‹ Rayons émis par les composés de l'uranium et du thoriumChapitre 28 sur 425 · PRIX DA GAMA MACHADO · texte numérisé non relu

PRIX DA GAMA MACHADO

(Commissaires : ADI. Milne-Edwards. Blanchard, Ranvier. de Lacaze- Duthiers: Edmond Perrier, rapporteur.)

La généalogie des espèces de Papillons est-elle inscrite sur leurs ailes? TqX est l'intéressant problème que s'est posé M""^ la comtesse de Lixdex. Comment un pareil problème a-t-il pu surgir; par quelle voie peut-on espérer en obtenir la solulion?C'est ce qu'il nous faut d'abord expliquer pour justifier la décision que la Commission du prix da Gama !Machado soumet à la ratification de l'Académie.

Lorsqu'on se place sur le terrain de l'hvpothèse de la descendance, trois ordres de phénomènes semblent, dans l'état actuel de nos connaissances, embrasser l'embrvogénie tout entière : i" les phénomènes de pafrogonie ou de répétition des formes ancestrales dans leur ordre de succession gé-

( loo ) néalogique; 9.° les phénomènes de tachygonie, oxi d'accélération dans le mode déformation des blastomères, des feuillets, des mérides, des organes et des systèmes organiques de l'embryon; 3° les phénomènes à'armozognnie ('), ou d'adaptation de l'embryon à des conditions de développement qui lui sont propres, qui sont, par cela même, essentiellement transitoires et différentes des conditions définitives auxquelles sera liée l'existence de l'adulte. Les premiers sont des phénomènes a hérédité pure et simple; les seconds sont dominés par cette faculté, que possède la substance vivante, de reproduire de plus en phis rapidement, quand les conditions sont favorables, les modifications qu'elle a subies, faculté que nous avons désignée sous le nom de tachy genèse {-): les troisièmes représentent la part de variabilité personnelle dont les embryons sont susceptibles au cours de leur développement, sans modifier le résultat définitif de leur évolution, variabilité qui est due en partie aux façons différentes dont l'embryon use de ses organes et qui rentre, par conséquent, pour cette partie, dans la cinétogenèse de Cope. Tout travail com|)let d'embryogénie doit tenir compte de ces trois ordres de phénomènes et les mettre res|>ectivement en évidence. Mais il est nécessaire pour cela de s'adresser à un grand nombre de types et de les comparer entre eux; de nombreuses discussions se sont élevées entre les embryogénistes arrivés, sur le même sujet, à des résultats en apparence contradictoires pour n'avoir pas compris que ces résultats n'étaient que des termes plus ou moins éloignés d'une même série et que, loin de se contredire, ils fournissaient les moyens d'établir les lois de transformations des phénomènes embryogéniques. Une contradiction de ce genre paraît justement avoir été le point de départ du travail de M""* de Ijnden.

Contrairement à une opinion très répandue, les êtres vivants n'ont pas évolué en bloc; pas plus que, dans l'espèce humaine, la formation des nations policées n'a fait disparaître les formes sociales les plus rudimentaires la formation d'espèces nouvelles sur divers points du Globe n'a fait disparaître les espèces-souches de ces dernières. Il est donc permis, dans un ordre d'Insectes tel que celui des Lépidoptères, où les espèces d'un même genre et souvent d'une même famille présentent manifestement un même type d'ornementation et de coloration, de se demander quelles formes sont les plus voisines des formes originelles, et quelles sont, au contraire,

(') [iapporl fnir le pri.r Scire.s {Comptes rendus, 21 décembre 189G). C) Ibid.

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les formes les plus récentes et les plus modifiées. Il est clair, d'autre part, que si les phénomènes de patrogonie ont été conservés, on devra voir, sur l'aile des jeunes j^apillons encore enfermés dans l'étui de la chrysalide, les dessins et les couleurs des formes anceslrales apparaître tout d'abord et se modifier ensuite, de manière à reproduire chronologiquement les aspects présentés par les espèces appartenant à la même série généalogique. César Schaeffer et Van Bemmelen obtinrent en effet, par l'étude du développement du dessin des ailes des Vanesses petite-tortue (V. urticœ) et belle-dame (F. cardui), quelques résultats encourageants; le premier pensait toutefois que les modifications de dessin survenues au cours de la période de chrvsalide ne portaient que sur des détails, tandis que le second considérait que le type même du dessin pouvait se modifier. Erich Haase a obtenu, pour les Papilio, des résultats analogues à ceux de Van Bemmelen.

PourUrech, au contraire, le dessin apparaîtrait toujours d'emblée, mais les couleurs ne se montreraient que successivement dans l'ordre suivant : blanc, jaune, rouge, brun et noir. La couleur bleue, simplement due à la superposition d'écaillés incolores à un fond noir devait, par cela même, apparaître la dernière. Urech attribue ce développement de ces couleurs à un réchauffement graduel du climat, il a dressé une généalogie des Vanesses, qui est à peu près l'inverse de celle à laquelle se sont arrêtés les précédents auteurs. Il résulterait de cette manière de voir que les influences extérieures et, avant tout, les influences calorifiques ne seraient pas sans action sur le mode de coloration des ailes des Lépidoptères. En outre, il n'y aurait pas de développement patrogonique du dessin; celui-ci serait essentiellement tachygonique, et le développement patrogonique des couleurs serait lui-même susceptible d'être modifié par les conditions exlérieures.

On peut s'attendre d'ailleurs à ce que, par tachygénèse, dessin et couleurs prennent d'emblée leurs dispositions définitives.

M™^ de Linden a courageusement entrepris de démêler ce qu'il y avait de vrai dans ces propositions contradictoires. Elle a étudié, au point de vue spécial qui nous occupe, les Papiho podalirius (Flambé) et Machaon, la Thaïs polyxena, les Vanessa le^ana (Carte géographique) et urlicœ. Ses observations donnent raison à Van Bemmelen et à Schoeffer contre Urech, en ce qui concerne le développement progressif du dessin des ailes des espèces primitives; mais des phénomènes de tachygonie interviennent chez les

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