‹ Rational, ou, Manuel des divins officesChapitre 61 sur 84 · DE L'EXPLICATION OU EXPOSITION DE L'ORAISON DOMINICALE · texte numérisé non relu

DE L'EXPLICATION OU EXPOSITION DE L'ORAISON DOMINICALE

I. Pater noster, etc. , « Notre Père. » Comme nous l'avons déjà dit en expliquant l'oraison dominicale , nous procéderons dans l'ordre du temps, en commençant par la fin et nous dirigeant ainsi vers le commencement , en suivant un ordre rétrograde. En effet, l'homme, environné d'un grand nombre de misères, demande d'abord à être délivré du mal, parce que la vie de l'homme sur la terre n'est pas exempte de tentation. C'est pourquoi, une fois délivré du mal , il demande à ne pas être induit en tentation ; et, comme il se trouve toujours en quelque péché tant qu'il est dans cette vie , car si nous disons qu'il n'y a pas de péché en nous nous mentons, il demande que ses dettes, c'est-à-dire ses péchés, lui soient remises. Mais lorsqu'il a été délivré du mal , lorsqu'il a vaincu les tentations et que ses dettes lui ont été remises , comme il ne peut se soutenir par lui-même , l'esprit de force lui est nécessaire afin qu'il ne tombe pas en défaillance en attendant la récompense. C'esipourquoi il demande que le pain quotidien loi

ou MANUEL DES DIVINS OFFICES. 349

soit donnéi Ensuite» quand il a été délivré du mal et fortifié dans le bien , il demande que la volonté divine s'accomplisse sur la terre ainsi qu'elle s'accomplit dans le ciel. Et^ comme dans cette vie les biens dont nous avons parlé ne peuvent lui arriver d'une manière parfaite, il demande que le règne de Dieu arrive » règne dans lequel le nom du Père soit sanctifié dans les cieux , afin que jamais, dans la suite , il ne puisse être privé de la grâce de la sanctification. Puisque nous avons exposé plus haut la série des demandes, nous allons continuer par leur explication détaillée.

IL II faut remarquer d'avance, cependant, que l'introduotion de l'oraison , c'est-à-dire a. Notre Père qui es dans les cieux, » est un moyen de capter la bienveillance, comme nous le dirons tout-à-l'heure. En efiet, père en grec se dit Tr-nnop, et genitor en latin, et en hébreu abba ; et Dieu est appelé père, de patrando on perficiendo (faire, achever), parce que par lui toutes choses ont été faites. Or, Dieu est appelé Père d'une manière générale, d'une manière spéciale et d'une manière unique. D'une manière générale, par la création de toutes choses; d'une manière spéciale, par l'adoption des justes; d'une manière unique, par la génération du Christ. Par la création , comme dans ce passage : a Je fléchis les genoux devant toi, ô Dieu! Père tout -puissant, de qui toute paternité reçoit son nom dans le ciel comme sur la terre. » Par adoption , comme en cet endroit : <c Or , si vous , bien que vous soyez mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison votre Père céleste ne vous donnera-t-il pas un bon esprit, quand vous le prierez? » Par génération , comme en cet endroit : « Personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père , ni le Père , si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils a voulu le révéler. » Le prêtre, en disant : a Notre Père qui es dans les cieux, » nous détourne de deux choses^ c'est-à-dire de l'orgueil, car nous ne disons pas Pafer mi, a Mon Père, yt en considérant comme notre père particulier Celui qui

est le Père commun de la nature ; et de Tindignité , afin que nous ne nous rendions pas indignes d'un Père si grand , qui réside dans les deux. Car Dieu est le Père, par nature, du Christ seul, à qui seul il convient de dire : « Mon Père. » Or^ il est, par sa grâce, le Père des fidèles , à qui il appartient de dire : « Notre Père. » Le Christ dit : « Mon Père, s'il est possible , fais que ce calice s'éloigne de moi ; » et nous, nous disons : (( Notre Père qui es dans les cieux^ que ton nom soit sanctifié. » Le Christ dit de lui-même : « Je vais à mon Père et à votre Père , » à mon Père par nature , à votre Père par la grâce. Par ces paroles, il nous exhorte encore à deux choses, savoir : à conserver la grâce d'adoption^ en disant Pater, et l'union de la fraternité, lorsqu'il dit noster. De plus, en ce qu'il dit Pater ^ qui est un nom pieux , on remarque sa bonté et la dévotion de l'Eglise qui l'appelle aussi Père. Ce mot noster indique la dilatation de la charité ; par ce mot in cœlis, c'està-dire parmi les saints, dont la demeure a été éloignée de la lie de ce monde, on désigne la miséricorde de Dieu.

III. Or donc, comme on commence^ dans cette oraison, par une captation de bienveillance, il faut savoir que l'on capte la bienveillance par le concours de trois personnes , c'est-à-dire du juge, du demandeur et de l'assesseur. Le juge, c'est Dieu; le demandeur, c'est l'homme; et l'assesseur, c'est l'ange. Le prêtre capte la bienveillance du juge, quand il dit : Pater; du demandeur, lorsqu'il dit : noster; de l'assesseur, en disant : qui es in cœlis, c'est-à-dire parmi les anges ou les saints, dont le Psalmiste parle ainsi : «Les cieux célèbrent la gloire de Dieu ; » par où nous avons l'espoir qu'il nous rendra saints ; ou bien dans les cieux, c'est-à-dire dans le secret delà majesté divine, ce qui nous donne la confiance d'obtenir les biens cachés que l'œil n'a pas vus, que l'oreille n'a pas entendus, et que le cœur de l'homme n'a pas sentis. Il nous inspire donc la confiance d'obtenir ces biens ; aussi ne disons-nous pas : « Seigneur [toi] que l'on sert avec crainte, » mais : « Notre Père [toi] que Ton

ou MANUEL DES DIVINS OFFICES. 351

sert avec amour^» comme si Ton disait : Parce que tu es père, tu as la volonté ; parce que tu es dans les cieux, tu as le pouvoir ; délivre-nous donc du mal.

IV. Et remarque que Ton dit cielj du mot celando (celer, cacher), parce que le ciel cache les secrets de Dieu; ou bien de celsitudine (hauteur), parce qu'il est au-dessus des choses terrestres.

Page 1