‹ Rational ou manuel des divins offices de Guillaume DurandChapitre 94 sur 128 · DE LA CLÔTURE DU CHOEUR · texte numérisé non relu

DE LA CLÔTURE DU CHOEUR

S'il est plus à propos que le Chœur des églises soit fermé de murailles

que de balustres?

« Les architectes de ces derniers temps , dit Thiers (4) , ont décidé cette question en faveur des balustres par des voies de fait et des raisons de bienséance prétendue. Mais vous me permettrez de n'être pas tout-à-fait de leur sentiment ; car je m'assure que vous n'en serez pas plus que moi après que vous aurez lu la Dissertation que je vous envoie. »

On sait que dans les trois premiers siècles il y avait des églises, dans toute l'acception de ce mot; mais on ne sait pas si ces églises avaient un chœur distingué des autres parties dont elles étaient composées, tant parce que, dans la naissance du christianisme, l'on faisait servir d'églises les premières maisons venues et les plus commodes pour s'y réunir, qu'à cause que, sur la fin du IIP siècle, Dioctétien et Maximien , au rapport d'Eusèbe (5) et de Nicéphore (6) , signalèrent les commencements de leur persécution par des édits qui ordonnèrent la démolition de toutes les églises.

L'auteur des Constitutions apostoliques décrit les anciennes églises ; mais il ne dit pas que le chœur fût séparé de la nef. Voici comment il s'exprime (7) : « Que l'église soit longue comme un navire; qu'elle soit tournée vers l'orient, aussi bien que les deux sacristies qu'elle doit avoir, Tune à droite et l'autre à gauche ; que la chaire épiscopale soit au

(1) [Omnis lascivia vitetur,ita ut procaci venustate imagines non pingantur, nec ornentiir. ]

(2) Traité historique de la liturgie sacrée ou de la messe, 1. 1, c. 3, p. 59 et 60.

(3) V. J.-B. Thiers, Dissertation sur la clôture du chœur des églises, ou Examen de la question rapportée ci-dessus : A M. l'abbé ***^.

(4) Loc. cit., p. 1 et 2.

(5) L. 8, Hist., c. 2.

(6) L. 7, Histor. Eccles., c. 3.

(7) L. 2, c. 57, art. 61.

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milieu ; que les prêtres soient assis des deux côtés de Tévêque ; que les diacres demeurent debout, alin d'être toujours prêts à marcher. Leur soin doit être de faire placer les laïques dans leur rang et honnêtement, en sorte que les hommes soient séparés des femmes. Le lecteur, étant dans un lieu élevé entre les uns et les autres , doit lire les livres de Moïse, etc. ; le diacre ou le prêtre , les évangiles ; et, tandis qu'il les lit, les autres prêtres ou les autres diacres et tout le peuple doivent se tenir debout et dans un profond silence, etc. Que les portiers gardent les avenues de l'endroit où les hommes sont placés, et que les diaconesses en fassent autant à l'égard des femmes, etc. Ceux qui ne seront pas dans leurs places seront repris par le diacre et obligés de s'y ranger ; car l'église est semblable non-seulement à un navire, mais en quelque façon aussi à une bergerie : non solum navis, sed etiam mandrœ habrt ecclesia similUudinem. Et, de vrai, comme dans une bergerie les pâtres logent séparément leurs troupeaux, c'est-à-dire leurs chèvres et leurs brebis, chacune selon leur espèce et selon leur âge; de même, dans l'église , les plus jeunes doivent être séparés des vieux. Les pères et les mères doivent tenir leurs enfants debout auprès d'eux. Les jeunes filles doivent être à part, si le lieu le permet; s'il ne le permet pas, elles doivent être derrière les femmes mariées. Les femmes mariées et qui ont des enfants doivent aussi être séparées. Les vierges , les veuves et les vieilles femmes doivent être les premières de toutes. 11 faut que le diacre distribue les places, afin que tous ceux qui entrent se placent selon leur rang, et que rien ne se fasse contre la bienséance, etc. »

On voit qu'il n'est fait nulle mention de différence entre le chœur et le reste de l'église , pas plus que de clôture, de quelque nature que ce soit.

Ce ne fut qu'à partir du règne de Constantin que le chœur de quelques églises fut distingué de la nef par des tapisseries, des voiles ou des balustres.

Les tapisseries ou voiles n'étaient pas fort en usage. Cependant Théodoret (1) rapporte que saint Basile fit entrer l'empereur Valens dans l'enceinte des sacrées tapisseries, où il était assis, c'est-à-dire dans le chœur de son église, qui était clos de tapisseries; et Durand (2) témoigne que, vers la fin du Xlll® siècle, en certains lieux le chœur des églises était séparé de la nef par des voiles ou par des murailles.

Le chœur des églises était plus communément distingué de la nef par des balustres. Eusèbe (3) , parlant du chœur de l'église des Apôtres,

(1) Lib. 4, Hist. Eccles., c. 17.

(2) L. 1, Ration., c. 3, n» 35.

(3) L. 4, de Vit. Constant. , c. 59.

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bâtie par Constantin à Gonstantinople , rapporte que cet empereur le fit entourer de balustres de cuivre doré faits en forme de réseau , avec un merveilleux travail.

Le chœur de Téglise de Tyr, bâtie et consacrée par Févêque Paulin , était clos de balustres de bois admirablement travaillés , suivant Eusèbe(l).

Saint Grégoire de Nazianze dit que a dans l'église il y a une balustrade qui est au milieu des deux mondes , dont Tun est stable , Tautre variable, entre les dieux et les mortels, c'est-à-dire entre le chœur et la nef, entre les ecclésiastiques et les laïques. »

L'empereur Théodose (2) distingue Téglise en trois parties , savoir : le chœur , entouré de balustres , où est le saint autel ; la nef, close de murailles ; et la férule ou le vestibule intérieur , qui était la place des pénitents publics du second degré.

On peut voir des preiives certaines de l'existence des balustres du chœur dans Théodoret (3), Sozomène (4), saint Augustin (5), Synésius (6), saint Paulin (7), et par le Concile de Calcédoine et le deuxième Concile de Tours (8) , qui attestent l'usage de cette clôture tant en Occident qu'en Orient.

De plus , il y avait des portes aux balustres du chœur :.aux uns trois, aux autres une seule. Dans les grandes églises , c'est-à-dire dans celles où l'on tournait autour du chœur, il y avait ordinairement trois portes, dont la principale était la porte sainte, vis-à-vis l'autel ou le sanctuaire, au bas du chœur; les deux autres au haut du chœur, l'une à droite, du côté de l'épître , et l'autre à gauche , du côté de l'évangile , comme il y en a encore à présent dans les églises cathédrales.

Mais dans les petites églises, dont le chœur n'avait point de circuit, il n'y avait qu'une seule porte vis-à-vis l'autel (9).

On mettait des voiles devant les portes saintes, depuis le Symbole jusqu'après la Consécration, dans les églises orientales (10).

(1) L. 10, Hist. Eccles., c. 4.

(2) V. à la fin du Concile général d'Ephèse.

(3) L. 5, Hist. Ecoles., c. 18.

(5) L. 22 de Civitate Dei, c. 8, et epist. 168, et homil. 49.

(6) In Gatastasi.

(7) Natal. 10.

(8) Gan. 4.

(9) Paul-le-Silentiaire, apud Gangium, in Descript. S. Sophiae.

(10) Bona, 1. 1 rer. liturg., c. 25, n» 11; — Smith, epist. de grœcae Eccles. hodiern. stat., p. 109. —S. Germain de Gonstantinople, in Theor. rerum Eccles.

« 11 n'est pas à croire, dit Thiers (1), que le chœur des églises ait été fermé de murailles alin de ])rocurer plus de respect aux saints mystères. Il n'est pas vraisemblable non plus que le chœur des églises ait été fermé de murailles pour empêcher que les ecclésiastiques et les laïques ne se vissent. Il semble que le chœur des églises n'ait été fermé de murailles que depuis la multiplication des offices divins , afin que les ecclésiastiques et les religieux fussent moins exposés aux injures de l'air. » •

On ne peut faire remonter l'origine de la clôture de murailles qu'au XIP siècle. Les raisons données par Thiers nous semblent les seules probables.

Enfin , les clôtures du chœur des églises à balustres sont conformes à l'antiquité ; mais elles font cesser la raison qu'on a eue d'en faire de murailles, et causent, selon le docte théologien, deux inconvénients aux ecclésiastiques et aux religieux qui assistent aux offices divins.

« Mais la multiplication des offices divins n'a pas empêché que, de nos jours, on n'ait renversé les clôtures de murailles , qui fermaient le chœur de plusieurs églises, pour y substituer en leur place des clôtures de balustres et à claire-voie... Les nouveaux architectes, qui ont voulu raffiner sur la construction des églises , se sont attachés aux anciens usages, quoique sans autre dessein que de rendre ces saints lieux plus gais, plus clairs et moins embarrassés.

(( Leur réforme aurait plus d'approbateurs qu'elle n'en a, si elle ne faisait point cesser la raison qu'on a eue de clore de murailles le chœur des églises. Mais elle l'anéantit entièrement, puisqu'elle laisse les ecclésiastiques et les religieux plus exposés aux injures de l'air pendant les offices divins ; d'où il arrive deux inconvénients considérables. Le premier, que les ecclésiastiques et les religieux sont moins attentifs à l'œuvre de Dieu , et les laïques plus distraits dans leurs prières , ceux-ci ayant la liberté de voir ce qui se passe dans le chœur, et ceux-là pouvant observer ce qui se feit dans la nef et dans les ailes des églises. Le second, que les ecclésiastiques et les religieux précipitent les offices divins , et ne les font pas avec toute la dévotion ni aussi posément qu'ils devraient, dans la vue de se délivrer plus tôt des incommodités que leur causent les clôtures à claire-voie. »

Il faut donc conclure de tout cela que, « sans nous arrêter aux petites raisons des architectes de ces derniers temps, qui ne font ni la différence des climats, ni la part de la dévotion, nous estimons qu'il est plus à pro-

(1) Loc. cit., art. 13 à 15 inclus., p. 19 à 22.

pos que le chœur des églises , surtout de celles qui sont chargées d'offices, soit fermé de murailles que non pas de balustres. »

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