DE LÀ ONZIÈME PARTIE DU CANON
Nobis quoque est la onzième partie du canon : et cette prière s'étend jusqu'à Per omnia secula seculorum.
I. Le prêtre, en prononçant ces paroles,. élève iin peu la voix, frappe sa poitrine et rompt aiqsi le silence pour marquer la contrition et la confession du larron qui reprenait l'autre larron, à cet article de la passion du Seigneur, et disait : a Pour nous, nous recevons le châtiment mérité par nos crimes , mais celui-ci n'a fait aucun mal; » et il disait à Jésus (Luc, xxiii) : <( Seigneur, souviens-toi de moi quand tu seras dans ton royaume ; )) à cause de quoi Jésus lui dit : a En vérité , je te le dis : aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis. »
î!. Cette action du prêtre d'élever la voix et de se frapper la poitrine signifie encore que le centurion et ceux qui étaient avec lui, voyant les prodiges qui se faisaient, furent saisis d'une grande crainte et dirent : a Celui-ci était vraiment le Fils de Dieu; » et toute la foule de ceux qui étaient présents s'en retournait en se frappant la poitrine. Or, les amis de Jésus et les femmes qui l'avaient suivi depuis la Galilée se tenaient éloignés» voyant ce qui se passait. Ces derniers symbolisent les ministres» c'est-à-dire le diacre et le sous-diacre, qui se tiennent derrière le prêtre, et qui, à cette parole : Nobis quoqiMf lèvent la tête et se tournent en face du prêtre ou de l'évêque.
IIL Or, l'unique fois que le prêtre frappe sa poitrine (jselon
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FÀpôtre^ aux Romains, vii)^ il marque que leChrist est mort une fois pour nos péchés. C'est ayec trois doigts seulement, sans le pouce ni l'index, ce qui signifie que la Trinité se trouve dans l'unité ) cette action du prêtre désigne aussi quelquefois la pénitence, comme on l'a dit au chapitre de la Confession.
lY. Peccatoribus. Il parle ainsi, parce que a si nous disonsque nous n'avons pas de péchés, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n'est pas en nous (De pœ., dist. ii, Si enirn^ inquit). Car, bien qu'en tout temps nous devions, de cœur, nous reconnaître pécheurs (v. g., dist. Testamenium)^ cependant nous devons principalement le faire lorsque nous célébrons le trèssaint mystère pour la rémission des péchés.
V. De muUitudine miseratianum tmirum sperantïbtiSy «Espérant en ta miséricorde infinie, n d'après ce que dit le Psalmi^ : « Selon la multitude de tes miséricordes, détruis mon iniquité. Et remarque que Dieu n'a qu'une seule miséricorde, (pli n'est autre dhose que Dieu miséricordieux ; mais il possède im grand nombre d'affections qui sont appelées miseraliones, â commisérations, sentiments de pitié.» D'où il est dit : a Souviens-toi , Seigneur, de tes commisérations et de tes miséri- C(»*des, qui sont éternelles. » Partem aliquam et societaiem donare digneris, a Daigne nous donner quelque part et quelaue société, etc. » Mais, comme Dieu est tout pour tous, c'est-àlire le salut, la récompense et la gloire de chacun, d'après ces paroles : « Je suis le salut du peuple, y> que signifie aliquam parlent, etc., comme si tous ne devaient pas recevoir le même denier?
VI. Sans doute , quoique la récompense de chacun soit une «eirie et même chose, c'est-à-dire Dieu lui-même, dans la connaissance duquel consiste le salut éternel , d'après ce qu'il dit lui-même en TEvangile : « Cette vie éternelle est pour qu'ils te connaissent vrai Dieu , et qu'ils connaissent celui que tu as envoyé, Jésus-Christ; y> cependant, selon la différence des mentes > les élus jouissent de la vue de Dieu, les uns plus, les
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aulres moins; car une étoile diffère d'une autre étoile en clarté, et c'est pour cela que le Seigneur lui-même dit : a II y a un grand nombre de demeures dans la maison de mon Père céleste » {Depœ.y dist. iv, Indomo) ; de même qu'il n'y a qu'un âeul soleil à la lumière duquel tous participent, les uns plus, les autres moins, selon la différence des vues.
VII. Cum Joanne, Stephano, Mathia, Barnaba; « Avec Jean, Etienne, Mathias, Barnabe. » Dans cette seconde commémoration des saints , on supplée en grande partie à ce qui semblait manquer de saints primitifs dans la première partie. Mais pourquoi saint Jean est-il répété et pourquoi saint Etienne lui est-il associé avant les apôtres Mathias et Barnabe, qui sont passés sous silence ? A cela on peut répondre que saint Jean est placé dans la première commémoration et mentionné avec les autres, à cause de la dignité de l'apostolat ; mais, dans la dernière, son nom est répété et associé avec celui de saint Etienne, à cause du privilège du célibat , car ils sont vierges et suivent l'Agneau partout où il va ; voilà pourquoi ils sont placés avant les autres ; car la virginité de Jean est surtout recommandée par ce fait que le Christ, sur la croix , confia sa mère vierge à sou disciple vierge , ce et à partir de cette heure le disciple la considéra comme sa mère. » Or, la virginité de saint Etienne est surtout prouvée par ce fait, qu'il fut choisi pour remplir^ sous la direction des apôtres , le ministère auprès des veuves, et, en ce qu'il fut chargé de servir les femmes, il mérita le témoignage de la plus irréprochable chasteté. Or, par saint Jean on pourrait entendre , non saint Jean l'évangéliste , mais saint Jean-Baptiste, si ce nom n'était précédé de ces mots : cum tuis sanctis apostolis et martyribus, « avec tes saints apôtres et martyrs, )) par où l'on est convaincu qu'il ne s'agit que des apôtres et des martyrs, quoique l'on pourrait à juste titre compter Jean-Baptiste au nombre des martyrs. Le prêtre énumère donc les saints dont il demande la société , parce que le prêtre de Faiacienne loi ayait par écrit les noms des enfants d'lsraël>
comme on Ta vu ci-dessus. Et remarque qu'eu cet endroit se trouvent désignés huit hommes et sept femmes , attendu que, par ce sacrifice, les sept dons de la grâce et lés huit béatitudes s'unissent en nous .
VIII. Suivent ces mots : non œstimator merili, a sans avoir égard aux mérites, )» parce que Dieu ne nous récompense pas suivant la mesure de nos mérites , mais il nous punit moins sévèrement et nous rémunère plus largement que nous ne le méritons. D'où ces paroles du Psalmiste : <k Dieu ne nous punit pas suivant nos péchés et ne nous, charge pas suivant nos iniquités. » Et ailleurs il dit : « Et ils rapporteront dans votre sein une bonne mesure, une mesure pleine, pressée et surabondante. » — Per Christum Dominum nostrum, a Par le Christ notre Seigneur. » Ici, on ne répond pas Amen, tant parce que les anges , qui assistent toujours au sacrifice , répondent eux-mêmes, comme on l'a dit à la fin de la troisième partie, que parce que ces mots se disent à voix basse et que les ministres ne peuvent les entendre, ou bien encore parce que les paroles suivantes : Per quem hœc omnia leur sont unies et en dépendent de telle sorte qu'on ne peut rien interposer. Or, c'est en cet endroit que l'on bénit les raisins , comme on le dira dans la sixième partie, au Jeudi saint, où l'on traite de l'office du jour. Dans le canon des apôtres, inséré dans Bucard
• (lib. v^ c. Offert.), on lit ce qui suit : « Qu'on n'offre rien à béiiir à l'autel, excepté des épis nouveaux ou des raisins, de l'huile, des fèves et des parfums à brûler, dans le temps qu'on célèbre la sainte oblation. »
IX. Suivent ces mots : Per quem hœc amnia, etc. Le prêtre dit omnia, parce que tout a été créé par le Fils. D'où saint Jean dit : a Tout a été fait par lui , et rien n'a été fait sans lui. Et Dieu vit tout ce qu'il avait fait , et il trouva que tout était trèsbon. » Crectë signifie donc en formant la nature; sacrificas, en consacrant la matière ; vivifiées, en transsubstantiant la créature; benedicis, en accumulant la grâce. Or, ces mots hmc
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omnia ne sont qu'un simple pronom démonstratif, nécessité par la confusion du temps du yerbe ; car le temps présent obscur n'a^pas l'acception du présent. Et voici le sens des paroles susdites, hœc omnia, « toutes ces choses, c'est-à-dire le pain, le vin et Teau; tu les crées toujours bonnes quant aux causes normales primordiales; tu les sanctifies selon les causes sacramentelles; tu les vivifie, afin qu'elles se changent en la chair et au sang ; tules bénis, pour qu'elles conserventl'unité et la charité. » X. Déplus^ en disant sanctificas, il marque que tout ce qui est sanctifié est sanctifié par la grâce du Christ. Nous avons tous reçu de sa plénitude ; d'où saint Jean dit ( c. xvi) : ce Mon Père , sanctifie-les dans la vérité, » c'est-à-dire dans le Fils. En disant vivificas , il signifie que tout ce qui est vivifié l'est par le Fils (Joan., n) ; d'où on lit dans saint Jean : ce Je suis la voie, la vérité et la vie » (VIII, d. Qui contempla). En disant benedicis, il insinue que la bénédiction céleste nous est donnée par le fruit béni de la Vierge ; ou bien encore : créas , tu crées ces choses pour qu'elles existent ; tu les sanctifies, en les dirigeant vers toi ; tu les vivifies, en les animant; tu les bénis, pour qu'elles soient utiles , et tu nous les donnes pour qu'elles nous servent. Le prêtre fait trois croix en prononçant ces paroles : sanctificas, vivificas, benedicis. Ces croix représentent l'Eglise primitive , qui reçut la foi à la Trinité. Mais nous donnerons bientôt à ce sujet une explication difierente. Lorsque le {>rétre est sur le point de dire etprœstas nobis, le diacre enlève le corporal de dessus le calice, pour marquer que, lorsque le Christ rendit l'esprit, le voile du temple fut déchiré depuis le haut jusqu'en bas, et alors nous furent manifestées les choses mystérieuses et obscures de l'ancienne loi, comme il est dît dans l'Evangile, au sujet de certaines choses comme celle-ci : a Et cette parole était cachée pour eux. » Mais elles nous furent révélées lorsque le Christ, après avoir pris le vinaigre, s'écria : « Tout est consommé. » Et après que le calice a été découvert, le prêtre, prenant l'hostie'dit : etprœstas nobis.
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XL Or, nous avons tu qu'on ne sait pas bien pourquoi le calice est couvert, et non Thostie ; on peut en donner quatre raisons. Premièrement , à cause du danger où se trouve le sang de recevoir plus facilement une impureté que l'hostie. Secondement, parce que le calice et le sang signifient plus précisément la passion du Christ que Thostie ; d'où ces paroles du Christ : a Mon Père, si c'est possible , fais que ce calice s'éloigne de moi. » Et dans le canon, l'acte de l'efTusion est placé dans la forme du sang, comme ici : quipro vobis effundetur. Et, comme le calice et le sang indiquent mieux que le corps la mort du Christ, c'est pour cela que, de même que le Christ mort fut couvert d'un linceul et d'une pierre, de même aussi le calice est couvert d'un voile, et le sang renfermé dans le calice et couvert du corporal. Troisièmement, le sang daqs le calice couvert représente le corps du Christ dans un sépulcre fermé est scellé ; et l'hostie représente le corps du Christ hors du sépulcre. Quatrièmement, le sang du Christ dans le calice couvert représente le corps du Christ enveloppé dans un suaire. Or , ce n'est pas l'hostie qui le représente enveloppé dans le suaire.
XII. Suivent ces paroles : per ipsum. Ainsi, sans interposition d'aucune parole ni d'aucun temps , réunis les formules susdites : Per Christum Dominumnostrum, perquem hœcomr nia y et en cet endroit tu marques un point. Et prœstas nobis; la lettre est claire. Dis donc : « Par le Christ ; » c'est-^-dire comme par un médiateur qui s'adresse à son égal, parce que le Christ est égal à son Père. Il est en lui comme lui étant consubstantiel, ou bien il est en lui, c'est-à-dire dans ses membres. Car, dans le Père, on remarque l'autorité, parce qu'il est le principe; dans le Fils, l'égalité, parce qu'il est le milieu; et dans le Saint-Esprit, la communauté, parce qu'il est le lien du Père et du Fils.
XIII. Or, le Vendredi saint, le Christ fut crucifié, à la troisième heure, par les cris des Juifs, comme le raconte saiot
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Marc; à la sixième heure , par les mains des Gentils , ce que raconte saint Jean ; et^ vers la neuvième heure^ ayant incliné la tête, il rendit l'esprit. Or, pour rappeler le crucifiement fait à la troisième heure par les clameurs des Juifs, qui crièrent trois fois : « Crucifie-le, crucifie-le; » puis ensuite : <c Prends-le, prends-le, crucifie-le; » le prêtre fait trois croix sur l'hostie et sur le calice en disant : sanctificas, vivificas et benedicis. Pour rappeler le crucifiemer.t, qui eut lieu trois heures après, par les mains des Gentils , lorsque les soldats crucifièrent Jésus, le prêtre fait encore trois croix avec Thostie sur le calice, à ces trois mots : per ipsum^ et cum ipso, et in ipso.
XIY. Ensuite, pour désigner la division de la chair et de l'ame du Seigneur mourant , il fait deux croix avec Thostie même sur le bord du calice, en disant : est tibi Deo Patri omrnipotenli inunitate Spiritussancti. Quoique, dans le Christ, il y ait trois substances unies, c'est-à-dire la divinité, le corps et l'ame, deux seulement, c'est-à-dire le corps et l'ame, ont été divisées dans la mort; mais la divinité n'a été divisée et séparée ni de Tune ni de l'autre; c'est pour cela que la mort du Seigneur n'est pas désignée par trois croix, mais par deux seulement.
XV. Au reste, le prêtre, en faisant ces croix, étend les mains sur la table de l'autel , parce que le Christ étendit ses mains sur l'autel de la croix , d'après cette parole prophétique d'Isaïe : c< J'ai étendu mes mains vers le peuple qui ne croyait pas en moi. »
XVI. Secondement, encore les trois croix ci-dessus faîtes avec l'hostie sur le calice découvert signifient les trois tortures que le Christ endura sur la croix nue ; c'est-à-dire la passion, la propassion [pati, souffrir; pro, pour) et la compassion ; la passion dans son corps, la propassion dans son ame, la compassion dans son cœur. Touchant la passion du corps , le Seigneur dit par le Prophète : ce 0 vous tous qui passez par ce chemin, soyez attentifs , et yoyez s'il est une douleul*
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égale à la mienne ; car ils ont percé mes mains et mespieds^ et ils ont compté tous mes os. » Touchant la passion de Fame^ le Seigneur dit à ses apôtres : a Mon ame est triste jusqu'à la mort; )> car Jésus commença à être saisi d'ennui et de jErayeur : il conunença à être triste et abattu. Touchant la compa^ion de son cœur, il pria son Père pour ses bourreaux , en disant : a Mon Père, pardonne-leur; ils ne savent ce qu'ils font. Y> Car s'ils Teussent connu, ils n'eussent jamais crucifié le Seigneur de gloire. Et c'est pour cela que le prêtre fait ces croix avec rhostie sur le calice, parce que le Christ soufint ces tourments dans son corps, sur le gibet de la croix. Carie calice désigne la passion , comme on l'a déjà dit^ etc.
XVII. Troisièmement, les trois croix faites avec l'hostie sur le calice désignent la foi du centurion, disant (dans saint Mathieu^ xxvii) : a Celui-ci était vraiment le Fils de Dieu. » Et ainsi il ne connut qu'une seule personne dans la Trinité, c'est-à-dire le Christ, Dieu et homme. Les deux croix qui se font sur le bord ou sur le côté du calice désignent les deux sacrements qui s'échappèrent du côté du Christ, c'est-à-dire l'eau de la régénération et le sang de la rédemption , d'après le témoignage de saint Jean : « Un des soldats ouvrit de sa lance le côté de Jésus, et aussitôt il en sortit du sang et de l'eau; » et c'est pour cela qu'immédiatement après ces deux croix, dans certaines églises, on touche le côté du calice avec l'hostie , ce qui désigne Touverture du côté du Christ par la lance du soldat. Quatrièmement, les trois croix susdites se font dans certaines églises, et c'est avec raison.
XVIU. La première, qui se fait à per ipsum, a lieu sur le bord extérieur du calice, pour signifier que Dieu est en dehors de toute chose, mais pourtant sans exclusion. La seconde, qui se fait aux mots cum ipso, a lieu un peu au-dessous de la première, c'est-à-dire d'un bord à l'autre du calice, pour marquer que Dieu est au-dessus de toutes choses sans élévation. La troisième, qui se fait à in ipso, a lieu à l'ouverture du calice, au
milieu de sa concavité, pour indiquer que Dieu se trouve entre toutes choses^ mais sans être renfermé dans aucune. La quatrième, qui a lieu au mot Deo Patri, se fait d'une manière diamétrale, à partir du milieu, d'un bord du calice^ en venant aboutir en droite ligne à l'autre bord, qui se trouve en face du prêtre, pour signifier que toutes les choses qui se font d'une manière mystérieuse , dans le sacrifice de la messe, seront exposées à nos yeux à la fin des temps. La cinquième, qui se fait a ces mots : in unitate Spirilus sanctiy a lieu au côté du calice, entre le calice et le prêtre, c'est-à-dire en descendant depuis la partie supérieure jusqu'à la partie inférieure , pour marquer que Dieu est au-dessus de toutes choses, et qu'il ne peut être ni comprimé ni renversé. Certains prêtres cependant réduisent ces deux dernières croix à une seule. Cinquièmement, les trois croix sus-mentionnées signifient les trois tortures que subit le Christ à trois époques différentes , c'est-à-dire : avant sa mort, les soufflets, les verges, les crachats et autres de cette espèce; pendant sa mort, le crucifiement; après sa mort, la plaie de son côté. La première croix signifie le premier supplice; la seconde désigne le second ; la troisième marque le troisième. Mais la quatrième signifie la séparation de l'ame du Christ d'avec son corps; la cinquième, sa descente dans les limbes ou le supplice de ses pieds. Sixièmement, il y a cinq espèces de signes de croix qui se font avant le sixième, c'est-à-dire avant que le prêtre touche le calice avec l'hostie. Or, si les deux derniers sont réduits à un seul, les cinq signes qui restent symbolisent les cinq âges du monde qui se sont écoulés avant la naissance du Christ. Or, le sixième signe , c'est-à-dire l'attouchement du calice avec l'hostie, signifie le sixième temps, qui s'étend depuis la naissance du Christ jusqu'à la fin du monde. Car le seul attouchement lui-même signifie que le Seigneur est une fois monté sur la croix pour finir sa vie mortelle. Mais la réalité de tout ceci est la torture par où passaient tous les hommes pendant les cinq siècles sus-énoncés.
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XIX. Il faut donc remarquer que Ton fait sept fois des signes de croix sur le sacrifice pendant le canon. La première fois, on en fait trois, en disant : hœc dona, hœc munera^ etc. La seconde fois, on en fait cinq, en disant : quam oblationem tu Deus^ etc. La troisième fois, on en fait deux^ dont un en disant : quiprp' die, etc.; tibi gralias agens benedixit; et Tautre à ces motsi : Simili modo, à cet endroit : itemgratias agens. La quatrième fois on en fait cinq, en disant : hostam puram, etc. La cinquième fois, on en fait deux , à ces mots : s(Krosanctum Filii lui corpus, etc. La sixième fois, on en fait trois, à ces mots : sanctificas, vivificas, etc. La septième fois, on en fait cinq, à ces mots : per ipsum, comme on l'a dit en son lieu. Donc, dan» ces sept fois, le sacrifice reçoit deux fois deux signes, deux fois trois, deux fois cinq, et la septième il en reçoit deux et trois.
XX. Ce qui, tout réuni, = 5 X 5 =25, nombre qui, élevé jau carré, conserve toujours la même racine, quand même on }e multiplierait jusqu'à Tinfini. Car, quelle que soit la multiplication du sacrement de l'eucharistie , il est toujours le même sacrifice. S. Augustin, cependant [De consec, dist. ii, Semel), dit que, si Ton ne faisait qu'un signe de croix sur le pain et le vin, cela pourrait suffire, parce que le Seigneur n'a été crucifié qu'une fois. De plus, dans ce sacrement, 1ns cinq sens du corps, la vue , l'ouïe , le goût , l'odorat et le toucher entrent en exercice par la couleur, la saveur, l'odeur, la fraction et la manducation, afin que les cinq sens spirituels de l'ame soient comblés. Ces cinq sens spirituels, ce sont : la vue de l'intelligence, l'ouïe de l'obéissance, l'odorat du discernement, le goût de la charité et le toucher des œuvres. Au sujet de ces cinq sens, on trouve dans l'Evangile : a Seigneur, tu m'as confié cinq talents ; voici que j*en ai cinq autres de plus. » Mais le nombre deux et le nombre trois conviennent bien à ce sacrement ; le nombre deux, à cause de la chair et du sang; le nombre trois, à cause du pain, du vin et de l'eau. De même, le nombre deux convient, à cause de la double manière de prendre le sacrement, c'est-à-dire la
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manière sacramentelle, sous les espèces du pain et du vin, et la manière spirituelle^ dans la foi du cœur. Le nombre trois convient^ à cause des trois choses que Ton distingue dans ce sacrement, c'est-à-dire la forme visible du pain et du vin, la réalité du corps et du sang , et la vertu spirituelle de Tunité et de la charité^ ce dont nous avons parlé dans la sixième particule , à ces paroles : mysterium fidei. Afin que^ de même que le nombre trois sert à former le nombre deux, de même la foi en la Trinité opère en nous par Tamour de Dieu et du prochain. On fait donc trois croix, qui forment quatre angles sur le sacrifice, parce que le Christ, attaché sur la croix, racheta les quatre parties du monde. Ces signes de croix sont partagés en sept ordres, pour marquer les sept dons du Saint-Esprit, qui sont nécessaires dans ce mystère. Et presque tous les signes, dans chaque ordre , sont disposés par nombre impair, parce que le corps du Christ, restant un , n'est pas divisé, comme pour signifier que tout honneur appartient au Seigneur et toute gloire à Dieu.
XXI. Suivent ces mots : Peromnia seeida, etc. Non-seulement le signe de la croix , mais encore l'élévation de la voix. Faction de se frapper la poitrine, insinuent ce qui se passa au pied de la croix, comme on Ta dit à cette parole : Nobis quoqm. Or donc, parce que Jésus, poussant un grand cri, rendit l'esprit, le prêtre , pour cette raison, élève la voix et un peu aussi le calice, en disant : Per omnia ; ou bien le prêtre élève la voix pour avertir le peuple que le canon est terminé, et afin qu'il réponde Amen; où bien, encore, parce que le centurion s'écria: « Celui-ci était vraiment le Fils de Dieu. » Or, parce que les femmes se lamentaient en pleurant le Seigneur, le chœur, comme se lamentant aussi, répond Âmen^ représentant les fidèles qui, le cœur contrit, pleuraient le Seigneur, comme jadis Adam et Eve poussaient des lamentations sur Abel tué par la fureur jalouse de son frère.