‹ Rayons émis par les composés de l'uranium et du thoriumChapitre 27 sur 425 · C. R., 1898, I" Semestre. (T. CXXVI, N» 2. ) l · texte numérisé non relu

C. R., 1898, I" Semestre. (T. CXXVI, N» 2. ) l

(9^4 ) mie, a envoyé à l'Académie une série de Mémoires importants sur la rouille des Céréales. M. Eriksson a réussi à cultiver les diverses espèces de Céréales à l'abri de toute contamination extérieure, depuis la germination jusqu'à la maturité des grains, et a perfectionne, d'autre part, les procédés d'inoculation. Il a institué dans ce but des expériences méthodiques, établies dans un laboratoire spécial et où toutes les garanties ont été prises pour assurer l'exactitude des résultats. D'autre part, le savant suédois a fait une étude approfondie des différentes espèces et variétés de rouille. Avant ses recherches on n'avait décrit que trois espèces attaquant les Céréales; M. Eriksson est arrivé à distinguer dix formes différentes de rouille pouvant se développer sur ces plantes, sans compter vingt autres formes qui attaquent les Graminées fourragères ou sauvages. Les formes distinguées par l'auteur sont déterminées par le nombre limité de Graminées sur lesquelles elles peuvent être inoculées expérimentalement. Ce sont, pour ainsi dire, des formes biologiques, peu différentes les unes des autres par la morphologie, mais très importantes à considérer au point de vue pratique. Ces diverses variétés de rouille passent rarement d'une sorte de Céréale à une autre, même par l'intermédiaire de l'écidiospore, et par des expériences nombreuses et bien conduites M. Eriksson s'est assuré que la propagation de la rouille d'une plante à l'autre, soit entre la plante à écidiospore et celle à urédospore, soit même entre les Graminées qui peuvent porter la même forme spéciale de rouille, est très peu importante.

Dans une autre série de recherches, M. Eriksson fait voir que la faculté germinative des urédospores et des écidiospores est souvent très faible, au moins très variable. Il a démontré qu'en beaucoup de cas cette faculté germinative était comme réveillée par le froid, après un séjour prolongé dans de la glace. La faculté germinative des téleutospores dure pendant un temps relativement court ; elle ne subsiste que jusqu'au printemps suivant. Il en résulte que les pailles qui ont plus d'un an n'ont aucun efïet dans la propagation de la maladie.

Enfin, M. Eriksson aborde, dans d'autres Mémoires, une question d'un grand intérêt: c'est celle qui est relative à la persistance de la maladie par l'intermédiaire des grains des Céréales eux-mêmes. Certaines observations ayant fait soupçonner à l'auteur que les grains des Céréales pouvaient contenir le germe primordial de la maladie, il a établi des cultures stérilisées, complètes depuis la germination jusqu'à la production de nouveaux grains mûrs. M. Eriksson a ainsi constaté, par des expériences précises et maintes fois répétées, que la rouille peut se transmettre et se propager par les

(95 ) crains des Céréales. Ces expériences permettent de comprendre la permanence (le la rouille dans des régions où la forme écidiaie est inconnue.

Quant à l'iivpothèse proposée par l'auteur pour expliquer cette transmission, et relative à un état plasmodique du Champignon dans les grains, il y a lieu de faire quelques réserves puisque l'auteur en a démontré l'existence sans en déceler la forme; mais il faut dire que, même si cette hypothèse n'était pas fondée, cela n'infirmerait en rien les expériences démonstratives et très probantes du savant suédois.

En somme, l'ensemble des travaux de M. Eriksson met en évidence des faits de la plus haute importance, relatifs au mode de vie et à la propagation des nombreuses formes de rouille qui attaquent les Graminées cultivées, ainsi qu'aux applications pratiques qu'on peut en déduire pour l'Agriculture.

En conséquence, la Commission décide à l'unanimité d'accorder le prix Desmazières à M. Jacob Erikssox.

PRIX MONTAGNE

(Commissaires : MM. Van Tieghem, Bornet, Chatin, Bonnier; Guignard, rapporteur.)

M. BocRQUELOT, Professcur à l'Ecole supérieure de Pharmacie de Paris, a publié dans ces dernières années une longue série de travaux sur la physiologie des Champignons. Il s'est attaché d'abord à faire connaître les principes sucrés contenus dans ces végétaux et en a recherché la nature, l'origine, le siège et les transformations; il a fait ensuite une étude spéciale des ferments solubles ou diastases qu'on y rencontre.

I. Les sucres isolés et caractérisés par M. Bourquelot sont le tréhalose, la mannite, la volémite et le glucose.

Avant ses observations, on pensait généralement que le tréhalose, découvert par M. Berthelot dans le tréhala, et trouvé plus tard par M. Miintz dans les Champignons, n'existait qu'exceptionnellement chez ces végétaux. L'analyse de 212 espèces de Champignons, appartenant à 5i genres ou sous-genres différents, compris pour la plupart dans le groupe des Basidiomycètes, a permis à M. Bourquelot d'en démontrer l'existence dans 142 espèces, parmi lesquelles plusieurs avaient été auparavant l'objet de recherches infructueuses.

Ce résultat est dû en partie au perfectionnement des méthodes d'analyse, mais surtout aux remarques suivantes de l'auteur :

i°Le tréhalose disparaît rapidement dans les Champignons récoltés, qu'on les examine à l'état frais ou qu'on les dessèche préalablement à basse température; il est remplacé par de la mannite ou du glucose.

2" Il n'apparaît qu'au moment où les Chamjjignons commencent à former leurs spores et il disparait peu à peu pendant la maturation de ces dernières.

3" Il se forme et s'accumule, chez les grands Champignons, dans le tissu plus spécialement végétatif du pied et non dans l'hyménophore.

Au cours de ses recherches, M. Bourquelot a découvert dans l'une des espèces qu'il étudiait, le Lactarius vokmi/s, un sucre nouveau, la volémite, qui est un homologue supérieur de la mannite et que M. Em. Fischer a classé parmi les heptites. Ou ne connaissait jusqu'alors qu'une seule heptite naturelle, la perséite; la volémite se trouve être la seconde.

II. L'étude des transformations des principes sucrés a conduit M. Bourquelot à découvrir chez les Champignons des ferments solubles ou diastases dont ou n'avait pas auparavant soupçonné la présence dans ces végétaux. Telles sont d'abord la trchalase, encore inconnue, qui dédouble le tréhalose en deux molécules de dextrose; puis la mallase, qui dédouble le maltose également en deux molécules de dextrose; Vémulsine, capable d'hydrolyser un grand nombre de glucosides; Vinulase, sécrétée par certaines moisissures et susceptible d'hydrolyser l'inuline et d'en faire un aliment assimilable.

Remarquons, à ce propos, qu'en recherchant si certaines plantes phanérogames, en apparence dépourvues de chlorophylle, telles que le Monotiopa Ilypopilys, ne renfermeraient pas aussi quelques-uns des principes immédiats observés chez les Champignons, M. Bourquelot a trouvé dans cette plante un autre ferment spécial, la gauUhèrase, qui dédouble le glucoside de l'éther métliylsalicylique en mettant cet éther en liberté.

Portant ensuite ses investigations sur les matières oxydantes des Champignons, matières dont quelques-unes peuvent être, en raison de leur mode d'action, considérées comme des lerments solubles, il a montré, soit seul, soit en collaboralion, que toutes les colorations spontanées qu'on observe quand on brise certains Champignons sont dues à l'action de ces matières en présence de l'air. Avec M. Bertrand, il a pu retirer, du Russula nigricans, un chromogène cristallisé, que ce chimiste a ultérieurement identifié avec la tyrosine. Plus tard, avec M. Hailay, il a montré que le chro-

( 97 ) niogène noircissant du ^«^Waaf/wj/a, des Bolelus scaber, versipellis elaurantiacus, est aussi de la tyrosine. Enfin, il a établi que les ferments oxydants (les Champignons sont capables de déterçiiner l'oxydation d'un grand nombre de composés phénoliques : phénols, éthers de phénols, aminés aromatiques. Quelques observations curieuses semblent également montrer que les colorations si diverses du chapeau des Champignons sont dues à Tactionde ces mêmes ferments sur des chromogènes particuliers.

Tels sont les résultats les plus saillants obtenus par M. Bourquelot dans ses belles recherches. On pourrait signaler encore, dans les nombreux Mémoires qu'il a publiés depuis bientôt dix ans sur les Champignons, beaucoup d'autres faits d'un haut intérêt, non seulement pour la physiologie de ces végétaux, mais aussi pour la Biologie générale. Parla nature de ses travaux antérieurs, par ses connaissances en Chimie analytique et en Mycologie, il était bien préparé pour aborder ces questions délicates; on peut dire qu'il les a traitées avec une remarquable habileté.

Aussi la Section de Botanique est-elle unanime à décerner à M. Bourquelot le prix Montagne pour i 897.

PRIX THORE

(Commissaires: MM. Van Tieghem, Chatin, Guignard; Blanchard et Bornet, rapporteurs.)

La Commission du prix ïhore partage le prix entre M. Louis Bordas et M. Sappix-Tuouffy.

M. Bordas, auquel on doit de nombreuses recherches sur l'anatomie des Insectes, s'est occupé en ces derniers temj)s des glandes à venin des Insectes hyménoptères. Dans un travail fort intéressant: Description analomique et étude histologiqne des glandes à venin des Insectes hyménoptères, il a constaté que ces organes existent, avec des variations morphologiques plus ou moins accentuées, dans toutes les familles de cet ordre.

Une étude histologiqne a été fïiite avec soin au sujet de chacune de ces glandes. M. Bordas a aussi décrit l'aiguillon venimeux chez quatre espèces d'Hyménoptères et il a montré que cet appareil, malgré certaines modifications apparentes, peut se ramener à un type unique. Il a également vérifié, à l'aide d'expériences chimiques fort bien faites, que le venin des Hyménoptères est un composé de deux liquides, l'un acide, l'autre alcalin,

( 9« ) sécréiés par deux glandes différentes, et qu'il est d'autant plus venimeux que la glande alcaline est moins développée. Il résulte de l'étude de M. Bordas que tous les Hyménoptères(Porte-aiguillon et Térébrants) sont pourvus d'un appareil venimeux, plus ou moins développé, mais comprenant toujours deux et quelquefois trois sortes de glandes : la glande acide, la glande alcaline ou de Dufour et parfois une glande venimeuse accessoire.

Au point de vue histologique, les glandes à venin comprennent: i° une membrane externe, très mince; 2" un épithélium glandulaire formé par une ou plusieurs assises de cellules; 3" une membrane chitineuse interne généralement plissée.

M. Bordas consacre une partie de son Mémoire à l'étude et à la description de l'aiguillon chez quatre espèces d'Hyménoptères (Abeille, Guêpe, Poliste et Psammophile). Cet organe, très compliqué, est formé de quatre pièces principales : le goi-geret, les stylets, le fourreau et une lamelle chitineuse disposée latéralement.

.En accordant, en i8r)4, à M. Sappin-ïrouffy un encouragement pour son Mémoire manuscrit sur le développement des Urédinées, la Commission du prix Desmazières avait exprimé le regret que l'auteur n'eiit pas donné, sur un point particulièrement délicat et d'observation difficile, les renseignements qui, d'après des recherches toutes récentes, semblaient propres à distinguer, d'une manière nette et décisive, la fusion des noyaux reproducteurs et la fusion des noyaux végétatifs.

Cette lacune n'existe plus dans le travail définitif imprimé, soumis cette année au jugement de l'Académie. M. Sappin-Trouffy a repris ses observations, les a poursuivies pendant deux ans et a réussi à déterminer, d'une manière complète, le rôle du noyau dans le développement des Urédinées.

De même que dans les noyaux sexuels des animaux et des végétaux, il se produit chez ces plantes une réduction du nombre et de la masse des chromosomes, avec cette différence toutefois que le phénomène ne précède pas la fécondation, mais la suit.

En effet, le gros noyau formé dans les cellules de la téleutospore, à la fin de la végétation par la fusion des deux novaux copulateurs, et qui répond, pour l'auteur, au noyau fécondé de l'œuf, renferme une masse de substance chromatique représentant quatre chromosomes. Quand, à la germination, il passe dans le promycélium et s'y divise, la division n'amène pas quatre chromosomes, comme le ferait une division ordinaire, mais seule-

( 99 ) ment deux, avant chacun un volume deux fois plus grand que les chromosomes desnovaux végétatifs. Une seconde bi-parlition suivant immédiatement la première, les nouveaux chromosomes n'ont plus que la moitié du volume des chromosomes de la première génération. Ce sont ces noyaux ainsi réduits et redevenus semblables aux novaux ordinaires de la plante qui passent dans les sporidies.

On voit par ce court exposé que M. Bordas et M. Sappiîî-Trocffy sont vraiment dignes de recevoir un prix de l'Académie ; en conséquence, la Commission décerne à chacun des auteurs ia moitié du prix Thore.

AAATOMIE ET ZOOLOGIE.

PRIX S.WIGNY.

I.a Commission du prix Savignv a décidé de ne pas décerner le prix celte année.

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