CHAPITRE XXIX
Dn profond silence succéda k mon récit , qui, comme je viens de le dire, avait produit un certain effet. Les paquets de calicot se dirent entre eux quelques paroles à voix basse pendant une minute ou deux, puis ils se tinrent tranquilles, et parurent svoir abandonné au moins pour le mobient tout projet de nous inquiéter. Je pensai que c'était le moment de retourner k ma place, et je me décidai à laisser ■lier les chose*. Ce silence et cette tranquillité nouvelle reportèrent notre atteuliou vers les Indiens et vers l'objet de leur visite. Chacun se livra tout entier k cette nouvelle scène , comme si aucun événement ne nous avait interrompus. Mille-Langues, pour que le calrue ■e maintint , invita les Indgiens, d’un ton d'autorité, à ne pas interrompre les chefs dans l'accomplissement de cérémonies qui avaient en quelque sorte un caractère de sainteté religieuse, et qu’on n’aurait pas pu avec impunité troubler trop audacieusement.
— Tant que vous resterez tranquilles, ajouta-t-il, me* guerriers ne vous feront aucun mal. Mais si un seul parmi vous a jamais habité les Prairies, il doit connaître assez le caractère de i'borame rouge; que quand U ne plaisante pas, il ne plaisante pas. Des hommes qui ont entrepris un voyage de trois mille milles ne ^e détournent pas pour des bagatelles, et cela vous proave que c'est quelque chose de ■éricui qui a amené ici ces chefs.
Cette allocution produisit son effet, et toute la bande garda sa position, et observa avec tranquillité et même avec intérêt ce qui allait ■e passer , sauf une interruption dont U sera parlé en ion temps.
Mille-Langues, qui s’était placé vers le centre du portique ponr non* traduire les paroles des Indiens, avertit les chefs qu'ils pouvaient maintenant poursuivre en paix leur conférence. Après un certain moment de tilcve , le jeune guerrier, qui a'était d’abord adressé k Jaaf, se leva de nouveau, et avec un raffinement de politesse que l'on chercherait en vain chez la plupart des coq** délibérants des peuples civilisés, fit observer que le nègre n'avait pas fini son discours et pouvait avoir encore quelques pensées à communiquer k son auditoire. Tout ceci fut dit simplement, mais clairement, et fut expliqué au nègre par Mille-Langues, qui t'assura que pas un des chefs ne consentirait k dire un mot avant que la personne qui était • sur ses jambes > eût trouvé l’occasion d’achever son allocution. Cette extrême réserve caractérise bien la conduite de ces hommes que nous appelons sauvages , de ce» hommes qui ont leurs coutumes farouches et même cruelles un; aucun doute, mais qui possèdent au milieu de tout cela de* qualités excellentes qui paraissent être fort rares dans les Etats civilisés.
Ce fut avec la plut grande peine que nous parvînmes k persuader au vieux Jaaf de se lever de nouveau. C’était en effet un grognon de première force, mais ce n'était rien moins qu’un orateur. Ce fut encore ma chère Patt qui fut chargée de cette négociation, et elle obtint enfin qu’il terminerait son discours.
— (Qu'est ça vouloi* drôlr-lk dans paquets calicot, même comme squaw? murmura Jaaf aussitôt qu'il fut sur ses jambes, regardant avec attention les Indgiens placés sur quatre rangs près du portique. Pou’» quoi vous laissé li vioi maîl'e llugb, muit'e liodge. mait’e tlalbuiie, mait’e Mordaunt, qui devons ici moi pas save, li être tant ! tant ! et si difficile fa même, sc souvint de tant? Ob' moi vieux, oui; moi curieux de savoi' quand jour à moi va vini. Sus là aussi, li bon à rien di tout. Autrefois, li g’and marcheur, li g'and guerrier, li ff’and chasseur, li bon camarade pou' un Peau Rouge; mais li fatigué tout à fait. Ça pas bien nécessaire li viv'e plus longtemps. Indien bon à rien quand li pas pouvoi' chasser. (Quelquefois li faire punies ct balais, mais meilleurs balais à la mode maintenant même, et Indiens plus avoi* besogne -Ik. Oh ! qu'é ça demandé ? diable de calicot là même ! Eh ! miss Palty ?... Peaux Rouges là aussi , deux, l'ois, quat’e, li tous vini pou' voi’ Sus, Moi pas save pourquoi nègues pas vini voi’ moi; vieux noir aussi bon vieux rouge. Où drôle*-là avoi' gagné calicot pou' placer su’ tête k eux ? Mait’e llodge, qué ça signihe 7
— Ce sont des antireotiers, répondit froidement mon oncle, des
f ens qui yeulent devenir propriétaires des fermes de votre mailre Ingh, et le débarrasser désormais du soin de recevoir ses fermages. Ils couvrent leur» visages sans doute pour cacher leur honte.
La réponse de mou oncle irrita beaucoup les Indgiens, qui semblèrent avoir de ia peine k se contenir. Nous lm reprochâmes l’imprudence qu’il avait commise d'employer l’ironie dans une semblable circonstance; mais, après tout, je tse sois pas sûr que Cette apostrophe n'ait pas produit un bon résultat. Soit prudence, soit crainte ou tout autre motif, la colère de la bande s’apaisa , et ils ne jugèrent pas à propos d'interrompre. Four Jaaf, il est probable qu’il ne comprit pas exactement le sens des paroles de mon oncle , mais il en comprit au moins une partie.
— Qui ça vous demandé ici, drôles ? reprit Jaaf d'ane voix rude , et du ton dont une femme grondeuse querellerait un enfant importun. Allé à maison k vous! vous parti! Ah ! moi divini si vieux! moi heureux si moi été encore comme quand moi jeune pou’ chassé vous ! Que ça voulex faire avec terre k rnait'e Hugb ? Pou’quoi voua pensé k prendé propriété à gentleman, eh? Vous pat aouvini temps où père à vous vini suppliant et mendiant k mait'e Mordy, pou* demandé li piiite ferme ; a*aex pour voua viv’e, et être trenancié k li, et travaille pourjiourri famille même. Et maintenant vous vini avec blouse de calicot pou’ dire a mait'e Hugb li pas mait’e k terre k li ! Qui vous? moi vouloir save, pour parlé à gentlemen même de façonià même, oui? Vous allé k maison a vous, voua parti, ou vous entendre paroles pas bonne’ k vous.
Il était temps alors pour les Indiens d'aborder le principal objet de leur visite k Raven su est, et Feu-de- la-Prairie SC leva lentement pour parler.
— Père , dit-il d'une voix solennelle et avec dea gestes énergiques et ciprmifi, mais rares et graves, les esprits de vos enfants «ont grossiers; ils ont voyagé dans un sentier long et couvert d'épines, avec des mocassins utri, et les pied» écorchés par les ronces, tnaia leurs esprits étaient légers. Us espéraient contempler la face du Loyal Onoodago lorsqu’ils atteindraient l'extrémité du sentier. Ils ont atteint l’extrémité du sentier, et ils ont vu celui qu’ils voulaient voir. Son aspect a répondu k leur attente. Il est comme un chêne que l'éclair peut embraser, que la neige peut couvrir de mousse , mais que mille tempêtes et cent hivers ue peuvent dépouiller de ses feuilles. Il ressemble au plus vieui chêne de la forêt; il est trèsgrand ; il est agréable k voir, lorsque nous le voyons , nous voyons uu chef qui a connu les pères de nos pères et les père» de leurs pères. Il y a bien longtemps de cela. Il e»i une tradition vivante, et connaît toutes choses. Il n’y a qu’une chose en lui qui ne devrait pas être. Il était né homme rouge, mais il a vécu »t longtemps avec les Visages Piles, qui lorsqu’il in retrouver le* Terre* de
Chasse Bienheureuses , nous craignons que les bons Esprits ne le prennent pour un Visage Pile, et ne lui indiquent le faut senlicr. Ai un tel malheur arrivait, les hommes rouges perdraient pour toujours le Loyal (Jnondago. Cela ne peut pas être. Mon père ne veut pas que cela soit. Il aura une peiutfe meilleure. Il retouruera au milieu de acs enfants, et laissera sa sagesse et scs conseils parmi les hommes de sa propre couleur. Voilà ce qne je lui demande.
Il y a un long sentier maintenant pour régner les wigwams des hommes rouges; U n'en était pas de même autrefois, mais le sentier s’est allongé. C'est un sentier bien long. Noi jeunes hommes le parcourent souvent pour visiter les tombes de leurs pères, et ils savent combien il est long. Ma langue n’est pas tortueuse, mais elle est droite ; elle ne chantera pas une chanson menteuse, elle dit à mon I -n la vérité. Le sentier est bien long. Mais les Visages Pâles sont admirables ! que n’ont-ils pas fait! que ne feront-ils pas encore! Ils ont fait des traîneaux et des pirogues aussi vîtes que les oiseaux. Le daim ne pourrait pas les atteindre. Ils ont des ailes de feu qui ne se lassent jamais. Ils vont quand les hommes dorment. Le sentier est long, mais on l'a bientôt franchi avec de telles ailes. Mon père peut faire ce voyage sans penser à la fatigue; qu’il l'essaie. Sou ils en prendra un soin attentif. Oncle Sam lui donnera du gibier, et il ne manquera de rien. El puis lorsqu'il partira pour les Terres de Chasse Bienheureuses, il ne se trompera pas de sentier, et vivra avec les hommes rouges pour toujours.
Un silence long et religieux succéda à ce discours, qui fut débité avec noblesse et avec énergie. Je pus voir que Susquesus était touché de cette requête et de l'hommage rendu à son caractère. Il ne voyait |<as sans émotion que des tribus hôtes des Prairies , et dont il n'avait jamais entendu parler, pas même dans les traditions de sa jeunesse , vouaient de si loin pour rendre justice à la noblesse de sa vie , et pour le prier de revenir au milieu d'eux et d'y mourir. Il devait savoir, il est vrai , que les débris des vieilles tribus de New-Yoïk avaient pour la plupart dirigé leurs pas vers ces régions lointaines; néanmoins il ne pouvait apprendre sans un secret plaisir qu'elles avaient réussi par leur» récits à produire en sa faveur une impression aussi profonde. Hiro des hommes de son âge seraient restés insensibles à des émotions de ce genre. Cela eût été vrai, par exemple, dans une certaine limite pourJaaf, mais cela n'élalt pas vrai pour l'Onondago. Il l’avait déjà dit dans la première entrevue, son imagination se reportait tous les jours davantage vers les scènes de sa jeunesse , et les premières impressions de sa vie devenaient plus vives que celles de son âge mur.
Maintenant que les chefs avaient si clairemeut indiqué le grive objet de leur visite , il ne restait plus à l’Onondago qu'à faire connaître comment il accueillait cette communication. Le profond silence qui se fit autour de lui devait convaincre le vieil Indien de l'anxiété avec laquelle sa repouse était attendue. Les Indgiens mêmes y prenaient part, car ils semblaient aussi émus que nous. Je puis dire que Feu-de-la-Prairie avait déjà depuis plus de trois minutes repris sa place , lorsque Susquesus se leva au milieu du plus profond silence.
— Mes enfants, répondit l'Onondago d'une voix profonde que l’âge faisait trembloter autant qu'il le fallait pour augmenter l'imprestion de ses paroles, mais assez distinctement pour être entend a de toutes les personnes présentes, me» enfants , quand nous; sommes jeunes , nous ne savons pas ce qui doit arriver. Tout semble jeune aussi autour de nous. C’est quand nous devenons vieux que tout devient vieux avec nous. La jeunesse est pleine d'espérances; mais l'âge est plein d’yeux, il voit les choses comme elles sont. J'ai vécu seul dans mon wigwam depuis que le Grand -Esprit a appelé ma mère par son nom, et qu'elle s’est rendue dans les Terres de Chasse Bienheureuses pour faire cuire te gibier de mon père, qui avait été appelé le premier. Mon père était un grand guerrier. Vous ne l'avez pas connu. 11 a, été tué par les Delawares, il y a de cela plus de cent hivers.
Je vous ai dit la vérité. Lorsque ma mère s'en fut allée pour faire cuire la venaison de son mari, je restai seul dans mon wigwam...
Ce» mots furent suivis d'un long silence, pendant lequel Susquesus parut lutter avec ses propres émotions, bien qu’il continuât de rester debout, comme un arbre soutenu par de vigoureuses racines. Quant aux chefs , un grand nombre d'entre eux inclinaient leur corps en avant pour écouter, tant leur curiosité était éveillée. Çà et là l'un d'entre eux expliquait d'une voix liasse et gutturale quelques passages de ce discours à d’autres Indien» qui ue comprenaient pas parfaitement le dialecte dans lequel il était prononcé. Enfin Susquesus continua :
— Oui, j'ai vécu seul; une jeune squaw devait entrer dans mon Wigwam et y rester près de moi, elle n'y vint jamais. Elle désirait d’v entrer, mais elle n'y entra pas. Un autre guerrier avait sa promesse, et il était juste qu’elle tint sa parole. Son esprit hésitait d'abord; mais elle vécut assrx pour comprendre qu'il est bon d'être juste. Jamais une squaxr n'a vécu dans aucun de mes wigwams. Je n'ai jamais pensé à devenir père; mais voyez! combien le Grand-Esprit en à décidé autrement! Maintenant je suis le père de tous 1rs hommes rouges! Tout guerrier indirn est mon fils. Vous êtes tons mes enfants. Je vous reconnaîtrai lorsque nous nous rcucoulrerou» sur
les heureux sentiers de chaue, par delà ceux que vous freq.:entez aujourd'hui. Vous m'appellerez père, et je vous appellerai bis.
Cela subira. Vous me demandez de vous accompagner sur le long sentier, et de laisser mes o> sur le* Prairies. J'ai entendu parler de ces terres de chasse. No» ancienne» traditions nous en ont entretenus. « Vers le soleil levant, disent-elles, est un grand lae salé, et vers le soleil couchant sont de grand lacs d'eau douce. Au delà du grand lac salé il y a une contré lointaine, remplie de Visages Pâle*, qui vivent dans de vastes villages et au milieu de champs défrichés. Vers le lac étaient d’immenses campagnes déboisées aussi, mais ou l’on ne rencontre que peu de villages et pas de Visages Pâles, » Quelquesuns de nos sages pensaient que ces champs étaient les champs des hommes rouges, qui, suivant le cours du soleil, marchaient derrière les Visages Pâles. D'autres pensaient que c’étaient les champs dans lesquels les Visages Pâles les suivaient. Je pense que celte dernière opinion était la vraie 11 n'y a aucun asile où l’homme rouge puisse être itssex caché pour que le Visage Pâle ne le découvre pas. Le Grand- Esprit veut qu’il eu soit ainsi , telle est sa volonté ; l’homme rouge doit s'y soumettre.
Mes bis, le voyage que vous m’invitez à faire est trop long pour U vieillesse. J'ai vécu ai longtemps parmi les Visages Pâles, que la moitié Je mon cœur est devenue blanche, bien que l’autre moitié soit restée rouge: Une moitié est remplie des traditions de mes pères , l'autre moitié est remplie de la sagesse de l'étranger. Je ne puis pas couper mon cœur en deux morceaux ; il faut ou qu'il s’en aille tout entier avec vous, ou qu*il reste ici tout entier. Le corps doit rester avec le coeur, et tous deux doivent demeurer où ils ont vécu si longtemps. Je vous remercie, mes enfants; mais ce que vous désirez est impossible.
Vous voyez un homme bien vieux, mais vous voyez un esprit bien incertain 11 y a les traditions rouges; il y a les traditions des Visages Pâles. Toute* le» deux parlent du Grand-Esprit, mais une seule parie de son Fils. Une douce voix, dans ces derniers temps, a murmuré à mon oreille bien des paroles sur le Fils de Dieu. Vous parie-t-on de cette manière sur les Prairies? Je ne sais que penser; je voudrais penser ce qui est droit; mais il n’est pas facile de le savoir.
Ici Susquesus se tut, et il reprit ion siège de Pair d‘un homme qui ne pouvait parvenir à exprimer ses sentiments. Feu-de-la-Prairie attendit respectueusement pour lui laisser le temps de continuer son allocution; mais s'apercevant que le vieillard restuil assis, il se leva lui-même pour demander à l'Onondago de nouvelles explications.
— Mon père a parlé sagement, dit-il, et ses enfants ont écouté; ils n’en ont pas assez entendu, ils dé«ircnten entendre davantage. Si mon père est fatigué de se tenir debout, il peut rester assis. Se* enfants ne lui demandent pas de se tenir debont. Ils demandent à savoir d’où venait cette douce voix et ce qu'elle disait.
Snsquesas ne se leva pas, mais il se prépara à répliquer. M. Warren sc tenait tout auprès de lui , et Marie était appuyée sur le bras de son père. L'Onondago fit signe au ministre d'avancer d’un pas ou deux, et ce dernier, en se rendant au désir du vieillard, entraîna avec lui en avant la belle enfant, qui ne se douUit de rien.
— Voyez, mes enfants, reprit Susquesus, c'est là un grand médecin des Visage» Pâles. Il parle toujours du Grand-Esprit et de sa bonté pour les hommes. Cesl sa constante occupation de parler des Terre» de Chasse Bienheureuses, des bons et des mauvais Visages Pâles. Je ne puis pas vous dire s'il fait ou non quelque bien. Il y en a beaucoup qui parlent aussi de ces choses parmi les blancs, mais je peux dire qu’il y a peu de changement, et j’ai maintenant vécu parmi eux pendant plus de quatre-vingts hivers et de quatre-vingts étés. Oui, près de quatre-vingt-dix. La terre est si changée que je la reconnais à peine; mai* le peuple est resté te même. Voyez ici ; voyez ces hommes, ers Visages Pâles dans des sacs de calicot. Pourquoi courent-iU le pays? pourquoi déshouorent-ils l'homme rouge en l'appelant ïndgieu»? Je vais vous le dire.
Il se fit alors un mouvement parmi les vertueux tenanciers; mais le vif désir d’entendre les paroles du vieillard les empêcha d'interrompre au moment. On peut croire que nous écoutions de toutes nos oreilles pour connaître l'opinion du Loyal Onondago sur l’anti ren thune.
— Ces hommes ne sont pas des guerriers, continua Susquesus. Ils cachent leurs faces et ils portent des fusil»; mais ils n'effrayent que les femmes et les enfants. Quand ils prennent un scalpe, c’est qu'il» se mettent cent con're un ennemi. Ils ne sont pas braves. Pourquoi donc viennent-ils? Que veulent-ils? Ils veulent la terre de ce jeune chef. Mes enfants, toute la terre que. vo ts voyez au loin était tiôlrr. Les Visage* Pâles vinrent avec leurs papiers; ils firent des lois, tt dirent : • C'est bien ; nous voulons cette terre ; H y en a d'autres pour vous en abondance plus loin dans l’Ouest, pour vous, hommes rouge» Allez-y, et chassez et pêchez , et plantez votre blé , et laissez-nons cette terre. • Nos frères rouges firent ce qu'on leur demandait. Les Visages l'àles curent ce qu'il» voulaient avoir. Ils tirent des lois, a vendirent la terre, ainsi que les hommes rouges vendent les peaux rie» castors. Quand l’argent fut payé, chaque Visage Pâle reçut un coulral, et pensa qu'il était propriétaire de tout ce qu'il avait payé. Mais l'esprit méchant qui chassa ( homme rouge est maintenant sur le point de clusier les chefs des Visages Pâles. C’est le même démon, et ce
le Henri PJno, rçs 6»ren:iêre, 8.
n'cit pas un autre. Il voulait la terre alors, et il veut la terre aujourd'hui. Il n*jr a qu’une différence; c’est celle-ci : Lorsque le Visage Pile chassa l’homme rouge , il n'y avait pas de traité entre eus. Ils n’avaient pas fumé ensemble; ils n'avaient pas échangé le wampum. Us n’avaient pas signé de papier. S’ils l’avaient fait c’eût été pour convenir que l'homme rouge s'en irait au loin , et que le Visage Pâle resterait. Lorsque le Visage Pile chasse le Visage Pile, il y a un traité. Us ont fumé ensemble , ils ont échangé le wampum , ils ont signé un papier. Telle est la différence! L'Indien veut garder sa parole avec l'Indien. Le Visage Pile ne veut pas garder sa parole avec le Visage Pile.
Susquesas cessa de parler, et les yeui de tous les chefs se tournèrent immédiatement et pour la première fois de la matinée sur les lodgiens. Une légère agitation parcourut la bande, mais personne ne quitta sa place ; et au milieu de cette sourde émotion Vol-d’Aigle se leva lentement , et il commença son discours. Sa voix était haute , ferme , et son débit plein d’animation.
> Mes frères , dit Vol-d’Aigle en s’adressant aux Indgiens et aux autres aadilcurs plutôt qu’à ses compatriotes , vous avez entendu ces paroles de la vieillesse ; ce sont les paroles de la sagesse , ce sont les paroles de Is vertu. Le Loyal Onondago ne peut mentir ; il ne l'a jamais pu. Le Grand-Esprit a fait de lui un Indien juste, et il est ce que le Grand-Esprit l’a fait. Mes frères, je veux vous dire son histoire, il sera bon pour vous de l’entendre. Nous avons appris votre histoire d'abord de l'interprète, maintenant de Susquesas : c’est une vilaine histoire. Le récit qu'on nous en s fait nous a remplis de tristesse. Il faut faire ce qui est juste ; il ne faut paa faire ce qui n'est pas juste. Il y a de mauvais hommes rouges et de bons hommes rouges ; il y a de bons Visages Piles et de mauvais Visages Pâles. Les bons hommes rouges et les bons Visages Pâles font ce qui est juste; les mauvais font ce qui est injuste. Il en est de même pour les deux races. Le Grand-Esprit de l’Indien et le Grand-Esprit de l'homme blanc sont semblables ; les mauvais esprits le sont également. Il n’y a en cela aucune différence.
• Mes frères, un homme rouge connaît dans son cœur quand il fait ce qui est juste et quand il fait ce qui est injuste; il n'a pas besoin d'être averti , il s’avertit lui-méme. Sa face est rouge, et il n’en peut pas changer la couleur. La peinture est trop épaisse. Quand il se dit à lui-mème combien ce au’tl a fait est mal , il va dans les buissons, et il est triste ; et quand il en sort , il est devenu un homme bien meilleur.
• Mes frères, il en est tout autrement avec un Visage Pâle. U est blanc, et ne se sert pas de pierres pour se peindre la face. Lorsqu'il se dit à lui-même qu’il a mal fait, sa figure se peint elle-même. Chacun peut voir qu'il est rouge de honte. Il ne se cache pas au milieu des buissons , cela ne produirait aucun bien. Il se peint lui-méme ai vile qu’il n’en aurait pas le temps. Il cache ** face dans un sac de calicot. Cela n'est pas bon , mais cela est meilleur que d'ètre montré au doigt.
» Mes frères, les Loyal Onondago n'a jamais couru au milieu des buissons pour y cacher sa honte ; il n’a jamais eu besoin de cela. 11 ne s'est jamais dit à lui-mème qu’il était méchant , il n'a pas voilé sa face dans un sac de calicot ; il ne peut pas se peindre lui-mème comme un Visage Pâle.
■ Mes frères, écoutez ; je veux vous raconter une histoire. U y s longtemps de cela; tout ici était différent de ce qu’il est aujourd’hui. Les clairières étaient petites , et les bois étaient vastes. Alors les hommes rouges étaient très-nombreux et les Visages Pâles étaient rares. Maintenant c’est bien différent ; vous ssves ce qu’il en est aujourd'hui.
• Mes frères , je vous parle de choses qui se sont passées il y a cent hivers ; nous n'étions pas nés alors. Alors Susquesas était jeune ; il était fort, il était leste; il pouvait atteindre le daim à la course, il pouvait vaincre l’ours à la lutte. Il était chef parce que ses pères avaient été chefs avant lui. Les Onondagos le connaissaient et l’aimaient. Il ne s’ouvrait pas un sentier de guerre sans qu'il fût le premier à y entrer. Aucun autre guerrier ne pouvait compter autant de scalpes que lui. Aucun jeune chef n’avait autant d'auditeurs au feu du conseil. Les Onondagos étaient orgueilleux d'avoir à leur tête un si grand chef, et un chef si jeune. Ils espéraient qu’il vivrait longtemps, et qu’ils pourraient le voir et s'en faire gloire pendant cinquante hivers encore.
» Mes frères , Susqnesus depuis ce temus a vécu deux fois cinquante hivers ; mais il n’a pas vécu au milieu de son peuple. Non ; il a été un étranger pour les Onondaços pendant tout ce temps. Les guerriers qn'il connaissait sont morts, lues wigwams dans lesquels il était entré sont tombés à terre avec le temps. Les pierres de» tombeaux se sont réduites en poussière , et les fils des fils de ses compagnons portent avec peine le poids de leurs années. Susquesus est là ; vous le voyez ; il vous voit. Il faut marcher, il parle; il voit; il est une tradition vivante 1 Pourquoi est-il ainsi? Le Grand-Esprit ne l'a pas appelé à lui. Il est un Indien juste , et il est bon qu’il soit conservé dans ce monde, pour que tous les hommes rouges sachent combien il est aimé. Aussi longtemps qu’il restera parmi nous, aucun homme rouge ne doit avoir besoin d'un sac de calicot.
• Mes frères, les jours de 1s jeunesse de Susquetus , de San^T races furent heureux. Lorsqu’il avait vu vingt hivers, son renom s'étendait dans toutes les tribus voisines. Les entailles de scalpes étaient en grand nombre. Lorsqu'il avait va trente hivers , aucun chef des Onondagos n'avsit conquis plus de gloire et plus de puissance, il était le premier parmi les Onondagos ; il ne commit qn’une seule faute. 11 ne prit pas une squaw dans son wigwam. La mort vient au moment où on l'attend le moins. Ainsi en est-il du mariage. A la fin, mon père devint semblable à un antre homme. 11 voulut avoir une squaw; voici comme cela arrive.
• Mes frères, les hommes rouges ont des lois aussi bien que les Visages Pâles. S'il y a une différence, c'est qn'ils observent ces lois. Une loi des hommes rouges abandonne à chaque guerrier les prisonniers qu'il a faits. S’il prend un guerrier, il est à lui ; s’il prend une squaw , elle est à lui : cela est juste. Il peut prendre le scalpe du guerrier ; il peut prendre la squaw dans son wigwam, s'il est vide. Un guerrier nommé Poule-d'Eau ramena captive une fille des Delawarcs; on l’appelait Ouilbwilh, et elle était plus belle que le colibri. Pouled'Eau tenait ses oreilles ouvertes , et il apprit à quel point elle était belle. Il veilla longtemps pour la prendre, et il la pnt. Elle était à lui, et il pensa à ramener dans son wigwam quand il serait vide. Trois lunes se passèrent avant qu’il le pût faire. Pendabl ce temps, Susquesas vit Ouilbwilh, et Ouitbwith vit Sasquesui. Leurs regards ne se détournèrent jamais l’un de l’autre. Il était le plus noble renne des bois aux yeux de la jeune squaw. Elle était aux yeux du guerrier aussi belle que le faon tacheté. Il désirait de l’appeler dans son wigwam ; elle désirait d'y venir.
• Mes frères, Susquesus était un grand chef. Poule-d'Eau n'élait qu'un guerrier. L'un avait pouvoir et autorité , l’autre n’avait ni autorité ni pouvoir. Mais il y a parmi les homme» rouges une autorité au-dessus de celle du chef : c'est la loi de l'homme rouge. Ouitliwitb appartenait à Poule-d’Eeau , et elle n'appartenait pas à Susquesus. Un grand conseil fut tenu , et les avis se partagèrent. Quelquesuns prétendaient qu'un chef aussi utile, un guerrier aussi renommé que Susquesus devait être l’époui de Ouilliwilh. U'aulçe? soutinrent que sou époux devait être Poule-d'Eau, car c'était lui qui l’avait cn- 1 vée aux Delawarei, De grandes contestations s’élevèrent sur cet objet , et les Six Nations tout entières y prirent part. Beaucoup de guerriers étaient pour la loi ; mais beaucoup aussi étaient pour Susquems. Ils l’aimaient, et ils pensaient que nul ne pouvait être un meilleur époux que lui pour la fille delaware. Pendant six lunes la querelle s’échauffa , et un nuage noir s'amassa sur le sentier qui conduisait parmi les tribus. Les guerriers qui avaient pris des scalpes ensemble se regardaient les uns les autres comme la panthère regarde le daim. Quelques-uns étaient prêts à déterrer la hache pour défendre la loi, d’autres pour soutenir celui qui faisait l'orgueil des Ouondagos, et le colibri des Delawares. Les squaws prirent parti pour Susquesus. Dans tout le pays elles se rassemblaient pour parler ensemble , et même elles allèrent jusqu’à menacer d'allumer un feu du conseil et de fumer à l'entour comme des guerriers et des chefs.
a Frères , les choses ne pouvaient pas durer ainsi une lune de plus. Il fallait que Oailbwilh allât dans le wigwam de Poule-d’Eau ou dans celui de Susquesus. Les squaws disaient qu’elle devait aller dans le wigwam de Susquesus, et elles se réunirent ensemble, et elles la conduisirent jusqu’à la porte du chef. En s’avançant dans le sentier, Ouithwith baissait les yeux et regardait la terre, et son cœur battait comme un faon bondissant qui jone au soleil. Elle n’alla pas jusqu'à la porte. Poule-d’Eau était là et le lui défendait. Il était venu seul. Ses amis étaient en petit nombre, tandis que les têtes et les bras des amis de Susquesus étaient aussi nombreux que les fruits dans le buisson.
u Mes frères, cet ordre de Poule-d'Eau était comme un mur de rocher devant la porte du wigwam de Sans-Traces. Ouithwith ne put pas y entrer. Les yeux de Susquesus disaient : Non, tandis que son cœur disait : Oui. Il offrit à Poule-d'Eau son fusil , sa poudre, toutes ses peaux, son wigwam. Mais Poule-d’Eau préféra sa prisonnière et répondit : Non. ■ Prenez mon scalpe, dit-il; vous êtes le plus fort, et vous pouvez le faire ; mais ne prenez pas ma prisonnière. »
> Mes frères , Susquesus alors se leva au milieu de la tribu, et ouvrit son cœur. « Poule-d’Eau a raison, dit-il, elle est à lui d’après nos lois, et ce <jue les lois de l'homme rouge ordonnent l'homme rouge doit le faire. Lorsque le guerrier va subir la torture, et qu’il demande à retourner pour quelque temps chez lui et à voir sea amis, ne doit-il pas revenir au jour et à l’heure convenus? Et moi, Susquesus , le premier chef des Onondagos, serai-je pins fort que la loi? Non. Je devrais cacher pour jamais ma face dans les baissons s'il en était ainsi. Cela ne doit pas être, cela ne sera pas. Prenes-la, Pouled’Eau. Elle est à vous. Trailez-la avec douceur, car elle est aussi faible que le roitelet quand il quitte pour la première fois son nid. Il faut que j'aille dans les forêts pendant quelque temps. Lorsque mon cœur se sera apaisé, Susquesus reviendra.
• Frères , le silence qui se fit dans cette tribn pendant que Susquesus prit son fusil , sa poire à poudre, ses meilleurs mocassins et son tomahawk, ressemblait à celui qui règne dans l’obscurité. Les hommes le virent partir, mais aucun n'osa le suivre. 11 ne laiau
rien après loi , et il fat appelé Sang-Trace*. Son coeur ne s'apaisa jamais , car jamais U ne revint. L’été vint, puis l'hiver, et ils revinrent souvent encore avant que les Onoodago* entendissent parler de lai parmi les Visages Pâles. Pendant tout ce temps Poule-d’Eau vécut avec Ooithwitb dans son wigwam , et elle lui donna des enfants. Le chef s’en slla , mais la loi resta. Atlex-vous-en, voua , hommes des Visages Pâles. qu< caches votre honte dans des sacs de calicot, et faites la même chose. Suives l'esempie d’un Indien, soyes vertueux comme le Loyal Onoodago ! •
Au moment où ce simple récit tirait h sa An , je n'eus psi de peine à découvrir les signes d'un grand embarras parmi 1rs chefs des sacs de calicot. La comparaison mordante que faisait l'orateur entre eus et les Indiens, entre leur conduite et l’esprit de justice des sauvages, leur parsissait intolérable; elle était offensante pour leur vanité, et
P ouvait nuire au succès de leur entreprise. Un murmure courut dans sssembiée, suivi presque aussitôt d'un hurlement. Les lndgiens firent sonner leurs fusils, comptant beaucoup sur l'intimidation pour en venir à leurs fini. Mais quelques-uns d'entre eux, peu nombreux à la vérité, semblaient animés d'intentions plus hostile*. Les Indiens •'étaient mis en défense , et je ne doute pas que le ssng n'eût coulé bientôt, si le shérif du comté n’était apparu soudain sur le portique, appuyé sur le bras de Jack DunniDg.
CIÏ A PITRE XXX.
Les lodgiens savaient que le magistrat dont je viens d'annoncer l'arrivée était un des rares fonctionnaires disposés h faire leur devoir. Au moment où l'agitation commença et où les dames s'enfuirent, je pris Scncca et son complice par le bras, et je les conduisis dans la bibliothèque pour ne pas les laisser exposés au danger.
La réputation d'intégrité que s'était acquise , comme je l'ai dit, le magistrat, et la pensée qu’il ne serait pas venu sans être appuyé par t|nc force supérieure au milieu d'une telle scène, engagèrent les lndgiens à reculer de quelques pas, et firent cesser, au moins pour le moment, le danger d'une collision. L'apparition inattendue de üunning , l’agent détesté , ne fut pas non plus sans effet , car ceux qui connaissaient la situation avalent peine è penser qu'il eût osé se montrer à Ravensnest sans pouvoir compter sur du secours. Voici la simple explication de son arrivée inespérée.
Peu rassuré sur les procédés que noua avions adoptés pour visiter Ravensnest, ce fidèle ami, après deux ou trois jours, se décida è nous suivre. Quand U atteignit le comté, il entendit parler de l'incendie de la grange et de la tentative faite contre la maison, et, uns perdre un moment , U se mit à la recherche du shérif. Comme le but de Dunning était d’arracher les dames de la caverne du lion, il n'attendit pas la sommation du posas comilatus ; mais, embauchant une douuiae de gaillards résolus, il les arma et les fit partir en corps pour le N est. Lorsqu'il fut à un mille ou deux de la maison, le bruit parvint jusqu'à celte troupe que nous étions assiégés, et il devint urgent d’avoir recours à quelque habile manœuvre pour iutroduire du renfort dans la garnison. Dunning était familier avec tous les êtres de notre résidence, car il avait passé souvent un mois au Nés* avec mon oncle et mon père , et U connaissait exactement la place du rocher, de la cour, et toua les détours particuliers de la place. Depuis quelques années un escalier avait été construit vis-h-vis des rochers, h l’aide desquels on pouvait atteindre les sentiers qui serpentaient dans les prairies. Dunning décida qu'on tenterait de monter par ce côté; il espérait se faire entendre par quelqu’un de l'intérieur s’il trouvait U porte fermée. Tout réussit selon ses vœux : la cuisinière, seule dans toute la maison, étant h son poste dans l’autre aile, le vit aussitôt qu'il te présenta en haut des degrés. Elle n'hésita pas à le faire entrer , et il pénétra ainsi dans les bâtiments accompagné de toute sa troape.
Je ferai aussi bien de dire tout de suite qu'Opportune, qui , grâce à ta position, avait vu Centrée de Dunning et de son corps d'armée, ne se fut pas piul&t trouvée seule avec les prisonniers, qu’elle les détacha et leur indiqua ie moyen de fuir par le même chemin ; c’est su moins ce que j’ai supposé, car jamais la soeur de Sennes n'a été questionnée à ce sujet. Celui-ci disparut avec son complice, et depuis ce temps on n'a plus vu ni l'un ni l'autre dans notre canton. Grâce à leur fuite, personne n's jamais porté contre l'un ni contre l'autre aucune accusation d’incendie.
Lorsque je regagnai le portique, après avoir poussé Seneea dans la bibliothèque, 1rs lndgiens s’étaient reculés de vingt ou trente pat, et leur bande était dans une évidente confusion. Les Indiens, au contraire, calmes et froids, la main sur leurs armes, étaient sur leurs gardes et prêts à s’élancer comme des panthères. Le shérif somma alors les premiers de se disperser comme violateurs de la loi, et les avertit dea pénalités qu'ils encouraient d'une voix asses claire et asaet distincte pour être parfaitement comprit. 11 y eut ebet les lndgiens un moment d’indécision. Ils étaient venus dans la ferme intention de m’imposer h moi et h mon oncle le châtiment du goudron, et avec l'espoir de nous amener par la crainte h quelque compromis. Puis tout à coup le corps entier de cet vertueux citoyens se retira en hâte , observant d'abord un certain ordre qui se changea bientôt en
une débandade générale. La vérité est que les hommes de Dnnntng s’étalent montrés aux fenêtres des chambres de la maison, agitant leurs mousquets et leurs fusils devant eux. Cette démonstration avait comme toujours donné aux vertueux tenanciers une vélocité incomparable.
Aussitôt que nous fûmes délivrés de toute appréhension au sujet des lodgiens, nous pûmes reporter notre attention sur les fils de lu Prairie. Les guerriers regardèrent fuir avec un silencieux mépris ces hommes qui déshonoraient leurs mœurs et, plus que tout, leur courage; et Feu-de-la-Prairie , qui savait un peu l’anglais , s’écria avec solennité : — Pauvres lndgiens! pauvre tribu! leur propre cri les fait fuir! Il ne daigna pas «jouter une syllabe de plus.
Le vieux Sus était resté tranquille observateur de toute cette scène. Aussitôt que l'ordre se fut rétabli sous le portique, il se leva de nouveau pour parier h «es bêles.
— Mes enfant», dit-il avec dignité, vous entendes ma voix pour la dernière fois. L’oiseau des bois lui-même ne peut pat chanter toujours. L'aile même de l’aigle se fatigue avec le temps. BicntôLje cesserai de parler. Quand j’arriverai dans les Terres de Chasse Bienheureuses des Onondagot. je parlerai de votre visite aux guerriers que j'y rencontrerai. Vos pères sauront que leurs fils aiment encore la justice; que les Visages Pâles signent des papiers, et qu’ils s’en rient après les avoir signés. La promesse de l'homme rouge est sa loi; s'il est fait prisonnier, et si les vainqueurs veulent le torturer, ils sont trop généreux pour le faire sans lui avoir laissé le temps de regagner sa tribu et de dire adieu à ses amis. Lorsque le moment prescrit est arrivé, il revient vers scs ennemis. S'il promet des peaux, il les apporte, bien qu’aucune loi ne puisse le poursuivre dans les forêts pour l'y contraindre. Sa promesse l'y accompagne; sa promesse est plus forte que des chaînes, elle suffit pour le ramener.
Mes enfants n’oubliei jamais ceci. Vous n’èles pas des Visages Pâles pour dire une chose et en faire un autre; ce que vous dites, vous le faites. Lorsque vous porter une loi, vous la respectes. Cela est bien. L'homme rouge ne convoite pas le wigw»«u d’un autre. S'il a besoin d’un wigwam, il en bâtit lui-même un . il n'en est pas ainsi cbex les Visages Pâles, l’homme qui n’a pas de wigwam fait tou* ses efforts pour s'emparer de celui de son voisin. Tandis qu'iJ agit ainsi, il lit dans sa Bible et il va à son église. J’ai quelquefois pensé que plus il lit et prie, plus il fait d’efforts pour entrer dans le wigwam de son voisin. Cela psrait ainsi h un Indien, mais peut-être cela n'est pas ainsi.
Mes enfants, l’homme rouge est son propre maître, il va et vient où il lui plaît; si les jeunes guerriers foulent le sentier de 1a guerre, il peut le fouler aussi. Il peut aller sur le sentier de la guerre, il peut aller à la chasse, ou il peut rester dans son wigwam. Tout ce qu’il a h faire est de tenir sa promesse , de ne pat voler, et de ne pat aller dans le wigwam d'un autre homme rouge sans y être convié. Il est son propre maître; Une se vante pas de l’être, il l’est en effet. Comment en est-il che* les Visages Pâles? Quand le soleil te lève, ils disent qu’ils sont libres; quand le soleil est au-dessus de leurs têtes, ils disent qu’ils sont libres; quand le soleil se couche derrière les montagnes, ils disent qu’ils sont libres; ils ne se fatiguent jamais de dire qu’ils sont leurs propres maîtres, ils en parlent plus souvent encore qu’ils ne lisent leurs Bibles. J'ai vécu près de cent hivers auprès d'eus, et je sais ce qu'ils sont. Voilà ce qu'ils font, et puis ils prennent le wigwam d'un autre. Ils parlent de liberté, et puis ils vous disent ; Vous aurex celte ferme, vous n'auret pas celle-là. lia parlent de liberté, et s'appellent l'un l'autre pour se couvrir de sacs de calicot, et se mettent cinquante pour couvrir un homme de goudron et de plumes. Us parlent de liberté, et veulent tout avoir selon leur caprice.
Me» enfanta, ces Visage» Pâles devraient retourner avec vous aux Prairies pour y apprendre s faire ee qui est bien. Je ne m'étonne pas qu'ils cachent leurs faces dans des sacs; ils se sentent honteux , ils doivent se sentir honteux.
— Mes enfants, voici la dernière fois que vous entendres ma voix. La langue d’un vieillard ne peut pas se mouvoir toujours. Voici 1« conseil que je vous donne : Faites ee qui est bien. 1x5 Grand-Esprit vous enseignera ce crui est bien ; que cela soit fait. Ce que mon fils a dit de moi est vrai. Cela • été pénible à faire i la passion désirait agir autrement ; mais ce que la passion désirait ne fut pas fait. Eu peu de temps, la paix descendit dans mon âme, et je fus content. Je ne pouvais pas retourner en arrière pour viVre au milieu de mon peuple, car je craignais de faire ce qui était mal ; je suis resté su milieu des Visages Pâles, et je me suis fait ici des amis. Mes enfants, adieu. Faites ce qui est bien, et vous aerei plus heureux que le Visage Pâle le plus opulent qui fait ce qui est mal.
Suaquesus reprit sa place, et en même temps chacun des hommes rouget s’avança, et lui prit la main. I.es Indiens font peu de démonstrations, mais leurs actions parlent pour eus. Pas une syllabe ne fut prononcée par un seul de ces rudes guerriers quand ils prirent congé de Stuquetus. Chaque homme avait spontanément payé son tribut h un guerrier dont la justice et la noble abnégation étaient célèbres dans tes traditions, et ce devoir accompli, il poursuivait son chemin, satisfait, sinon tout à fait heureux. Chaque Indien serra aussi ls main de tous ceux qui étaient sous le portique , et ils nous exprimèrent à
fou» en particulier leur gratitude pour l’hospitalité dont ils avaient été l’objet. Mon oncle avait partagé entre eux le reste de ses bijoux, et ils noua quittèrent plrins dea sentiment» les plus affectueux. Il n’y eut encore rien d'apprêté dans leur départ. Il fut simple comme leur arrivée. lia étaient venus pourvoir le Lovai Onondago; ils avaient accompli leur mission, et ils étaient prêta a partir, lia s'éloignèrent : je via leur file suivre tes sinuosités de la route, et cette visite singulière noos apparut alors comme un songe plutét que comme une réalité. Leur marche se poursuivit sans être interrompue, et une demiben re après qu’ils avaient quitté le portique, nous les vîmes se dérouler en gravissant la montagne que nous leur avions vu descendre quand nous les rencontrâmes pour la première fois.
— Eh bien , Hodge, dit Jack Dunning deux ou trois heures après, an’avet-vous décidé? Voalex-voui rester ici, ou voulex-vous aller dans votre propriété de West-Cbester ?
— Je veux rester ici jusau’à ce qu’il nous prenne fantaisie de partir ; alors nous tâcherons d'être aussi libres que des Indiens et d’aller où il nous plaira , pourvu toujours que nous n’entrions pas dans le xrigvram de notre voisin sans sa permission.
Jack Dunning sourit, et parcourut deux ou trois fois la bibliothèque avant de répondre
— On m'a dit, reprit-i), quand je suis entré dans le comté, que voua et le* vôtres vous compiles faire retraite le lendemain de l'incendie.
— Ce que les gens voudraient ils l'imaginent, et ce qu'ils imaginent ils le disent. Les jeunes filles elles-mêmes protestent qu'elles ne consentiront pas h quitter la maison tant qu'elles trouveront an toit pour abriter leur tète. Mais, Jack, d’oii vient ce bruit?
— C'était bien la dernière question qu’un bomroc suffisamment informé dût m'adresaer, répondit Dunning en riant. C’est fort simple : il vient du diable, et il porte la trace de ses griffes.
— Peut-être avex-voua raison, Jack ; mais où cela nous mènera-t-il ?
— Ob ! cela n’est pas facile à dire. Les récents événements du Delaware ont réveillé dans le pays les meilleurs sentiments, et l’on ne peut pas prévoir ce qui arrivera. Il y a une chose cependant que je tiens pour certaine. Il faut que cet esprit détestable et ces doctrines funestes soient vaincus, entièrement, sérieusement, radicalement. Ou nous sommes perdus.
— Le résultat est inconnu, reprit mon onde; l’ennemi peut être vaincu complètement et définitivement , ou l’on peut se borner contre lui a des demi-mesures ; et dans ce cas il restera toujours menaçant, et peut-être deviendra avec le temps l'instrument de la dissolution finale dn corps social.
Mon oncle cependant tint parole, et U resta dans le comté, où il est «score. Notre petite colonie cependant avait reçu un nouveau renfort; et d'un autre côté, depuis la visite que nous avaient rendue les Indgiens, 1a politique des antirentiers «'était considérablement modifiée. Ces deux circonstances noua donnèrent une sécurité qui autrement nous eût manqué. Le renfort noua vint de quelques jeunes gens qui avaient quitté les eaux et devinrent les hôtes au N est. C'étaient tous de vieilles connaissances h moi, quelques-uns camarades do pension, et tous aussi grandi admirateurs dea jeune* personnes. Chacune des pupilles de mon oncla, Coldbrooke et Marston, a parmi eux un prétendant dont elle accueille la poursuite, comme nous noua en sommes récemment aperçut; et cette découverte me permet de m’abandonner sans craindre d'obstacle an penchant que m’inspire Marie Warren. J’ai trouvé dans Patt une aillée précieuse, car elle aime la chère jeune fille presque autant que mot-même , et m’a été fort utile dans toute cette affaire. Je suis conditionnellement autorisé à conserver des espérances , quoique le consentement de M. Warren n’ait pas encore été demandé. En vérité, je sui» à me demander si le bon recteur a le moindre soupçon de tout ce qui se complote. Quant h mon oncle Ro , il sait tout , quoique je ne lui aie jamais souffle mot de tout cela; heureusement U est satisfait du choit de set deus pupilles, et cette circonstance a un peu adouci l’amertume de son désappointement.
Mon oncle n'est pas intéressé le moins du monde, et la pauvreté de Marie Warren n'exerce aucune influence aur sou esprit. Il est en effet assex riche pour qu’il lui soit facile, et il ne l’iguore pas , d’accroitre considérablement ma fortune, et, si cela devient nécessaire, de me uittre à l'abri de l'antirentisme. Ce qui suit peut donner une idée de son caractère et de sa manière d’agir, lorsque l'envie lui en prend. Nous étions un malin dans la bibliothèque, une semaine environ après l’époque où les ladgiens avalent été repoussés avec ignominie par les Indiens , car c'était véritablement pour ce motif que les premiers avaient disparu définitivement du pays. Nous étions donc réunis dans la bibliothèque , ma grand’mère , mon oncle , Patt et moi, babillant de choses et d'autres , lorsque mon oncle s’écria tout à coup :
— A propos , Hugb , j’ai des nouvelles importantes à vous commu-
niquer, des nouvelles qui vous intéressent. Il y va pour vous de cinquante mille dollars? ,
— 11 ne s'agit plus d’antirenüsme , j’espère , Roger ? dit ma graod’mère avec anxiété.
— Hugb n'a plus rien ii craindre de ce côté-là. Quant à scs baux à venir, s'il veut suivre mon avis, il n’en accordera aucun d'une durée de plus de cinq années, et alors les tenanciers ne mauquerout paa
d'adresser à la législature des pétitions bruyantes, pour qu’on laur donne le droit de faire leurs propres marchés. Les plus chauds partisans de la liberté commenceront à voir que c’est une bien pauvre espèce de liberté que celle qui ne permet pas à un riche propriétaire de donner ses fermes à bail pour une longue période , ou a un pauvre paysan défaire le meilleur marché possible. Non, non, la perte à laquelle je fais allusion est beaucoup plus probable.
— C’est une perte considérable pour moi, répondia-je peu troublé, du reste , de cette nouvelle , et je serais bien embarrasse pour trouver ! tout de suite cinquante mille dollars. Néanmoins j'avoue que, malgré ce que vous me dites, je ne m'en inquiète guère. Je n'ai point de dettes, et tous les biens que je possède sont bien à moi.
— Tout cela est bel et bon , maître Hngh ; mais vous oublies que vous êtes l'héritier naturel de mon domaine. Patt sait bien qu’elle est destinée à en avoir sa part quand elle se mariera ; or, je me dispose maintenant i constituer à une autre jeune personne une dot précisément égale à cette somme.
— Roger ! s’écria ma grand'mèra , certainement vous ne pensez pas à ee que vous dilas I une dot égala, semblable !
— Ni plus ni moins, ma ehère mère. J’ai conçu un caprice pour une jeune personne, et comme je ne peux pas l’épouser moi-mème , je suis décidé à en faire un beau parti pour quelque autre , autant au moins qu’on peut y réussir avec de l’argent.
— Mais pourquoi ne l’épousea-vous pas vous-même ? demandai-je ; tous les jours on voit se marier des hommes plus âgés que vous.
— Oh ! dea veufs, je vous l’accorde ; mais il n’en est pis ainsi des célibataire*. Quand on a passé quarante ans, on ne se décide pas facilement à ce sacrifice. Non, Jack Dunning se trouve ici à merveille; aussi je l’ai déjà mis à l'ouvrage pour qu’il stipule en faveur de 1a jeune fille une constitution dotale , sur laquelle son futur mari n’aura aucun droit, quai que soit le mari que le hasard lui destine.
— Est-ce Marie Warren ? s’écria ma sceur d’un air ravi.
Mon oncle sonril, et fit tous ses efforts pour garder son sérieux; mais je n'oae pas dire que ia tentative fat couronnée d'un bien grand succès.
— C'est... c'est... e'eat Maria Warren , et l'oncle Ro veut lui faire une fortune! ajouta Patt bondissant sur le parquet comme un jeune daim ; et elle ae précipitait dans les bras de son tuteur, l'embrassait et le couvrait de csresaes , comme l’aurait fait un petit enfant. Oui , c’est Marie Warren, et l'oncle Hodge est un vieui gentleffian adorable ; non, un adorable jeune eeutieaan, et s'il avait seulement trente ans de moins, sa propre héritière voudrait devenir sa femme. Bon , cher , généreux , sensible oncle Ro ! c'est bien de lui , après une telle déception; car, je le sais bien, Hugb, son coeur vous destinait à Henriette.
— Mais que j’épouse ou que je n’épouse pas Henriette , qu’y a-t-il là de commun avec une dot de cinquante raille dollars pour Marie Warren?
— Oh ! vous savez bien comment tout cela s'arrange, dit Patt en rougissant de l’allusion qu’elle faisait au mariage même quand il s'agissait d’une autre ; Marie Warren ne restera pas toujours Marie Warren.
— Que deviendra-t-elle donc ? demanda l’onde Ro vivement.
Patt ne répondit rien. Elle ne voulait pat paraître compromettre son amie ; elle donna un petit coup aur la joue de son onde, comme une espiègle qu’elle était; rougit un peu plua, me regarda finement; puis détourna le» yeux comme ai elle eût trahi un secret, retourna gravement a son siège comme si die quittait U conversation la plus sérituae.*
— Mais, avet-vous parié sérieusement, Roger , demanda ma grandmère avec plus d’intérêt que je ne l’aurais cru , cette dot n'esl-elle pas un conte en l'air?
— La eboae est aussi vraie que l’Evangile, ma chère mère.
— Et Martba a-t- elle raison , cette jeune personne si favorisée estelle réellement Marie Warren?
— Par extraordinaire Patt a raison.
— Marie Warren connaît-elle votre intention, ou aves-voni consulté son père è cet égard?
— Tous le* deux en sont informés. Nous avons truité ce sujet ensemble hier soir, et M. Warren consent.
— A quoi? m'écriai-je en bondissant, car l'affectation avec laquelle ce dernier mot avait été prononcé était trop significative pour passeï inaperçue.
— A recevoir pour gendre iiugh-Koger Littlepage, qui est moi nom , notes-le bien, et qui plus est la jeune demoiselle y donne aor consentement.
— Ce Hugb-Roger Littlepage, s'écria Patt en jetant ses bras au tour de mon cou, et non cet autre Hugh-Roger Littlepage, ajoutat-elle en moutrant mon onde. N'ajoutes que cela, bien cher, bien cher oncle, et je voua embrasserai pendant une heure.
1 — Pardonues-moi, mon enfaut , c’eat tout ce que je puis raisonna-
blement demander. Je crois cejiendaut que vuus avez raison, car je ne me rap|>elle pas que ce Roger Littlepage — et il posait avec un sérieux comique sa main sur sa poitrine — ait rien k voir dans
cette affaire qu’à donner ton argent. Je ne contesterai donc rien de ce «pie vous dites.
Nous en étions là quand la porte de la bibliothèque s'ouvrit doucement, et Marie Warren apparut. Dès qu’elle eut vu eeu« qui y étaient réunis, elle aurait voulu se retirer; mais ma grand'mère l’invita gracieusement à entrer.
— Je craignais de troubler une réunion de famille, madame, répondit timidement Marie.
Patt s’élança , paasa son bras autour de la taille de Marie , l’entraîna dans la chambre et ferma la porte sur elle. Tout cela fut fait avec une affectation préméditée, et qui avait pour objet d'attirer l'attention. Tout le monde sourit, excepté Marie, qui paraissait être à moitié heureuse et à moitié effrayée.
— C'est... c'est Marie W„rreo, s'écria Pau eo se précipitant dans les bras de son tuteur.
— Ceat maintenant une réunion de famille, a’écria Patt en baisant aa future saur, et on n’y admettra plu» personne, à moins que ce bon M. Warren ne vienne y réclamer sa place. L’onde Ho nous a tout dit , et nouB savons tout.
Marie cacha son visage dans le sein de Patt; mais ma chère grand'* mère l'obligea bientôt à se montrer, et loi donna un baiser. Mon oncle bientôt en fit autant, et Patt vint ensuite. Après quoi toute la compagnie, excepté Marie et moi, sortit doucement de la chambre, et... oui , et alora ce fut mon tour.
Nous n'étions pas encore mariés, mais le jour était fixé. Il en est de même pour les deux pupilles. Pslt elle-même rougit, et grand'mère sourit quelquefois, lorsque l'on prononce le nom des deux gentlemen, qui parcourent maintenant l'Egypte. C’eat là, m'a-t-on dit, d’après les dernières lettres, qu'est aujourd'hui le jeune Beekman. Les trois mariages doivent avoir lieu dans l’église de Saint 'Andrew, et c’est M. Warren qui a promis d'officier.
Je dois dire au lecteur deux chose», qui , san» doute, vont bien le surprendre. Mon mariage avec la fille d'un pauvre eccléaiaitique a roduit un grand scandale parmi lea antirenUers, qui se plaignent si ruyammenl de l’aristocratie. Leur objection , c'eat qu’il n'y a pas égalité entre les époux. Ils ne connaissent que l’égalité de la fortune, mais ils sont incapables de comprendre cette égalité que la position sociale, lea relations, l'éducation, la communauté d’habitudes, d’o-
f iiniont, et, si on veut, de préjugés, établissent entre lea hommes. Je es laisse murmurer, car je sais qu’ils trouveront toujours à redire à ce que je fais, jusqu'à ce qu'ils m’aient enlevé ma terre, ou jusqu'à ce qu’ils soient convaincus que ce n'est pas en leur pouvoir. Quant à Opportune, on m'a assuré qu'elle menace de m’intenter une action en violation de promesse, et je ne serais pas étonné du tout si elle mettait ta menace à exécution. H n’est pai rare de voir des gens qui
ont convoité un certain objet avec ardeur, et oui y ont mis en quelque sorte leur Ame tout entière, croire à la réalité de circonstances favorables à leurs vues, et qui n'existent que dans leur imagination, et Opportune peut se figurer que j’ai entendu ce qui n'élait qu’ua bourdonnement dans son oreille.
Jiaf radote. Il marmotte, quand il en trouve l'occasion, ses opinions sur les événements passés et sur l'état du pays. 11 regarde un anli rentier comme un voleur, et il ne se gêne pas pour le dire. Quel-
I uefois il barbouille sur ce sujet des réflexions qui ne manquent pas e justesse.
Le vieui Susquesus vit encore ; mais il est pour tous les antirentiert un objet de profonde baine.
Le système indgien s’est évanoui, au moins pour un temps; mm l’esprit qui l’a inspiré lui survit. Le loyal Onondago reste insensible au mauvaii vouloir dont il est l'objet , et probablement la plunart de ceux qui te déclarent ses ennemis ne savent uuère la raison de leur aversion. Elle est simple pourtant : c’est qu’iï a respecté la loi qu'il avait contribué à faire , et a mieux aimé souffrir que de commettre une injustice.