ACTE I
M"* VERDIER
Ne m'en parlez pas, monsieur Noël, je ne peux pas croire à ce bonheur-là.
VERDIER
Tu y croiras bien pourtant, quand il va te tomber dans les bras tout à l'heure!
M"" VERDIER
C'est donc vrai, mon Dieu, c'est donc vrai!
NOi^.i,.
C'est si vrai, que nous boirons à sa santé... Tenez, je VOUS ai amené des amis pour ça, moi..., de vieux amis des
jours de fétO... (Montrant les deux boulclilcs qu'il lire do si-s |it»<lios.)
l*erinçtlt'Z-nioi de vous les présenter, ma<l:imo Verdicr: ce sont des caniaradesde vieille date..., une amitié de derrière les faffols et qui ne m'a jamais trompé, celle là!... Derniers représentants des races qui remontaient par Noé, leur ancêtre, jusqu'au déluge, l'eau à pari; union respectable des plus vieux noms de nonrpr'iiJ"*' ''^ *^^' ''"^ P'"^ haute noblesse ilu i{ordelais,Chamberlin allié aux Chàteau- Margaux!
Ah! c'est trop bon pour de pauvres gens comme nous, ça, vraiment !
VERDIER
Toujours le même, monsieur Noël ! Dieu, en avoz-vous mis du dévouement à élever le garçon !...
NOi-iL.
Laissez donc. C'est moi qui lui dois de la reconnaissance au contraire. Quand il y a vingt ans, après avoir envoyé ma démission au ministre et dit adieu à l'Université, je vins m'enterrer au fond de vos bois «i'Auberive, écœuré, malade de corps et d'esprit, je moisissais comme une vieille souche dans mon Irou du Chesnois. Voire
8 RAÏMONDE.
garçon est venu, il m'a redonné du goût à la vie. J'ai pris du plaisir à voir ses belles facultés se développer, comme j'en aurais pris à voir pousser un bel arbre : c'était de l'égoisino, je le sais bien; mais je le soignais, je l'entourais de bonne terre; aujourd'hui, l'arbre agrandi, et je l'arrose,
voilà tout, (Montrant le panier qu'il pose sur la lable.)Quant à cela,
je ne vous en parle pas. C'est une surprise que je ménage à notre Antoine. Mais dites-moi donc, Verdier, comment se fait-il qu'au bout de trois ans il arrive si brusquement?...
VERDIER
Il nous explique ça dans sa lettre, monsieur Noël ; tenez, lisez vous-même. Moi, ça me fait trop d'effet et à la
maman aussi. (Lui indiquant un passage de la jellrc )
NOËL
Ah! les pères, c'est bien cela; sensibles, les pères... et les môres!... sentimentales, les mères! (Prenant la icitre.)
Voyons son style à ce savant, (il s'assoit près de la table.)
c Mon bon père, etc., etc. »
VERDIER, lui montrant le passage.
Là, monsieur Noël, là!
NOËL
Ah! oui. « Pensez donc qu'hier encore, j'ignorais si ce voyage serait possible! »
M"" VERDIER
Pauvre garçon!
NOËL
Allons, madame Verdier, allons! « Enfin, j ai passé avec succès mon concours d'agrégation, je puis partir, je pars. »
VERDIER
Il part, il est parti!)