises on n'avait pas de boîtes fixes pour serrer le corps de notre Seigneur, comme celles que depuis on a connues sous le nom de tabernacles. Mais dans quantité d'églises, quoiqu'il n'y en eût point sur les principaux autels , il ne laissait pas d'y en avoir ailleurs : Car, ne pourrait-on pas donner ce nom à ces lieux secrets tournés vers l'orient, que l'auteur des Constitutions apostoliques (2) appelle pastofihoria, saint Jérôme (3) thalamos , quelques autres auteurs latins sacravia et secretaria? Baronius dit (4) que dans l'église de saint Félix, prêtre de Noie et martyr, il y en avait une du côté droit , avec celte inscription au-dessus, de la manière qu'elle est rapportée par saint Paulin (5) :

Hic locus est veneranda penus quo conditur et que Promitur aima sacri pompa ministerii.

C'étaient encore de véritables tabernacles que ces armoires qui étaient ou à côté des autels ou derrière, et dans lesquelles on réservait anciennement la divine Eucharistie. On la gardait aussi, anciennement, dans des tabernacles faits les uns en forme de colombes, et les autres en forme de tours. On la gardait aussi dans des armoires; mais cet usage n'existe plus. Il y avait encore, au XVIP siècle , des colombes en quelques églises, comme dans celle de Saint-Luperce , à dix kilomètres de Chartres. Elle était de cuivre rouge , émaillée en certains endroits. Vers le milieu du corps, elle avait comme une petite boîte ronde , creuse

(1) L. De orig., prog. cerem. et rit. fest. dier. Christ., fol. 91.

(2) L. 2, c. 61, et 1. 8, c. 13, al. 20.

(3) In c. 42 Ezech.

(4) Ad ann. 57, m 105.

(5) Ep. 12 ad Sever.

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environ d'un demi-doigt, dorée par le dedans, et ouverte par-dessus le dos entre les deux ailes , avec un petit couvercle aussi de cuive rouge. On en voyait encore une de vermeil doré , suspendue avec des chaînes à une crosse , sur le grand autel de l'abbaye de Saint-Paul, de Tordre de Prémontré, proche Sens; etc., etc. (1).

Il est souvent fait mention de ces colombes dans les testaments et les donations des évêques et des prêtres. En 474, Perpetuus, sixième archevêque de Tours, donne par son testament (2), au prêtre Amalarius, une colombe d'argent pour réserver la sainte Eucharistie : « Peristerium et columbam argenteam ad repositorium.y) S. Grégoire de Tours (3) rapporte la mort misérable d'un soldat qui , ayant voulu abattre la colombe d'or suspendue au-dessus du tombeau de saint Denis, tomba mort par terre : (( Dum columbam auream lancea quœrit elidere , lancea in latere defixa cxanimis est inventus. » Il en était de même pour les tours qui servaient au même usage (4).

Dans l'église du prieuré de Bologne (ou Boulogne), le saint Sacrement était réservé, au XYIP siècle, dans un petit coffre de vermeil doré, îupendu au-dessus de l'autel. « Dans les églises de l'ordre de Cîteaux, il est réservé au-dessus de l'autel , sous un petit pavillon que l'image le la sainte Vierge tient de sa main droite. » Les tabernacles d'à présent ont quelque rapport avec les anciennes tours; a mais, dit J.-B. Thiers, on y souffre trop d'irrégularités. On pourrait faire revivre les mciens tabernacles , continue le savant curé , y> et il en propose les noyens, et répond aux inconvénients qui en pourraient naître. Nous rep-ettons de ne pouvoir transcrire ici les excellentes réflexions de Thiers sur un objet aussi grave; les archéologues pourront les lire avec intérêt ît avec fruit dans son savant Traité des principaux Autels des Eglises (5).

Enfin, les anciens autels n'étaient point accompagnés de crédences, ;omme l'on a voulu depuis que les modernes le fussent aux messes soennelles ; (c car , dit Thiers , aux autres messes ils ne le doivent pas ître » (6). Les Grecs avaient deux petits autels, l'un à droite, l'autre à gauche, aux deux côtés du grand autel. Celui de droite s'appelait îtaxovaov , parce que les diacres et les autres ministres qui servent à

(1) Thiers, I. c, p. 204 et 205 duc. 24.

(2) T. 5 Spicil. Acheri.

(3) L. 1 de Glor. martyrum, cap. 72.

(4) V. le testament de S. Remy, ap. Frodoard., 1. 1, Hist. rem., c. 16; ?ortunat, 1. 3, carm. 25; etc., etc.

(5) L. c, p. 208 à 217 inclus., cap. 24.

(6) L. c, p. 218, chap. 25.

Tautel se tenaient auprès. On y mettait les charbons, le feu, l'encens , l'encensoir, les livres , les vêtements, les chandeliers, les cierges, etc. Celui de gauche se nommait la proposition , ou la table de proposition , irpoGeotç , parce que c'était là que se faisait la proposition ou l'oblation du pain et du vin avant que le prêtre les consacrât au grand autel.

Il paraît, par l'Ordre romain, qu'autrefois à Rome on ne se servait point de crédences. On ne s'en servait point aussi dans les églises de France. Dans le monastère de Cluny , il y avait une armoire au côté droit de l'autel , comme il y en a encore à présent en tant d'églises des villes et de la campagne, et comme il y en avait encore au XVll® siècle chez les Chartreux , les Bernardins et quelques autres ordres religieux.

Voilà les principales différences que l'on peut observer entre les anciens autels et ceux d'aujourd'hui. On a vu, d'après les rapprochements établis entre l'antiquité et les temps modernes , combien l'ancienne liturgie apportait de soins et de recherches dans tout ce qui tenait à la partie la plus sainte du culte catholique. Ce n'est pas sans un regret qui n'est plus stérile depuis quelques années, que nous avons compris quela comparaison n'était pas à l'avantage des derniers siècles , dont nous cherchons , avec un zèle digne de récompense , à effacer la triste indifférence pour les formes extérieures de cette liturgie catholique , qui a commencé à l'institution du sacrement de nos autels , et va perpétuant, ses enseignements et ses traditions jusqu'à latin des siècles, où, loin de périr , elle se transformera en un culte éternel d'amour et de louange" pour son divin instituteur, N. S. J.-C.

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