MADONE 0 R A N T E
Bas-relief de Santa Maria in Porto. Dessin de MUe Herwegen.
tantôt des compositions de convention où figurent le Christ et les Apôtres. La plupart attestent une rare inexpérience. Seul, un grand sarcophage, où sont représentées l’Annonciation et la Visitation ',
i. Reproduit dans Bayet, l’Art byzantin, page 81.
montre des attitudes plus naturelles et une main plus habile. Mais dans le sarcophage exécuté au vne siècle pour l’exarque Isaac, le travail est lourd et manque d’aisance 1 ; dans les tombeaux des arche-
Dessin de M“° Herwegen.
vêques conservés à la cathédrale, la pauvreté de l’invention, la faiblesse de l'exécution sont plus sensibles encore : la décadence de la sculpture est désormais irrémédiable.
Aussi l'artiste se borne-t-il en général à remplacer par des compo-
Reproduit dans Bayet, l’Art byzantin, page 83.
sitions symboliques la figure humaine qu'il ne sait plus rendre. Sur la plupart des sarcophages de Ravenne,- on rencontre des agneaux, des paons, des colombes, des croix et des monogrammes, des vases d’où s’échappe la vigne, tous les motifs enfin de l’ancienne symbolique chrétienne. Dans cette décoration toute monumentale, l’artiste retrouve quelque habileté et quelque élégance1, et toutefois, dans ces motifs mêmes, la décadence se fait bientôt sentir; deux ambons du vie siècle, couverts d’animaux, d'oiseaux et de poissons, atteignent un degré de barbarie incroyable \
La sculpture byzantine n'offre à Ravenne qu’une œuvre vraiment remarquable. C’est un bas-relief conservé dans l’église de Santa Maria in Porto, et représentant la Vierge en attitude d'orante. La légende raconte qu'en l’année noo, cette image arriva miraculeusement de Grèce en Italie; tout atteste en effet l’origine byzantine de cette sculpture. Quoique les draperies soient disposées avec quelque raideur, l'ensemble a un caractère de grandeur remarquable; la tête est régulière et belle, l’exécution ferme et assez heureuse; mais ce monument est sans doute postérieur aux sarcophages que nous venons d'étudier, et l’on n’en saurait rien conclure sur l’état de la sculpture du vic au vne siècle3.
Tandis que la sculpture sur marbre faiblissait chaque jour, la sculpture sur ivoire prenait une importance toujours plus grande. L’artisan byzantin, incapable désormais de tailler le marbre et d’en dégager de grandes figures, faisait preuve dans cette sculpture en miniature d’une singulière habileté. Avec une patience admirable, il fouillait ces petites plaques d'ivoire, dont les dimensions restreintes convenaient mieux à son génie; et il en faisait sortir des ouvrages
1. Cf. deux reproductions dans Bayet, l’Art byzantin, pages 87, 88.
2. Cf. sur les sarcophages de Ravenne, Bayet, Recherches , pages 1 1 3 et suiv.
3. Cf. sur Cette sculpture, A. Dumont : De quelques représentations de la mort de la Vierge. ( Revue archéologique , décembre 1871.)
d'une délicatesse surprenante, dont plusieurs sont en ce genre de véritables chefs-d'œuvre. On trouve à Ravenne quelques ivoires de cette époque; l’un des plus remarquables est assurément la chaire exécutée au milieu du vie siècle pour l’évêque Maximien, et conservée aujourd’hui dans la sacristie du dôme.
Sur le devant du siège, Saint Jean-Baptiste et les quatre Evangélistes sont debout sous cinq arcades 1 ; les têtes sont fort belles d’expression, pleines de réalité et de vie; les attitudes sont excellentes, les draperies parfaitement disposées ; c'est la partie la plus remarquable, comme travail, du monument qui nous occupe, et il est probable qu'elle est d’une autre main que les bas-reliefs des faces latérales et du dossier. Sur les côtés, dix plaques d'ivoire représentant des épisodes de la vie de Joseph2; sur le dossier, trois plaques, sculptées sur les deux faces, figurent des scènes de la vie du Christ, ce sont celles dont l’exécution laisse le plus à désirer3. Mais ce qui dans ce petit monument est particulièrement admirable, c’est la décoration des bordures qui encadrent le devant du siège, elle est traitée avec une richesse et un goût exquis. Des rameaux de vigne s’enroulent en arabesques élégantes, dans lesquelles se jouent des animaux et des oiseaux, l’exécution en est parfaite ; c’est un des plus remarquables exemples de l’art décoratif chez les Byzantins.
Le Musée de Ravenne renferme aussi quelques monuments intéressants de la sculpture sur ivoire. Sans parler du célèbre ivoire d’inspiration tout antique, où sont représentés Apollon et Daphné, il faut citer tout d’abord une couverture d’évangéliaire du vie ou du vne siècle. Au centre, le Christ, assis sous une coupole byzantine,
1. Voir une reproduction dans Bayet, l’Art byzantin, page g3.
2. Voir une bonne reproduction de l'épisode de Joseph vendu par ses frères, dans Westwood, A descriptive catalogue of the fictilc ivories of the South Kensington Muséum, page 3i.
3. Plusieurs de ces plaques du dossier ont disparu. On en connaît une au Musée de Brera, à Milan, une seconde, également à Milan, dans la collection Trivulzi, une troisième enfin au Musée de Naples.
lève la main droite pour bénir; les apôtres sont rangés autour de lui. Au-dessus, deux anges soutiennent une croix inscrite dans un
AUTEL EN IVOIRE ( X I V e SIECLE .
Dessin de Mü° Herwegen.
cercle; sur les côtés, sont représentés quatre des miracles du Sauveur; au-dessous enfin apparaissent deux des sujets les plus familiers à l’art
chrétien primitif : Jonas sur le rivage et les trois jeunes gens dans la fournaise. Par le choix des scènes représentées, par la manière dont est figuré le Christ imberbe et sans nimbe, ce monument s’inspire des traditions anciennes de l’art chrétien; l'exécution, rude et assez grossière d’ailleurs, rappelle les sarcophages du ivc et du ve siècle. Plus loin, deux plaques, appartenant sans doute à un même reliquaire, représentent, l'une un buste du Christ, jeune encore et le visage
entouré de longs cheveux flottants, l’autre un ange nimbé tenant, comme le Christ, un livre, et dans lequel il faut peut-être recon-
naître le symbole de l’un des évangélistes b Enfin d’autres plaques byzantines d’époque postérieure, du xe au xne siècle, représentent une Descente de croix, d'exécution fort médiocre, une Ascension du Christ et une Nativité, dans laquelle, contrairement aux traditions générales de l’iconographie byzantine, l’Adoration des Mages se trouve unie à la représentation de la Naissance du Christ. Enfin, sur un
dernier ivoire, celui-là du xie ou xne siècle, est figurée la Mort de la
Vierge 2, d’une assez bonne exécution.
Le Musée de Ravenne renferme d'autres ivoires encore, dont plusieurs, du xive siècle, sont d’origine française : parmi eux il faut citer le petit polyptyque que nous reproduisons ici.
Signalons encore, pour terminer, un curieux travail d’orfèvrerie conservé au Musée. Ce sont trois plaques d’or, ciselées et enrichies de grenats, provenant d'une cuirasse trouvée en i85q. On a voulu, tour à tour, en faire honneur à Odoacre et à Théodoric. Quoi qu'il en soit de ces hypothèses, ces bijoux, sans doute du ve siècle, méritent d’être remarqués; la finesse de l'exécution, l’élégance des ornements, permettent peut-être de leur assigner une origine byzantine.
Par une singularité remarquable, c'est en Italie, dans une ville
1. Le South Keiisington Muséum possède un ivoire de même provenance ayant fait partie du même reliquaire et représentant un aigle. Ce serait alors le symbole de saint Marc.