C. R., 189S, I" Semestre. (T. C.WVI, N
» Il existe, bien entendu, de nombreuses causes de variations, dues aux conditions différentes de l'expérinfientation. En faisant beaucoup d'expériences croisées , et en prenant des moyennes générales , on élimine ces variations accidentelles et l'on obtient des chiffres qui sont concordants, même à plusieurs semaines de distance. On peut voir ainsi quelles sont les influences de deux facteurs essentiels, la frétjuence et le poids, sur la puissance maximum.
» Or, pour la fréquence, nous avons pu prouver deux faits importants :
>) 1° La puissance du muscle augmente avec là fréquence des conlraclions ;
» 2° Cette augmentation, dans le cas de fréquences moyennes, est très faible, et la puissi^.nce, dans ces limites, est à peu près constante.
)) Les deux Tableaux suivants, représentant les moyennes d'environ quarante heures de travail, mettent le fait en pleine lumière :
Tableau 1. (Exp. dl A. B.)
Fréquence Grammètres par beconde.
par minule. i'm^'. ôoos'. -ha^^. lOuo-'. ij5ok'.
100 1,2 2,7 3,0 3,6 /Jji
iSo 2,0 3,5 4;1 4i2 4i8
aSo \ ,-j 3,7 4)9 '^i' ^'6
Tableau II. (Exp. de Cu. R.)
■-'5o>i'. ooos'. •j5o8'. )i5os'.
» 1° Il est à remarquer que, pour les poids faibles, cet accroissement de la puissance du muscle, à partir de la fréquence de 200, n'existe pas; mais à cette grande fréquence les poids faibles ne peuvent plus retomber avec assez de rapidité, et les oscillations du poids ne suivent pas les mouvements qu'on tait avec l'index. C'est une cause d'erreur qui n'existe ni pour les grands poids, ni pour les fréquences modérées, de sorte que la décroissance avec la fréquence (à partir de 200 par minute pour des poids de 25o6'" et de 5ooS^) n'infirme nullement la loi énoncée. C'est une cause d'erreur systématique due à l'ergomètre lui-même.
» 2° Pour les poids très forts et les fréquences grandes, la puissance
( 487 ) semble être maximum. Mais ce maximum est presque illusoire, en ce sens qu'on est alors très voisin de l'épuisement total du muscle. Par exemple si, à certains jours, B a pu faire, avec un poids de i2jo*^, un travail de 7,1 grammètres par seconde avec une fréquence de 280 par minute, à
Courbes donnant la puissance en grammètres par seconde pour les diverses fréquences de contraction. — A la ligne des x sont indiqués les poids soulevés en grammes. — A la ligne des y, les puissances en grammètres.
B.Fréq
uence 250
eu
B.Fréquence
— B.Fréquence ISO
R. Fréquence 2S0 R.Fréquence ISC RFréquence 100
Poi
as
Courbes obtenues par Ch. Richet. Courbes obtenues par André Broc.\.
d'autres jours ce travail a été impossible; et d'ailleurs ce n'est qu'après entraînement qu'on arrive à ce niveau élevé de travail. Si, dès le début de l'expérience, on s'était mis à ce régime, en une ou deux minutes le muscle eût été totalement ruiné.
» Cette croissance âe la puissance musculaire avec la fréquence est la confirmation de la loi établie par Heidenhain, puis Nawalichin, et si bien modifiée par M. Chauveau (Le Tra^-ail muiculaire, p. 154-162). Mais elle se présente ici sous une forme un peu différente. Heidenhain et IVawaliclîin avaient vu que l'énergie consommée croît en même temps que les différentes phases de la contraction; autrement dit, que les petites contractions dégagent moins de travail chimique que les grandes, à travail égal; et M. Chauveau a vu que réchauffement musculaire est d'autant plus petit, pour un raccourcissement donné, que le muscle est plus près de son maximum d'allongement normal.
» Nos expériences fournissent la conséquence presque nécessaire de ces observations, à savoir qu'il vaut mieux, à égalité de travail, faire de petites .contractions, nombreuses, qu'en faire de grandes, peu fréquentes. Cette conclusion était implicitement contenue dans les faits éclairés par Heidenhain, Nawalichin et Chauveau; mais il n'en est pas moins intéressant de l'avoir démontrée par une expérimentation directe. D'autant plus qu'on aurait pu, à la rigueur, concevoir que la courbe de fatigue ne fût pas exactement parallèle à l'intensité croissante des actions chimiques, prouvée par Nawalichin, ou des actions thermiques, prouvée par M. Chauveau.
M Quant à ce qui concerne les poids, on verra que la puissance croît avec eux. La courbe du phénomène est facile à voir sur le graphique ci-joint.
» Il est clair que le travail ne croît pas indéfiniment et que l'on doit observer, avec la croissance du poids, une chute de la courbe du travail. Mais cette chute est extrêmement brusque, et, de môme qu'avec les grandes fréquences, avec les grands poids on observe très vite l'épuisement complet du muscle.
M En définitive, nous pensons avoir établi que (pour le muscle fléchisseur de l'index) la puissance musculaire croît avec la fréquence et le poids, de sorte que les conditions les plus favorables de travail pour ce muscle en régime régulier et prolongé auront lieu avec un poids de ^jo*-''' à looos' et une fréquence de 200 à 2*^0 par minute. »
PHYSIOLOGIE. — Du développement de la fibrille conjonctive . Note de M. P. -A. Zachariadès, présentée par M. L. Ranvier(').
« La question du développement de la fibrille conjonctive a été posée par Schwann, en iSSq : aujourd'hui elle est encore un sujet de controverse parmi les histologistes. Deux théories principales ont été émises:
» 1° Le faisceau conjouclif provient directement des cellules conjonctives. C'est la théorie de Schwann; uw certain nombre de cellides, contenues dans le tissu conjonctif embrvonnaire, s'allongent et se transforment à leurs extrémités en un pinceau de fibrilles; une cellule formerait ainsi un faisceau de fibrilles. Plusieurs histologistes ont admis, avec certaines modifications, cette manière de voir; je citerai, par exemple, Yalentin, Max Schultze. F. Boll, etc.
» 2° Le faisceau conjonctif se développe, indépendamment des cellules, par formation extra-cellulaire. C'est la théorie de Henle qu'ont admise, en la modifiant plus ou moins, Reichert, Donders, Tirchow, etc.
» Les observations suivantes permettent de juger la question :
» On sacrifie une grenouille rousse et, par incision de la peau, on découvre la région du genou. La grenouille n'a pas de rotule et le tendon du triceps fémoral en s'aplatissant forme une aponévrose, qui recouvre la face antérieure de celte région ; cette aponévrose a près de i*^'" de largeur, elle est brillante et nacrée. On la détache; il .suffit pour cela de sectionner le muscle vers son tiers inférieur, de saisir avec des pinces son segment périphérique et de couper, au moven de ciseaux, les attaches latérales et inférieures de l'aponévrose, en avant soin de ménager sa face postérieure. C'est sur cette face surtout que siège le tissu dont il sera ici question et qui constitue un nouvel et excellent objet d'étude pour le développement du tissu conjonctif en général. La face postérieure de cette aponévrose, en effet, est recouverte d'une substance gélatineuse et transparente. Si l'on prend de petits fragments de ce tissu, que l'on pose sur une lame et que l'on recouvre d'une lamelle, il s'étale, comme le ferait une boule d'oedème artificiel, de tissu conjonctif; c'est, pourrait-on dire, une boule d'oedème physiologique.
« Pour éludier avec fruit ce tissu il faut commencer par le fixer au moyen d'une (') Travail du Laboratoire d'Histologie du Collège de France.
solution d'acide osmique à i pour loo, soit en laissant tomber quelques gtfuttes de celte solution sur la face postérieure de l'aponévrosCj une fois mise à découvert, soit en la plongeant dans lacide osmique, soit encore en y injectant au moven d'une seringue une petite quantité de cette même solution. La fixation obtenue, ce qui arrive au bout de dix minutes en mojenne, on doit laver à fond pour enlever l'excès d'acide osmique; il est bon même de laisser jusquau lendemain le tissu ainsi préparé dans de l'eau filtrée ('). On colore ensuite en masse par une solution faible de violet 5 B ; cette coloration doit se faire lentement, pendant vingt-quatre heures par exemple. On porte alors un petit fragment de ce tissu sur une lame de verre avec une goutte d'eau et on létale en comprimant légèrement la lamelle.
» "Voici ce que l'on voit dans les points tes pins lavofables à l'observation : des cellules volumineuses à proloplasma fortement granuleux, à gros noyau, rond, ovoïde ou réniforme, contenant un ou plusieurs nucléoles; des prolongements protoplasmiques en nombre prodigieux partant de ces cellules, d'un de leurs pôles seulement, ou de deux pôles à la fois, ou bien encore de plusieurs points différents de leur surface; ces prolongements, de volume moyen, se divisent, se subdivisent et s'anastomosent soit entre eux, soit avec les prolongenienls des cellules voisines; ils peuvent avoir tous la même direction, ou bien des directions variées; leur longueur est extrême, on ne peut préciser leurs limites ("). Parfois deux ou trois cellules s'emboîtent et envoient toutes des prolongements dans un seul et même sen»;, celui de leur concavité.
» Voici maintenant le fait intéressant : à une certaine distance de la cellule ces prolongements se groupent, prennent une direction rectiligne, changent de réfringence, ne se colorent plus que par places et, si on les suit plus loin encore, on voit que les parties incolores augmentent d'étendue, tandis que les parties colorées, de plus en plus réduites, ne sont représentées que par de simples grains intercalés dans le filament incolore et finissent par ne plus être visibles; cependant on trouve souvent quelques-uns de ces grains isolés à une très grande distance de la cellule. C'est ainsi que les prolongements protoplasmiques se transforment en fibrilles qui conservent désormais leur calibre, ne s'anastomosent plus, ne se colorent plus par le violet 5B, ont le même aspect et la même réfringence
(') Au lieu d'employer l'acide osmique comme fixateur immédiat, on peut, avec avantage, mettre d'abord le tissu pendant vingt-quatre heures dans de l'alcool au tiers, ce qui facilite la dissociation des fibrilles.
(-) M. Ranvier depuis quelques années déjà avait décrit dans son Cours et nous avait montré des préparations dans lesquelles les cellules conjonctives avaient acquis des dimensions considérables, sous Tinfluence de l'irritation.
( 491 ) que les fibrilles du tissu conjonctif; ce sont évidemment des fibrilles conjonctives. Ces fibrilles s'accolent bientôt pour former des faisceaux; cependant on en trouve qui restent comnlètement isolées et, après un assez long trajet, vont renforcer un faisceau conjonctif éloigné. Souvent un prolongement protoplasmique donne naissance, le long de son trajet, à d'autres prolongements parallèles, qui ont une direction perpendiculaire à celle du premier; c'est ce qui expliquerait la disposition croisée que présentent habituellement les faisceaux conjonctifs, les lames homogènes et striées de l'os, de la cornée, etc. Dans certains points on voit plusieurs cellules voisines, qui sont réunies entre elles par un très grand nombre de prolongements fins, très rapprochés; elles forment ainsi un réseau protoplasmique très élégant, un très beau tissu conjonctif réticulé ; dans ce cas, c'est de ce réseau commun que partent les branches terminales qui vont constituer les fibrilles conjonctives.
» Il est probable, bien que je n'aie pas pu le constater encore, que ce mode de développement peut s'appliquer aux fibrilles du tissu conjonctif en général. Toutes les cellules conjonctives sont-elles capables de donner naissance à des fibrilles? Je ne saurais le dire; en tous cas et pour éviter toute confusion je proposerais de désigner celles que je viens de décrire sous le nom de cellules inoplastiques »
PALÉONTOLOGIE VÉGÉTALE. — Sur la constitution des CanneJs ('). Note de AI. B. Renault, présentée par M. Van Tieghem.
« Les Cannels offrent, au point de vue de leur constitution, une variété plus grande que les Bogheads; en effet, tandis que ces derniers combustibles sont formés d'Algues microscopiques, accompagnées d'une proportion relativement minime de spores et de grains de pollen, le tout disposé en lits stratifiés au milieu de la matière fondamentale, les Cannels, au contraire, au sein de cette même matière, montrent :
» 1° Tantôt de nombreux corps jaunes, la plupart organisés, parmi
(') Les charbons connus sous le nom de Cannels se trouvent en couches parallèles au sein même de la houille. Ils sont employés de préférence aux. Bogheads à cause de la meilleure qualité de leur coke, pour enrichir les houilles pauvres en gaz. La houille de Bessèges, par exemple, ne donne par tonne que 235'""= de gaz, les Cannels ont un rendement de Soc™" à SSo""'. Les mélanges de la Compagnie parisienne du gaz fournissent 290™"^ environ.
( 492 ) lesquels prédominent, non plus des Algues, mais des microspores et des macrospores; les Algues, les menus débris végétaux ne s'y rencontrent qu'en petite quantité.
» Comme exemple de ce premier type, nous pouvons citer les Cannels anglais de Lesmahagow, Bryant, Burghlée; celui de Cannelton (Nouvelle- Virginie), de Ceberga (Espagne); le Splint-Coal de Rive-de-Gier, celui-ci sans Algues; etc.
» 2° Tantôt des corps organisés, surtout représentés par des grains de pollen, quelques spores et macrospores, mélangés h des fragments de plantes diverses (Cannel de Commentry).
•» 3" Tantôt enfin des éléments organiques complètement dissociés et devenus méconnaissables (Cannels de Bucna-Vista, Kentucky). • » Dans cette Note, nous examinerons seulement un Cannel du premier type, le Cannel Bryant, en mettant sous les yeux de l'Académie plusieurs ])hotographies à l'appui, et dont l'amplification a dû être poussée jusqu'à I 200 diamètres.
» Sur une coupe verticale, on distingue, au milieu de la matière fondamentale de couleur foncée, les éléments organisés de couleur jaune clair, disposés en couches stratifiées. Tous les Cannels que nous avons examinés présentent cette stratification, qui indique leur dépôt au milieu des eaux.
» Parmi les nombreux corps jaunes qui forment près du tiers de la masse du Cannel, nous ne citerons que les suivants :
» 1° Des macrospores sphériques, mesurant S^OfJ., dont les trois lignes de déliiscence caractéristiques sont limitées par une sorte de bourrelet circulaire. La surface est rugueuse, sillonnée de dépressions irrégulières, dues au travail de Microcoques visibles avec un grossissement suffisant.
» 2° Des macrospores de taille plus faible; les unes atteignent à peine ^ifJi, présentent une surface accusée de nombreuses petites cavités circulaires larges de il'', 3 se détachant par leur couleur foncée sur l'enveloppe triradiéu et garnies de Microcoques dont le diamètre est à peine ci'-, 5; d'autres un peu plus grosses, 48k> oft'''^nt au contraire de nombreuses petites aspérités en forme de piquants.
» 3° Quelques-unes ont une surface nettement réticulée ; les mailles hexagonales mesurent 5 |x à 6 [a de côté ; le diamètre des microspores est de 44 1-"-; elles rappellent par leur taille et leur réseau certaines macrospores de Sphenophylluni siliciûées de Rivede-Gier.
» 4° D'autres fois, les macrospores afl'ectenl une forme subtriaugulaire; l'espace qui porte les trois lignes radiantes est cii'conscrit par un bourrelet très net, leur diamètre n'atteint que 33 ja; quand elles sont ouvertes, l'ouverture est bordée par une couronne de Microcoques; cette macrospore est très rare {').
(') Elle est très commune, au contraire, dans les Cannels-Bogheads russes.
» 5° Mais les organismes les plus communs et caraclérisliques du premier tvpe de Cannel sont des microspores, la plupart du temps isolées; elles constituent à elles seules près des 4 des corps jaunes, leur contour est triangulaire et présente deux faces planes, la troisième est convexe, leur grande longueur atteint 46;ji. et la petite 33 ii; réunies en tétrade elles constituent une sphère dont le diamètre est de 64,u-
» Les macrospores décrites en premier lieu et les microspores dont il vient d'être question diffèrent peu par la taille des macrospores et microspores de certaines Lycopodiacées arborescentes, Lépidodendrées entre autres; il ne serait pas impossible qu'elles en provinssent.
» 6" On rencontre également, mais en petite quantité, des Algues, sans doute autrefois sphériques, maintenant plus ou moins aplaties, creuses, larges de 45^'' et hautes de 251^; ce sont de jeunes Pilas, peut-être des Pila scotica: elles sont remplies de Microcoques.
» 7" Les différents organismes que nous venons d'énumérer sont envahis souvent par des mvcéliums de Champignons filamenteux existant dans la matière fondamentale; c'est principalement dans l'épaisseur des enveloppes plus ou moins altérées des macrospores que nous avons pu les étudier. Le mycélium est formé de filaments rectUignes ou sinueux, souvent bifurques; les branches émettent des ramules très courts, terminés par une conidie sphérique; les filaments sont formés d'articles eux-mêmes reclilignes ou arqués, longs de a!', g et larges de oH-, 85.
» On peut suivre le développement du parasite. A peine entré, le filament mycélien émet un rameau qui lui-même produit deux ramules dichotomes très courts, terminés chacun par une conidie sphérique mesurant o:^,8 à i!^; la longueur des ramules ne dépasse pas 2!^ et leur largeur o'^,8; le filament émet encore un ou deux rameaux qui se conduisent comme le premier. 11 en résulte une plantule haute de S!"- à &^, présentant le port d'un Bolrilis carnea extrêmement réduit. Les conidies, en germant à l'intérieur des fragments nourriciers, finissent par le remplir d'un mycélium très dense. Nous donnerons à ce Champignon microscopique le nom à' Antlirocoinyces caniiellensis; il se rencontre également dans les Cannels-Bogheads du Bassin de Moscou, le Boghead Arraadole, etc.
» En résumé, en niellant à pari les ciiarbons russes, qui louchent aux Bogheads à cause d'une assez forte proportion d'Algues, il résulte de ce qui précède que :
» 1° Les Cannels présentent plusieurs tvpes; nous en signalons trois aujourd'hui.
» 2° L'un des types sur lesquels nous avons insisté est caractérisé par la présence, dans la matière fondamenîale, d'une grande quantité de microspores et de macrospores, d'une moins grande proportion de Pilas et de mycéliums de Champignons, le tout en couches stratifiées.
» 3° Les éléments organiques ont été envahis par des Bactériacées et par des Champignons qui ont vécu à leurs dépens. »