CHAPITRE XXI
DUTRArr.
1. Depuis le dimanche de la Septuagésime jusqu'à la veille de Pâques, qui sont des jours et des offices de deuil, comme on ne fait pas entendre alors de chant d'allégresse, au lieu de VAU
fortement^ surtout dans le jeûne. Mais, quoique le dimanche figure la résurrection, cependant les dimanches de la Septuagésime on suspend les cantiques d'allégresse et Ton dit des traits, parce que les Juifs, pendant les soixante-dix années de la captivité de Babylone^ furent continuellement affligés, et que nous, pendant les soixante-dix ans de cette vie, qui s^aocroît de sept en sept ans , et qui^ par conséquent, nous mène jusqu^à soixante-dix ans , nous avons sans cesse des douleurs et des misères, jusqu'à ce que nous arrivions au repos étemel [octavam) (à) de la vraie, parfaite et non figurative résurrection, par la miséricorde du Christ.
VU. Enfin , il faut considérer que les versets des séquences se disent deux par deux , sur un même chant , ce qui a lieu parce que (la plupart du temps ) ces versets sont placés deux à deux pour le même rhy thme^ sous un pareil nombre de syllabes; ce qui ne se rencontre pas dans les versets des traits^ qui, pour la plupart, sont pris de la sainte Ecriture, et voilà pourquoi on ne peut pas les accoupler aussi bien. Les séquences sont composées sur un chant unique, pour marquer que le transport de la vraie charité est parfait en Dieu seul , car la séquence désigne le transport, et Faccouplement de ses strophes la charité. Mais on chante un à un les versets des traits, parce qu'ils marquent la douleur, selon cette parole du Psalmiste : « Pour « moi, je suis seul jusqu'à ce que je passe. )> Et Jérémie [U, q. I, Qiuindo) : ce J'étais seul et assis à l'écart, parce que j'étais a rempli d'amertume. » Il ne faut pas non plus oublier que régulièrement le graduel ou l'A I2e/ti-t a suivent immédiatement Fépître, pour que nous ne soyons pas exposés au reproche exprimé en ces termes par le musicien dont parle le Christ en ces mots : « Nous avons chanté, et vous n'avez point dansé ; « nous avons chanté des airs lugubres, et vous n'avez point « pleuré. » Car on chante VAllelur4a pour exprimer un mou*
(a) Apud Du Gange, Gloss., Terbo Octava, 1.
oc MANUEL DBS DIVINS OFFICES. 125
Tement de danse » et le graduel comporte avec lui les larmes de la pénitence. Cependant YAllelu-ia ne se fait pas entendre les samedis des Quatre-Temps^ non pins que le mercredi et le vendredi de la grande Semaine^ ni les jours où le trait suit immédiatement l-épître, et cela parce qu'en ces jours-là nous n'avons pas avec nous le musicien dont parle le Christ. On le vend le mercredi, on le crucifie le vendredi , ce que Ton représente en quelque façon les samedis des Quatre-Temps , et c'est pour marquer un plus grand deuil que ces samedis-là le trait suit inunédiatement l'épitre. Le trait indique un plus grand deuil que le graduel, pour nous faire entendre qu'on ne le chante jamais avec VAllelu-ia, excepté, pour une raison particulière, le samedi de Pâques.