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du cierge marche devant nous. Devant leurs tribus on portait des étendards ; nous nous faisons précéder de croix et de bannières. Là, des prodiges s'opéraient, et chez nous les miracles ne cessent jamais. Là, les lévites portaient le tabernacle de T Alliance ^ et nos diacres et nos sous-diacres portent des paix et des châsses. Là, Tarche du Seigneur était portée par les prêtres, et chez nous le coffre ou la fierté^ remplie de reliques, est portée par les prêtres. Chez eux, Aaron, le grand-prêtre, suivait paré dç ses habits sacerdotaux ; et chez nous Tévêque , la mitre en tête. Chez eut, Moïse portait sa baguette ; chez nous le roi suit la procession, sceptre en main, et Févêque appuyé sur sa crosse. Là, résonnait le fracas des trompettes; chez nous retentissent les cloches. Là , le peuple était en armes ; ici , le clergé se pare des saints vêtements, et le peuple de ses vertus. Là, le peuple recevait une aspersion de sang; ici, Teau bénite avec le sel sert à Tasperger. Amalech, altéré de sang, venait à leur rencontre ; la troupe des démons nous tend, à nous, d'inr cessantes embûches. Leur vainqueur était Josué, et notre Jésus nous a obtenu la \ictoire. Lorsque nous allons processionnellement à quelque église, c'est conune si nous portions nos pas vers la Terre de promission. Lorsque nous entrons dans l'église en chantant, c'est comme si, pleins de joie, nous étions arrivés à la patrie. Lorsque nous portons autour de l'église la fierté (6) au son des cloches, c'est comme si, avec l'arche, le son des trompettes et les cris du peuple, nous entourions Jéricho. Jéricho s'écroule et est détruite , quand la concupiscence est vaincue en nous. Et quand nous allons du chœur à un autel , et que nous y faisons une station, cela signifie que nos âmes vont au Christ et désirent être associées aux troupes angéliques.
XV. En second lieu , c'est aussi David et Salomon qui nous ont formés aux processions, lorsque tous deux portèrent l'arche de Dieu, le premier dans le tabernacle, le second dans le tem-
(b) Châsse en forme de cercueil, contenant le corps entier d*un saint (Fereyrum).
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pie, au chant des hymnes et des cantiques , et qu'ils la mirent sous les ailes des chérubins ; ainsi l'humanité du Christ s'élève de la terre et entre au ciel, où les anges l'adorent éternellement et où l'ame fidèle l'accompagne. Troisièmement , aussi, la procession nous fait souvenir que le Christ est venu du sein de son Père dans le monde ; de la crèche au temple, et de Béthanie à Jérusalem, et de Jérusalem sur la montagne, où nous désirons retourner de ce monde à la patrie et d'une Eglise à l'autre, c'est-à-dire de la militante à la triomphante , en suivant la croix, c'est-à-dire les traces du Crucifié, et en crucifiant en nous nos vices et nos concupiscences; en suivant aussi les traces des saints, les préceptes de l'Evangile, revêtus des vêtements sacrés, qui sont la cuirasse de la justice, le ceinturon de la continence , le bouclier de la foi et le casque du salut étemel. Le prêtre qui doit célébrer les saints mystères se revêt des vêtements sacrés comme d'une armure pour combattre « contre ce les esprits de malice répandus dans Tair, » comme nous l'avons dit dans la préface de la troisième partie.
XVr. Dans quelques églises , la procession est ainsi ordonnée : en tête marchent sept acolytes avec des flambeaux ; ils symbolisent tous ceux qui, par la grâce des sept dons de l'Esprit saint, ont donné la lumière de la science aux fidèles. Us sont suivis de sept sous-diacres portant des paix, et qui signifient ceux qui, parla même grâce, ont enseigné que la plénitude de la divinité devait habiter corporellement dans le Christ. Après ceux-ci viennent sept diacres représentant tous ceux qui, par la même faveur, ont eu l'intelligence spirituelle, c'est-àdire celle que l'Évangile donne du Christ. Et, après eux, viennent douze prieurs^ figurant tous ceux qui ont brillé par la foi en la sainte Trinité ou en trois personnes, ou parles œuvres des quatre vertus ; ces douze prieurs sont accompagnés de trois acolytes, avec encensoirs et navette , lesquels symbolisent les trois mages qui apportèrent des présents au Christ. Puis vient un sous-diacre qui porte le livre des évangiles ; il symbolise la
loi , et il précède le pontife^ parce que la loi, qui contenail en elle le mystère de la Passion dont parle rÉvangile^ a précédé Tavéneraent du Christ ; et ilporte ce livre fermé, pour mar^ quer que, sous la loi, il fut obscur avant que l'Agneau eût our vert les sceaux du septième livre. Ensuite le pontife est porté par deux personnes ; comme dans un char, et il est accompagné de la foule qui prie et qui marque que le peuple suit le Christ dans le ciel. La suite du pontife se compose de dix ofdreSy savoir : les portiers, les lecteurs, les exorcistes, les aco« lytes^ les sous-diacres, les diacres, les prêtres, les chantres, les laïques, les hommes et les femmes, parce qu'il est dit que le char de Dieu est environné de plus de dix mille, pour marquer leur perfection. Et on compose principalement la procession des diacres^ des sous-diacres et des acolytes parés de leurs vé* tements , selon cette parole : <t Voici que je vous envoie les «c prophètes, les sages et les scribes. » Les prophètes, ce sont les diacres ; les sages^ les sous-diacres ; les scribes, les acolytes. Le vicaire du Christ, christ lui-même, est conduit par eux en public, comme par une troupe déjeunes filles jouant du tympanon. Et lorsque les chantres, partagés en deux chœurs, reçoivent avec des transports de joie ceux qui chantent l'introït, en leur répondant par le Gloria in excehis , ces chantres ou clercs en aubes, qui se réjouissent, ce sont les anges qui reçurent le Christ lors de son ascension , avec gloire et louanges au plus haut des cieux. Les deux chœurs qui chantent ces louanges, ce sont les deux peuples, savoir, les Juifs et les Gentils, qui viennent au-devant du Christ en chantant ses louanges. La procession elle-même, c'est la voie qui mène à la céleste patrie. L'eau bénite, qu'on porte en têle est la pureté de la vie. Les Iflmières senties œuvres de miséricorde, selon cette .parole : a Que vos reins soient ceints, et portez des lampes ar* (( dentés en vos mains, etc. y» Donc le pontife ou le prêtre, qui est à peu près placé au milieu, entre le clergé et la croix qui marche devant lui, et le peuple qui le suit, ofire en lui le type
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de médiateur de Dieu et des hommes. En outre, les premiers du chœur sont les derniers à la procession , parce que le salut s'opère par Thumilité. D'où vient que Zachée, prince des publicains, étant monté sur un sycomore, parce qu'il était petit, pour voir passer Jésus, Jésus lui dit : « Zachée^ descends, parce « qu'aujourd'hui il faut que je m'arrête dans ta maison. » Et Zacbée descendit^ et il reçut Jésus avec joie dans sa demeure. Les Juifs s'asseyaient sur des sièges élevés , et leurs maîtres avaient les premières places dans les synagogues.
XVII. Or, la croix passe la première dans les processions, comme un étendard royal et un signe triomphal : Premièrement^ pour « que ceux qui la haïssent fuient de devant sa Éace » (Psal. lxvii). Elle est, en effet, le signe de la victoire du Christ, selon cette parole : « Les étendards du roi s'avance cent, etc. )> Par lut les démons sont vaincus; car, à sa vue, ils tremblent et fuient. Et pour cette raison , en certains lieux, on oppose la croix aux tempêtes de l'air , afin de mettre en fuite les démons et de leur faire cesser le trouble qu'ils répandent dans l'air. Le mystère de la sainte croix est, en effet, notre signe de ralliement et notre drapeau; ce qui a fait dire à Isaïe : « Aussitôt que ce signe de ralliement aura été « dressé, les peuples lui adresseront leurs supplications, et son <c tombeau sera glorieux. » En second lieu, le drapeau de la croix va devant, parce que , comme le dit l'Apôtre aux Galates, c( loin de nous la pensée de nous glorifier, si ce n'est « dans la croix de notre Seigneiu* Jésus -Christ, par qui le « monde doit être crucifié avec nous et nous avec le monde. )> On parlera encore de ceci au chapitre de l'Evangile. Parfois aussi, les bannières marchent en tête de la procession, comme on le dira dans la sixième partie , au chapitre des Rogations.
XVIII. C'est avec raison, comme on l'a vu plus haut, que pendant la procession on sonne les cloches. Car, de même que les rois de la terre ont dans leur armée des signaux d'ordonnance f tels que les trompettes et les drapeaux , amsi le
Christ, roi étemel dans son Eglise militante, a les cloches, qui lui tiennent lieu de trompettes, et des croix, qui sont ses étendards ; et on a parlé de cela dans la première partie , au chapitre des Cloches. Le son retentissant des cloches représente encore les prophètes, qui annoncèrent d'avance, et d'une manière figurative , l'avènement du Christ. De plus, des draps et autres objets sont tendus dans les endroits par où 3oit passer la procession et où elle doit s'arrêter pour chanter, selon cette parole de Tobie , vers la fin : « Ses places seront pavées d'or a pur et luisant, et dans ses rues on chantera Alléluia. »
XIX. Et sachez qu'il y a quatre processions solennelles, savoir : celle de la Purification de la bienheureuse vierge Marie, celle des Rameaux ou des Palmes, celle de Pâques. Il sera parlé de ces trois processions en leurs lieux. La quatrième a lieu le jour de l'Ascension du Seigneur, pour représenter la dernière marche que les disciples firent à la suite du Seigneur, le jour de son ascension dans le ciel , en venant avec lui au mont des Oliviers, d'où il fut enlevé à leurs yeux; et c'est pour figurer cette marche qu'on fait la procession tous les dimanches.
XX. Sachez aussi que la primitive Eglise solennisait le dimanche comme nous le faisons aujourd'hui , et que ce jourlà elle faisait la procession en mémoire de la résurrection ; elle observait aussi la cinquième férié (le jeudi), et ce jour-là elle faisait une procession en mémoire de l'ascension du Seigneur; mais, les festivités des saints se multipliant de jour en jour, on supprima la solennité de la cinquième férié, et la procession qu'on faisait ce jour-là fut reportée au dimanche par le pape Agapet, afin qu'elle pût être faite solennellement avec le concours du peuple, qui se rend ce jour-là à l'église. La cinquième férié, à cause de cela, a retenu le nom vulgaire de jeudi {die$ Jovis)^ qu'elle partageait, dès la plus haute antiquité, avec le dimanche. Doùc, en faisant la procession les dimanches, nous rappelons la mémoire de la résurrection du Seigneur, puisque
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nous représentons la marche faite par les disciples à la suite du Seigneur^ non pas cependant qu'ils Paient faite un dimanche^ comme on Ta dit ci-dessus. En sortant et en rentrant, nous retournons en quelque sorte de Jérusalem à Jérusalem, comme ils firent, et nous suivons la croix , comme eux suivirent le Crucifié ; et, quoiquHls revinrent sans Jésus,.'nous revenons pourtant avec la croix , parce qu'il a dit lui-même : <c Je «c suis avec vous jusqu'à la consommation du siècle. » Cette procession doit se faire avant qu'on dise tierce , comme on le dira dans la sixième partie , à l'article de l'Ascension.
XXI. Il ne faut pas non plus oublier de dire qu'aux processions des dimanches nous devons seulement chanter quelque chose du Nouveau-Testament, et saluer la Vierge, en chantant quelque chose qui ait particulièrement rapport à sa gloire. De là aussi s*est implantée l'habitude où l'on est de construire dans les cloîtres un oratoire de la Vierge , qu'on salue le premier dans la station, selon l'usage primitif.
XXII. Quoiqu'il soit dit que le Christ, en ressuscitant^ apparut d'abord à Madeleine , cependant il est plus vrai de croire qu'il se montra à sa Mère avant toutes antres personnes ; mais il n'appartenait pas aux évangélistes de dir^ cela, parce que leur office était de produire des témoins de la résurrection , et qu'il ne convenait pas de produire une mère en témoignage pour son fils. Or donc, si les paroles des femmes étrangères paraissent un efiEet du délire aux incrédules, combien plus auraient-ils cru au délire d'une mère aimant tendrement son fils 1 Et l'Eglise romaine semble penser ainsi , car , le premier jour après la résurrection , savoir, le jour de Pâques , elle fait une station dans Sainte-Marie-Majeure, mettant ainsi en quelque sorte au premier rang Jérusalem, c'est-à-dire la Vierge, qui a TU la paix (c) avant les autres, et qui a eu les prémices de son allégresse. Et c'est pourquoi, dès le premier jour, nous avons
(c) Allunoii au nom de Jérusalem, qui signifie vision de la paix.
recours à sa miséricorde, en allant à Sainte-Marie-Majeure; de même, en son honneur, nous lui consacrons la première station aux processions des dimanches^ afin qu'en la comblant de louanges et nous pressant à son oratoire , nous paraissions dire avec TEpoux : « J'irai au mont qui produit la myrrhe « et à la colline qui porte Tencens. y> Le mont^ c'est cette chaste Vierge à laquelle son Fils ressuscité vint en lui apparaissant, et à qui nous allons en Tadorant. Mais il n'est pas nécessaire de dire : Quia nunqiuim disparuit, et quod semel melius esty etc.; mais on le dit ainsi à cause des ignorants, et seulement pour ceux qui sentent, mais qui ne comprennent pas. Enfin, il est à remarquer que, dans certaines églises, après la procession, tous les clercs viennent s'incliner devant le crucifix et lui dire : a Salut, notre Roi béni. » Et ceux qui ont porté k fluvial [d) ou autres vêtements de fêtes les déposent devant Vautel : premièrement, pour montrer que les fils des Hébreux jetaient leurs vêtements par terre sur le chemin par où passait le Christ , dans l'entrée qu'il fit à Jérusalem ; deuxièmement, pour montrer que ceux qui sont appelés à s'acquitter de l'office divin doivent rejeter loin de leur esprit toutes les superfluités de ce mon(}e.