‹ Rational, ou, Manuel des divins officesChapitre 34 sur 84 · LE PRÊTRE ENCENSE L'AUTEL UNE SECONDE FOIS · texte numérisé non relu

LE PRÊTRE ENCENSE L'AUTEL UNE SECONDE FOIS

I. Après avoir reçu Toffrande mystique dont nous venons de parler, on brûle de l'encens, pour figurer ce que raconte Jean dans l'Evangile , et dont on a dit un mot vers le commencement du chapitre qui précède celui-ci, savoir : que Marie-Madeleine prit une livre d'huile de nard pur et précieux, et en oignit les pieds de Jésus, et la maison fut remplie de l'odeur de ce parfum. Le prêtre balance l'encensoir sur l'autel et autour, en formant le signe de la croix sur le sacrifice et l'autel, afin, parle signe de la croix et l'encens, de déjouer la malignité des pièges du diable et d'y échapper.

II. En balançant trois fois l'encensoir sur Tautel et autour, il rappelle que Marie oignit à trois reprises le corps de Jésus. Premièrement , elle oignit les pieds de Jésus chez Simon le pharisien. Deuxièmement, lorsque chez Simon le lépreux elle répandit un parfum sur sa tête. Troisièmement , lorsqu'elle acheta des aromates et vint embaumer Jésus, qu'on avait déjà mis dans le sépulcre , car la volonté est réputée pour le fait (XVII, q. i). Si donc elle n'a pas accompli son désir, cependant il a eu un commencement d'exécution. Lorsqu'ensuite on encense l'autel de tout côté, c'est pour monti*ér que celte action de Madeleine a été publiée par toute l'Eglise, comme le Seigneur lui-même l'atteste : <c En vérité , en vérité , je vous dis «c que partout où sera prêché cet Evangile, c'est-à-dîre dans a tout le monde, on racontera à la louange de cette femme ce «t qu'elle vient de faire. y> '

III. On peut encore dire qu'on encense Tautel pour représenter l'ange qui se tenait devant Tautel du temple, ayant un encensoir à la main , d'où la fumée des aromates montait en la présence du Seigneur. Car le Christ, qui est l'Ange du grand Conseil, a offert pour nous au Seigneur^ sur Tautel de la croix, comme un sacrifice d'agréable odeur, sa chair immaculée, embrasée du feu de l'Esprit saint. La fumée des aromates, ce sont les prières des saints, qui, entretenues par l'ardeur de la charité que leur inspire la passion du Seigneur , montent à Dieu le Père , et nous méritent d'être couronnés par la Trinité ; voilà pourquoi le prêtre encense en forme de croix et de couronne : en encensant une fois, il rappelle qu'il n'y a eu qu'une passion; en. décrivant une fois le cercle {corona), il rappelle la récompense d'ua denier ; en encensant trois fois , il figure la coopération de la Trinité dans la passion , et la glorification des trois ordres, d'où vient qu'en encensant il dit : « Seigneur, que ma prière monte comme l'encens en ta préce sence , etc. ; » c'est dans le sens moral qu'il faut brûler l'encens de la dévotion dans l'encensoir du cœur, avec le feu de la charité, pour qu'il exhale une odeur suave, afin que, tant nous que notre offrande, nous soyons en bonne odeur devant Dieu ; sur quoi l'Ecriture dit que nous sommes chargés des fonctions du sacerdoce et de louer le nom du Seigneur, etc. Le prêtre , qui figure le Christ y reçoit cet encens et en parfume le sacrifice et l'autel. On peut dire aussi que l'encensoir, dans lequel le prêtre offre l'encens, représente le Christ^ par lequel il de-» mande que Dieu lui soit propice. C'est avec raison que Ton encense toute l'assemblée des fidèles , pour montrer que tout ce que fait le prêtre se rapporte à tous ; ce qui a fait dire au Psalmiste : « Seigneur, que ma prière monte comme l'encens a en ta présence. » Cette cérémonie n'a pourtant pas lieu à la messe des morts , comme on le dira dans la septième partie , au chapitre de l'Office des Morts.

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