RAISONS MYSTIQUES DE LA. SONNERIE DES CLOCHES
On sonne les cloches pom^ sept raisons principales :
La première , pour assembler les fidèles dans les églises pour y faire leurs prières et pour assister au saint sacrifice.
La seconde , pour avertir les fidèles de venir aux instructions qui se font dans l'église.
La troisième, pour augmenter leur dévotion.
La quatrième , pour les inviter à venir accompagner le saint Sacrement lorsqu'on le porte aux malades.
La cinquième, pour inviter les anges à se joindre aux prières des fidèles. Nous avons plusieurs preuves dans les Pères et dans l'histoire de l'Eglise , que les anges assistent aux offices divins , et particulièrement au redoutable sacrifice de nos autels. <( Ne savez-vous pas (dit saint Jean Chrysostôme (2) en parlant à des personnes qui badinaient et qui riaient dans l'église) que vous êtes ici debout avec les anges, que vous chantez avec eux, que vous dites des hymnes avec eux, et cependant vous êtes debout et vous riez ! Je ne m'étonnerais point si les fou-
(1) Nous avons emprunté cette dernière partie au savant travail de M. l'abbé Baraud, plusieurs fois cité. (P. 34-37.)
(2) Horail. 24, in Act. apost.
dres tombaient non-seulement sur vous, mais même sur nous, parce que ces irrévérences méritent les foudres. — L'église (1) (dit-il ailleurs) n'est pas une boutique de barbier, d'apothicaire, ni de marchand. C'est la demeure des anges , la demeure des archanges, le palais du ciel , le ciel même, etc. Tremblez donc en esprit, lorsque vous y êtes, avant le temps des mystères terribles; tremblez en esprit, avant que l'on tire les voiles et que vous voyiez les chœurs des anges, et montez au ciel avant que de voir les anges qui s'avancent pour assister à ces mystères. » Et ailleurs (2) : « Vous ne considérez pas que Dieu est ici d'une manière invisible, qu'il observe tous les mouvements de chacun de nous, qu'il examine nos consciences. Vous ne considérez pas que les anges assistent à cette table terrible , et qu'ils l'environnent de toutes parts avec beaucoup de vénération. Pensez auprès de qui vous êtes assis, et avec qui vous priez. Sachez que c'est avec les Chérubins, les Séraphins et toutes les Vertus du ciel ; considérez qui sont ceux que vous avez pour compagnons ; qu'il vous suffise, pour vous tenir dans les justes bornes de la modestie, de vous souvenir qu'étant composés de corps et de chair, vous chantez les louanges de Dieu avec les Vertus spirituelles et célestes. Considérez, je vous prie (dit-il en terminant) (3), le lieu où vous êtes... Cette table que vous voyez est la table du Roi. Les ministres qui y servent sont les anges. Le Roi même y est présent en personne , et cependant vous vous y tenez négligemment et pensant à autre chose; etc. Lorsque vous voyez qu'on tire les voiles et les rideaux de l'autel , imaginez-vous voir le ciel qui s'ouvre, et les anges qui descendent sur la terre. »
La sixième , pour chasser les démons qui sont dans l'air et qui empêchent les fidèles de prier. « Les cloches, dit Pierre Messie (4), ont un merveilleux effet ; c'est que les diables qui vont par l'air fuient tel son, et l'ont en horreur comme chose instituée pour appeler les hommes à servir Dieu : pour ce que, comme ils se délectent en la musique qui provoque les hommes à mal, tous ainsi fuient-ils le son des cloches, qui leur fait nuisance; et, au contraire, il émeut le chrétien à réveiller son esprit, comme chose qui ramentoit (r appelle) -Hieu, et les temps esquels (auxquels) les hommes lui font des sacrifices et oraisons. Car, d'autant qu'elles sont à cela dédiées, elles émeuvent l'homme intérieurement, et si élèvent son ame à oraison. )>
La septième, pour dissiper les tonnerres, les orages et les tempêtes, «ce
(1) Homil. 36, in I ad Corinth.
(2) Homil. in laudenn eorum qui comparuerunt in Ecclesia.
(3) Homil. 3, id., 1, cap. ad Ephes.
(4) Diverses leçons, p. 2, c. 9.
ou MANUEL DES DIVINS OFFICES. 361
qui, dit Thiers, ne se fait pas naturellement, mais par la vertu divine qui leur est imprimée lorsqu'on les bénit ou qu'on les sonne contre ces météores. » Le Rituel de Bourges, de Tan 1666, dit : « Le son de la cloche met en pièces Forage, écarte les tonnerres, dissipe la tempête. Vox Domini prœparantis cervos, c'est-à-dire que, comme les biches sont aidées à produire leurs petits à l'éclat et au bruit du tonnerre , les âmes fidèles sont excitées au son de la cloche à envoyer leurs désirs et leurs vœux vers le ciel. » Ange Rocca (1) rapporte que le son de deux cloches bénies par saint Bennon, évêque de Messein ou Misnée, en Saxe, dont l'une est dans la ville de Messein même, et l'autre dans le bourg ou village de Scomberch, a tant de force, qu'il détourne les foudres et les tempêtes de tous les lieux circonvoisins.
Nous terminons en enregistrant ici une réflexion de J.-B. Thiers (2) dont l'objet est du plus grand intérêt, autant pour les fidèles, qu'elle affermit dans la foi, que pour les incrédules, dont elle détruit si bien les faux sytèmes. Nous citons textellement : « Ceux qui donnent trop à la nature et trop peu à l'auteur de la nature croient que les cloches peuvent naturellement produire cet effet, en ce que, leur son venant à frapper l'air, il l'agite, il l'écarté, il le raréfie, et, par ce moyen, il fait que les nues se fendent et s'entr'ouvrent, et que l'air se décharge des mauvaises impressions qu'il a reçues. » Pierre Messie (3) est du nombre des personnes dont parle Thiers. « Cependant, poursuit- il, si cela était ainsi, il n'y aurait qu'à tirer des coups de canon pour dissiper les orages, les foudres, les vents impétueux et les tempêtes, parce que les coups de canon seraient capables d'agiter l'air d'une manière bien plus forte et bien plus violente que non pas le son des cloches. Or , il est sans exemple qu'on se soit jamais avisé de tirer des coups de canon pour écarter les tonnerres, les foudres et les tempêtes. Ainsi, il est plus à propos et plus chrétien de dire que le son des cloches les écarte par la vertu divine qui leur est imprimée en vue des prières que l'Eglise fait lorsqu'on les bénit ou qu'on les sonne contre ces météores. » Tel est, en outre, le sentiment commun des Conciles , des Rituels et des théologiens. Ecoutons encore à ce sujet M. de Thou (4), évêque de Chartres : « Encore que, par le son des cloches, les orages naturellement se dissipent, toutefois cette cause naturelle est aidée avec plus d'efficace par l'invocation du nom
(1) Lib. de Gampan., c. 21.-
(2) Traité des cloches, p. 156, 157 et 158.
(3) Diverses leçons, p. 2, c. 9.
(4) Manière d'administrer les saints sacrements, tit. De benedict., fol. 209; et Recueil d'instruct. pour l'intelligence des, sacrements, etc., tit. eod., fol. 381.
RATION Ai-
de Dieu, auquel toutes choses obéissent, cl n'y a doute qu'elles ne soient détournées quand il lui plaît, pour sauver ce qu'il a fait croître et multipliei" sur terre. Cet usage est déclaré es-vers suivants, conime si la cloche parloit de soi-même :
Laudo Deum veriim , plebem voco , congrego clerum , Defunctos ploro , peslemfugo, festa decoro.
Je loue le vrai Dieu, j'appelle le peuple, j'assemble le clergé.
Je pleure les morts, je mets en fuite la contagion, j'embellis les fêtes.
tt Que si le son des cloches ne dissipe pas toujours les orages (i), les tempêtes et les tonnerres, et n'empêche pas toujours qu'ils ne tombent sur les personnes mêmes qui les sonnent dans les églises et dans les . clochers comme l'on sait (|ue cela est arrivé en bien des lieux et que l'histoire rapportée par Césaire d'Heisterbac en fait foi , c'est que Dieu n'exauce pas toujours les prières des fidèles, et que, pour des raisons qu'il ne nous est pas permis de pénétrer, il arrête souvent les effets surnaturels qu'il a attachés à certaines choses, afin de nous faire comprendre qu'il est toujours le maître de ses grâces, et qu'il ne les distribue qu'à qui il plaît et que (juand il lui plaît. » Or, comme le son des cloches dissipe souvent les orages et les tempêtes, et qu'à la suite de cela il arrive que [les fruits de la terre sont préservés , voilà pourquoi l'Ordre et le Pontifical romains témoignent que ce son conserve les fruits de la terre : « Dum hujus vasculi sonitus transit per nuhila, ecclesiœ tuœ convcntum manus conservet angelica; fruges credentium , mentes et corpora salvet protectio sempiterna. » (Tandis que le son de ce petit vase passe à travers les nues , que la troupe des anges protège le peuple assemblé dans ton église, et que ta puissance éternelle sauve les moissons des fidèles, leurs âmes et leurs corps.)