Ravensnest
Mon onde Ro et moi, nous avion* voyagé ensemble en Orient, et dépi nous avions quitté la maison depuis cinq grandes années, lorsque nous atleigiumes Paris. Pendant dis-huit mois nous n'a* vions In, ni l'un ni l’autre, une ligne qui nous vint d’Amérique , lorsque nous traversâmes les barrières en revenant d'Egypte par Alger, Marseille et Lyon. Nous n’étions pas une senle fois, (tendant tout ce temps, revenus sur nos pas, de manière à recueillir les lettres qui nous attendaient, et toutes les précautions que nous avions prises pour en trouver cbex différents banquiers d’Italie, de Turquie et de Malte, furent absolument inutiles.
Mon oncle avait longtemps voyagé — je puis même dire longtemps résidé — en Europe ; car , âgé de cinquante-neuf ans, il n'en avait pas passé moins de vingt hors du continent américain. Célibataire , n’ayant rien autre chose à faire qu’à prendre soin d'une importante fortune territoriale, dont la valeur s'était rapidement accrue grâce aux étonnants développements de la ville de New-York;
depuis longtemps déjà bibitué sus voyages, il était bien naturel qu'il recherchât le séjour de ces paya où la vie lui paraissait plus agréable.
Hugh - Roger Litllepage était né en I7i6 ; c'éuit le second fils de mon grandpère Mordaunt Litllepage et d'Ursule Malbone, u femme. Mon propre père, Malbone Litllepage , était l’ainé de la famille, et il eût, du droit 1 de 1a naissance, hérité du domaine de Ravensnest s’il eût survécu à ses parents; mais il mourut jeune , et j'avais dix-huit ans lorsque j’entrai en possession du bien qui aurait dû lai revenir. Mon oncle Ro avait eu pour ta part Satanstoè et Lilacsbusn, deux maisons de campagne entourées de fermes , et qui , bien qu'elles ne pussent prétendre au nom imposant de domaines , étaient cependant destinées à acquérir à la longue une valeur bien aupérieure à celle des champs stériles qui avaient été attribués à titre de patrimoine su frère ainé. Mon grand-père était opulent, car il réunissait à la fortune des Lilüepages, concentrée dans ses mains, celle des Mordaunts, la famille la plus riche des deux, et quel-
Msrte Wamm.
«{ups legs considérable* provenant d'un certain colonel Dirck Folloek ou van Valkenburgh , qui choisit, quoique parent fort éloigné, les descendants d'Annekee Mordaunt , mon arrière - grand'nicre , pour en faire ses héritiers. Nous étions d'ailleurs tous a notre aise. Mrs tantes avaient reçu des legs importants, garantis par des obligations et des hypothèques sur un domaine nommé Mooseridge, auxuels il faut ajouter encore quelques lots de terre dans la ville. Enn ma s<eur M art ha possédait cinquante mille dollars bien comptés en argent. J'avais aussi dsns la ville quelques lots de terrain qui devenaient productifs, et une minorité spéciale de sept années avait permis d'amasser à mon profit un capital qui avait été heureusement converti en obligations sur l'Etat de New-York, et qui promettait de s'accroître. Je dis une minorité « spéciale, > car mon père et mon grand-père , en plaçant l'un ma propre personne et une partie de mes bitM , l'autre le reste de mon domaine sous U tutelle et la garde de mon oncle, avaient stipulé que je n'entrerais en possession de ma fortune qu'après avoir complété ma vingt-cinquitme année.
Je sortis du collège à vingt ans ; et mon oncle Ro — car nous l'appelions toujours ainsi, Martha ma saur, moi et une vingtaine de cousins, postérité de nos trois tantes — me proposa, quand je quittai les bancs, de compléter mon éducation par des voyages. Comme une semblable proposition ne pouvait être qu'agréable à un jeune homme, nous partimes précisément su moment où les alarmes produites par la crise de 181)6-7 venaient de se dissiper. Nos lots de terrain ne couraient plus aucun danger, et nos obligations sur l’Etat étaient en sûreté. En Amérique il faut prendre autant de peine pour conserver sa fortune que déployer d'activité pour l'acquénr.
M. Hugli-Hoger Littlepage, — et, soit dit en passant, je portais le même nom, quoiqu'on m'appelât toujours llugh, tandis que mon onde recevait parmi tes amis les noms divers de Roger, Ro, et Rodge , selon que l'intimité qui le* liait à lui avait le caractère de la tendresse, d'une douce familiarité ou d'une plus franche camaraderie, — M. llugh Utllepuge senior donc avait un système à lui pour faire tomber les-écatlles des yeux américains, afin de leur rendre la vue plus claire qu'on ne l'a d’ordinaire quand on ne sort pas de son pays, et de faire disparaître les taches de provincialisme qui ternissent le diamant républicain. Il avait, dis-je, assrx vu pour affirmer que si « notre pays » — comme ne manquent pas de l'appeler à tort et à travers tous ceui qui appartiennent à notre bienheureuse nation , et quelquefois aussi ceux qui ne lui appartiennent pas — peut dans beaucoup de cas servir d'exemple au vieux monde , il est également possible — remarques que je dis possible et pas davantage — que le vieux monde ait quelque chose k lui apprendre. Il était donc d'avis que, pour acquérir des connaissances dans l’ordre naturel , comme il convient, on doit commencer par l'alphabet, et s'élever progressivement jusqu’aux belles- lettres et aux mathématiques. La manière dont il voulait qu’on procédât mérite une explication.
Beaucoup de voyageurs américains abordent en Angleterre , le pays le plus avancé en civilisation matérielle; de là ils visitent l’Italie et quelquefois la Grèce, laissant de cêlé l'Allemagne et les contrées moins séduisantes du Nord , qu'ils réservent pour le 'terme de leurs pérégrinations. I.e système de mon oncle était de suivre l’ordre des temps, et de commencer par les anciens pour finir par les modernes. Il avouait cependant qu'en suivant cette règle , il enlevait au voyageur novice une grande partie de son plaisir; car un Américain, qui , nouvellement débarqué des campagne* plus nouvelles encore du continent occidental , pourrait trouver en Angleterre un grand charme dans les souvenirs du passé , les trouverait fades et insignifiants après avoir fait connaissance avec le temple de Neptune, |r Rarthénon ou ce qui en reste , et le Colisée. Je ne doute pas que je n’aie perdu en effet bien des jouissance* dans ce voyage en commençant par le commencement, c'est-à-dire par l'Italie, et en m'acheminant de I* vers le Nord.
Telle fut cependant la direction de notre voyage. Nous abordâmes k Livourne; pois, ayant visité la péninsule pendant toute une année, nous traversâmes l'Espagne pour nous rendre à Paris; nous continuâmes notre route par Moscou et la mer Baltique , et enfin nous atteignîmes l'Angleterre en passant par Hambourg. Lorsque nous eûmes jeté un coup d'œil sur les îles Britanniques , dont les antiquité* nous parurent monotone* et dépourvues d'intérêt après celles que nous venions d'admirer, nous retournâmes à Paris, où j'espérais prendre, si c'était possible , les façons du beau monde, et frotter les taches dont les habitudes provinciales avaient souillé le diamant américain au temps de son obscurité.
Mon oncle Ro raffolait de Paris, et il avait acquis dans le faubourg Saint Germain un hôtel dans lequel il s'était réservé un appartement richement meublé. Le reste de la maison était loué; pour lui, il habitait le premier étage et l'entre-sol. Il consentait, pas faveur spéciale , à céder à quelque famille américaine son propre appartement lorsqu'il s'absentait pour plus de six mois; il emptojait le produit de cette location à l’entretien de son amrublement, et de cctle enfilade de chambres, où l'on trouvait talon, salle à innnger, antichambrr, Cabinet, plusieurs chambres à coucher, et enfin un boudoir — oui , un boudoir masculin ! car il aimait à l'appeler ainsi — pour transformer en plaisirs ses ennuis mêmes.
A notre arrivée d'Angleterre, nous passâmes nne saison entière I j Paris, nous occupant pendant ce temps à frotter les taches du dia- { mant, lorsque mon oncle se mit tout à coup dans la tête que doux devions voir l’Orient. Il n'élait jamais allé lui-même plus loin que la ■' Grèce , et il lui prit fantaisie de me servir de guide dans cette excursion. Nous employâmes deux ans à visiter la Grèce, Constantinople , l'Asie - Mineure, la terre sainte , l'Arabie , la mer Rouge, l'Egypte jusqu'à la seconde cataracte, et presque toute la Barbarie. Nous pénétrâmes dan* ce dernier pays afin de voir quelque chose qui ; fût en dehors de la route battue; mais tant de chapeaut et de bonnets de voyage, au temps où nous vivons, s« sont mêlés aux turbans, qu'un chrétien bien élevé peut maintenant aller partout sans craindre qu’on crache sur lui. C'est là certainement un grand attrait pour les voyageurs , et surtout pour un voyageur américain, qui est plus ex- | posé cbet lui au danger de cette humiliation qu’il ne léserait à Alger. Mai* l'opinion fait tout en morale.
Nous étions donc depuis deux ans et demi absents de Paris, et nous n’avions durant dix-huit mois ni vu un journal, ni reçu une lettre d'Amérique, lorsque nous traversâmes les barrières. Les jour- : naux et les lettres que nous reçûmes, ou dont nous primes connaissance avant ce temps, ne contenaient rien qui fût d'un intérêt général. Nous savions que les • vingt millions* avaient repris faveur après la dépréciation que la crise financière leur avait fait un instant subir. Les banquiers avaient payé nos lettres de change avec confiance pendant notre absence, et sans leur faire supporter de charge* extraordinaires. L'oncle Ro, il est vrai, comme un voyageur expérimenté, ne s'aventurait que bien muni dans la route du crédit, — et c’élait [ là une précaution qui n'était pas vainc pour les Américains après les clameurs qui avaient été poussées contre nous dans tout l’ancien monde.
Et ici , pour m'expliquer franchement sur un point avant de passer outre, j’espère que dans toutes les observations qui tomberont de ma plume je me tiendrai aussi éloigné de cette façon de croire étroite, vauiieute et provinciale des Américains, qui iront jamais quitté les cotillons de leur mère , et qui gobent , bouche béante, toutes les niaiseries indiquée* au public par les journaux ou par les livres des voyageurs novices qui entreprennent leurs excursions avant d'avoir appris à connaître les usages sociaux et les caractères distinctifs de leur propres pays. J'espère, dis-je, que je resterai aussi éloigné de cette faiblesse que des sentiments criminels qui me porteraient à confondre les principes et à nier les faits pour diffamer le s de mon berceau et de mes ancêtres.
'ai vécu assez longtemps dans le « monde • et par lê monde , je n'entends pas quelque bourgade ignorée du Connecticut, le coia sud-est de la partie nord-ouest du Connecticut , pour ne pas avoir ajtpris que nous sommes encore en beaucoup de choses bien loin en arrière des nations nos aînées, pour la** pensée » aussi bien que pour l’action , tandis qu’au contraire, sur d'autres points, elles sont bien en arrière de nous. Je ne vois ancun patriotisme à cacher une vérité utile, et je serai moins que personne influencé par le détir de dissimuler de* vérités de cette nature . parce que je ne puis les faire connaître à mes concitoyens sans les faire connaître en même temps au reste du monde. Si l'Angleterre et la France se fussent conduites d’après ces principes misérables, que seraient devenus leurs Sbakspenre, leurs Sberidan, leurs Beaumont , leurs Fletcher et leurs Molière? Non, non ! les grandes vérités nationales ne doivent pas être t xitée* de lu même façon ijue les imaginations ridicules de quelques cummères de village. Celui qui lit ce que • j'ai écrit ■ doit donc s’attendre à y trouver ce que * je pense • sur les choses, et non tout à fait ce qu’il peut lui arriver de penser sur les mêmes sujets. Chacun est libre de contrôler mes opinions à l’aide des chicanes; maitf'je demande la permission de conserver aussi quelque liberté de conscience dan* un pays que partout l’on proclame comme la contrée la plus libre de la terre; et quand je dis * partout, • j’entends de Sainte-Croix au Rio-Grande, et du cap Cod à l’entrée de Saint-Juan-de-Fuca ; certes ! l'espace qui sépare ces deux limites est assex grand , et l’on peut, sans se faire accuser d’obscurité ni d’orgueil, l'appeler ■ partout. ■
Notre tournée était achevée malgré tous les obstacles, et nous rentrâmes enfin dans les murs du magnifique Paris. Nous donnâmes aux postillons l'ordre de nous conduire dans la rue Saint-Dominique; et nous étions depuis une heure sous notre toit, quand nous nous assîmes à table. Le locataire de mon oncle avait quitté l'appariement un mois auparavant, conformément aux conventions arrêtées entre eux, et le portier, aidé de sa femme, avait engagé un cuisinier, mis les appartements en ordre , et tout préparé pour notre arrivée.
— Il faut avouer, llugh, dit mou oncle «près avoir mangé la soupe, qu'on peut vivre très-confortablement à Paris quand on j»ossède le savoit^oiüM; et pourtant j’ai un extrême désir de goûter l’air natal. Ou peut dire et penser ce qu’on veut des plaisirs de Paris, de la cuisme de Paris, et de toutes les choses de cette espèce ; mais la maison e«t la maison, si grossière qu'elle soit. Une dinde aux truffes est un manger de premier ordre, mais un dindon à la sauce aux mûres sauvages est bien bon aussi.
— Je vout ai toujours dit, monsieur, que l'Amérique est un pays
précieux pour manger et boire, bien qu'elle toit aussi peu avancée que possible en civilisation à d’autres égards.
• — Précieux pour manger et boire, Hugh, si vous pouvez vous debarrasser de la graisse , d'abord... et trouver un vrai cuisinier ensuite. Il y a autant de différence, par eiemple , entre la cuisine de la Nouvelle-Angleterre et celle des Etats du centre , excepté les Etats bollandais, qu'entre celle d’Angleterre et celle d'Allemagne. La cuisine des Etats du centre est anglaise dans le meilleur sens du mot ; on y trouve les mets substantiels et savoureux que les Anglais préfèrent dans la vie domestique : leurs roastbeefs incuits, leurs beefsteack» faits en un tour de main , leurs tranches de viande ancculentes, leur bouillon de mouton, leurs gigots de mouton, et id Offlne gémis. Nous avons suati quelques plats excellents : la tête de mouton, les rouges-gorges, l’alose et quelques antres poissons. Par saint Georges, Hugh ! une bonne soupe aux pommes de terre serait bien agréable dms ce moment-ci, heim?
La soupe aux clams (c'est le nom populaire d’un coquillage bivalve), bien faite, monsieur, est une des plus délicieuses soupes du monde. Si les cuisiniers de Paris pouvaient apprendre à l’accommoder, cela les mettrait en vogue pour toute une saison : pourvu qu’ils y missent des clams doux.
— Au diable les clsms doux t
— Voilà les beaux clams, aussi blancs que 1a neige; c’est à Rockaway qu'on trouve ce* bons clams.
— Les cris de New-York passent de mode comme tout ce qui cbex nous a plus de vingt ans. Vous parlerai-je un peu de cet éternel poulet à la marengo? Je voudrais que ce fût une honnête poule bouillie à l'américaine avec une bonne tranche de marcassin tout autour ; puis, simplement, le pot-au-feu ce soir, mon cher Hugh.
— C’est bien naturel , mon cher oncle Ro , et je mérite moi- même cet honnête reproche ; n’avons-nous pas été tous deux absents de notre pays pendant cinq années, et n'avons-nous pas passé presque la moitié du temps sans en entendre parler ? Nous savons que Jacob — c'était un nègre libre qui servait mon oncle, vénérable relique de l'ancienne organisation domestique des colonies, et qui trente ans plus tût se serait nommé Jaaf ou Jop, — nous savons que Jacob est allé cbes nos banquiers pour prendre nos journaux et nos lettres, et il est bien naturel que nous nous transportions par la pensée de l'autre côté de l’Atlantique ; mais j’ose dire que nous serons tous deux bien soulagés demain matin à déjeuner lorsque nous aurods la chacun nos dépêchés.
-—Voyons, Hugh, buvons ensemble un verre de vin à la bonne vieille Mnde de New-York. Votre père et moi quand nous étions jeunes , nous n'aurions jamais mouillé nos lèvres au demi-verre de madère qui formait notre portion sans nous dire t ■ A votre santé, Mail ! à votre santé, R exige ! • *
— De tout mon cœur, oncle Ro : cette contume commençait à être un peu oubliée avant que je quittasse 1a maison ; mais c'est encore à peu près une coutume américaine, car nous en avons conservé la tradition plus longtemps que les autres peuples.
— Henri !
Henri était le maître d'hôtel de mon oncle , qui avait continué de loi payer ses gages, pendant notre absence, afin de pouvoir compter sur ses habiles et honnêtes services.
— Monsieur.
— J'ose dire, — mon onde parlait remarquablement bien le français pour un étranger, mais il est plus à propos de traduire ses paroles; — J’ose dire que ce verre de vin de Bourgogne est excellent ; il s une mine charmante , et il nous vient d'un marchand de vin auquel on peut se fier. Mais, monsieur Hugh et moi, nous allons boire à l'américaine, et j'espère que voua nous donnerez un verre de madère, yuoiqne notre dîner soit bien avancé.
— Très-volontiers, messieurs ; je serai toujours heureux de vous abliger.
L'oncle Ro et moi nous primes le madère ensemble ; mais je ne 'puis pas faire un grand éloge de ses qualités.
— Que c’est une bonne chose qu’une pomme de reinette de Newtown ! s'écria mon oncle «près avoir mangé quelque temps en silence ; il» font grand bruit ici, à Paris, de leurs poires de, beurré; à mon goût, elles ne sont pas comparables aux poires de Newtown que nous récoltons à Satanatoë : oh, pour le dire en passant, le fruit est, je crois , bien meilleur que de l'autre côté de la rivière , à Newtown même.
— Ce sont des pommes excellentes, monsieur , et votre verger de Salanstoê est un des meilleurs que je connaisse. Je dis votre verger, c’est plutôt ce qui en reste; car j'imagine qu'un faubourg de Dibbletonborough occupe maintenant l'emplacement d'une partie de vos arbres.
— Oui, au diable rendrait !... Je voudrais n'avoir pas un pouce de terrain... quoique j’aie gagné plus d’argent à le vendre; mais l'argent ne remplace pas les affections.
— Plus d'argent, mon cher monsieur? puis-je vous demander à ' combien on estimait SaUnstoé lorsque vous en avex hérité de mon grand-père?
— A un joli prix, Hugh; car c’était, et certes c’est encore une
ferme de premier ordre : en y comprenant les joncs et les prés salés, vous vous rappelez que cela fumait bien cinq cents acres.
— Dont vous avez hérité en 1829 ?
— En effet, c'est l'année de la mort de mon père. Ce domaine fut alors évalué à environ trente mille dollars ; mais la terre ne valait pas à Westchester, en 1829, ce qu'elle vaut aujourd'hui.
— Et vous avex vendu deux cents acres, comprenant la pointe, le port et une grande partie des joncs, au prix très-modéré de cent dix mille dollars argent comptant, marché passable, sur ma foi, monsieur.
— Non, non ; pas argent comptant. Je n’en ai reçu que quatre-vingt mille comptant, et les trente mille autres ont été garantis par une hypothèque.
— Hypothèse que vous conservez encore, j’imagine, si l’on dit la vérité , et qui embrasse toute la ville de Dibbletonborough. Une ville forme un gage très-suffisant pour une somme de trente mille dollars!
— Ce n’est point ici le cas , cependant. Les spéculateurs qui ont acheté de moi, en 1835, disposèrent les alignements de leur ville, bâtirent un hôtel , un port , un marché , puis mirent les terrains aux enchères. Ut vendirent quatre cents lots, de vingt-cinq pieds sur cent, à un prix moyen de deux cent cinquante dollars, à la condition de recevoir la moitié du prix comptant , et de prendre hypothèque pour le reste. Bientôt après, la crise éclata, et le meilleur lot à Dibbletonborough ne vaudrait pas vingt dollars. L'hôtel et le marché se tiennent solitairement dans leur gloire , et t’y tiendront ainsi jusqu'à ce qu'ils tombent en ruines ; ce qui, j’imagine, n’arrivera pas de mille ans d’ici.
— Et dans quel état est la ville projetée?
— Dans un assez mauvais état. Les limites des lots disparaissent , et on dépenserait la valeur de sa propriété à payer un architecte pour retrouver ses vingt-cinq pieds sur cent.
— Mais votre hypothèque est excellente.
— Hélas! bonne en un sens; mais un avocat de Philadelphie serait embarrassé d'en tirer parti. Les créances dont cette ville en projet est le gage suffiraient pour l'absorber tout entière. J’ai ordonne à mon agent de commencer par acheter tous ces droits. C'est le plus court moyen d’en finir. El il me dit dans sa dernière lettre qu’il a réussi à acquérir let titres de trois cent dix- sept lots au prix moyen de dix dollars. Le reste, je suppose, finira par être absorbé.
— Absorbé ! C’est là un procédé dont je n’ai jamais entendu parler en matière de terrains.
— Le cas se présente souvent pourtant en Amérique. Il consiste tout simplement à réunir à son propre bien les terres adjacentes sur lesquelles il ne s’élève pas de réclamations. Que puis-je faire ? On ne trouvera pas de propriétaires , et alors mon hypothèque est toujours un titre. Une possession hypothécaire de vingt années équivaut à une pleine propriété parfaitement garantie contre les mineurs et les femmes mariées.
— Et avex -vous tiré meilleur parti de Lilacsbush ?
— Ah 1 c'était là une affaire très-simple , et qui n'a souffert aucune dépréciation. Lilacsbush étant dans l’ile de Manhattan, on peut tenir pour certain qu'il y aura là une ville un jour ou l’autre. Il est bien vrai que la propriété est à huit milles de l’hôtel de ville. Pourtant elle a sa valeur, et pourra toujours être vendue avantageusement. Maintenant le plan de New-York est fait et arrêté, et l'on n’a pas de peine à trouver ses lots Personne ne peut affirmer que la ville ne s'étendra pas jusqu'à Kiogtbridge.
— Vous en avez obtenu, à ce qu'on dit, une somme assez ronde ?
— J’en ai trouvé trois cent vingt -cinq mille dollars argent comptant. Je n'ai pas voulu faire crédit; et j'ai converti cette somme en bonnes obligations des Etats de New-York et de l'Ohio, qui rapportent sis pour cent.
— C’est un placement que quelques personnes de ce côté-ci do l’Océan trouveraient peu assuré.
— Ce sont des fous. L'Amérique est un glorieux pays, après tout, Hugh, et l’on est fier et heureux de lui appartenir. Considérez-la : si je me rappelle bien , c’est une nation dédaignée par toute la chrétienté.
— Vous devez au moins avouer, mon cher monsieur , ajoutai-je ' peut-être avec un peu de vanité, que l'exemple peut tenter un autre peuple; car s’il y a eu jamais une nation qui prît plaisir à se diffamer elle-même, c’est certainement celle qui habite notre bien-aimé
— C'est vrai f Elle a à l’excès cette mauvaise habitude, qui s’accroît tous les jours au lieu de diminuer, parce que l'influence des hommes bien élevés et plus instruits s’affaiblit. Mais c’est là une tache sur le soleil, une simple tsebe dans le diamant, et il suffira de le frotter un peu pour l’enlever. Mais, en réalité , quel pays ! quel glorieux pays 1 Vous avex parcouru à peu près toutes les parties civilisées de l’ancien monde , mon cher garçon , et vous avez pu vous convaincre par vous-même de la supériorité de notre patrie.
— Je me rappelle que vous avex toujours parié ainsi , oncle Ro ; et cependant vous avez passé la moitié de votre vie hors de ce glorieux pays depuis que vous avex atteint l'âge d'homme.
n AVBNSNEST.
— Affaire «le hasard el »!e gofit. Je ne dis pas qne l'Amérique soit un pays où un garçon puisse convenablement faire son entrée dans le monde. Les hommes oui n’ont pas de famille y trouvent trop difficilement les plaisirs qu’ils recherchent. Je ne prétends pas non plus qu’en Amérique la société, en prenant ce mot dans son sens ordinaire, soit aussi bien ordonnée et aussi agréable, aussi instructive et aussi utile , ait un goût aussi délicat et des façons aussi distinguées, que la société de presque tous les pays de l’Europe que je connais. Je n’ai jamais pensé que l'homme de loisir pût prendre chez nous , en eiceptant ce qui touche aui affections du coeur, la moitié des plaisirs qu'il trouvera dans celte partie-ci du monde ; et je suis prêt à admettre que, intellectuellement parlant, dans une grande ca- i pitale de l'Kiiropr beaucoup d'hommes du monde vivent autant dans un jour qu'ils le («raient en une semaine dans des villes telles que New- York, Philadelphie ou Baltimore.
— Vous n’y counprenct pas Boston, à ce que je vois, monsieur?
— De Boston je ne dis rien. Les gens de Boston ont le caractère difficile ; nous ferons mieux de ne pas nous en occuper. Si donc on parle d'un homme ou d'une femme de loisir, d’un homme ou d'une femme d'un goût délicat , d'un homme ou d’une femme dont les ■ habitudes en général sont raffinées, je suis assez disposé h admettre ■ que , caleris paribus , ils trouveront plus de jouissances en Europe ! qu’en Amérique ; mais le philosophe, le philanthrope, l’économiste, en un mot le patriote , peut «'enorgueillir de trouver chez nous plus d'éléments sérieux de supériorité nationale el profonde qu'il n'en trouverait en Europe.
— J'espère que ers éléments ne sont pas si profonds , oncle Ro , qu'ils ne puissent être déterrés au besoin i
— Il ne sera pas difficile de le faire , mon garçon. Considère d'abord l’égalité des lois. Elles sont conformes au 1 principes de la justice naturelle, et sont conçue* h l’avantage de la société tout entière... du pauvre comme du riche.
— Et sont-elles aussi conçues h l'avantage du riche comme «lu pauvre ?
— Soit. Je vous accorde qu'on commence à voir poindre des abus à cet egard. C'est une faiblesse naturelle à l'humanité, et nous ne pouvons prétendre à la perfection. 11 y a certainement parmi nous une légère disposition à faire les lois dans l'intérêt du plus grand nombre, afin d'obtenir la majorité dans les élections. Et c’est cette disposition qui a peut-être rendu les rapporta du créancier et du débiteur aussi peu surs que possible. Mais un peu de prudence suffira pour en conjurer le danger. C’est, après tout, s'égarer dans une voie d’ailleurs excellente, n'est* il pas vrai, que de favoriser le pauvre aux dépens du riche, quand on est obligé de choisir?
— La justice ne doit favoriser ni l’un ni l’antre , mais les traiter avec impartialité. J'ai toujours entendu dire que la tyrannie de la foule était la pire de toutes.
Peut-être bien , quand il y a en effet tyrannie; et cela pour une raison bien simple : un tyran est plus tôt satisfait qu'un million de tyrans , et conserve toujours un sentiment plus vif de sa responsabilité, Je comprends aisément que le ctar lui-même , s’il a des dispositions à devenir un tyran... (et je sais loin de le penser en ce qui concerne Nicolas)... hésiterait à faire, sous sa propre responsabilité , ce qu’une de nos majorités ferait sans se rendre compte de l'oppression qu’elle exerce , ou sans en prendre aucun souci. Mais , après tout, ces actes de tyrannie sont rares , ou du moins ils ne sont pas assez multipliés pour faire oublier les immenses avantages du système.
— J’ai entendu des hommes de beaucoup de sens prétendre que le symptôme le plusfâcbeui des vices de notre système est l'abaissement graduel de la justice parmi nous, l.es juges ont perdu la plus grande partie de leur inûuence , et les jurés s'arrogent peu à peu le pouvoir de faire et de renverser les lois.
— Il J a beaucoup de vérité dans cette opinion , je le reconnais volontiers. Et vous entendes tous les jour* demander, quand il s'agit d'une affaire de quelque importance , non pas quelle cause a la justice pour elle, mais quel plaideur a pour lui le jury. Encore une fois, je ne vise pas à la perfection. Tout ce que je veux dire, c'est que ce paysest un glorieux pats ; c'est que nous avons quelque motif de nous féliciter que le vieux liugh-Roger, notre prédécesseur, et celui dont i nous portons le nom, ait jagé à propos de s’y transplanter, il y a un siècle et demi.
— Je suis persuadé, oncle Ro, que beaucoup d’Européens seraient | fort étonnés de trouver un homme fier d'être né Américain, et habi- | tant de Manhattan, comme vous et moi.
— Tout cela peut être vrai. On a fait bien des efforts dans ces derniers temps pour nous discréditer en exploitant la faute de cer- I tains Etats qui n'ont pas payé les intérêts de leurs dettes. Mais il est facile de répondre à ccs reproches, surtout pour vous et moi, qni sommes de New-York. Il n'y a pas une nation en Europe qui payât l'intérêt de sa dette si ceux qui sont taxés pour le faire avaient le i droit de contrôler ces taxes et le pouvoir de se prononcer sur leur perception.
— Je ne comprends pas comment cette réponse pourrait nous justifier. Ces pays nous reprochent précisément que tels sont les effets
de notre système, tandis que nous «o mm es trop honnêtes pour prétendre qu’un tel système soit pratique dans l'ancien monde.
— Fi donc! niaiserie que tout cela. Ils combattent notre système pour des raisons bien différentes, et ils tiennent à payer leurs «telles |>arce qu’ils veulent emprunter encore. Cette affaire du refus de paremeut, comme on l'appelle, a été méchamment présentée sous un très-faux jour, et l'on ne peut j«as argumenter contre un mensonge. Aucun Etat américain n'a renié sa dette , que je tache, quoique quelques-uns »e soient trouvés dans l'impossibilité de remplir leurs engagements quand le terme en est arrivé.
— Dons I* impossibilité, oncle Ro!
— Oui , dans l’itnfmûbilili , c’est le mot exact. Prenei pour exemple la Pensylvanie. C'est une des communautés les plus riches du monde civilisé; son charbon et son fer suffiraient seuls a rendre un pays opulcut, et une portion de sa population agricole est une des plu* prospères que je connaisse; et néanmoins la Peusylvanie, par Ja fatalité des circonstances, n’a pin pu payer l'intérêt de sa dette pendant deux ans et demi, quoiqu'elle s’eu acquitte maintenant et continuera sans aucun doute de s’en acquitter. La chute soudaine de celte colossale institution financière, la soi-disanl banque de» Etats- I nis, lorsqu’elle a cessé d’être en réalité une banque du gouvernement , a amené une telle perturbation, dans la circulation qu’elle a rendu le service désintérêts — par aucun des moyen» ordinaires connus du gouvcrnement-cxactement impossible. Je wüs ce que je dis, et je répète impossible. Personne n’ignore que beaucoup de gens habitués à l'opulence ont été obligés de porter leur vaisselle à la monnaie pour l’échanger contre l’argent nécessaire à leurs besoins. On peut donc faire retomber la faute sur nos institutions sans déshonorer un peuple honnête. Nos institutions sont démocratiques comme celles de la France sont monarchiques; et le peuple, ceux qui étaient sur les lieux, le créancier national avec son arriéré, ses amis et ses parents dans le congrès, tout prêts à lui venir en aide, prétendait recevoir l’argent qui lui était du avant qu’aucune somme eût été envoyée au dehors.
— Etait-ce parfaitement juste, monsieur?
— Certainement non. C'était parfaitement injuste; mais c'était parfaitement naturel. Pensez- vous que le roi de France ne toucherait pas l'argent de sa liste civile, et que les ministres renonceraient à leur traitement, si les circonstances obligeaient le pays a suspendre pendant un an ou deux le payement de 1a rente? Sur ma parole , il n'y en a pas un qui ne préférât sa propre créance, et qui n'agit eu conséquence. Chacun de ces Etats a suspendu scs payements d’une manière ou d’une autre, et dans beaucoup de cas, fait la balance de son compte avec une éponge. Leurs criaillcries contre nous sont certainement calculées pour produire un résultat politique.
— Enfin, j’aurais souhaité que la Pensylvanie, par exemple, eut continué de payer à tout hasard.
— C'est très bien de souhaiter, Hugb ; mais c'est souhaiter une impossibilité. D'ailleurs, vous et moi, en notre qualité de citoyens de New-York, noos n'avons rien à voir dans la dette de la Pensylvanie,
s plus que Londres n’a a sc mêler de la dette de Dublin ou de Qué-
c. Sous avons toujours payé fuis rentes, et ce qui vaut mieux, nous les avons payées plus honorablement, puisqu'il s’agit d'honnêteté, que jamais l’Angleterre elle-même n'a payé les siennes. Lorsque fuis banques suspendirent leurs opérations, l’Etat solda scs intérêts avec du papier que l'on pouvait convertir en argent à bureau ouvert, tandis que l’Angleterre a donné un cours forcé à ses billets, et à l'aide de ce papier, a payé l’intérêt de sa dette pendant quelque chose comme vingt-cinq ans, et cela même lorsqu’il subissait une baisse considérable. Je tiens ce fait d'un Américain qui avait engagé dans la dette anglaise près d’un million, dont il a été obligé de recevoir pendant une longue suite d'années l'intérêt en papier non échangeable contre de l'argent. Non, non, Hugh, tout cela ne signifie rien, el ne saurait nous rendre inférieurs à nos voisins. L'égalité de uos lois, voilé le fait capital dont je me glorifie.
— Oui, sans doute, oncle Ho, si le riche y trouve d'aussi belles chances que le pauvre.
— C’est là un rouage vicieux , je le confesse ; mais il n’a pas grande importance.
— Et la dernière loi sur les banqueroutes?
— Oh! ç’a été une faute ridicule, je le reconnaîtrai aussi volontiers. C’était une législation spéciale établie pour payer des dettes déterminées, et la loi a été abrogée aussitôt que le but qu'on sc proposait a été atteint. C’est dans notre histoire une tache bien plus regrettable que l'opération appelée refus de payement, bien que des hommes parfaitement honnêtes aient voté pour cette loi.
— Avez-vous jamais entendu parler d'une farce qu’on a montée à New-York à ce propos à l’époque de notre départ?
— Jamais, Ilugh. Qu’était-ce donc? Les pièces américaines sont, du restr, presque toute» des farces. Cependant racontez-moi celle-ci.
— Elle n'était pas vulgaire, je vous assure, et surtout elle n’était pas mauvaise. C'est l'histoire de Faust, dans laquelle un jeune prodigue se vend lui-même au diable corps et âme. On sait comme il est occupé à faire joyeuse vie avec une bande de compagnons étourdis. Son créancier arrive; il insiste pour voir le maître, il est intro-
RA\ ENSNEST.
duil, il «‘avance; tes pieds sont fourchus, son front encorné comme de coutume; il porte aussi une queue, je présume; mais Tom n’est pis homme à se laisser effrayer pour si peu. Le jeune homme invite son hôte à s’asseoir, lui offre un verre de vin , et prie I>ick d’achever sa chanson. Mais, bien que les gais compagnons n'eussent pas signé d’engagements avec Satan , ils avaient certains comptes arriérés dont la pensée les mettait tout à fait mal It l’aise; et comme l'odeur du souffre devenait plus forte, Tom se lève, s’approche de son hôte, et lui témoigne te désir de connaître la nature de l'affaire qui l’avait amené. — Ce billet, monsieur, dit Satan d’un air significatif. — Ce billet ? Que signifie, je vous prie?... Il paraît parfaitement régulier. — N'est-ce pas là votre signature ? — J’en conviens. — Ecrite de votre sang? — Oui, une idée à vous. Je vous ai dit dans le temps que l’encre suffisait pour vous mettre en règle. — La dette est échue depuis sept minutes et quatorze secondes. — C'est vrai, je l’avoue; mais qu’en résulte-t-il? — Je demande le payement. — C’est absurde! Personne ne pense à payer en ce moment. Voyez plutôt; la Pensylvanie et le Maryland eux-mêmes ne nayent pas. — J'insiste pour être payé. — Ob ! vous insistez! vous insistez! Tom alors tire un papier de sa poche, et ajoute d’un ton solennel : — Eh bien ! puisque vous êtes si pressant, voici la nouvelle loi sur les banqueroutes signée Smith Thompson. Elle me tient lieu de quittance. Qui fut bien attrapé? ce fut le diable.
Mon oncle éclata de rire au récit de mon histoire; mais au lieu d’en tirer la conclusion qui m’avait semblé naturelle, il en prit de notre pays une opinion plus avantageuse que jamais.
— Éb bien! Ilugh, vous avouerez qu’on a de l’esprit chez noqs, s'écria-t-il en pleurant de joie, si nous avons quelques lois d’une honnêteté suspecte, et quelques coquins pour les appliquer. Mais voici Jacob qui vient avec ses lettres et ses journaux. J'espère que le gaillard en a un plein panier.
Jacob, un respectable nègre, arrière-petit-fils d'un noir nommé Jaaf ou Yap, qui habitait mon domaine de Kavenanest, venait, en effet, d’entrer dans ce moment. Il traînait, aidé du portier, le panier en question, qui contenait quelques centaines de journaux, et plus de cent lettres. A eette vue, il nous sembla que le foyer domestique et l'Amérique tout entière surgissaient tout h coup devant nous. Et comme nous avions à peu près achevé notre dessert, nous nous mimes à examiner ces paquets. Ce n’était pas une petite affaire de choisir chacun notre courrier entre tant de lettres et de papiers.
— Voici des journaux que je n’ai pas encore vus, dit mon oncle en se tournant vers le panier. U Gardien du territoire, cela doit avoir quelque rapport avec l'Oregon.
— Vous avez probablement raison, monsieur. Voici au moins une douzaine de lettres de ma soeur.
— Ah ! votre saur n'est point mariée, et peut encore penser à son frère. Mais les miennes sont en ménage, et une lettre par an serait pour elles une grande affaire. Je reconnais pourtant l’écriture Je ma chère vieille mère; c’est quelque chose. Ursule Malbone n’oub lierait pas son enfant. Allons, bonsoir, Hugh , chacun de nous a de ■*uoi passer toute sa soirée.
— Au revoir, monsieur. A demain matin à dix heures. No r » pourrons comparer nos nouvelles et bavarder tout à notre aise.