‹ Rayons de miel, égloguesChapitre 4 sur 16 · LE PÈRE DE JACQUELINE · texte numérisé non relu

LE PÈRE DE JACQUELINE

Dieu vous bénisse, oncle Alexandre ! Yous avez,

évaluant les lots des terres cullivées,

fait cadrer le cœur de chaque homme avec ces terres.

Vos partages étaient comme sur la chaumière

les pampres qu'on dirige avec égalité

pour que chaque fenêtre ait de l'ombre en Été.

Que je puisse, pauvre médecin de village,

avoir fait quelque bien lorsque j'aurai votre âge !

Telle est ma vie : dès l'aube atteler au coucou

le cheval au trot lourd ; apprendre tout à coup,

ainsi que ce matin, qu'un pelit savetier

qui travaillait gaîment hier soir s'est à moitié

coupé le doigt avec un tranchet qui était sale...

Sous la glycine rit une rose bengale,

le jardinet est tout jaune de choux fleuris,

la jacinthe des bois y ondule et sourit. . .

On dirait que rien de nouveau ne s'est passé,

que l'homme doit tirer en sifflant ses lacets

auprès du pot de basilic et de son chat.

On entre, et tout à coup s'élève d'un grabat

une plainte. Tout à côté, sur l'établi

règne l'obscur silence où la misère vit-

Ou bien, la nuit, il faut parfois que je me lève,

et ma voiture, dans une sorte de rêve,

roule, et dans la buée de la fraîcheur légère

une chaude planète est comme une étrangère

dont on comprend le cœur sans comprendre les mots.

Les lilas dans la haie mûrissent leurs émaux.

Et le rossignol parle. "Et la vitre cerise

indique la maison du malade où, assise,

la famille m'attend près de la cheminée.

"L'ombre comme un vent noir palpite, illuminée

çà et là par le suif fumeux. Et j'aperçois

le paquet de douleur qui soulève les draps.

La maladie, c'est le temps qui ravage l'homme.

Je l'ai parfois suivie anxieusement, comme

vous suiviez le nuage aux cassures marbrées

qui menaçait le vin de ses grêlons serrés.

Parfois le ciel brillait soudain. Une accalmie

se produisait. Le grand mystère de la vie

comme un pan de l'azur déchirait tous les doutes.

L'orage s'enfuyait. Jl peine quelques gouttes

roulaient sur les sillons ravagés d'une face

où peu à peu l'écho de l'orage s'espace.

La fièvre de longs jours sur une vie régnait comme une sécheresse angoissante qui n'est qu'un long balancement du ciel bleu qui décide si le grain ou le corps de l'homme sera vide.

ALEXANDRE DE RUCHENFLEUR

jNe parlez plus tristesse aujourd'hui. La journée est si belle que tout y est net. Et ce n'est que du noir sur du blanc, tant c'est vert et c'est bleu. Les arbres du coteau sont devenus heureux.

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