‹ Ravenne (volume 2)Chapitre 13 sur 16 · ARC TRIOMPHAI. ET ABSIDE DE SAN APOLLINARE IN CLASSE · texte numérisé non relu

ARC TRIOMPHAI. ET ABSIDE DE SAN APOLLINARE IN CLASSE

Mosaïque du vi* siècle. — • Dessin de M11’ Herwegen.

voulu, si contraire aux tendances historiques de l’art nouveau, on sent un essai de réaction, dont l’œuvre même trahit l’impuissance. Le jour où l’art symbolique abandonne les représentations familières et simples, quand il se complique et s’ingénie, la décadence est bien proche 1 et la victoire de l’école historique est désormais assurée.

Au-dessous de cette composition, dans le pourtour de l’abside, quatre figures représentent des archevêques de Ravenne, debout sous des baldaquins, d’où pendent des couronnes; malheureusement des restaurations fréquentes ne permettent plus guère d’en apprécier la valeur. A droite et à gauche, sur les parois latérales apparaissent deux grandes compositions : ici, devant un autel, Melchisédech offre un sacrifice; d’un côté Abel, de l’autre Abraham conduisant Isaac, complètent la représentation mystique du sacrifice chrétien. Il est facile dans ces figures de reconnaître l’influence des mosaïques de Saint- Vital, l’imitation est flagrante. L’artiste s’est contenté de combiner différemment les éléments épars dans les compositions qu’il prenait pour modèle, mais il a conservé les attitudes et les costumes, il n'a rien ou presque rien inventé. L’exécution médiocre atteste d’ailleurs une époque fort postérieure aux constructions justiniennes, et c'est au viic siècle qu’il faut attribuer sans doute cette partie de la décoration.

C’est de ce temps aussi que date la composition historique qui fait pendant à l’image du Sacrifice. A droite, quatre clercs accompagnent un évêque qu’une inscription désigne sous le nom de Reparatus; à gauche, un empereur byzantin, suivi de deux autres princes, tend au pontife un rouleau sur lequel on lit les mots : Privilégia. C’est là un des souvenirs les plus curieux de l'histoire ecclésiastique de Ravenne. A la fin du vne siècle l’évêque Reparatus obtint de Constantin Pogonat une charte de privilèges qui affranchissait son église de l’obédience romaine; plus d’une fois déjà, nous l'avons dit, les archevêques de Ravenne avaient lutté pour leur indépendance. On conçoit donc que Reparatus ait voulu perpétuer par un monument durable le souvenir de ce triomphe éclatant, nul endroit n’y était mieux approprié que cette église de Classis, où reposaient les reliques du saint patron de Ravenne, où se conservaient les plus anciens et les plus illustres souvenirs des origines chrétiennes de la cité.

Il reste à dire quelques mots des mosaïques de l’arc triomphal. Au centre, un buste du Christ, encadré dans un médaillon et accompagné des symboles des Evangélistes; sur la courbe de l’arcade, des brebis, sortant des villes saintes de Jérusalem et de Bethléem, s’avancent vers le Rédempteur. Plus bas, deux grandes figures des archanges Michel et Gabriel s’appuient sur de longues hampes; au-dessous enfin, deux bustes représentent les évangélistes Luc et Matthieu. Ces mosaïques sont sans doute, comme celles des murs latéraux, postérieures à la décoration de l'abside; ce sont les dernières œuvres byzantines qui se rencontrent à Ravenne, et il suffit de les comparer aux belles mosaïques du ve et du vie siècle pour sentir que la décadence est proche1.

Au terme de cette longue étude quelles conclusions se dégagent? Quel est le caractère de l'art dont nous avons étudié les monuments? Quelles sont surtout ses origines, et de quels modèles s’est-il inspiré?

L'art nouveau qui se constitue à partir du ive siècle, et qui à l’époque de Justinien a pris sa forme définitive, a un caractère original qu’on ne saurait méconnaître. Le premier, il a donné aux conceptions chrétiennes une forme particulière et souvent définitive ; le premier, il a mis en relief la grandeur divine et la splendeur du christianisme triomphant. Il ne s'est point toutefois créé de toutes pièces; bien des éléments qui le composent sont empruntés au passé. C’est dans l'Extrême-Orient que les artistes byzantins ont plus d’une fois cherché la riche ornementation de leurs monuments; ils doivent davantage

1. Nous n'avons point parlé des mosaïques de la chapelle archiépiscopale, qu'on attribue tantôt au v° et tantôt au vi° siècle. Elles se rapprochent beaucoup de celles de Saint-Vital et prêtent à peu près aux mêmes observations. A la voûte, quatre anges soutiennent le monogramme du Christ; des médaillons de saints, d’apôtres et de saintes, dont quelques-uns sont d’exécution assez remarquable, décorent la courbe des arcades. Au-dessus de l’autel se trouve une image de la Vierge du xn“ ou xiii° siècle, provenant de la mosaïque absidiale du dôme ; d'autres fragments représentent le Christ, saint Vital et saint Apollinaire. La Madone est particulièrement intéressante, car elle fait nettement sentir la différence entre l’art occidental du mof-en âge et l’art byzantin.

encore à l’antiquité classique. Ce n’est point dans les simples et modestes peintures qui décorent les catacombes, ce n’est point dans les œuvres de la sculpture, profondément déchue au me et au ive siècle, que les mosaïstes du Bas-Empire ont trouvé leurs modèles; il faut chercher plus haut la source de leur inspiration. L’école artistique qui, sous les encouragements des empereurs1, naît à l’époque constantinienne, qui dans la nouvelle Rome contemple autour d’elle les chefs-d’œuvre de la plastique grecque, s’inspire dans ses compositions des principes essentiels de l’art antique. Non seulement l'ordonnance harmonieuse des personnages, l’équilibre de la composition sont des traditions du génie grec, dans les détails du costume, dans l’arrangement des draperies, dans certains types même on retrouve le souvenir de la plastique ancienne. Les personnages des mosaïques, à l’attitude tranquille et sévère, aux longs vêtements blancs disposés en plis harmonieux, rappellent les statues de dieux ou de héros, de philosophes ou d'empereurs; aussi ce sont ces figures isolées de saints ou d’apôtres que l’artiste rend le plus heureusement, et qu’il traite le plus volontiers. S'agit-il de composer une scène, de combiner et de varier les mouvements, d’encadrer dans un paysage les personnages représentés, l’artiste faiblit et souvent demeure au-dessous de sa tâche; c’est qu’il n’a plus pour se guider les modèles de la statuaire antique. Ce sont là les traditions qui ont inspiré ces admirables mosaïques qui décorent les basiliques. Sans dcute les artistes byzantins « ont moins de souplesse et de délicatesse, une conception moins facile et moins vivante du beau; n’importe, ils ont encore appliqué quelquesunes des règles principales de l’esthétique ancienne, et cela seul suffit pour donner à leurs œuvres une valeur singulière2 ».

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