SCENE PREMIERE
NOËL, «"« VEUDIEH, ANTOINE.
Au lever du rideau, on entend très loin les musiciens du deuxième acte, qui jouent en relraversant les bois. — Antoine se lève et va s'appuijer à la fenêtre.
NOËL, monlranl Antoine.
Ainsi vous dites qu'il veut partir?
M"* VERDIER
Oui, monsieur Noël... Oh! j'ai tout de suite bien vu qu'il y avait quoliiue chose quand il est rentré. Mais je n'osais pas lui parler. H était là, assis devant le feu, sans rien dire, quand tout à coup, voilà qu'il se lève et qu'il me fait : « Mère, je partirai demain, prépare ma malle, veux-tu ? » Les bras m'en sont tombés comme bien vous pensez, à son père aussi... La forêt d'Auberive se seiait
éboulée dans la rivière que, vrai de vrai, nous n'aurions pas été plus étonnés !
NOËL
Il a raison de partir... 11 le faut, madame Verdier,
Mais songez donc que son congé va jusqu'en décembre, et qu'il n'est resté qu'un mois avec nous !
ANTOINE
J'ai reçu contre-ordre, ma mère : on a besoin de moi... Le devoir avant tout.
M"" VERDIER
Contre-ordre?... Où est la lettre?... Oui t*a écrit?... Non, monsieur Noël, ce sont de mauvaises raisons...
NOËL, bas à M°"> Verdior.
Mais sous les prétextes qu'il vous donne, ne devinezvous pas un chagrin que l'absence pourra seule consoler?
M"" VERDIER
Un chagrin? Il a un chagrin!... A cause donc?
NOËL
Avez-vous oublié ce que vous me disiez tantôt? Qu'Antoine négligeait son père, qu'il ne restait jamais auprès de vous?... Ne pensez-vous plus à cette maison de malheur d'où ne peut sortir que le désespoir, et où le cœur de votre enfant est resté?
M"" VERDIER
Ah ! c'est par rapport à la demoist-lle de la Maison verte qu'il veut partir? (AiiimMcrs .\nioine.) Kst-ce vrai cela?... Dis-le-moi, mon garçon, mon Toine, mon enfant! Dis-moi ton gros chagrin comme tu le disais à ta mère quand tu étais petit!
ANTOINE, lemcllant à ses gonoux.
Oh! maman, maman!