PRIX LA GAZE
(Commissaires: MM. Friedel, Troost, Gautier, Grimaux, Berthelol, Schlœsing, Hautefeuille; Moissan, rapporteur.)
M. Paul Sabatier, professeur à l'Université de Toulouse, a publié en Chimie minérale d'intéressantes recherches.
Dans une étude d'ensemble sur les sulfures alcalins et alcalino-terreux, il a su joindre, à d'élégantes méthodes de préparation, l'étude thermochimique des composés qu'il avait préparés. Il a étendu ensuite ses recherches aux sulfures de bore et de silicium. A côté du sulfure silicique de Fremy, il a constaté la formation, à haute température, d'un sous-sulfure jaune qui se détruit à une température plus basse, en produisant un transport de silicium cristallisé comparable à celui qui a été obtenu par nos Confrères, MM. Troost et Hautefeudie, dans leurs recherches sur les chlorui'es de silicium. A ce groupe de travaux se rattache l'étude d'un persulfure d'hydrogène, que M. Sabalier a obtenu par distillation sous pression réduite. La composition de ce liquide se rapproche de celle du bisulfure qui n'a pas été isolé jusqu'ici. Enfin, ces travaux ont été complétés par l'étude de la préparation des séléniures de bore et de silicium.
Dans un autre ordre d'idées, poursuivant les recherches de M. Berthelot puis celles de M. Ditte sur les chlorhydrates de chlorures, M. Sabatier a défini la loi thermique qui régit la stabilité relative des hydrates de chlorures métalliques. Il a isolé le chlorhydrate ferrique et un chlorhydrate cuprique rouge, bien cristallisé. Le bromure ciqirique affecte, selon les conditions de sa dissolution, des colorations différentes qui varient du bleu au vert, puis au brun, et peuvent atteindre une couleur pourpre quand
( 87 ) la liqueur contient He l'aciHe bromlivclriqne. Par l'observation comparée de spectres d'absorption ]M. Sabatier a pu établir l'existence d'un bromhvdrate pourpre dont il a étudié la préparation.
En étendant ces recherches, M. Sabatier a repris l'étude de l'acide nitrosodisulfonique bleu; il a établi que cet acide pouvait être préparé en solution sulfurique ainsi que son sel cuprique bleu et son sel ferrique rose. C'est ce dernier composé qui se produit dans la réaction, bien connue, par laquelle on caractérise les nitrates au moyen du sulfate ferreux en solution sulfurique.
Nous ne rappellerons que pour mémoire les recherches de yi. Sabatier sur les solutions d'acide métaphosphorique. Dans cette étude, il a pu démontrer que la vitesse de réaction est, à chaque instant, proportionnelle à la dose de matières transformables; qu'elle est fonction exponentielle delà température et qu'elle varie proportionnellement à la concentration. Nous ne dirons qu'un mot aussi de ses recherches sur l'action de l'acétvlène sur l'oxvde de nickel, qui l'on conduit à une ingénieuse préparation de l'éthane.
Nous tenons cependant à citer encore l'étude phvsiqne des spectres d'absorption des chromâtes alcalins, qui ont conduit M. Siibatier à établir la loi du partage d'une base entre deux acides, dans le cas particulier de la seconde basicité de l'acide chromique, ainsi que ses recherches importantes sur l'étude générale de l'action des oxvdes insolubles sur les dissolutions salines.
[Mais nous crovons devoir nous arrêter plus longuement sur les recherches de ^I. Sabatier (publiées en collaboration avec I\I. Senderens) sur les métaux nilrés. Les combinaisons oxygénées de l'azote, telles que l'oxyde azoteux, l'oxvde azotique et le peroxvde d'azote, ont été l'objet de nombreuses recherches de la part de ces deux savants. Ils ont établi quelle était l'action de ces diflérents corps gazeux sur les oxydes et sur les métaux. Ils ont montré que la réduction lente par le fer et le zinc humides, bien connue pour l'acide azotique, s'exerce aussi sur l'oxvde azoteux. Le peroxyde d'azote en particulier leur a donné des résultats très intéressants ; le cuivre, le nickel et le cobalt récemment réduits peuvent fixer la vapeur nitreuse pour produire de nouveaux et curieux composés d'addition, décomposables par l'eau, auxquels ils ont donné le nom de métaux mirés.
Ces recherches ont été publiées dans l'espace de dix-sept années et d'une façon ininterrompue; elles présentent une importance telle que votre Commission a été heureuse de les récompenser, en accordant à 3L Pail Sabatier le prix La Caze (Chimie) pour l'année 1897.