C. P., 1S98, I" Semestre. (T. CvXVI, .N
( 554 ) du gypse [trace du clivage A'(r oo)], quelle que soit du resté l'orieiitalion des cristaux d'anhydrite qui les renferment.
» Enfin, si la température est portée j>lns liant, l'anhydrite fond et rccristallise en grandes lames {' , même par un rapide refroidissement.
» L'anhydrite étant relativement peu sohible dans l'eau, on comprend maintenant pourquoi le plâtre cuit à température tro|i élevée ne fait prise qu'avec une extrême lenteur ou même ne fait pas prise du tout.
» Quand on place dans l'eau un cristal du gypse transformé en sulfate anhydre triclinique, celui-ci s'hydrate rapidement. Le gypse ainsi formé est cristallisé sous forme de petites aiguilles dont l'allongement est parfois parallèle à l'axe vertical du cristal de gypse primitif: il se présente aussi en groupements sphérolitiques. »
GÉOLOGIE. — Sur l'origine des nappes de recouvrement de la région de /' Ubaye. Note de MM. W. Kilias et E. Haug, présentée par ,\T. Michel Lévy.
<i Nous avons établi, dans une série de Notes (-), l'existence de masses de recouvrement dans une partie du bassin de la haute Durance et, en particulier, dans les montagnes qui avoisinent l'Ubaye.
» Jj'étude de ces lambeaux, qui reposent sur un suhstraLum plissé et qui forment, des environs du col de Pelouze, limitrophe des Alpes-Maritimes, à la montagne de Piolit, près de Gap ( ■' ), en passant par les Siolanes et le Morgon, une suite grandiose de massifs exotiques, nous a conduits à distinguer, parmi eux, les témoins de plusieurs nappes charriées distinctes et de faciès différent.
(') La barjline (BaSO*) et la céleslile (SrSO') recrislalliseiil de la même façon av€c grande facilite.
(-) Comptes rendus Soc. de Stat. de l'Isère, i^ novembre 1892. — Comptes rendus, 3i décembre 1894. — Esquisse de (a struelure géologique des environs de liarcelonnette {Basses-Alpes) {Annales de l'Université de Grenoble, 1895). — Comptes rendus Collab. Sen<. Carte géol. de France, n° 3.3, p, 122 (iSgS-g^)- — Comptes rendus Collab. Serv. Carte géol. de France, n° 53, p. ij^ (1896). — Notice géologique sur la vallée de Darcelonnette [in Notices sur la haute vallée de l'Ubaye (avec une Carie scliémalique) publiées parla Soc. Ijotanique de France,
(') Haug, Excursion géologique dans la haute vallée du Drac {Comptes rendus Séances Soc. géol. de France, 5 novembre 1894).
» Il nous a été possible de rattacher l'une d'elles, la nappe infériem-e de l'Ubaye, à une bande anticlinale qui, de Jausiers au col de Famouras, représente, un peu en arrière des lambeaux de recouvrement, la racine d'une partie de ces lambeaux.
» Mais les plus importantes des masses exotiques, celles de l'Olan, des Siolanes, du Morgon. par exemple, constituant la nappe supérieure de l'Ubaye et caractérisées par le faciès spécial qui affecte le ^lalm (calcaires blancs récifaux, passant à des calcaires roses bréchoïdes et amvgdalaires identiques au marbre de Guillestre), ainsi que le Nummulitiqne (calcaires et grès à Numm. perforata), ne peuvent être raisonnablement considérées comme émanées des anticlinaux voisins, et, depuis longtemps déjà, nous avons reconnu leur origine plus lointaine.
» Frappés, d'une part, de l'étrange et profonde dissemblance qu'offrent les terrains constituant ces masses charriées avec les couches de même âge qui forment leur soubassement, et guidés, d'autre part, par la présence du faciès bréchoïJe à teinte rosée dans certaines parties de ces lambeaux de recouvrement [Siolanes, Revel (passage de la brèche rose aux calcaires blancs ('), Chabrières], nous avons fait porter cette année nos recherches sur la région de Montdauphin-Guillestre, où les calcaires roses amvgdalaires tlu Jurassique supérieur forment des affleurements encore in silu, bien connus et décrits par Ch. Lorv.
» Notre but élail de retrouver dans ces parages l'origine de la nappe supérieure de recouvrement de l'Ubaye, dont les fragments de charnières, observables en plusieurs points (notamment à l'Olan), semblent indiquer qu'elle provient du nord-est.
» Cette étude nous a montré que les plis de la bordure orientale du Pelvoux se continuent au sud-ouest de Yille-Vallouise par Frevssiniéres, Champcelia et Réolier, en se déversant vers l'ouest-sud-ouest, au point de fournir en avant d'eux des lambeaux de recouvrement (^col de ïramouillon) sur le front desquels le Flysch présente des contournements (la Yautisse 3 162™). Ces mêmes plis, jalonnés par des bandes anticlinales de terrain houiller et de quartzites et déviant vers le sud-est, franchissent la Durance près du Plan-de-Phazy (novau anticlinal granitique), toujours déversés vers l'Embrunais; puis ils se poursuivent sous forme de minces lames anticlinales, disparaissant parfois au milieu des puissants empilements isochnaux du Flysch, entre la Durance et l'Ubayette. Le faciès du
(') Voir W. KiLiAN, Comptes rendus. 21 octobre 1889.
Jurassique supérieur, calcaires roses amygilalaires, a\ec noyaiix de calcaire récif al, celui du I^ias (brèche à rognons de silex) rappellent en maint endroit de cette contrée le faciès des masses exotiques de l'Ubave (Siolane ronde); toutefois nulle part les grandes masses de calcaires récifaux du Malm et les couches à grandes Nummulites n'ont pu être observées jusqu'à présent. Les anticlinaux de Champcella-Réotier font partie d'un fiiisceau de plis déversés vers l'ouest, qui comprend également les épais dépôts de Flysch, de Saint-Clément et deChâleauroux, au milieu desquels se montre encore, près de ce dernier village, une lame aniiclinale étirée de calcaires triasiques.
» Les plis est-ouest signalés sur le liord méridional du m:issifdu Pelvoux par M. Terniier jusque dans le voisinage de Donrmillouze, viennent probablement s'infléchir vers le sud-sud-ouest, parallèlement aux précédents (le massif du Pelvoux se terminant eu amvgdaloïde, ainsi que l'a indiqué notre confrère), puis se couchent, eux aussi, vers le sud-ouest.
» C'est au faisceau ainsi formé, et à sa continuation vers le sud-est, que nous attribuons la nappe supérieure de charriage de l'Ubave; l'étude de ce faisceau présente une très grande importance, car c'est à lui seul que peuvent être rapportées les grandes masses exotiques, et cela pour les raisons suivantes :
» a. Les plis situés immédiatement à l'est (environs de Guilleslre, Escreins, Serenne, Me\ronnes) sont déversés vers l'Italie el n'ont pu, par conséquent, fournir des masses charriées vers le sud et le sud-ouest, c'està-dire en arriére d'eux;
» b. Les masses exotiques en question ne peuvent être venues de l'ouest, du sud-ouest ou du sud, le faciès des dépôts en place étant absolument différent dans ces directions à une graii;le distance;
» c. Il existe, il est vrai, dans les environs de Nice, des calcaires blancs jurassiques et des couches à grandes Nummulites, fort analogues à celles de nos masses exotiques, mais l'éloignement de cette région et la structure des contrées intermédiaires (') suffisent pour écarter l'hypothèse d'un rapport tectonique quelconque entre les recouvrements de l'Ubave et les formations du littoral.
» Il est donc très piobable que la nappe supérieure de recouvrement de l'Ubaye provient bien des anticlinaux appartenant au faisceau de Réotier, et actuellement laminéi au milieu du FIvscb qui continue cette zone vers
(') Décrites récemmeiil en détail par M. L. Bertrand.
(■ 5.57 ) Toiinioiix, Larclie et l'Italie. Une suite de dépôts récifaiix pendant la période du Malm, un petit géosynclinal à grandes Niimmulites pendant l'Éocène, puis de puissants dépôts de Flysch auraient caractérisé cette zone aujourd'hui fortement réduite en largeur par l'acuité des phénomènes de plissement qui lui ont donné sa structure isoclinale. Quant à l'étendue du recouvrement elle devait dépasser So*^"".
» En arrière du faisceau de Réotier, une ligne passant par S' Crépin, Guillestre, S"" Marie-de-Vars, S' Paul et Larche, jalonne un synclinal de part et d'autre duquel le déversement des plis a lieu en sens inverse. Cette ligne n'est pas, ainsi que l'un de nous l'a déjà montré (' ), la continuation de l'axe de l'éventail houiller de la Savoie, qu'elle relaye, pour ainsi dire, au point de vue de la symétrie, car cet axe passe par le haut de la vallée de Névache. le col de Granon, Briançon, et laisse à l'ouest le massif de Pierre- Eyraut pour se diriger vers les massifs de Béal-Tra versier et de la Purfande. c'est-à-dire bien à l'est du svnclinal de Guillestre. »
GÉOtwOGiE. — • Sur quelques phénomènes d'érosion et de corrosion Jlmiales. Note de M. Jeax Brumies, présentée par M. de Lapparent.
« Un peu en amont de Fribourg (Suisse), au sommet d'un des nombreux méandres de la Sarine, on a construit, de 1870 à 1872, un barrage et créé une chute d'eau dont la force est aujourd'hui exploitée par une usine électrique : c'est le barrage de la Maigrange. On a creusé à la même époque, à travers le promontoire de mollasse qui formait la rive convexe du méandre, un canal de décharge, long de plus de 100'°, très légèrement incliné, et qui se termine par une chute de 9™. Ce canal est relativement étroit par rapport à la surface du réservoir; les eaux y atteignent souvent la hauteur de i""; lors de la crue exceptionnelle du 3 octobre 1888, elles se sont élevées au-dessus de 4'°- Enfin ce canal, dont l'ouverture est de 55™, va se rétrécissant et n'a que 28"" dans sa partie centrale; on comprend aisément qu'il s'y produise de très nombreux tourbillons.
» Or la mollasse du fond, homogène et tendre, est admirablement faite pour subir toutes les actions d'érosion et de corrosion (-). Au mois
(') W. KiLiAN, Notes sur l'histoire et la structure des chaînes alpines de la Vaurienne, etc. {Bull. Soc. géol. de France, 3* série, tome XIX, p. 646; 1891-1892). (^) En ce qui concerne les actions d'érosion cl de corrosion fluviales, j'adopte la
de novembre 1897, une sécheresse exceptionnelle ayant mis à découvert le fond du canal durant une semaine, j'ai pu en étudier de près toutes les formes, qui ont exigé, pour leur formation, le maximum d'un quart de siècle.
» Ecailles. — Dans la partie supérieure droite, j'ai constaté de grandes écailles demi-circulaires, où les feuillets des couches de la mollasse ont été relevés par l'eau de telle manière qu'ils paraissent indiquer une forte inclinaison des couches ; en réalité, tandis que les strates ont en cet endroit un plongement est-ouest d'ailleurs très léger, les feuillets des rebords des écailles se trouvent soulevés indistinctement dans toutes les directions : ces formes sont en relation directe avec les courants circulaires que dessinent les eaux, lorsque, dans la partie large du canal, elles vont battre contre la paroi de l'île, pour pénélrcr dans la partie plus resserrée du couloir.
» Ln plus grande de ces écailles est formée de deux écailles qui se font suite et qui se tiennent sur une longueur de 3'", 10; le rayon delà plus petite a i™,o5; celui de la plus grande, i",3o. Entre la partie supérieure du rebord et le centre, la différence de niveau est de o^jia ; entre la partie supérieure du rebord et son pied, elle est de o™, 093.
» Marmites. — Le fond du lit, surtout au delà du resserremeni, est semé de marmites fluviales : j'en ai vidé, mesuré, étudié et photographié un grand nombre. Je résumerai seulement ici mes remarques.
)) Les parois ne sont pas verticales; le bord supérieur de la cavité surplombe ordinairement. L'exemple le plus frappant est celui de deux marmites qui, en s'approfondissant, se sont rejointes, le vestige de l'ancienne cloison ne subsistant qu'à la partie supérieure sous la forme d'une langue de mollasse de o"",i5 de longueur. Rien ne met mieux en évidence le fait suivant : si l'eau est la cause de ces formations, elle n'est pas elle-même l'instrument d'érosion; elle corrode à l'aide de la mitraille de galets et de sables qu'e le transporte, et son action, si forte sur toutes les parties avec lesquelles les matériaux sont en contact, est très lente ou insignifiante sur les bords supérieurs.
)) Les fonds des marmites affectent deux formes princi|Jales, reconnues et décrites par G.-R. Gilbert, dès 1873 ( Whcclers Report, p. 73) : le fond des unes est tout simplement concave; les autres se terminent par une
distinction qu'établit A. Penck {Morphologie (1er Erdobcrjlnclic. t. I, p. 3i i et suiv.; Stuttgart, 1894).
saillie de forme conique, entourée par une dépression annulaire; dans ce dernier cas, les difTérents points qui marquent le fond de la dépression ne sont jamais sur un même plan horizontal; la courbe est s|)iraliforme. Or ces deux tvpes n'en forment qu'un seul et répondent à deux stades de la formation :
» a. Lorqu'une marmite se termine par un petit cône surbaissé, elle doit être regardée comme inachevée : le tourbillon s'est arrêté en plein travail, interrompu qu'il a été, soit par une baisse rapide des eaux, soit par une invasion trop rapide de galets on de sables qui l'a brusquement paralvsé. Tant qu'une marmite est en formation, on reconnaît sur le fond les effets des spirales du tourbillon.
» b. Lorsqu'une marmite se termine par un fond concave, c'est qu'elle est acfievée ou près de l'être. Une marmite s'achève parce que, le tourbillon demeurant constant, le ravon de giration se réduit de plus en plus avec la profondeur, et parce qu'il arrive un moment où la force centrifuge à l'extrémilé inférieure est annihilée : ce moment, d'ailleurs, est souvent hâté par l'accumulation progressive des matériaux dans la marmite, qui meurt ainsi de pléthore et qui ne peut rentrer dans la période d'activité que sous lactiou d'un tourbillon plus vigoureux.
» Cette reprise de l'activité n'est d'ailleurs pas un cas exceptionnel, et j'en ai constaté des exemples caractéristiques. Dans l'un d'eux, le premier stade avait donné une marmite qui s'était arrêtée au j)oint où le mouvement giratoire était contrarié parla présence d'un caillou delà mollasse; le deuxième étage a été créé par un second tourbillon, nettement distinct du premier, et de rayon beaucoup plus court.
M Ainsi, dans bien des cas, la marmite adulte parait s'être formée non en une seule fois, mais par intermittences, en rapport avec les variations de l'activité des tourbillons.
» Quelle que soit cette actÎAité, il v a une limite d'action que les tourbillons ne dépassent pas, de même que l'action érosive des cours d'eau sur le fond a comme limite leur profil d'équilibre.
» La forme-limite perd de plus en plus ces traits distinctifs du premier âge, que la mollasse de la Sarine, tendre et plastique, révèle avec une netteté exceptionnelle; la forme vieille est cvlindrique comme un sac et le fond est d'une concavité qui se rapproche plus ou moins de l'horizontalité ; bref, les vestiges spiraliformes s'oblitèrent de plus en plus: c'est pourquoi dans les régions où ces phénomènes sont de très ancienne date, spéciale-
( 56o ) ment là où ils remontent à la période de la grande extension des glaciers, la forme oblitérée ou vieillie est prédominante.
» De toutes les marmites du canal de décharge, la plus grande est elliptique et a les dimensions suivanles : diamètres SE-NW := o'",535 et NE-SW = o"',742; profondeur =^ i™,2i. Dans une échelle à poissons voisine, aujourd'hui en p;>rtie démolie, et qui avait été achevée seulement en 1880, j'ai mesuré une marmite en forme de sac étroit, de i™ de diamètre et où la distance de l'orifice à la partie supérieure du remplissage de galets était de 3", 27.
» La présente Communication est surtout déterminée par une double considération : i°il est rare que le lit d'un rapide, ayant des dimensions et un débit analogues à ceux du canal de décharge de la jNIaigrange, et d'autre part établi sur une roche aussi modelable que la mollasse marine, puisse être commodément étudié; 2'' il est rare qu'on puisse attribuer à des phénomènes naturels de cet ordre un âge exact et indiscutable. »
M. Li. Mayou adresse une Note relative à la grande pyramide d'Egypte, considérée comme ayant été, à son origine, un monument géodésique.
(Cette Note sera soumise à l'examen de M. Paye.)
M. d'Ocagse adresse une nouvelle Note intitulée : « Application aux équations à trois et à quatre variables, de la méthode nomographique la plus générale, résultant de la position relative de deux plans superposés. ■)
M. P. Valerio adresse une Note <■ Sur la loi des erreurs d'observation. » La séance est levée à 4 heures. J. B.
COMPTES RENDUS
DES SÉANCES
DE i;académte des sciences.
PRÉSIDENCE DE M. WOI.F.
MEMOIRES ET COMMUIVICATIONS
DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE LACADÉMIE-
CHIMIE GÉNÉRALE. — Actions chimiques exercées par V ejjluve cleclrique , Méthoihs; par M, Berthelot,
« 1. J'ai fait de nouvelles expériences sur les actions chimiques de l'effluve électrique, et en particulier sur la fixation de l'azote par les composés organiques, questions également inléressanles au point de vue de la Chimie pure et de la Physiologie végétale. Ces expériences font suite à celles que j'ai puljliées à plusieurs reprises, depuis quarante années, sur les mêmes sujets, et qui se trouvent résumées dans mon Essai de Mécanique chimique, t. II, p. 3G2-/|Oo : expériences qui m'ont conduit à la découverte de la synthèse totale de l'acétylène, de l'acide cyanhydrique, de l'acide persulfurique et congénères, ainsi qu'à celle de la fixation incessante de l'azote libre de l'air, par l'électricité atmosphérique, sur les principes immédiats des végétaux dans leur état naturel.
G. R., iSgx, r' Semestre. (T. GXXVI, N° 8.) 7'^
)) Les nouvelles expériences que je vais publier ont pour objet d'approfondir les mécanismes généraux et les conditions spéciales d'exercice des réactions de l'effluve. Leurs applications à la Chimie proprement dite et à celle des êtres vivants constituent une méthode aussi étendue que celle des réactions pyrogénées : il y a là tout un monde de combinaisons, tout un domaine, singulièrement fertile à exploiter.
» Je me suis proposé d'étudier méthodiquement la fixation électrique de l'azote, celles de l'hydrogène, de l'oxyde de carbone et, plus généralement, les transformations des principes organiques isolés, ainsi que leurs actions réciproques.
» Mes expériences sont complètes, dès à présent, sur plus de cent vingt systèmes. Elles m'ont déjà occupé depuis un temps considérable et leur poursuite exigera sans doute un temps plus long encore : je ne saurais même prétendre à épuiser un sujet aussi vaste, mais je tâche d'y définir certaines directions, en vue des recherches de l'avenir.
n Ainsi j'ai étudié les principes typiques des fonctions fondamentales : carbures d'hydrogène, alcools et dérivés éthérés, aldéhydes, acides, amides, alcalis et composés azoïques; j'ai envisagé spécialement les corps isomères et homologues.
» T'ai opéré, toutes les fois que la chose a été possible, sur des systèmes entièrement gazeux, ou susceptibles de prendre cet état dans le cours de l'expérience; de façon à définir, d'une manière exacte, les proportions des éléments dans les produits transformés. Je me suis attaché surtout à établir fa limite des trnnsformations, dans des conditions de temps et d'intensité bien définies.
» 2. Donnons d'abord quelques brefs renseignements sur le dispositif des expériences. Elles consistent à placer les corps destinés à subir la réaction, dans l'état isolé ou mélangés, au sein d'un espace étroit, annulaire ou de toute autre forme, de façon à leur faire jouer le rôle de diélectriques, incessamment traversés par les décharges d'un appareil à haute tension, tel qu'une bobine d'induction.
» J'ai employé, dans la plupart des cas, un appareil de Ruhmkorff, muni d'une bouteille de Leyde, jouant le rôle de condensateur extérieur, et d'un interrupteur Marcel Deprez, protliiisant plusieurs centaines d'interruptions par seconde. r>es décharges sont alternatives. I/appareil est alimenté par une batterie de 5 accumulateurs, développant une tension de 12 volts en moyenne et donnant lieu, dans les conditions de ces expériences, à un débit de 2 ampères environ, débit soutenu pendant vingt-
quatre heures consécutives. La longueur des étincelles de la bobine, munie de son condensateur extérieur, et fonctionnant avec l'interrupteur défini plus haut, était de 12""" à 1 5""" environ. I.a durée complète a été de vingtquatre heures: mais, dans chaque expérience et à diverses reprises, j'ai examiné les produits intermédiaires.
» Les substances influencées étaient placées, en général, dans l'espace annulaire qui sépare deux tubes concentriques de verre, distants de i""" environ : j'ai décrit et figuré plus d'une fois ces appareils ('); certains sont entrés dans la pratique courante des laboratoires. J'ai également mis en œuvre des piles de plateaux et capsules minces de verre, cvlindriques et à fond plat, superposés, lesquels renfermaient des liquides ou des solides et étaient garnis, à leur face inférieure, de feuilles métalliques, mises en communication soit avec les pôles d'une pile de plusieurs centaines d'éléments Leclanché, soit avec ceux d'une bobine d'induction : de façon à constituer des champs électriques, à charge fixe et de sens constant dans le cas de la pile, à charge incessamment variable et de sens alternatif dans le cas de la bobine. Les plateaux et capsules sont empilés au sein de grandes conserves de verre, où l'on peut, à volonté, faire le vide; ou bien faire pénétrer à demeure, ou bien encore faire circuler, soit un gaz, soit un mélange de gaz déterminés.
» 3. Les réactions que j'ai étudiées ont été exercées entre gaz, liquides et solides. L'action réciprocjue des gaz est le cas tvpe, ainsi qu'il a été dit plus haut. On y ramène le cas d'un liquide agissant sur un gaz, lorsque ce liquide possède une tension de vapeur considérable à la température ordinaire, comme dans le cas de l'éther diéthvlique agissant sur l'azote, par exemple. Pour les cas où la tension est trop faible pour permettre des mesures de volume rigoureuses de la vapeur, je pèse le liquide dans une très petite ampoule, contenant, par exemple, oo^s"^ ou 60™^"" du composé, et j'écrase l'ampoule au sein du g;iz, pris sous un volume connu, dans la région supérieure, entre les deux tubes concentriquesde l'appareil à effluve.
» Si le liquide offre une tension de vapeur très faible ou nulle (les huiles grasses, par exemple), ou peut encore réaliser des essais qualitatifs; mais il est difficile, sinon presque impossible, d'atteindre la limite des réactions,
(') Ozonaleurs et appareils indépendants de -la cuve à mercure : Essai de Mécanique chimique, t. II, p. 36-, 3-3. — Tubes-éprouveltes, pour opérer avec des volumes gazeux connus sur la cuve à mercure, Annales de Chini. el de Pkjs., 5° série, l. \, p. 79; 18-7, elc.
à cause de l'imperfection des conlacts; les liquides étant amenés à s'écouler jusqu'au bas des éprouvettes, à la surface du mercure, là oii les actions diélectriques ne s'exercent plus guère.
» A fortiori, en est-il de même pour les systèmes hétérogènes formés par un gaz et un solide, dont la surface seule subit les réactions. Il existe à cet égard de grandes différences entre les solides durs et compacts, tels que les sels cristallisés et certaines résines vitreuses, les solides feuilletés et clivables aisément, et les solides plastiques, tels que le camphre et les résines molles; la durée des réactions se trouvant modifiée par des conditions de contact purement physiques, indépendamment de la vitesse du phénomène chimique et moléculaire proprement dit.
» Quant aux dissolutions aqueuses, alcooliques, ou autres, elles se prêtent mal aux réactions d'effluve : d'une part, à cause de l'imperfection du contact entre le corps dissous et le gaz qui surmonte la dissolution, et, d'autre part, à cause de l'isitervention proj^re du dissolvant ; par exemple, lorsque l'eau préexiste, ou prend naissance durant la réaction de l'azote sur un composé organique, cette eau est susceptible de produire, pour sou propre con)pte, de l'azotite d'ammoniaque, conformément à une réaction que j'ai étudiée autrefois ( ' ) :
Az- -h 2H^0 = AzO^ AzH' ;
je l'ai observée à plusieurs reprises, comme action secondaire, dans le cours des présentes expériences.
» 4. L'emploi exclusif des liquides sans gaz, comme diélectriques, dans les réactions chimiques, répond à des conditions fort différentes : je signalerai dans une Note spéciale quelques essais cpie j'ai faits sur ce sujet. Quant aux solides sans gaz, soit en couche uniforme, obtenue par fusion, soit disséminés au sein d'un espace vide, l'élude de leurs réactions soulève des problèmes divers que je n'ai pas encore abordés.
5. La succession des actions exercées sur un système tionné de corps, simples ou composés, réclame une attention particulière. En effet, il est rare, surtout avec les composés organiques, que la même action chimique se développe du commencement à la fin d'une expérience. Le plus souvent les phénomènes changent de nature, et cela à [)lusieurs reprises, par suite des actions secondaires exercées sur les composés formés tout d'abord.
» La vitesse relative de chacune des actions, tant primitives que secon-
(') Essai de Mécanique chimique, t. II, j). SjG.
daires, joue ici un rôle essentiel, jusqu'à ce qu'on soit parvenu à l'équilibre final; lequel s'établit d'ailleurs entre les gaz qui subsistent et les produits non volatils, liquides ou solides, qui se sont condensés à la surface intérieure des tubes concentriques.
M Entrons dans quelques détails, afin de préciser cette notion essentielle. Lescarbures d'hydrogène et les composés peu oxvgénés, fournissent d'abord un peu d'acétvlène; mais ce gaz disparaît ensuite, par l'effet de condensations, combinaisons et métamorphoses consécutives. Les composés très h\drogénés, tels que le formène, mis en présence de l'azote, fournissent au début du gaz ammoniac, qui disparait plus tard. L'oxvde de carbone, l'acide carbonique, fournis d'abord par les composés très oxvgénés, sont résorbés ultérieurement. De même, le formène. Par suite de ces circonstances, il arrive fréquemment qu'un système soumis à l'action de l'effluve dégage pendant les premières heures un volume de gaz considérable; volume qui diminue ensuite, par l'effet des réactions des produits formés tout d'abord, soit entre eux, soit avec les substances primitives. Je citerai, par exemple, l'expérience que voici, exécutée avec l'aldéhyde, C'H^O liquide, mise en présence de l'azote gazeux; le volume de l'azote étant de i3''",9.
» 1. Après quelques heures d'effluve : analvse faite sur une fraction, mais calculée pour la totalité.
') II. Réaction continuée vingt-quatre heures sin- le surplus de ces gaz (un peu plus de moitié), demeurés en présence du produit condensé. Analyse rapportée par le calcul au volume initial.
» t. 04'^'^ (total).
CH'= ii«,5 ('); H-=7<^<^, 3; CO = i"i<=^2; C0-=ii",5; vapeur: C- H' O ^o-^Si (-); Az-=i3'^%4.
« II. 8'-%G, total (chiffre final).
H^==7,3; Az-=i,3.
» Ainsi l'aldéhyde s'est décomposé au début en produits gazeux, sans absorber sensiblement d'azote (o*^^*^, 5 seulement). Puis le formène, l'oxvde de carbone et l'acide carbonique se sont condensés, sans que l'hydrogène ait continué à varier, tandis que l'azote était absorbé.
(') Traces CJH'-.
(') Tension affaiblie, en raison de Faction des produits condensés.
» Dans d'Hutres cas, tels que celui du propylène, le gaz se condense d'abord en produits polymères liquides, lesquels dégagent de l'hydrogène par une action plus prolongée.
» 6. La vitesse des réactions, et même leur nature, sont fonctions de l'intensité des décharges électriques. Aussi, pour arriver à des résultats nets et comparables entre eux, est-il nécessaire d'éviter la production des étincelles intérieures, susceptibles de développer des actions pyrogénées proprement dites, et même d'éviter ces pluies de feu intenses, qui précèdent le développement des étincelles.
» 7. Dans les conditions définies plus haut, l'équilibre final est déterminé par la formation de composés à molécule condensée, solides ou résineux, mauvais conducteurs de l'électricité et peu susceptibles de mobilité relative. Quand le composé initial est faiblement hydrogéné, tous les gaz j)euvent demeurer absorbés; tandis que s'il est plus riche en hydrogène, une portion plus ou moins notable de ce dernier devient libre. Les choses se passent ici comme dans la réaction de l'effluve sur les hydrures minéraux : hydrogène sulfuré, sélénié, phosphore, arsénié, etc., d'après mes anciennes expériences (') : un hvdrure condensé et solide demeurant fixé à la surface du verre, dans toutes ces réactions, tandis que l'excès d'hydrogène se dégage.
)) Ainsi, l'hydrogène étant envisagé dans les hydrures de métalloïdes ; carbone, soufre, sélénium, phosphore, etc., comme jouant le rôle d'élément électropositif, tend à devenir libre ; tandis que l'élément antagoniste s'accumule au sein d'une molécule de plus en plus condensée.
)) Une accumulation semblable de l'élément électronégatif s'observe d'ailleurs lors de la formation, sous l'influence de l'effluve, des acides persulFurique, perazotique (-), percarbonique (■'), iodique et de l'ozone lui-même. Ce sont là des phénomènes fondamentaux, dans les actions chimiques provoquées par l'effluve électrique.
» 8. Lorsque l'eifluve agit sur des composés organiques ternaires, les eflèts sont plus complexes. Ainsi, dans le cas des composés riches en oxygène, il se forme d'abord de l'oxyde de carbone, de l'acide carbonique et de l'eau, composés susceptibles d'exercer certaines actions réciproques, dont j'ai fait une élude spéciale.
» Quant aux composés azotés, la plupart d'entre eux absorbent l'azote.
(') Essai de Mécanique cltiniique, t. 11, p. 877.
(^) Ann. de Cliim. et de Phys., 5" série, t. XXII, p. !\?>i.
( ') Ann. de CItini. et de Phys., 5'' série, t. XVll, p. i!\!\.
( ->67 ) en formant des composés pins azotés; cependant il en est quelqnes-nns qui, en raison de leur richesse en azote ou de leur constitution azoïqiie. sont susceptibles de dégager de l'azote.
» En général, l'azote fixé sous l'influence prolongée de l'effluve parait l'être à l'efTet de dérivé ammoniacal, c'est-à-dire amidé ou aminé, spécialement de polyamine. Je n'ai jamais observé de dérivé azoïque ou nitrosé, ou nitré, ou liydrazinique. Il n'apparaît pas davantage d'acide cvanhvdrique libre, ou de cyanhydrate d'ammoniaque ou d'autre base; ce qui contraste avec la formation de l'acide cvanhvdrique par l'action de l'étincelle.
» 9. Tels sont les résultats généraux que j'ai observés en étudiant les réactions de l'effluve. Ils se résument en un doidîle mouvement : l'un de décomposition des jjrincipes mis en expérience tendant à séparer Ihvdrogène et les composés binaires les plus simples; l'autre de condensation ou polymérisation, avec formation de composés complexes de l'ordre le plus élevé.
» Il est digne de remarque que ce double mouvement se retrouve également au début des actions pvrogénées; pourvu que les produits soient soustraits, par un refroidissement brusque, aux décompositions totales qui résultent de l'action prolongée des hautes températures (' ). A un point de vue non moins général, peut-être est-il permis de rapprocher les actions de l'effluve des transformations chimiques accomplies dans le cours de la nutrition et de l'évolution des êtres vivants; transformations pendant lesquelles les combinaisons tenues du dehors, à titre d'aliments, tendent à s'.^ résoudre d'abord en principes plus simples, qui se recombinent aussitôt pour constituer les principes immédiats, nécessaires à l'entretien de la vie.
» L'action chimique de l'effluve électrique mérite, à cet égard, une attention toute particulière; surtout si l'on tient compte des phénomènes et courants électriques développés incessamment dans les tissus des animaux vivants. »
CBIMIE ORGANIQUE. — Actions chimiques exercées par- F effluve électrique sur les composés organiques. — Systèmes gazeux. — Carbures d' hydrogène et azote; par M. Berthelot.
« J'ai étudié les carbures gazeux les plus simples, tvpes de tous les autres, tels que le formène et l'hydrure d'éthvlène, tvpes des carbures
(') Essai de Mécanique chimique, t. II, p. 38o et 38i
saturés, C"H-"^-; l'éthylène et le propvlène, types des carbures incomplets du premier ordre, C"H"'; l'acétylène et l'allvlène, type des carbures incomplets du second ordre, C"H-""^ J'y ai joint le triméthylène, qui présente le cas d'isomérie le plus simple connu parmi les gaz. Je rappellerai que j'ai déjà étudié la benzine, type des carbures cycliques, c'est-à-dire à saturation relative. Je vais exposer les résultats obtenus par l'action propre de l'effluve sur ces carbures, envisagés isolément, et sur leur mélange avec l'azote libre.