CHAPITRE V
DE L'OFFICE (a) OU DE L'INTROÏT DE LA MESSE.
1. La première partie de la messe commence à Vintroït. Et il faut savoir que les saints pères et les prophètes , avant Tavénement du Christ , soupiraient après ce temps, et le prédisaient : ils lui offrirent alors, bien avant sa venue, leurs désirs, leurs œuvres, leurs louanges et leurs prières^ toutes choses que figure la messe. Car l'introït, c'est-à-dire l'antienne même qui porte ce nom , exprime les prédictions poétiques des prophètes et le désir des saints pères dans l'attente de l'avènement au Fils de Dieu et de l'incarnation d'un Dieu même. En signe de quoi, le premier dimanche de l'Avent, l'Eglise chante cet introït : ttVers toi j'ai levé mes yeux. » Donc, le chœur des clercs chantres , qui signifie le chœur des prophètes et la multitude des saints, dans l'attente de l'avènement du Christ dilate sou ame et chante le chœur avec acclamation, parce que les prophètes, les patriarches, les rois, les prêtres et tous les fidèles attendaient la venue du Christ pleins de désir, criant et l'implorant en ces termes : « Seigneur, envoie l'Agneau qui doit do- « miner sur la terre, etc. » — « Viens, Seigneur, et ne veuille a pas tarder, etc. » C'est aussi pourquoi le vieillard Siméon, ce juste par excellence, bénit Dieu en disant : a Maintenant, tu <c laisseras aller ton serviteur. Seigneur, etc...., parce que <c mes yeux ont vu. » Et l'Evangéliste : « Un grand nombre de
(a) On appelle l'introït office ^ parce que c'est par là que le chœur commence Toifice de la messe.
a rois et de prophètes ont voulu voir ce que vous voyez , et ils <( ne Tout pas vu. » On remplit leur personnage, en chantant Fintroït ; car c*est par eux que le Christ est entré dans le monde , selon cette parole : « Et lorsqu'il introduit son preii mier-né dans le monde , il dit : Que tous les anges de Dieu a l'adorent. » Suit le petit verset [versiculus) tiré .des psaumes ou le psaume même, qui marque qu'on arrive au but tant désiré. On l'appelle aussi verset [versus) , parce que par lui nous revenons [revertimur) à l'introït, qui symbolise les œuvres et les prédictions des saints de l'ancienne loi.
II. En conséquence de Tinstitution du pape Damase^ on dit le Gloria Pairi, etc. , qui signifie la louange, parce qu'après les grandes actions vient la gloire , comme un don et une récompense. On dit aussi le Gloria, pour montrer que le Père , le FUs et TEsprit saint ont une égale gloire et une majesté coéternelle dans le principe, et maintenant^ et toujours, et dans tous les siècles des siècles , c'est-à-dire dans le passé, le présent et le temps à venir. L'interposition du Gloria entre le premier chant et la répétition de l'introït marque la recherche de "la bonté suprême. Car, pour obtenir plus facilement ce qu'ils demandaient, les justes criaient à toute la Trinité, en la glorifiant du cœur et de la voix : « Seigneur , montre-nous ta a miséricorde, et donne- nous ton Sauveur. Toi qui es assis « sur les chérubins, apparais, etc. » Enfin, l'Esprit saint, écoutant leur clameur, oignit le Sauveur de l'huile deTallégresse par- dessus tous les hommes, ses frères selon la chair, et le destina à annoncer la bonne nouvelle {ecangelisandum) aux pauvres, ainsi que le Fils même de Dieu l'atteste par le Prophète, lorsqu'il dit : a L'esprit du Seigneur est sur moi ; a c'est pour cela qu'il m'a oint et qu'il m'a envoyé évangéliser « les pauvres. )> Ensuite on répète l'antienne même ou introït, pour exprimer d'une manière plus claire le désir des anciens patriarches ou sa réitération , la multiplicité de leurs soupirs et de leurs cris. D'où vient que le Prophète dit : c< Annonce»
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« répète^ attends, attends toujours» encore un peu, encore un € peu ; s'il tarde, attends-le, parce qu'il viendra et qu'il ne tarte dérapas. » L'introït, cependant, ne représente pas toujours ce désir des anciens par les termes mêmes, mais par la vigueur du chant.
III. Les veilles des fêtes on chante deux fois l'introït à la louange de la nature divine et de la nature humaine, qui sont unies dans la personne du Fils de Dieu. Et, dans certaines égli* ses , aux principales festivités , on répète trois fois Tintroït à la louange et en l'honneur de la Trinité , comme si l'on sautait en cadence devant elle {quasi ei triptidiemus) (6). C'est en mémoire de la Trinité que nous chantons la messe , et que Ton dit une fois Gloria Patri en Thonneur de l'incarnation. Parfois on commence l'introït à mi-voix , pour marquer l'humilité; ensuite on reprend à voix haute , et cette exaltation de la voix signifie qu'on secoue le sommeil du péché exprimé par la voix basse, L'Apôtre dit : a L'heure est venue pour nous de « sortir du sommeil. » On peut aussi dire l'introït d'une autre manière, comme on le verra pourTinvitatoire, dans la cinquième partie, au chapitre des Nocturnes ; cependant on le répète toujours en entier, pour symboliser une parfaite allégresse. Certaines églises disent d'abord l'introït tout entier [perfeete)^ parce que l'Eglise loue Dieu d'une manière parfaite ; ensuite à inoitié limperfecte), parce que toute louange est imparfaite en ce monde ; troisièmement , en entier {perfecte), parce que l'éloge de la patrie céleste est parfait.
IV. L'introït s'appelle ainsi , parce que pendant qu'on le chante le prêtre qui doit célébrer les saints mystères entre à l'autel , ou parce que cette antienne est l'entrée de l'office di-* viû ; on appelle aussi l'introït office {officium), conune on le dira dans la préfaee de la cinquième partie. Le pape Célestin
{b) TripudialiSj dans Du Gange, a le sens de lœtus , jucundus, La danse est, en e£Pet, la plus vive expression de la joie et de la gaieté. —Voyez la note 8, à la fin du volume.
ordonna que les cent cinquante psaumes de David seraient chantés à Pintroït de la messe, avant le sacrifice, avec une an-* tienne, ce qui n'avait pas lieu auparavant. On lisait seulement les épîtres de [saint] Paul et l'évangile, et ensuite on célébrait la messe.
V. De ces psaumes furent tirés tous les introïts réguliers, les graduels, les ofiertoires et les communions, que Ton com* mença alors de chanter en mesure à la messe dans l'Eglise romaine. [Saint] Grégoire mit en musique l'introït de la messe, et mit à part un verset du psaume qu'on chantait. Les introïts irréguliers sont ceux qui ont été institués selon la variété des solennités, tels que : Puer natus est nohis, etc., et Spiritm Domini replevit^ etc., et où l'on trouve en outre ces versets : Viri Galilœi, et Nunc scio vere, quia misit, etc., et certains autres, selon quelques églises. Et il est à remarquer que quand l'introït est tiré du psaume, si la première phrase de ce psaume compose l'introït, quelqu'une des phrases suivantes du même psaume sera le verset de cet introït, comme on le voit clairement par l'introït de la troisième férié de la première semaine de Carême , qui commence ainsi : Domine, refugium, dont le verset est : Priusqiuim montes fièrent. Si, par contraire, ce. n'est pas la première phrase d'un psaume , mais quelqu'autre des suivantes qui composent l'introït , alors la première phrase de ce psaume sera le verset de l'introït, comme pour celui du jour (le Noël : Dominus dixit ad me, etc., dont le verset est : Quarefremuerunt gentes; de même pour la fête de Innocents, dont l'introït est : Ex ore infantium, etc., le verset est : Domine, Deus noster, etc. , et ainsi des autres. Ce qui se fait pour marquer l'union et la connexion du chef et des membres. Parfois le verset est double, parfois il est simple, parfois il est partagé : on parlera de tout cela dans la sixième partie , à l'article du Samedi de la troisième semaine de Carême. Pendant le chant de l'introït, on ne s'asseoit pas, parce que cette partie de la messe a rapport à Tœuvre et à la prédic-
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tion du Christ^ afin que les prédestinés sment appelés au vrai culte de Dieu. Dans certaines églises^ on dit des Irapes {tropi), au lieu des psaumes ^ selon Tordre établi par le pape [saint] Grégoire, pour marquer une plus grande joie de lavénement du Christ.
VI. Le trope est, à proprement parler, un petit verset qu'aux principales festivités on chante immédiatement avant rintroit, dont il est comme le préambule et comme la continuation. Exemple : à la fête de Noël, avant Tintroït Puer mih tùs est y etc., on chante ce trope : Ecce adest^ de quo Prophetw eecinerunt, dicentes : Puer natus est, etc. Le trope tire son origine de l'ancienne loi. Qn lit, en efiet, dans les Nombres, chapitre X , que pendant qu'on enlevait l'arche on chantait : « Lève-toi , Seigneur ; » et pendant qu'on la portait : « Re- « viens, Seigneur, à ta grande armée. »
VIL Le mot trope vient de rpôiroç, conversion, parce qu'on s'en sert ordinairement pour revenir à l'introït, d'où vient que quelquefois on l'appeUe d'abord verset {versus), et ensuite hyiujùif (c). Et de là aussi le trope est appelé ceinture {zona)^ qucB convertitur àb umbilico ad umbilicumy eum circumeundo.
Vin. On peut aussi l'appeler autrement, parce que l'introït est la louange que l'Eglise donne à Dieu pour la conversion des Juifs. Le trope contient donc trois choses , savoir : l'antienne, le verset et le Gloria. Et cela à cause des trois ordres des fidèles , qui , dans la langue hébraïque , sont désignés ainsi : les patriarches, les prophètes et les apôtres. L'introït ou l'antienne, c'est Tordre des patriarches, le verset celui des prophètes, le Gloria celui des apôtres. La répétition de l'antienne, c'est l'identité et la confirmation de la prédication ; comme si, en quelque sorte, le prophète avait prédit et l'apôtre évangélisé ce que longtemps auparavant le patriarche avait figuré par ses actions. Et, relativement à cette conversion, il faut
(c) Qui éveille, excite, amme, de iyti^b».
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aussi remarquer que les tropes solennels sont greffés en quelque chose sur Tintroït , puisque les louanges qu'ils contiennent peuvent se souder à l'introït lui-même. Tç6iroç en grec se traduit par conversio en latin , comme on Ta dit plus haut.