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Raymon

n n'y a point de hasard, disai&-je d'ai»^8 P^rthplo, quelque part dans ce livra. Voici, cher ^m^ qi|9 le grand dériseur des actions humaines me donne te 'démenti le plus aimable. Pour forcer mon orgueil à le saluer dieu, il nous a poussés tous deux vers votre ^ magnifique villa du lac Majeur, let je reçois les épreuves de mon roman à quelques pas du lieu où j'en ai placé le début. De ma fenêtre ouverte j'aperçois, dans le miroir des eaux, le joli village de Baveno, la nmte fleurie où j'ai imaginé la rencontre de mes héros et ce grand combat à coups de roses» Sur l'autre rive, si la montagne s'échanerait un peu, je pourrais voir Ya*!* rese, la Madona del Monte, Biumb superiore et cett^ villa de mon cher duc Antonio Ijitta, que je lui ai dérobée pour en gratifier le comte Moroni. Un jour ^ peut-être vous emprunterai-je ainsi la vôtre pour 3^ ; promener quelque amoureuse héroïne, et vos splen^t^ dides jardins ouïront les soupirs de quelque prince

II a:son altesse

charmant. — Ne vous rengorgez pas, fat, il s'agit ici d'un prince de mon imagination. — Je décrirai alors votre adorable oasis délia Torre^ ce nid de fleurs d'où ' le bonheur ne voudrait jamais s'envoler, et le beau lac dont le flot nous berce, et ces horizons fauves que bai* gne le soleil d'Italie, et ces Alpes grandioses que les neiges couronnent.

Mais n'aurai-je pas l'air d'inventer un conte de fée quand je peindrai le ravissant Eden où nous errons à l'ombre sous des bois de camellias, où la flore des tropiques se mêle à la flore d'Europe : je myrte àl'aloès, l'oranger au yucca à pahnes grêles; où la sterculea élance sa cime au-dessus des grands pins du Canada? quand je peuplerai des héros de mes fêtes galantes ces fraîches allées bordées d'hortensias, et ces profonds ombrages qu'égayent les lauriers roses et les lagerstroêmes indiens aux grappes de pourpre? Des amants fortunés deviseront d'amour sous ces magnolias gigantesques que vous envie l'Isola bella votre voisine, et dont l'opulente feuillée, traînant jus« qu'à terre, ménage au-dessous des rameaux des dômes de verdure : je rapetisserai, pour qu'on le croie vraisemblable, celui qui l'autre matin abritait vingt convives, double décaméron si gracieusement présidé par une des plus grandes dames de France.

N'est-ce point, cher ami, une des faveurs de la muse

que ces réminiscences des temps qui nous ont été

doux? J'aimerai à repasser dans mon souvenir les

heures de paix que me fait notre amitié, et nos bonnes

LE PRINCE PONIATOWSKI. m

causeries, et nos sérénades sur le lac, au clair de lune, où vous nous confiez le soir vos mélodies du matin. Heureux et poétiques loisirs que se partagent le travail et le fur niente.

Tandis que j'écris ces lignes au murmure des cascatelles qui babillent et du grand jet d'eau qu'irise un faisceau de rayons, j'entends le piano résonner sous vos doigts : le sénateur compose un opéra et chante à lui tout seul un duo du Rosaire^ que le dilettantisme parisien entendra cet hiver. Sur la terrasse, assise à l'ombre de ses rosiers, la gracieuse princesse écoute, souriante, les airs du cher maestro, et, tout en taquinant le chanoine, elle tricotte de ses mains patriciennes des bas de coton pour quelque pauvre d'Intra. . • Que ne puis-je retracer les enchantements de notre villégiature au sein de ce petit paradis, votre hospitalité si franche et si cordiale I Un plus habile retrouverait chez vous la veine idyllique de l'Astrée ; peutêtre la chercherai-je un jour. En attendant, je vous dédie ce roman, témoignage de notre vieille amitié : mon Raymon doit vous plaire, à vous, qui gardez avec une jeunesse si résolue les heureuses croyances du cœur et de l'esprit.

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