CHAPITRE PREMIER
L'ÉPOQUE DE GALLA PLACIDIA : LE MAUSOLÉE ET LE BAPTISTÈRE DES ORTHODOXES
L'histoire de Galla Placidia, fille de Théodose le Grand et sœur d'Honorius, est mouvementée, pittoresque et attachante comme un roman. Elle n'avait pas vingt ans quand elle tomba, lors de la prise de Rome, entre les mains d'xAlaric ; emmenée comme prisonnière au camp des Wisigoths barbares, transportée des rives du Tibre aux bords de la Garonne, elle éveilla — car elle était belle — l'amour d'Ataulph, le frère de son vainqueur, et elle dut — car elle était princesse — consentir à l'épouser, lorsque la cour de Ravenne chercha un accommodement avec l'envahisseur. Le mariage se fit à Narbonne : et ce fut un spectacle curieux de voir, pour plaire à la fille de Théodose, le roi germain revêtir l'habit des Romains, et tandis que, selon l'usage antique, un rhéteur disait l'épithalame, cinquante jeunes esclaves venir pompeusement offrir à la nouvelle épouse, comme présents de noce, des bassins remplis d'or et
de pierreries, dépouilles de la Ville éternelle. Puis d'autres combinaisons politiques changèrent sa destinée. Veuve de son premier mari, et revenue à Ravenne, elle dut épouser le tout-puissant ministre de son frère, l'habile général Constantius, et elle lui donna deux enfants, dont l'aîné sera l'empereur Valentinien III. Chassée ensuite du palais par des intrio-ues de cour, réduite à chercher asile à Constantinople, elle fut, quand Honorius
Abside de Saint-Jean Evangéliste.
mourut, installée avec son jeune fils sur le trône d'Occident, et rentrée en souveraine dans Ravenne, pendant vingt-cinq ans elle y garda le pouvoir, et grâce au concours d'un grand ministre, Aétius, elle sut, dans la tourmente du v° siècle, par sa hauteur d'esprit, sa fière énergie, son courage, soutenir pendant quelque temps l'empire chancelant.
Ambitieuse, habile intrigante, mais profondément pénétrée du sentiment de la grandeur romaine, Galla Placidia, par ses extraordinaires aventures autant que par l'éclat de ses pieuses fondations, a laissé dans l'histoire un long souvenir. Elle aimait les constructions, le luxe. Aujourd'hui encore, à Rome, sur l'arc triomphal de Saint-Paul hors les murs.
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son nom associé à celui du pape saint Léon rappelle de quelles magnificences elle voulut décorer cette basilique. Mais c'est à Ravenne surtout, qu'elle aimait d'un amour particulier, et où elle s'était, vivante, préparé le mausolée où elle dormirait, qu'elle avait déployé toutes les recherches et toutes les splendeurs. Il ne reste plus rien malheureusement du somptueux palais qu'elle avait fait construire et qu'on nommait le palais des Lauriers, rien des mosaïques de Sainte-Agathe, de Saint-André, de Saint-Pierre Majeur (aujourd'hui Saint-François), rien de celles de l'église de Saint-Croix, qui représentaient à l'abside le baptême du Christ et sur la façade le Seigneur triomphant environné d'archanges, et les quatre fleuves du Paradis jaillissant aux pieds de son trône divin, rien non plus de la décoration si curieuse qu'elle avait fait exécuter à Saint- Jean-1'Evangéliste, à la suite d'une curieuse aventure de sa vie. Placidie revenait en 424 de Constantinople à Ravenne, avec ses deux enfants, lorsqu'une tempête terrible assaillit son vaisseau. Dans sa détresse, elle invoqua saint Jean, et fit voeu, si elle échappait au péril de la mer,
de construire en l'honneur de l'apôtre une église magnifique ; et à l'appel de la souveraine, on avait vu en effet une figure lumineuse venir s'asseoir à la proue du navire et doucement, sur les flots apaisés, le conduire jusqu'au port. C'est cet épisode même que l'impératrice avait fait représenter dans l'abside de l'église bâtie par ses soins, et au-dessous de cette scène elle avait fait placer son portrait et celui de ses deux enfants. On ne saurait trop regretter la perte de ces mosaïques, qui nous eussent montré, dès le v° siècle, un fort intéressant monument de la peinture proprement historique : mais depuis qu'au xiv" siècle l'église de Saint-Jean a été complètement remaniée, il ne reste plus que le souvenir de ces ouvrages. Tout au plus peut-on en prendre quelque idée dans une miniature du XIV" siècle, qui orne un manuscrit de Bibliotheca Classense a Ravenne, et qui semble s'être inspirée de la célèbre mosaïque. Dans
Chapiteau à Saint-Jean Evangëliste.
l'actuelle église de Saint-Jean, seuls quelques débris de l'abside curieusement décorée d'arcades à colonnettes de marbre, et vingt-quatre belles colonnes antiques, au chapiteau desquelles apparaît pour la première fois le coussinet timbré d'une croix si caractéristique de l'architecture byzantine, rappellent le primitif édifice fondé par Galla Placidia. Heureuse-
Intérieur du mausolée de Galla Placidia.
ment il nous est parvenu un autre monument d'elle, et qui est l'un des mieux conservés à la fois et l'un des plus parfaits de Ravenne. C'est ce charmant oratoire, voisin de Santa-Croce et de Saint- Vital, qu'on appelle la chapelle des saints Nazaire et Celse et plus fréquemment le mausolée de Galla Placidia, et qui est peut-être ce que l'art chrétien du v° siècle nous a laissé de plus exquis.
Quand on pénètre dans cette petite chapelle en forme de croix latine, où par de rares ouvertures filtre un demi-jour discret, la première impres-
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sion est saisissante autant qu'admirable. Dans les branches de la croix, trois massifs sarcophages, aux sculptures grossières, t'ont dans l'ombre une tache blanche, et la tradition raconte qu'ils enfermèrent jadis les restes de l'impératrice Galla Placidia, de son frère llonorius et de son second mari Constantius. Levez les yeux maintenant. Au-dessusTdes murailles, revêtues autrefois d'un vieux placage de marbres, à la courbe des arcades, aux lunettes du tambour, à la voûte de la coupole
si curieusement construite, comme celle du
baptistère et de Saint-Vital, à l'aide de longues amphores creuses emboîtées les unes dans les autres — partout enfin, de somptueuses mosaïques mettent leur harmonieuse douceur Sur les fonds d'un bleu sombre, des ornements d'or s'allument et flamboient ; au haut de la coupole, une grande croix étincelle dans un semis d'étoiles, avec les symbole des quatre évangélistes rayonnant dans les pendentifs : plus bas, à la courbe des arcades, de souples rameaux de vignes, jetés parmi des lys et des roses, fleurs de prédilection des maîtres ravennates, encadrent des figures dorées de prophètes ou d'apôtres, et se rejoignent près d'une couronne de laurier, qui entoure le monogramme du Christ. Ailleurs, au fond des lunettes, des cerfs altérés, parmi des rameaux d'or, viennent, en souvenir de la parole du psaume, boire à l'eau des fontaines. Plus haut, par un ressouvenir d'un thème familier à l'art oriental, deux colombes se désaltèrent au bord d'une large coupe. On ne peut assez dire la richesse élégante et sobre de cette décoration, la rare science du coloris qui s'y manifeste, l'inspiration tout antique qui y éclate
encore. Peu de motifs d'art ornemental sont comparables à ces superbes guirlandes de fruits qui bordent l'arc extérieur des branches de la croix, et où la gamme des tons chante si variée et si harmonieuse. Peu de mosaïques attestent une maîtrise plus consommée de la couleur, un sentiment plus personnel de l'effet, que ces figures de prophètes et ces symboles d'évangélistes si curieusement dorés, comme des statues de métal précieux. L'habileté du maître n'est guère moindre quand il s'agit de poser
Amphores employées dans la construction des coupoles.
les figures. Voyez, au-dessous de la coupole, sous les grandes coquilles d'or qui forment comme un dais au-dessus de leurs têtes, les apôtres affrontés deux à deux et parmi lesquels, à leurs types traditionnels, déjà l'on reconnaît saint Pierre, saint Paul, et peut-être saint André. Largement drapés dans de longs vêtements blancs, figurés dans des attitudes
Apôtres. Mosaïque du mausolée de Galla Placidia.
sobres et graves, les yeux levés vers la coupole, ils adorent la croix, symbole du Christ, qui brille au haut du ciel étoile, et dont les évangélistes proclament la gloire. Et dans l'expression de cette idée maîtresse qui domine la décoration du mausolée, on retrouve le souvenir du vieux symbolisme si cher à l'art chrétien primitif. Et c'est lui de même qui a inspiré l'une au moins des deux grandes compositions dont il faut parler maintenant, et qui sont peut-être les chefs-d'œuvre de l'art chrétien au v° siècle.
Au-dessus de la porte d'entrée, au t}'mpan de l'arcade, le Bon Pasteur est assis au milieu de son troupeau. Dans un paysage, où éclate un
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Si
sentiment assez vif encore de la nature, parmi des rochers, des arbrisseaux et des fleurs, le Christ est figuré jeune, imberbe, assez semblable à quelque dieu païen, à quelque Apollon antique. Vêtu d'une longue tunique d'or, sur laquelle s'étale un manteau de pourpre, s'appuyant, en guise de houlette, à une grande croix d'or, la tète nimbée d'or enfin, il apparaît non plus comme le pâtre populaire des catacombes rapportant
Le Bon Pasteur. Mosaïque du mausolée de Galla Placidia.
sur ses épaules d'un geste familier et si charmant la brebis égarée, mais comme un jeune roi, bienveillant et majestueux, figé dans une attitude noble et qui semble condescendre à peine à caresser les brebis qui l'environnent. L'oeuvre est d'ailleurs excellente, le modelé savant, la couleur admirable : mais l'évolution du type du Bon Pasteur est tout à fait caractéristique. Elle montre comment, tout en conservant encore la tradition symbolique du christianisme primitif, l'Eglise triomphante veut maintenant pour ses héros une majesté plus soutenue, des attitudes plus nobles, une pompe mieux appropriée à la puissance d'une religion d'Etat.
Et de même la mosaïque qui fait face, au fond de la chapelle, à l'épisode du Bon Pasteur, annonce d'autres tendances non moins curieuses à
noter pour l'histoire de l'art chrétien. On a fort discuté sur l'interprétation de cette scène où un martyr, tenant d'une main un livre, portant de l'autre une longue croix appuyée sur son épaule droite, s'avance d'un mouvement fougueux vers un gril sous lequel s'allument des flammes, tandis que, sur la gauche dans une armoire ouverte, on distingue les quatre évangiles. Dans cette figure nimbée et ardente, on s'accorde généralement à cause du gril, instrument de son martyre, à reconnaître saint Laurent ; mais, si ingénieuse que soit cette hypothèse et de quelque grands noms qu'elle se recommande, on ne saurait l'accepter sans quelques réserves, et peut-être faut-il jusqu'à nouvel ordre se résigner à ignorer le nom de ce saint qui semble surtout préoccupé de brûler le livre, sans doute hérétique, qu'il tient en sa main. Mais quel que soit exactement le sujet représenté, ce qui est intéressant ici, c'est de trouver, en face de la peinture symbolique et traditionnelle, cette scène proprement historique. Avec elle en effet une transformation capitale apparaît comme accomplie dans l'iconographie chrétienne. Au lieu des symboles naïfs ou compliqués sous lesquels les peintres des catacombes aimaient à représenter les dogmes et les enseignements chrétiens, les maîtres du vc siècle s'essaient à traduire d'une façon plus réaliste les grandes scènes de la vie du Christ et des saints : en face du Bon Pasteur, chef-d'œuvre du symbolisme chrétien, la scène du martyre inaugure tout un cycle nouveau, qui est destiné désormais à une longue et brillante fortune.
Une ancienne tradition ravennate raconte que, jusqu'au xvic siècle, on pouvait, sous les voûtes de bleu sombre constellées d'or, voir dans le mausolée les restes mortels de l'impératrice Galla Placidia, assise sur un siège de cyprès dans son grand sarcophage, toute parée de bijoux et encore revêtue des somptueux vêtements impériaux. Malheureusement, vers 1577, des enfants, pour mieux voir, introduisirent un cierge allumé dans l'ouverture par où l'on apercevait le corps embaumé de la princesse et mirent le feu aux étoffes qui habillaient la souveraine. Une autre
Le Christ en Bon Pasteur. Mosaïque du mausolée.
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légende raconte qu'en ouvrant un des sarcophages qui garnissent la chapelle, on y trouva, à côté d'un cadavre, une épée et des débris d'étendard. 11 est difficile de dire exactement quel crédit il faut accorder à ces histoires : du moins montrent-elles quel long souvenir avait laissé à Ravenne cette Galla Placidia dont le nom demeure, dans l'histoire de l'art, indis-
Le martyre de saint Laurent (?) Mosaïque du mausolée de Galla Placidia.
solublement attaché à l'une des plus charmantes créations de l'art chrétien.
C'est vers la même époque, c'est-à-dire au milieu du v° siècle environ, que reçut sa parure de stucs et de mosaïques le baptistère des orthodoxes (Sun-Giovanni in Fonte) qui s'élève à côté de la cathédrale. C'est un édifice de forme octogonale et d'extérieur assez insignifiant. Comme le mausolée de Galla Placidia, comme la plupart des monuments sacrés de Kuvenne. il est construit en briques et montre comme unique ornement des rangées d'arcades aveugles, que couronne au haut des murailles, une corniche assez lourde en dents de scie. L'intérieur offre au contraire une décoration aussi originale que précieuse. Deux rangées d'arcades super-
posées, qui reposent sur des colonnes antiques, soutiennent la coupole où, autour d'un médaillon central, se développent deux zones concentriques de riches mosaïques. Jadis, à la base des murailles, étaient placées de riches incrustations de marbre, provenant probablement de quelque édifice ancien : il n'en subsiste plus que quelques trop rares débris. Mais on y admire comme autrefois, à l'étage inférieur des arcades, le beau décor en mosaïques où. sur un fond bleu sombre, parmi d'élégantes ara-
Sarcophage au mausolée de Galla Placidia.
besques d'or, se détachent huit blanches silhouettes d'apôtres, et au-dessus, au côté des huit grandes fenêtres qui éclairent le baptistère, les niches si curieusement décorées de figures et d'ornements en stuc. Il est probable que les personnages, d'exécution assez grossière, ont été refaits en grande partie à une date postérieure au Ve siècle : aussi bien trouve-t-on dans tout le baptistère la trace de semblables remaniements. Mais la partie purement décorative est d'une grâce et d'une fantaisie charmantes. Ce sont des animaux affrontés, paons, lièvres, colombes, cerfs autour d'un vase ou d'une corbeille de fruits, lions et hippocampes alternant avec des motifs plus proprement historiques, tels que Daniel entre les lions, Jonas rejeté par le monstre ou le Christ entre les apôtres. Dans les peintures des catacombes comme sur les sarcophages du IVe et du Ve siècle,
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on retrouve la plupart de ces thèmes, où l'ancienne symbolique chrétienne se mélange curieusement avec le goût qu'eut de bonne heure l'art du moyen âge pour les représentations animales. Mais ce qui est surtout remarquable, c'est la survivance du procédé, familier à l'antiquité classique, qui consiste à relever par la plastique l'effet de la peinture. Le baptistère des orthodoxes en offre le dernier exemple, jusqu'au jour assez
Baptistère des orthodoxes.
éloigné où ce procédé sera, non sans succès repris, par l'école de Giotto, par Gentile da Fabriano et enfin par Pinturicchio.
Entre les mosaïques de l'étage inférieur du baptistère et celles du mausolée de Galla Placidia il y a une parenté étroite. Ce sont les mêmes rameaux d'or éclatants et souples, s'enlevantsur des fonds bleus, ce sont les mêmes motifs décoratifs à la courbe des arcades, c'est le même arrangement savant des draperies et des attitudes, qui fait des blancs apôtres du baptistère les proches parents des prophètes dorés du mausolée. Les mosaïques de la coupole au contraire sont, sinon d'une autre époque, du moins d'une autre main et d'un art un peu différent. Sans doute, il n'est plus
fort aisé aujourd'hui d'apprécier le caractère original de la composition qui remplit le médaillon central et qui représente le Baptême du Christ. Des remaniements postérieurs en ont fort altéré l'effet primitif. Des cubes d'or ont remplacé le fond jaune sur lequel s'enlevaient originairement les figures. Presque toute la partie supérieure du corps du Christ, les épaules, le bras droit, la tête ont subi d'assez fâcheuses restaurations, et
Incrustations de marbre au Baptistère des orthodoxes.
il y a tout lieu de croire, à consulter du moins la répétitionde la scène qu'offre le baptistère des Ariens, que le Sauveur n'avait point primitivement le visage barbu qu'on lui voit aujourd'hui. De même tout le haut du saint Jean, la tête, le bras gauche, surtout la grande croix gemmée que tient le Précurseur, ne sont point du v° siècle : il suffit, pour en avoir la preuve, de constater que des cubes de nacre sont employés pour rendre les splendeurs de la croix ; or c'est là un procédé qui n'est point usité à Ravenne avant le milieu du vi° siècle. Seule la partie inférieure de la composition a conservé son aspect primitif : elle suffit largement au reste pour attester le talent du vieux maître. Il sait encore, non sans habileté,
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rendre la nudité d"un corps à travers la transparence des eaux bleuâtres ; il a surtout exprimé, avec un naturel et une vérité tout antiques, la belle
Mosaïque de la coupole Ju Baptistère des orthodoxes.
figure qui, sur la droite de la scène, personnilie le Jourdain. Le corps nu à demi plongé dans les flots, la tète grisonnante encadrée de longs cheveux fangeux, le dieu, un roseau vert dans le bras, s'appuie sur son urne d'or : curieux souvenir, dans cette mosaïque chrétienne, de la mythologie païenne et du symbolisme alexandrin, œuvre remarquable aussi, toutins-
pirée des modèles anciens, et dont les maîtres postérieurs garderont précieusement la tradition jusqu'au Xe et au XIe siècles.
Mais la partie la plus originale, la plus personnelle aussi de la décoration se trouve dans les deux zones qui encerclent le médaillon central. Dans la zone extérieure, un motif est représenté, qui apparaît ici pour la première fois en Occident dans l'iconographie chrétienne. Dans huit compartiments alternés, on voit, entre des colonnes qui portent des architraves d'or, tantôt des autels sur lesquels sont ouverts les livres des évangiles, tantôt des trônes ornés de pierreries sur lesquels est posée une croix.
Daniel entre les lions. (Sarcophage au Musée.)
Visiblement l'artiste a voulu montrer ici la coupe transversale d'une basilique chrétienne, avec ses trois nefs, où, dans les absides latérales, sont placés aux côtés de l'autel les sièges de l'évêque et de l'empereur, où, au fond de l'abside centrale, entre des chancels de marbre, se dresse le trône symbolique où Dieu viendra s'asseoir au jour du jugement. C'est déjà le motif que l'iconographie chrétienne traitera plus tard si fréquemment sous le nom de « préparation du trône » [hêtimasie), et il n'est point sans intérêt non plus de remarquer qu'une décoration architecturale toute semblable se trouve dans les mosaïques de Saint-Georges de Salonique, qu'on date du IVe siècle, et dans celles de la basilique de Bethléem. De même, c'est d'une influence orientale que semblent inspirées les représentations d'animaux, paons, faisans, colombes, qui occupent les espaces ménagés sous la zone inférieure entre la courbe des arcades. On retrouve des motifs tout pareils dans la décoration de Saint-Georges de Salonique.
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Enfin, autour du médaillon central, sur un fond bleu d'une rare intensité lumineuse, une bande circulaire enferme les images des douzes apôtres. Vêtus de longues tuniques que recouvrent d'amples manteaux, portant des couronnes d'or sur leurs mains voilées, ils s'avancent majestueusement en deux files, Pierre et Paul à leur tète. .Mais le maître ne s'est point contenté de draper harmonieusement ses figures, selon les meilleures traditions du style antique ; à chacun de ses apôtres il adonné un type original, individuel, singulièrement réaliste et vivant. Ce sont des portraits qu'il a voulu faire et qui ne sont point sans analogie, par la sincérité de l'expression, avec ces peintures si curieuses récemment décou-
Résurrection de Lazare. (Sarcophage au Musée.)
vertes dans les nécropoles du Fayoum. La même recherche de la nouveauté lui a fait substituer à la monotonie des vêtements uniformément blancs l'alternance des tuniques claires ou sombres, correspondant à des manteaux teintés en jaune d'or ou en blanc. Et par tout cela les mosaïques de la coupole du baptistère offrent quelque chose d'assez particulier. Sans doute elles appartiennent à la même école qui a créé la décoration du mausolée. C'est la même prédilection pour les fonds bleus, la même science du coloris, plus riche au mausolée avec ses admirables touches de violet et d'orange, avec l'emploi de l'or qui y est fait, plus originale peut-être au baptistère, par la curieuse prédominance du jaune ; c'est la même beauté de l'ornementation, la même habileté à poser les figures, à dessiner les gestes et les draperies, où revit quelque chose de la tradition antique. -Mais tandis que le mausolée nous offre un ensemble d'une tenue parfaite, d'une harmonie incomparable, au baptistère la recherche de l'ori-
ginalité a produit quelques disparates. Ainsi que le coloris, les attitudes y sont moins heureuses, la connaissance de la forme humaine moins irréprochable. Malgré ces relatives faiblesses, l'œuvre, par les tendances qu'elle révèle, est singulièrement intéressante. Plus nettement encore qu'au mausolée, s'y manifeste l'évolution qui du symbolisme primitif conduit l'art
Le baptême du Christ. Mosaïque du Baptistère des orthodoxes.
chrétien vers des représentations plus réelles et plus historiques. Plus clairement encore qu'au mausolée, y apparaissent les influences orientales dont est profondément pénétré cet art chrétien du V siècle et dont on trouverait en d'autres œuvres de ce temps, par exemple dans les mosaïques du baptistère de Naples, des preuves non moins éclatantes. Mais en tout cas, mausolée et baptistère nous ont conservé les œuvres les plus remarquables, les plus parfaites de l'art chrétien de ce temps : et un seul fait suffirait à attester leur beauté, c'est de voir combien de fois, aux siècles postérieurs, à Rome, à Naples, à Ravenne même, on y a cherché, pour les copier, des modèles.
Tombeau de Théodoric.