IV. Deuxièmement, on appelle ce sacrifice un sacrifice de
louanges y parce que le Christ l'institua en rendant grâces^ à Dieu , comme on le dira dans la sixième particule du canon ,. auxmots : Grattas agens. Troisièmement» c'est parce que^ quand nous offrons quelque chose à Dieu , nous lui rendons ce qui lui appartient» et que nous ne lui donnons rien qui soit à nous, selon celte parole : ce Si j'ai faim, je ne te dii*ai pas : La terre et^ a tout ce que renferme son globe est à moi; mais : Inunolé à « Dieu un sacrifice de louanges, et rend tes vœux au Trèsce Haut.-)) Quatrièmement, parce que nous devons louer Dieu, non-seulement parce qu'il a souffert pour nous, mais encore parce qu'il est toujours avec nous , chaque jour de la vie, jusqu'à la mort ; ou bien, parce que non-seulement il s'est livré ^ pour payer notre rançon, mais aussi parce qu'il s*est donné à nous comme une nourriture : comme rançon , afin de nous racheter de la mort; comme nourriture, afin de nous sustenter jusqu'à la vie étemelle, selon cette parole : « Celui qui me « mange vit par moi, )) c'esW-dire pour lui-même y car telle est l'ecthèse ou l'explication de ces mots qui suivent, et que voici : « pour la rédemption de nos âmes, pour l'espérance de « leur salut et de leur conservation. ))
V. Le prêtre dit ensuite : « pour tous ceux qui leur appar- « tiennent, » savoir : pour leurs parents ou alliés, pour leurs connaissances ou amis; car, bien que nous soyons obligés de chérir aussi nos ennemis , selon cette parole : « Chérissez vos ce ennemis, )) cependant nous devons observer l'ordre de la charité, qui nous fait commencer par nous-mêmes (XXIII, q.v, Si non licet; Depœni., d. m, Sane cavendum extra de usu$ pallii, in fin.), selon cette parole : a Le roi m'a fait entrer dans a le cellier on il met son vin, il a réglé dans moi la charité ; )> et l'Apôtre ajoute : «Lorsque l'occasion se présente, faisons a du bien à tout le monde, mais surtout aux fidèles. )) — « Pour la rédemption de leurs âmes, etc. )) Comme si le prêtre disait : a Nous offrons ce sacrifice, non pour un avantage c( temporel , ou parce que nous désirons les choses de la terre,
ou MANUEL DES DIVINS OFFICES. 239
ce mais pour Tespérance de leur salut et de leur conservation» y> c'e8t-4-dire afin de pouvoir espérer leur salut ou leur conservation. En effet , c'est l'espérance qui sauve l'ame et qui conserve le corps ; car la santé de Tune et de l'autre vient de Celui qui dit : a Je suis le salut du peuple. » La santé de l'ame et du corps provient de la rédemption de l'ame » c'est-à-dire de la rémission du péché; et réciproquement, c*est de l'accomplissement du péché que procède la maladie de l'ame et du corps, selon la sentence de la Vérité : a Tu vois que tu ce es guéri (dit Jésus au malade) ; ne pèche plus à l'avenir» de « peur qu'il ne t'arrive quelque chose de pire » ( Extra De Spnit. et remiss, cum infirmitas, in princ).
VI. L'homme possède trois sortes de biens» les biens du corps» de l'esprit et de l'éternité, savoir : ici-bas» dans lia région moyenne» et en haut ; tels sont les biens pour lesquels le prêtre dit qu'il offre le sacrifice. Il l'offre pour les biens du corps, c'est-à-dire pour sa conservation ; pour les biens spirituels» c'est-à-dire pour la rédemption de l'ame ; pour les biens éternels » c'est-à-dire pour le salut. Car le Seigneur nous apprend à prier pour ces trois sortes de biens; pour ceux de l'éternité» en disant : « Que ton règne arrive ; » pour ceux de l'esprit, en prononçant ces mots : a Que ta volonté soit faite « en la terre comme au ciel ; » pour les biens du corps , par ces paroles : « Donne -nous aujourd'hui notre pain quoti- « dien. » Nous offrons le sacrifice pour les biens éternels» afin qu'ils nous soient donnés en récompense ; pour les biens spirituels» afin de les recevoir selon nos mérites; pour les biens du corps, afin que l'administration nous en soit donnée, pour que, par les uns et les autres» nous arrivions au ciel. Mais puisque» comme dit l'Apôtre» la vertu se perfectionne dans l'infirmité (Extra De sac. une., c. i), et qu'il ajoute : «Lorsque « je suis affligé par la maladie» je suis plus fort, » pourquoi ofirons-nous un sacrifice [de louanges pour la conservation du corps, sinon pour rendre grâces à Dieu, dans l'Eglise» de la santé qui nous a été donnée ou rendue?
VU. Le prêtre dit ensuite : a Et ils reodent leurs vœux à toi, a Dieu éternel, vivant et véritable. » On dit leurs vœtix, parce qu'ils en font la promesse volontairement, parce que que nous devons volontiers et librement faire un vœu à Dieu et l'accomplir (Extra Devoto, magnœ). Mais, puisque nous donnons ce qui nous appartient^ et que nous rendons ce qui est à autrui, pourquoi dit-on : oc ils rendent\e\irs vœux, » plutôt que : c< ils donnent leurs vœux? » ou bien, si Ton conserve l'expression rendent, pourquoi metron leurs vosux, plutôt que les ^XBox d'autrui? C'est avec raison que le mot vom est appliqué à l'homme et à Dieu : à Dieu, à cause de l'autorité de sa grâce ; à l'homme , à cause du libre arbitre ; ce qui a fait dire^ à l'Apôtre : c( Ce n'est pas moi, mais la grâce de Dieu avec <i moi. » Donner est le propre de l'homme ; mais rendre est l'attribut de Dieu.