GRAND PRIX DES SCIENCES PHYSIQUES
(Commissaires : MM. de Lacaze-Duthiers, Milne-Edwards, Fouqué, Gaudrv; Gasion Bonnier, rapporteur.)
M. Joseph Vallot a entrepris depuis i885 plusieurs séries de recherches sur la météorologie et la géologie des plus hauts sommets des Alpes et des Pyrénées, ainsi que sur les conditions de la vie animale et végétale dans les hautes altitudes.
En 1890, M. J. Vallot a construit, à ses frais, un observatoire près du sommet du mont Blanc; de nombreuses expériences et observations y ont été faites par lui et par divers savants.
Dans une première série d'observations, M. T. Vallot s'occupe de la météorologie des montagnes. Signalons parmi ces travaux :
Une étude comparée du baromètre de Fortin et des baromètres métalliques, d'oij il résulte qu'on peut exécuter avec ces derniers instruments les corrections nécessaires pour obtenir des observations utiles;
Des recherches sur la variation de la température, de la pression et de la vapeur d'eau, montrant que l'oscillation diurne de température diminue à mesure qu'on s'élève, que le maximum et le minimum de l'état hygrométrique de l'air se produisent d'autant plus tôt qu'on est à une plus grande
( 91 ) allitude, enfin qu'au mont Blanc il n'y a plus qu'un maximum et un minimum de pression barométrique par jour, au lieu de deux ;
Une étude des tempêtes au mont Blanc, où l'auteur fait voir que les courbes barométriques aux grandes altitudes ne présentent pas les crochets d'orages bien connus, mais des séries d'oscillations verticales;
Enfin diverses expériences d'actinométrie qui ont permis de déterminer avec plus d'exactitude la constante solaire.
Une autre série des recherches de M. J. Vallot est relative à l'étude des glaciers. Plusieurs de ces recherches ont trait aux variations d'étendue qu'ont présentées les glaciers des Pyrénées depuis un siècle, à d'anciennes forêts envahies par les glaciers, aux causes de la catastrophe de Saint- Gervais, mais les résultats les plus importants acquis par M. J. Vallot se rapportent à la marche des glaciers. L'auteur montre qu'aux grandes altitudes l'accroissement du grain du glacier ne peut s'effectuer que par pression mécanique et sans fusion de la neige. Des études expérimentales faites méthodiquement par l'auteur depuis 1891 , sur le mouvement de la Mer de Glace, il résulte que la vitesse du glacier n'est j)as d'autant plus rapide qu'on s'approche de l'extrémité inférieure, comme l'avait cru Tvndall; celte vitesse n'est pas plus rapide en été qu'en hiver. L'auteur conclut de ses observations que la théorie de la progression des glaciers par regel n'est pas exacte; la marche des glaciers est causée par la pesanteur et non par les influences calorifiques.
Tout en poursuivant les études précédentes l'auteur a entrepris l'exploration géologique complète du massif du mont Blanc. Le travail a exigé un très grand nombre d'excursions pénibles et dangereuses. Ces excursions ne pouvaient être exécutées que par un alpiniste consommé comme M. J. Vallot qui est allé observer les roches et récolter des échantillons sur les points les plus différents de la chaîne, même en bien des endroits qui étaient en apparence inabordables. Le résultat de ces courses alpines a une importance considérable. En effet, par ses études précises et méthodiquement conduites, M. J. Vallot a démontré que le système en éventail n'existe pas. Le mont Blanc est constitué par une série de plis parallèles dont les synclinaux sont formés de schistes et les anticlinaux de protogine.
En terminant ce Rapport il est impossible de passer sous silence les publications de l'auteur sur les végétaux des hauts sommets et surtout ses expériences relatives à la physiologie de l'homme dans les hautes altitudes, tl résulte de ces dernières études que la température du corps ne subit
(9--^ ) aucun abaissement, même au sommet du mont Blanc, que les poumons s'adaptent à la raréfaction de l'air et que les battements du cœur ne diminuent pas d'intensité.
L'ensemble des belles recherches de ^I. Joseph Vallot, ayant donné des résultats de premier ordre dans diverses branches de la Science, constitue une œuvre à laquelle la Commission décerne à l'unanimité le grand prix des Sciences physiques.