DU SANCTUS
L L'Eglise espérant être unie aux Anges et aux Archanges» dont il a été fait mention dans la préface, aussitôt qu'elle est terminée se met à l'unisson du chant des anges , en chantant cette hymne t ce Saint , saint, saint , » que le pape Sixte P' ordonna de chanter. Ce fut le chant que chantèrent les enfants, lorsque le Seigneur parut devant eux à la dixième lune^ et fut gardé jusqu'à la quatorzième lune dans Béthanie. Donc^ lors^ que le prêtre finit le chant de louange ou préface, tout le chœur, qui représente l'Eglise, chante en même temps l'hymne évanr gélique précitée, pour célébrer la gloire, la louange et l'honneur qui appartiennent également au Père , au Fils et à l'Esprit saint, comme à un seul Dieu.
IL II est à remarquer que cette hymne se compose en partie des paroles des anges et en partie de celles des hommes. La
première moitié renferme la louange des anges ^ la deuxième et dernière celle des hommes. 'On lit^ en effet, dans Isaïe^ chapitre vi^ que les Séraphins se criaient l'un à Fautre et disaient : « Sainte saint» saint est le Seigneur» le Dieu des armées; la ce terre est toute remplie de sa gloire. » On lit aussi dans Fé- Yangile de Mathieu^ chapitre xxi, et de Marc, chapitre xi, que ceux qui allaient devant Jésus et ceux qui le suivaient criaient : « Hosanna au fils de David; béni soit Celui qui vient a au nom du Seigneur. » La voix des Anges dit : (c Hosanna « dans les profondeurs de la Trinité et de l'unité qui résident « en Dieu ; » et ces accents louent un mystère , tandis que la voix des hommes, qui dit : a Hosanna au fils de Da\id» » célèbre le sacrement de la divinité et de l'humanité unies dans le Christ. C'est avec raison que nous chantons à l'église les cantiques des anges» parce que nous ne doutons pas que par ce sacrifice la terre s'unisse au ciel^ et c'est pourquoi nous nous écrions avec eux que le salut réside dans les hauteurs des deux.
111. Or, il faut remarquer qu'on dit trois fois Sanctus, pour désigner la Trinité et la distinction de ses personnes ; mais on ne dit qu'une seule fois Dominus, Dem sàbaoth, pour montrer l'unité de la nature (ttôîa) (a) divine {De causée., dist. u) , parce qu'on adore l'unité, pour établir ainsi le mystère de la Trinité et de l'unité. On dit trois fois Sanctus au singulier, et non êancti au pluriel^ pour faire entendre qu'une seule sainteté et une seule éternité sont communes aux trois personnes de la Trinité. Ce n'étaient pas seulement les Séraphins qui criaient Sanctus sous le trône sublime de Dieu, comme nous l'apprend le Prophète ; ce cri était aussi celui des quatre animaux dont
- (d) Du grec oùoia, nature.
Bas très personas unam dissertât usiam Nomine distinctam, sed m^estatejugatam,
lit-on dans les Actes de S. Cassien, martyr (Fontanin. ad calcem Antiquitai. hortœ, p. B53).
ou MANUEL DBS DIVINS OFFICES. 21T
parle l'Apocalypse , qui entouraient ce même trône ^ et qui ne cessaient jour et nuit de dire : a Sainte saint^ saint est le Seia gneur Dieu tout-puissant. »
IV. On dit que Dieu est saint, c'est-à-dire qu'il sanctifie^ et non qu'il est sanctifié ; d'où vient cette parole : « Soyez saints» a parce que moi» le Seigneur votre Dieu^ je suis saint, d Le Fils de Dieu» en parlant de son Père^ l'appelle saint : « Mon Père» a sanctifie dans la vérité ceux que tu m'as donnés , parce que <c tu es saint. » Le Fils de Dieu est appelé saint par l'Ange» qui rend de lui ce témoignage : a Ce qui naîtra de toi (dit-il à a la Vierge) sera saint ; on l'appellera le Fils de Dieu. » L'Es-* prit saint est nommé saint par le Christ, lorsqu'il dit : » Recé-^ a vez l'Esprit saint. Les péchés seront remis à ceux à qui vous « les remettrez. »
V. On dit aussi : « Le Seigneur Dieu sabaoth» c'estnà-dire le « Seigneur des armées, des anges et des hommes, dontl'as- « pect est terrible comme celui d'une armée rangée en ba- « taille. » C'est de Lui que les anges disent dans un psaume : a Qui est ce roi de gloire? — Le Seigneur des armées est luiii même ce roi de gloire. ^ Car Dieu a autant d'armées sur la terre qu'il y a d'ordres dans l'Eglise^ et autant dans le ciel qu'il y a d'ordres parmi les anges. Or, en nommant les cieux et la terre, les anges et les hommes, pleins de la grâce divine, témoi^ gneût à la lettre que les cieux et la terre sont remplis de là grâce divine; car la divinité est partout, ce qui a fait dire i^u Prophète : a Si. je monte dans le ciel, tu y es ; si je descends a dans l'enfer, tu y es encore. »
VL Sabaoth se traduit Seigneur des armées ,, ou des vertM militantes , ou des victoires , ou tout-puissant ; car « le Seic( gneur notre Dieu est tout-puissant , c'est lui qui range en « bataille l'armée des anges et des hommes. » Le prêtre ajoute : a Les cieux et la terre sont remplis de ta gloire, » afin que les cieux et la terre soient gouvernés par la gloire de Dieu» et que ceux qui sont dans les cieux et ceux qui sont sur la terre
glorifient et honorent son saint nom ; les cieux sont remplis d^e gloire^ parce qu'ils possèdent Dieu , et la terre est pleine d'espérance de le posséder un jour. Alors eUe jouira de l'entière réalité , lorsque cette parole : ce Que ta volonté soit faite en la ^ terre comme au ciel » sera accomplie. Quand nous disons : «c Les cieux et la terre sont remplis de ta gloire^ » nous rendons grâces au Créateur pour tous sed bienfaits.
Yll. Quand nous disons : a Béni soit celui qui vient au nom a du Seigneur, » nous rendons particulièrement grâces à Dieu pour le bienfait de la rédemption ; et, comme il est nécessaire de confesser le mystère de rinçarnation pour mériter le salut éternel , c'est avec raison qu'on ajoute : a Béni soit celui qui « vient au ûom du Seigneur. » — a Je suis venu ,dit le Christ, a au nom de mon Père. » Le nom du Père, c'est son Fils, dont le Prophète dit : «Voici le nom du Seigneur» il vient de loin.p Quand on commence le Sanctus , nous devons nous tenir inclinés» parce.qu'alors nous vénérons l'incarnation et l'inconnue majesté de Dieu /par le chant des anges et des hommes. En disant : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur , i» comme ces paroles sont tirées dé l'Evangile, nous devons faire ou mettre sur nous le signe ou l'étendard de la croix, parce que le Christ a triomphé par la croix et nous fait triompher par elle. Lorsque le Christ, venant à Jérusalem, descendit du mont des Oliviers , les enfants d'Iisraël criaient : « Béni soit celui qui « vient au nom du Seigneur. » L'entrée du Christ à Jérusalem figure la résurrection future, quand il viendra lui-même juger les vivants et les morts et qu'il iapparaitra à nos yeux avec ce corps dans lequel il a souffert pour nous; alors, au nom de Jésus tout genou fléchira au ciel, sur la terre et dans les eor fers. C'est pourquoi il y en a qui, au moment où l'on chante : a Béni soit celui qui vient au nom du Se^neur , » se mettent à genoux et prient dévotement.
VIIl. Hosanna est un mot hébreu qui veut dire : » Sauve, a je t'en prie; » ajoute : a ton peuple, ou le monde entier, i»
ou MANUEL DBS DIVINS OFFICES. 219
Ce mot se compose de osi, qui yeut dire sauve, et de anna, qui, en hébreu^ est une interjection suppliante qui exprime Yémo^ tion de l'ame tout entière à l'objet de sa demande. Pour parler correctement, on devrait dire osianna; mais nous avons corrompu ce mot en supprimant la voyelle i et en disant osanna, ce que nous faisons par ignorance» ou sciemment» par rélision d'une voyelle que nous supprimons» comme on a coutume de le feire dans les vers (6).
'IX. On dit deux fois : Hosanna in excelsis , à cause des deux choses que l'homme a à sauver, qui sont la robe de son ame et la robe de sa chair» qui toutes deux partagent le bonheur des saints dans la gloire» afin que» sauvés dans notre aine et dans notre corps, nous soyons comptés au nombre dès anges a dans les lieux élevés, » c'est-à-dire dans les hauteurs des cieux. On trouve dans le psaume cxvii ce petit verset» que disait la foule du peuple : Hosanna: c'est ce que nous disons dans le Sanctus en ces termes : <c 0 Seigneur ! sauve-moi ; » et à ces paroles on ajoute celles-ci : « Béni soit celui qui vient au « nom du Seigneur. »
X. C'est avec raison que parfois les orgues se font entendre et accompagnent ce chant des anges et des hommes ; usage qui remonte à David et à Salomon , lesquels firent des hymnes qu'on devait chanter pendant les sacrifices qu'on offrait au Seigneur, avec l'accompagnement des orgues (13) et d'autres instruments de musique » unis à la voix de tout le peuple chantant les louanges de Dieu. Mais cependant, autant le cœur est
(b) Hosanna est on de oes mots hébreux qa'on a conservés dans toutes leêéglises sans le traduire, comme amen et alléluia. Il signifie sauve maintenant, ou sauve, je te prie. On trouve dans presque tous les anciens Missels manuscrits, et dans Durand, osanna sans h. Il est pourtant mieux d^écrire hosanna avec un h, comme il Test dans tous les Missels d'à présent, parce que ce mot est écrit en hébreu par un 71 he. Si l'on voulait même s'en tenir rigoureusement aux lettres hébraïques, il faudrait dire hosiarma et même ?iosc?iianna. Mais on sait que les manières de prononcer ne sont pas absolument fixes , et que dans toutes les langues il se fait des élisions. Il n'est pas surprenant que Viod, étant suivi de Valeph, soit mangé, et qu'ainsi on dise osanna au lieu d^osianna; c'est la remarque que faits. Jérôme, ép. 145, ad Damas.
fiO RATIONAL
plus noble que le corps, autant nous confessons plus déyote* ment le Seigneur de cœur que de bouche ; on parlera dé cela à la fin de la préface de la cinquième partie.
XI. Par ces paroles et par les gestes qui les accompagnent, à partir du Sanctus on représente la passion du Christ. Quand le diacre et le sous-diacre vont derrière Févêque ou le prêtre, ils figurent la fuite des apôtres lors de la passion du Christ , comme on l'a dit au chapitre de l'Oblation. S'il en est qui se tîédnent debout derrière l'autel, les yeux fixés sur Févéque, ili» représentent les femmes qui virent la passion de loin. Tous ceux qui sont derrière Févêque ou derrière Fautel s'inclinent, pat* respect pour la majesté divine et Fincamation du Seigneur, célébrées par le chant des anges et des hommes. L'ordre des anges ; en disant : a Sainte saint ^ saint le Seigneur Dieu des armées , » fait entrer en scène la majesté divine ; l'ordre des hommes , en disant : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur^ » représente Favénement corporel du Christ. Cette inclinaison figure aussi la tristesse que les disciples ressentirent de la mort du Christ; ils n'osaient pas se lever et confesser qu'ils étaient ses disciples; voilà pourquoi on se tient incliné jusqu'au moment où le célébrant dit : a Délivre-nous du mal.D Il était inutile qu'ils se levassent avant la lumière , c'est-à-dire qu'ils se glorifiassent d'appartenir au Christ avant sa résurrection» qui les délivra de toutes leurs angoisses. De là vient que cette demande est la septième dans Foraison dominicale ; le nombre sept est le complément de cette prière. On a parlé de cela au chapitre qui a pour titre : Comment FEvêque ou le Prêtre et ses Ministres doivent se tenir devant Fautel.
ou MANUEL DBS DOriNS OFFICES. 221