LE PÈRE DE JACQUELINE
Dieu vous bénisse, oncle Alexandre ! Yous avez,
évaluant les lots des terres cullivées,
fait cadrer le cœur de chaque homme avec ces terres.
Vos partages étaient comme sur la chaumière
les pampres qu'on dirige avec égalité
pour que chaque fenêtre ait de l'ombre en Été.
Que je puisse, pauvre médecin de village,
avoir fait quelque bien lorsque j'aurai votre âge !
Telle est ma vie : dès l'aube atteler au coucou
le cheval au trot lourd ; apprendre tout à coup,
ainsi que ce matin, qu'un pelit savetier
qui travaillait gaîment hier soir s'est à moitié
coupé le doigt avec un tranchet qui était sale...
Sous la glycine rit une rose bengale,
le jardinet est tout jaune de choux fleuris,
la jacinthe des bois y ondule et sourit. . .
On dirait que rien de nouveau ne s'est passé,
que l'homme doit tirer en sifflant ses lacets
auprès du pot de basilic et de son chat.
On entre, et tout à coup s'élève d'un grabat
une plainte. Tout à côté, sur l'établi
règne l'obscur silence où la misère vit-
Ou bien, la nuit, il faut parfois que je me lève,
et ma voiture, dans une sorte de rêve,
roule, et dans la buée de la fraîcheur légère
une chaude planète est comme une étrangère
dont on comprend le cœur sans comprendre les mots.
Les lilas dans la haie mûrissent leurs émaux.
Et le rossignol parle. "Et la vitre cerise
indique la maison du malade où, assise,
la famille m'attend près de la cheminée.
"L'ombre comme un vent noir palpite, illuminée
çà et là par le suif fumeux. Et j'aperçois
le paquet de douleur qui soulève les draps.
La maladie, c'est le temps qui ravage l'homme.
Je l'ai parfois suivie anxieusement, comme
vous suiviez le nuage aux cassures marbrées
qui menaçait le vin de ses grêlons serrés.
Parfois le ciel brillait soudain. Une accalmie
se produisait. Le grand mystère de la vie
comme un pan de l'azur déchirait tous les doutes.
L'orage s'enfuyait. Jl peine quelques gouttes
roulaient sur les sillons ravagés d'une face
où peu à peu l'écho de l'orage s'espace.
La fièvre de longs jours sur une vie régnait comme une sécheresse angoissante qui n'est qu'un long balancement du ciel bleu qui décide si le grain ou le corps de l'homme sera vide.
ALEXANDRE DE RUCHENFLEUR
jNe parlez plus tristesse aujourd'hui. La journée est si belle que tout y est net. Et ce n'est que du noir sur du blanc, tant c'est vert et c'est bleu. Les arbres du coteau sont devenus heureux.