‹ Raymonde; comédie en trois actesChapitre 42 sur 69 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

Nous avons eu ensemble une discussion assez désagréable... J'en ai presque pleuré.

ANTOINE

En effet, vous me semblez nerveuse.

Ob' ce n'est rien. ..Maman est un peu vive, etmoi, quand je crois avoir raison, j'aimerais mieux me faire tuer que de céder.

ANTOINE

C'est ce qu'on appelle avoir du caractère!

UAYMONDE.

Ob! j'en ai!... Alors votre mère vous a donné votre liberté?... Vous nous restez!

ANTOINE

Je reste... Pauvre mbre, je n'ai pas eu à l'en prier beaucoup... Et pourtant mon couvert était déjà mis entre le sien et celui de mon père, ot je sentais que ma place vide au dîner de famille forait leur soirée plus triste.

Nous vous permettrons de partir un peu plus tôt, pour que vous puissiez embrasser votre mère avant qu'elle soit endormie .. Je l'aime, votre mère !...

ANTOINE

Merci, je le lui dirai... J'ai si peur qu'elle ne vous {ranlc rancune de l'abandon où je la laisse quelquefois à cause do vous.

De moi '?

ANTOINE

Oui... Souvent, pendant qu'elle me conte les bistoires du pays : comment celle-ci s'est mariée et comment celuici est devenu veuf, j'ai l'air d'écouter, mais sans qu'elle s'en doute, la chère femme, je ne suis plus auprès d'elle.

je suis ici, près de vous. Je ferme les yeux et c'est vous que je vois à travers mon rêve, toujours vous !

Cela ne vous ennuie donc pas de causer avec une petite lille ignorante ?

ANTOINE

Celte prétendue ignorance est ce qui me séduit le plus en vous !

liAYMONDE.

Oh ! séduit !... Je croyais que vous autres, savants, vous n'exagériez jamais !

ANTOINE

Oui, séduit..., je le répète... Vous voyez que je vous ouvre mon cœur... Ne me laisserez-vous pas lire un peu dans le vôtre, maintenant ?

Dans le mien ?

ANTOINE

Je n'ai aucun droit à vos confidences... Pourtant je suis curieux..., curieux de tout ce ([ui vous regarde... Je voudrais savoir, par exemple, d'où vous venait ce bracelet que vous avez oublié clicz ma mère, la première fois ([ue je vous ai vue, et sur l'émail duquel on lisait : « Pensez à moi.»

RAYMONDE, troublée.

Oh ! mon Dieu, qu'est-ce que cela peut vous faire ?

ANTOINE, froidenieiiU Rien..,, vous avez raison... (.Momcnl de silence.)

Vous êtes fâché ?

ANTOINE

Moi?... Non... Seulement, je] m'aperçois que j'ai été indiscret et je nie tais.

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