DE L'ARRIVÉE DU PRÊTRE ET DU PONTIFE A L'AUTEL, ET DE LA PROCESSION
I. Pendant qu'on chante l'introït, le pontife ou le prêtre, paré et orné des sacrés vêtements , sort de la sacristie [de sacra œdé) et s'avance vers l'autel, pour marquer que le Christ, attente des nations^ ayant tiré sa très-sainte chair de la chair sans corruption d'une vierge, sortit, pour venir dans le monde, de l'impénétrable demeure des cieux ou de sa secrète retraite, c'est-à-dire du sein virginal, comme un époux de son lit nuptial. Et révêque ou le prêtre s'avance de la sacristie à l'autel entre deux personnes, savoir : un prêtre et un diacre ; ce dernier est précédé du sous-diacre portant le livre des évangiles fermé. Devant lui marchent deux portes-cierges^ précédés euxmêmes d'un derc qui porte l'encensoir et l'encens. Enfin, l'évêque ou le prêtre, en arrivant à l'autel, ôte sa mitre, dit le Con/iteor, ouvre le livre et le baise. Le prêtre ou l'évêque représente le grand-prêtre par excellence, qui est le Christ, dont FÂpôtre dit : « Le Christ, pontife des biens futurs, etc. » Le prêtre et le diacre qui l'accompagnent figurent la loi et les prophètes, selon ce que le Seigneur lui-même établit dans la pa-. rabole du Samaritain blessé : a Un prêtre^ dit-il, passa par le <c chemin, et, ayant vu le blessé, il passa outre ; un lévite passa «et fit de même. )) Moïse et Elie, pour figurer la loi et les prophètes , apparurent sur le Thabor, s'entretenant avec le
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Christ ; et le prêtre et le diacre conduisent l'évêque, parce que la loi et les prophètes annoncèrent et promirent le Christ au inonde. De là vient que Moïse dit : ce Dieu vous suscitera un a prophète du milieu de vos frères^ et vous Técouterez comme « moi-même. » Et Isaïe : a Voici qu'un grand prophète vieii« ce dra, et il renouvellera Jérusalem. »
II. L'évêque ou le prêtre, marchant entre les deux personnes susdites, symbolise le Christ entre l'Ancien et le Nouveau-Testament. Le Christ est, en effets hautement annoncé au monde par les deux Testaments, par les prophètes et par les apôtres. Et comme le Christ, qui devait venir dans le monde, a envoyé devant lui les prophètes , les sages et les scribes ; ainsi y pour tenir lieu des scribes, le pontife ou le prêtre est précédé du sous-diacre qui porte les Ecritures, et qui est apte [sapiens) à apprêter les vases sacrés pour la messe des dimanches. Parfois un archidiacre et un prêtre accompagnent le pontife, que précèdent immédiatement le diacre et le sous-diacre, symboles des apôtres et des disciples que le Christ envoya devant lui ; et encore chaque jour des prédicateurs et des évêques de l'Eglise sont envoyés pour préparer, dans un sens spirituel, la voie devant le Seigneur. Le sous-diacre qui précède le pontife marque encore saint Jean-Baptiste, qui, avec Tesprit et la vertu d'Élie , fut le précurseur destiné à préparer au Seigneur un peuple parfait ; et le sous-diacre porte devant le pontife le livre des évangiles, parce que Jean commença avant le Christ la prédication de l'Evangile en disant : <( Faites pénitence, car <c le royaume des cieux est proche. » Quant au diacre, il représente les prophètes qui annoncèrent la vie future, enseignée et promise par l'Evangile. L'évêque suit l'évangile pour marquer qu'il doit toujours y fixer ses yeux et l'avoir présent à son esprit; et on le porte devant lui, parce que c*est la doctrine de l'Evangile qui prépare la voie au Christ, qui est la vie.
III. On peut dire aussi que par le sous -diacre qui porte le livre des évangiles et par le diacre qui en est le hérault, sont
désignés les saints du Nouveau-Testament. Le livre des évangiles symbolise le Nouveau-Testament; les porte-cierges et les thuriféraires, les saints qui ont ouvert les voies au Nouveau- Testament; et les deux chandeliers, avec leurs cierges allumés, rappellent la loi et les prophètes^ qui annonçaient le Christ, lumière du monde.
IV. Or, on ne doit pas sacrifier sans feu (Extra De celeb. miss., cap. 5î), selon cette parole duLévitique, chap. vu : «Le feu a brûlera toujours sur mon autel. v> On a dit, dans la première partie , au chapitre des Peintures , ce que signifient et la lumière et les chandeliers. On porte les cierges sur des chandeliers, lesquels désignent un fondement, parce que la lumière des prédicateurs doit briller devant les hommes sur le fondement de l'Evangile . C'est donc par une magnifique raison que le diacre et le sous-diacre suivent les chandeliers qui précèdent Tévangile^ parce que la loi et les prophètes précédèrent la loi de grâce. Dans certaines églises, il y a trois cierges, dont celui du milieu se rapporte à cette parole : « Partout où deux ou « trois personnes seront assemblées en mon nom , je serai au « milieu d'elles. » Dans d'autres églises, il y a sept cierges (4), parce que les sept dons du Saint-Esprit illuminent toute l'Eglise. Nous parlerons .de cela ailleurs, à l'article de TEvangile.
V. Le thuriféraire marche devant les porte-cierges et les autres, pour marquer que la mystique de l'encens est la même dans le Nouveau que dans l' Ancien-Testament, et que dans tous deux elle figure les saints. L'encensoir marque clairement le cœur humain, qui doit être ouvert par le haut pour recevoir, et fermé par le bas pour garder et retenir : il doit contenir le feu de la charité et l'encens de la dévotion, ou d'une très-suave oraison , ou des bons exemples qui tendent en haut , ce que marque la fumée odorante qui monte de l'encensoir. Or, de même que l'encens exhale un parfum suave dans le feu de l'encensoir et monte en haut, ainsi la bonne œuvre ou la prière qui procède de la charité embaume par-dessus tous les par-
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fams. L'encensoir garni d'encens désigne encore le corps du Christ plein de suavité.; les charbons figurent TEsprit saint; J'encens, l'odeur de la bonne œuvre. On parlera aussi de cela dans la cinquième partie , au chapitre de Matines et de Laudes > et plus bas» au chapitre de l'Encensement.
VL Quand on est arrivé à l'autel , les cierges qui avaient marché devant sont mis de côté^ pour désigner l'enseignement avant la naissance du Christ, et la lumière qui suivit cet événement. Les acolytes tiennent à la main les chandeliers jusqu'au commencement du Kyrie, eleisoriy pour marquer que celui qui enseigne doit mettre en pratique les leçons qu'il donne^ et qu'il ne doit pas abandonner le peuple ignorant avant qu'il sache dire : a Seigneur, aie pitié dé nous. » Quand le Kyrie est commencé, les acolytes mettent quelquefois les chandeliers sur le pavé, autant parce qu'après avoir fait de bonnes actions nous devons nous humilier et reconnaître que nous sommes poussière, que parce que les docteurs, au milieu des bonnes œuvres et de la prédication, doivent reconnaître qu'ils ne sont que de la boue. Mais quand l'office commence, on doit les soulever de terre, parce que chacun, et surtout le prélat, doit s'élever par les bonnes œuvres, afin qu'à cette vue les autres glorifient leur Père qui est dans les cieux. En arrivant à Tautel, le pontife ôte sa mitre^ comme on l'a dit dans la troisième partie, au chapitre de la Mitre ; puis il dit le Confileor .
VIL Pendant le Confiteor, le sous-diacre tient le livre des évangiles fermé devant la figure du pontife , à gauche. Il se tient à gauche, parce qu'il tient en quelque sorte la place des prophètes, que tu lis souvent dans l'église; il tient le livre devant les yeux du pontife, afin qu'il ait toujours présent à la mémoire la prédication de l'Evangile ; et ce livre est teiiu fermé, parce que la loi de l'Evangile est contenue et mystiquement enfermée dans les prophètes. Le Confiteor étant achevé, le prêtre ouvré le livre et le baise, comme on le dira au chapitre du Baisement de l'Autel.
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YIII. Selon le pape Innocent III, le pontife romain, lorsqu'il célèbre une solennité dite de station {stationalis (a) solemnitas), il va en procession , de la sacristie ou du lieu où il s'est habillé et paré, à l'autel, pour marquer que le Christ est sorti de son Père et est venu dans le monde ; et il est assisté de six ordres de clercs dont on a parlé dans la préface de la seconde partie. Cet ordre de procession représente Tordre de la génération du Christ , que saint Mathieu révangéliste a décrit , et dans laquelle on trouve six ordres de personnes, desquelles, selon la chair, le Christ tire son origine , et par la génération de qui il est venu dans le monde : ce sont les patriarches, les prophètes, les rois, les princes, les pasteurs et les chefs {duces) , le patriarche Abraham, le prophète David, le roi Salomon , le prince Salomon , le pasteur Judas et le chef Zorobabel.
IX. Les deux diacres qui accompagnent le pontife représentent Abraham et David, qui reçurent deux fois la promesse de rincarnation du Christ. Au premier il fut dit : a Dans ta « race toutes les nations seront bénies. » Au second il fut dit : « Je placerai quelqu'un de ta postérité sur ton trône. » Et voilà pourquoi Févangéliste met figurativement en tête de la généalogie du Christ ces deux personnages, en disant : « Livre « de la génération de notre Seigneur Jésus-Christ, fils de Da- « vid , fils d'Abraham. » Ce sont les deux colonnes que l'ancien pontife plaça dans le vestibule du temple, devant la porte» et que réunit un cordon de douze coudées, c'est-à-dire que la foi des douze apôtres embrasse , parle moyen desquels la porte du Christ est ouverte à ceux qui croient.
X. Quatre ministres portent au-dessus de la tête du pontife un voile [mapulam) dont les quatre extrémités s'appuient sur quatre bâtons, ce qui leur a fait donner le nom de mapulariù Ce voile, qui est orné de diverses figures et images, désigne la
(a) V. les diverses acceptioos du mot station dans le Glossaire de Du Gange, au mot Statio»
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sainte Ecriture y qui est ornée richement d^un grand nombre de mystères divers. On porte ce voile étendu sur la tête du pontife^ au moyen de quatre bâtons, parce que la sainte Ecriture se rapporte de quatre manières au Christ ; car ou peut l'exposer historiquement , allégoriquement , anagogiquement et tropologiquement y comme on Ta dit dans la préface du premier livre. C'est le fleuve qui arrosait le paradis terrestre, parce qu'elle sort , comme lui^ de quatre sources ; c'est la table de Proposition, qui se dressait sur quatre pieds. On porte donc ce voile étendu sur le pontife^ pour montrer que celui dont la loi et les- prophètes avaient parié est venu. Car le Christ, en commençant par Moïse et les prophètes, était l'objet de l'interprétation de toutes les Ecritures, qui parlaient de lui, et c'est pourquoi il est dit ailleurs : a Si vous croyiez à Moïse, vous croiriez « aussi à moi^ car c'est de moi qu'il a écrit. »
XI. Les quatre ministres porteurs du voile sont les quatre évangélistes qui proclament la sainte Ecriture et exaltent la foi. D'où vient qu'on place leurs images au haut des bâtons, et qu'on porte devant ce dais deux flambeaux et l'encens , parce que la loi et les prophètes ont, avec les psaumes, annoncé par avance l'avènement du Christ, comme le Christ même l'atteste lorsqu'il dit : « Il est nécessaire que soit accompli tout ce qui (£ a été écrit touchant ma personne dans la loi de Moïse^ dans « les prophètes et dans les psaumes. » Dans les fêtes majeures . [majorihus solemnitatibus), on porte sept chandeliers devant le pontife , en mémoire de ce que décrit saint Jean dans l'Apocalypse : a M'étant retourné (dit-il), je vis sept chandeliers « d'or, et au milieu quelqu'un de semblable au Fils de l'Hom- « me, vêtu d'une longue robe comme lui. » Par là on montre qu'il est arrivé Celui sur qui l'esprit de grâces aux sept formes s'est reposé , selon cette prophétie d'Isaïe : « Une tige sortira « de la racine de Jessé, et la fleur de cette racine montera , et <c sur elle reposera l'esprit du Seigneur, etc. »
XII. Dans certaines basiliques aussi, vers le milieu du chœur.
on suspend une poignée d'étdupe à laquelle le pontife met le feu quand il passe pour aller à Tautel, afin qu'à l'instant même elle soit réduite en cendre à la vue du peuple ; et ceci a lieu en commémoration du second avènement , dans lequel le Christ jugera par le feu les vivants et les morts et le siècle entier. Car le feu brûlera toujours en sa présence (Levit., vi), et une tempête violente l'environnera (Psal. xlix), pour que per-r sonne ne reste dans une mauvaise sécurité. Doux et bon dans le premier avènement, le Christ sera terrible dans le second ; a est venu d'abord pour être jugé , et il reviendra pour juger. Cette cérémonie a lieu aussi afin que le pontife , en mettant le feu à l'étoupe, considère que lui-même doit être réduit en cendre, et que ses ornements doivent être mis en poudre, et que, de même que l'étoupe est facilement brûlée, de même aussi facUement et en un moment le monde passe avec sa concupiscence. Car (selon l'apôtre saint Jacques) a notre vie est une <t vapeur qui parait un instant. » Que celui donc qui est plein de gloire ne se délecte pas dans les honneurs du temps , car c( toute chair est de l'herbe, et toute sa gloire est comme la (( fleur des champs. )> Lorsque le pontife est proche de Tautel^ le primicier , revêtu de la robe des chantres , baise l'épaule droite du pontife en présence des assistants, parce que^ quand le Christ vint au monde, l'ange qui faisait partie de la multi- . tude de la milice céleste qui louait Dieu annonça aux bergers la naissance de Celui dont le Prophète dit : « Un petit enfant c( nous est né, et un fils nous a été donné, et il portera sur son (( épaule la marque de sa principauté. » Enfin, les trois prêtres qui viennent avec respect au-devant du pontife qui marche à l'autel, et qui s'inclinent et lui donnent un baiser sur la bouche et sur la poitrine , symbolisent ces trois mages qui vinrent à Jérusalem en disant : « Où est le roi des Juifs qui est nouvellece ment né? » et qui, tombant à terre, l'adorèrent, et, ouvrant leurs trésors, lui ofirirent en dons de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Le double baiser est une proclamation de la double
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nature du Christ, la divine et l'humaine : la divine , qui est comme cachée dans la poitrine; Thumaine, qui s'épanouit sur les lèvres. Ces deux natures furent. aussi figurées d'une manière mystique par les présents des Mages. Or, le baiser est le signe du respect, comme on le dira au chapitre du Baiser de paix.
XIII. La procession rappelle, par sa disposition, une armée rangée en bataille (5). Car les plus grands et les plus forts, comme l'avant et rarrièrè-garde, l'ouvrent et la ^rmcnt ; les ordres mineurs, comme des soldats plus faibles^ sont rassem- Més au milieu. Les évêques marchent devant, et les prêtres les suivent immédiatement, puis viennent le pontife et les diacres. Au milieu, on place les sous-diacres et les acolytes ; quant aux chantres, comme les trompettes, ils marchent en tète de l'armée pour l'enflammer et la pousser au combat contre les démons. L' Apôtre dit, en parlant de cette bataille : « Nous avons « à -combattre non contre des hommes de chair et de sang, a mais contre les esprits de malice répandus dans l'air. » — «c C'est pourquoi sonnez de la trompette en ce premier jour du « mois , au jour célèbre de votre grande solenni/ié. »
XIV. Nous avons d'abord parlé de la procession du Souverain-Pontife ; prenons-en occasion de dire quelque chose aussi des autres processions. Sur quoi il faut remarquer, en général, que, de même que dans la messe est figurée l'ambassade du Christ en notre faveur sur la terre, de même dans nos processions nous représentons notre retour à notre patrie , dont la solennité imite presque en tous points la sortie des Israélites de l'Egypte. Or, de même que ce peuple fut arraché par Moïse aux mains de Pharaon , ainsi le peuple de Dieu a été délivré par le Christ de la gueule du lion. Et, de même (|ue les tables du Témoignage furent reçues par Moïse sur le mont Sinaî et portées devant le peuple (Exod., cap. xxxiv et xlv), ainsi le livre des évangiles est pris de dessus l'autel et porté en procession. Une colonne de feu précédait les Israélites, et la flamme