SCÈNE VI CLOTILDE, L\ TaEMBLVlE, puis NOËL
CLOTILDE
Allons, il l'aime encore !
LA TREMBLAIE
Avant tout, il faut savoir où elle est!
{II va vers la porte de gauclie et rouvre.) CLOTILDE, regardant autour d'elle.
Pourquoi est-elle ici? Quelle est celte maison? (A LaTrembiaie.) Eh bien?
LA TREMBLAIE
Personne?
CLOTILDE, trouble'e.
Personne?... Raymonde!!! (Elle va vers l'escalier.) Chez qui sommes-nous, enfin?
NOi^L, apparaissant au sommet de l'escalier, éclairé par la lune. — D'un
ton ironique.
Vous êtes chez moi !
(Glotilde recule devant Noël, qui descend lentement l'escalier.)
LA TREMBLA lE.
Lui!
NOËL, descemlant.
Oui, c'est moi... Eh bien, comme il y a vingt ans, nous voilà de nouveau tous les trois... Vous, madame, toujours belle!... Et moi bien vieilli, n'est-ce pas?... Vous m'avez reconnu, cependant... Allons, vous avez bonne mémoire !... Vous ne vous attendiez pas à me rencontrer dans ce pays perdu, et vous comptiez bien être débarrassée à tout jamais d'un mari gênant !
CLOTILDE, se remettant la première.
Que voulez-vous? Après être resté muet pendant vingt ans, vous ne ferez pas un scandale inutile... Ce serait s'y prendre un peu tard!
NOËL, railleur.
Vous pensez qu'il y a prescription, peut-être?... Vous vous trompez... Si mal agencée que soit la société, il y a toujours une heure où elle réclame ses droits et se venge.. . Vous le voyez, puisque je vous retrouve ici.
LA TREMBLAIE, s'avançant.
Vous oubliez (jue vous parlez à une femme, monsieur, et qu'il y a un homme [tour la défendre.
NOËL
Rassurez-vous... Il ne s'agit ni d'elle, ni [de vous, Dieu merci !
CLOTILDR.
De qui s'agit-il donc, alors?
NOËL
De Raymonde..., que vous avez léduite à implorer la protection d'un étranger. Vous n'avez su ni l'aimer, ni vous en faire aimer... Et pourtant vous n'aviez pas le droit de la faire souffrir : c'est votre fille et c'est une enfant. Passe pour moi, qui n'étais que votre mari!