‹ Rayons de miel, égloguesChapitre 2 sur 16 · LA GRAND'MERE · texte numérisé non relu

LA GRAND'MERE

7/N y a cinquante ans, quand je me fiançai

par un clair jour de printemps, je voulus fixer

ce qui avait frappé et mon cœur et mes yeux.

Sur ma tapisserie, je brodai un ciel bleu

et le petit pont qui est à Ventrée du bois,

petit pont sur lequel pour la première fois

je reçus un baiser d'amour sous mon ombrelle.

J'imitais le baiser par une tourterelle

qui s'envolait du pont en enlevant du lierre.

Je fleuris un pommier. "Notre vache laitière

broutait au-dessous l'herbe où tombaient des pétales.

Nous avions, en riant, dans la même timbale

but du lait qui moussait, mon fiancé et moi.

J'ai revu avant-hier ce printemps d'autrefois

qui dormait dans l'armoire. On voyait le baiser

ouvrant son aile en cor dans le paysage usé.

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