‹ Rattlin le marinChapitre 24 sur 42 · II. ^-g · texte numérisé non relu

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— Non, non , je ne suis pas responsable. Je manœuvrais le vaisseau d'après les directions du maître de manoeuvres. Monsieur Farmer, lisez les ordres de nuit , s'il vous plaît.

— Au diable les ordres de nuit ! dit le vieux maître de manœuvres.

— Halte-là, dit le capitaine Rend, je n'entends pas qu'on envoie mes ordres de nuit au diable. Vous partagerez la responsabilité à vous deux, vous et l'officier de quart.

— Je n'entends pas vous offenser, ni vous , ni vos ordres, capitaine. Je regrette de tout mon cœur de les avoir damnés... Mais, quant au virement de bord de cette maudite frégate, si j'ai donné des ordres, j'ai agi sous le contrôle du pilote; lui seul a la charge du navire jusqu'à ce nous soyons ancrés en sûreté. Non certainement , je ne suis pas responsable.

— Diable! dit le pilote, voilà un nœud de fil caret diantrement embrouillé; mais ce n'est pas avec ce fil-là qu'on attrape le vieux Weatherbrace. Tel que vous me voyez, et tout vieux loup de mer que je suis, je connais la loi de la terre et la loi martiale aussi. Je suis à bord de cette carcasse pour préserver ses côtes des bancs de sable, récifs et compagnie. Je ne suis pas responsable, c'est clair comme un fa-

RATTUN LE MARIN. q^Q

nal qui éclaire , c'est clair comme la lun^ quand il fait clair de lune. Moi, responsable! pli^s

souvent! Empêcher la frégate de toucher

voilà mon affaire. Pour la manœuvre, j^ n'y touche pas. Responsable ! Bah ! Pourqlioi mettez-vous vos yeux dans vos poches ? Pourquoi vos vigies dorrnent-elles?

— Pourquoi? entendez-vous, monsieur Rattlin ? Pourquoi ? s'écrièrent à la fois le capitaine, le premier lieutenant, le lieutenant de quart et le maître. •

— J'ai fait aussi bon quart que possible. Les lanternes étaient allumées sur l'avant.

— Vous pouvez être persuadé, dit le capitaine , que les choses n'en resteront pas là. Les assureurs et les armateurs réclameront une enquête. M. Rattlin était chargé du gaillard d'avant au moment falal. Approchez donc, monsieur Rattlin. Au moment de la catastrophe, vous avez commandé : bâbord la barre !

— Oui, monsieur : bâbord la barre.

— Quartier-maître , poursuivit le capitaine Reud , avez-vous exécuté le commandement : bâbord la barre? Pesez votre réponse : l'avezvous exécuté, monsieur? Si vous ne l'avez pas exécuté, six douzaines de coups de fouet.

— Oui, oui, nous l'avons exécuté, capitaine, bien certainement : bâbord tout!

— Et la rencontre a eu lieu immédiatement?

— (^ui, monsieur.

— Il suffit, le cas est clair; il est inutile d'en parler plus long-temps. Peut-on rien de plus clair, monsieur Farmer? Le gaillard d'avant était confié à M. Rattlin. Il découvre un vaisseau en avant à nous. Il prend sur lui d'ordonner : bâbord ft barre. Nous tombons sur l'In-

diaman et nous le coulons bas. Evidemment M. Rattlin est responsable.

— Evidemment, répétèrent en écho docile tous les intéressés , joyeux de secouer de leurs épaules le fardeau de la responsabilité. Evidemment.

— Monsieur Rattlin , j'en suis fâché pour vous; je vous considérais autrefois comme un sujet promettant pour l'avenir; mais, depuis votre désertion à Anania, nous n'avons plus besoin de pallier les choses; vous n'êtes plus le même individu. Vous avez perdu tout zèle pour le service. Le zèle pour le service est la dernière chose qu'on doive perdre; car un jeune homme sans zèle pour le service est

sûrement — vous me comprenez? — est sûrement un jeune homme qui n'est pas zélé dans l'accomplissement de son devoir. Je crois être assez clair pour me faire comprendre. Croyezvous donc, monsieur^ qwe, moi qui vous parle, j'occuperais le poste que j'occupe par la volonté de Sa Majesté , si je m'étais montré peu zélé pour le service ? J'accomplis à regret un devoir pénible; mais je me vois forcé de vous mettre aux arrêts jusqu'à ce que je connaisse le bon plaisir de l'amiral du port , touchant cette grave affaire; car — car vous êtes évidemment responsable delà perte de la Marie-Anne de Londres.

— Evidemment, répéta le chœur.

— Si vous aviez commandé : tribord la barre , au lieu de : bâbord la barre ; c'eût été bien différent.

— Evidemment , évidemment.

— Descendez dans votre cabine , et considérez-vous comme prisonnier. Les jeunes gens au service de Sa Majesté Britannique ne sauraient se faire impunément un jeu de couler bas les vaisseaux de la Compagnie des Indes.

— C'est évident.

Dans ces sortes de cours martiales , où le capitaine prononce en premier et dernier ressort.

avec l'infaillibilité d'un pacha à trois queues, malheur au plus faible! la défense est chose inutile. Me consolant de mon malheur par l'orgueil de l'immense responsabilité dont j'étais tout-à-coup investi , je descendis dans la cabine et lançai de bon cœur l'anathème sur toute la création. Mais bientôt un profond sommeil me fit oublier tout, même l'horrible scène dont j'avais été le spectateur.

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