Dissous
» En résumé, la molécule cellulosique, oxydée, devient facilement décomposable par la potasse : la majeure partie, insoluble dans ce réactif, a tous les caractères de la cellulose initiale [chaleur de combustion ('), formation du furfurol]. La partie dissoute, plus complexe, réductrice, aldéhydique, contient une substance précipitable par les acides qui donne des proportions de furfurol relativement considérables. Ces faits, complétés par d'autres, nous serviront pour l'établissement d'une formule développée de la cellulose du colon, synthétisant ses propriétés chimiques. »
ZOOLOGIE. — Note préliminaire sur la dislribution géographique et l'évolution des Péripates. Note de M. E.-L. Bouvieh, présentée par M. Milne- Edwards.
« Les Onychophores sont les Articulés terrestres qui se rapprochent le plus des Annélides; les zoologistes sont unanimes, aujourd'hui, pour les considérer comme des animaux très primitifs, et, bien que leurs restes soient inconnus à l'état fossile, il semble naturel de faire remonter leur apparition à une époque très éloignée. Répandus en Amérique (Antilles, Amérique centrale et une partie de l'Amérique du Sud), en Afrique (dans la région du Cap) et en Océanie (depuis l'Australie orientale jusqu'en Nouvelle-Zélande), on les a considérés jusqu'ici comme très distincts les uns des autres suivant l'aire qu'ils occupent, et M. Pocock, attribuant ce fait à leur âge très ancien, a pris l'initiative de les diviser en trois genres, dont chacun serait propre a l'une des trois zones géographiques ci-dessus signalées.
M Le but de cette Note est de montrer que cette localisation étroite
(') Comptes rendus, 20 septembre 1897.
( i359 ) n'existe pas et que les Onvchophores ont évolué progressivement à travers les âges, pendant qu'ils s'éloignaient de leur centre d'origine.
)i Les animaux qui m'ont permis d'aborder ce problème ont été recueillis en Afrique par le regretté Thollon, qui les offrit au Muséum; ils appartiennent à une espèce nouvelle, que je propose de nommer Peripatus Tholloni, en souvenir du vaillant» et malheureux explorateur qui l'a découverte.
» Celte curieuse espèce étant intermédiaire entre les formes américaines et celles du Cap, je passerai successivement en revue les caractères qui ont permis, jusqu'à ce jour, de distinguer les espèces des diverses régions.
» I" Distribution géographique. — Le/*. TYioZ/o^j provient du Gabon, c'est-à-dire d'une zone intermédiaire entre le Cap et les parties de l'Américfue où habitent les Péripates. Ces animaux étaient restés, jusqu'ici, inconnus dans cette région.
» 2° Nombre de pattes. — Les espèces américaines ont bien plus de pattes que les autres, généralement de 27 à !^i paires, et le nombre de ces appendices varie d'ailleurs d'un individu à l'autre; dans les formes africaines et océaniennes, il paraît constant pour chaque espèce; il est de 17 (i^"?) à 21 paires pour les premières, de i5 paires pour les secondes. Dans le P, Tholloni le nombre des pattes est de 24 ou 25 paires.
» 3" Pattes-rudimentaires, position de l'orifice sexuel. — Dans les espèces américaines, l'orifice génital se trouve entre les pattes de l'avant-dernière paire, et les pattes de la paire postérieure, un peu plus réduites que les autres, n'ont que deux arceaux spinuleux au lieu de quatre. Dans les espèces du Cap, l'orifice est subterminal et situé loin en arrière des pattes postérieures qui ne sont pas modifiées; chez les formes océaniennes, l'orifice se trouve à une assez grande distance de l'anus, entre les pattes postérieures, qui sont aussi normales. Dans le P. Tholloni, l'orifice génital occupe la même place que chez les espèces américaines, mais la dernière paire de pattes, munie seulement de deux arceaux, est encore plus réduite; il est clair que cette paire s'est atrophiée dans les espèces océaniennes et que les deux paires postérieures ont disparu dans le P. capensis. A ce point de vue, on doit signaler une espèce du Cap, le P. Balfouri, où l'orifice génital, situé près de l'anus, se trouve entre des pattes postérieures fort réduites, qui correspondent aux appendices de l'avant-dernière paire du P. Tholloni et des espèces américaines.
» 4° Structure des pattes. — Les pattes des espèces américaines sont munies, près de leur extrémité, de quatre arceaux spinuleux; dans les espèces du Cap et de rOcéanie, l'arceau proximal n'existe plus et l'on ne compte que trois arceaux. Il en est de même dans le P. Tholloni. D'ailleurs, dans cette espèce, comme dans les formes australiennes, on ne trouve pas de papilles à la base de la partie pédieuse des pattes, tandis que deux de ces papilles existent chez les Péripates d'Amérique et du Cap.
» 5° Orifices néphridiens des pattes 4 et 5. — Sur les pattes de la quatrième et de la cinquième paire, l'orifice néphridien se trouve compris entre les deux arceaux spi-
nuleux. proximaux, chez les espèces américaines. Dans le P. ThoUoni. il occupe la même place; mais, l'arceau proximal ayant disparu, il paraît se trouver en dehors des arceaux, et échancre même légèrement le premier d'entre eu?i. Dans les espèces océaniennes, l'échancrure est bien plus prononcée, et la papille néphridienne se trouve presque tout entière comprise dans l'arceau; enfin, dans les espèces du Cap, la papille se trouve tout à fait au centre de ce dernier.
» 6° Plis du corps. — Dans les espèces américaines, les plis du corps ne sont pas interrompus sur la ligne médiane dorsale et se composent d'une seule rangée de papilles; dans les espèces du Cap, ils présentent une solution de continuité au milieu du dos et comptent ordinairement plusieurs rangées de papilles. Le P. ThoUoni^ des plis continus comme les espèces américaines, mais il offre dans chaque pli une ou deux rangées de petites papilles accessoires.
» 7° Mâchoires. — Dans les espèces américaines, les deux lames de chaque mâchoire sont munies d'une dent accessoire sur le bord interne de la dent principale; en outre, la lame maxillaire interne est armée d'une longue rangée de denticules. Dans les espèces du Cap, la dent accessoire disparaît sur la lame interne, et les denticules de cette lame sont bien moins nombreux; il en est de même chez les formes océaniennes, mais la dent accessoire y disparaît aussi sur la lame externe. Dans le P. ThoUoni, les mâchoires sont du même type que celles des espèces américaines.
)) De ce qui précède il résulte que le P. ThoUoni établit la transition entre les Péripates américains et ceux de l'Afrique australe. Plus voisin des premiers, il doit être considéré comme issu des Péripates américains qui se répandaient peu à peu vers l'est, à l'époque oîi une barrière continentale reliait encore le nouveau monde à l'ancien. A mesure que s'effectuait cette dispersion orientale des Péripates, l'évolution de ces animaux s'accentuait dans une direction déterminée : les pattes s'atrophiaient progressivement en arrière et, en même temps, leur nombre devenait de plus en plus constant; les arceaux spinuleux proximaux suivaient, jusqu'à un certain point, la même marche régressive; les papilles néphridiennes de deux paires de pattes s'avançaient peu à peu vers l'arceau suivant; les plis de la peau se compliquaient, puis s'interrompaient sur la ligne médiane dorsale; enfin, l'armature dentiforme des mâchoires se réduisait déplus en plus.
» I^es espèces d'Océanie marquant, à beaucoup d'égards, le terme actuel de l'évolution des Onychophores, on pourrait croire que les Péripates de cette région proviennent d'espèces africaines qui auraient émigré vers l'est aux époques géologiques. Mais certains caractères de ces animaux étant assez primitifs (position de l'orifice sexuel et des orifices néphridiens des pattes 4 fit 5), on peut penser aussi que la dispersion dn groupe s'est
effectuée à la fois dans les deux sens : vers l'est pour l'Afrique, vers l'ouest pour l'Australie et les régions circonvoisines. L'élude des Péripates du Chili permettra peut-être de résoudre ce (problème.
» En tous cas, il paraît bien certain que l'Amérique centrale et la région caraïbe ont été le centre d'origine et de migration des Péripates; leur dispersion vers l'est ne laisse également guère de doute, et l'on doit s'attendre à les découvrir dans toutes les parties tropicales de l'Afrique orientale, au moins jusqu'à la région des îles du Cap Vert. »
ZOOLOGIE. — Sur l'organisation des Pleurotomaires. Note de MM. E.-L. BouviEK et H. Fischer, présentée par M. Milne-Edwards.
« Nous avons déjà exposé dans une première Note, pré.sentée en mars 1897, les résultats de nos recherches sur le système nerveux de Pleurotornaria Quoyana et les considérations générales que l'on peut déduire de cette étude. Nous nous proposons maintenant de compléter les notions précédemment acquises.
M Système nerveux. — Les cellules nerveuses des ganglions cérébroïdes sont de petite dimension, comme c'est la règle chez les Prosobranches.
» Les cordons nerveux scalariforraes palléo-pédieux sont réunis en avant par une grande commissure : celle-ci contient des fibres nerveuses qui réunissent les parties palléales et d'autres qui réunissent les parties pédieuses.
» La commissure viscérale croisée se détache du connectif qui unit le ganglion cérébroïde à la partie palléale du cordon scalariforme (connectif cérébro-palléal); les fibres nerveuses de cette commissure proviennent les unes des ganglions cérébroïdes, les autres des cordons scalariforraes; on ne voit pas de renflement ganglionnaire appréciable dans la région où elle prend naissance, mais seulement une certaine quantité de cellules nerveuses : le ganglion palléal des Pectinibranches est donc absent ou absolument diffus chez les Pleurotomaires.
» Un certain nombre des nerfs qui naissent latéralement des cordons scalariforraes ont une origine mixte : ils se détachent en partie de la région palléale et en partie de la région pédieuse. L'examen des fibres nerveuses confirme la réalité de cette structure, déjà bien visible par la dissection.
» Organes des sens. — L'œil se présente extérieurement sous l'aspect il'un très petit orifice situé à la base du tentacule; sa structure, très primi-
tive, est la même que chez les Trochus : c'est une cupule tapissée par la zone pigmentée, ouverte à l'extérieur, mais dont la cavité est comblée par le cristallin.
» Les deux otocystes sont situés en avant et un peu au-dessus de la commissure palléo-pédieuse : ils sont ovoïdes; leur plus grand diamètre mesure o"'", 55. Leur cavité est bourrée d'ololithes transparents, de dimensions très inégales : les petits (de 2a à 71^) sont exactement sphériques; les gros (jusqu'à lojy- et 20[jt.) sont ovoïdes ou bosselés. Le grand nombre, la petitesse et l'irrégularité des otolithes s'accordent très bien avec les caractères primitifs présentés par les autres organes.
» Radule. — La description de M. le professeur Dali ayant trait surtout aux parties centrales de la radule, il est utile d'en faire une étude plus complète. Chaque rangée transversale comprend une dent centrale d'assez petite dimension, presque couchée sur la surface d'insertion, portant une cuspide médiane et une paire d'expansions latérales. De chaque côté de cette dent on en trouve environ 1 15 autres qui présentent une suite ininterrompue de modifications et qu'il est assez difficile, par conséquent, de séparer en dents latérales et marginales : nous les numéroterons de i à ii5, en partant de celle qui est voisine de la dent centrale.
)) Les dents i et 2 sont grandes, larges, lamelleuses, subquadrangulaires, disposées presque transversalement sur la surface d'insertion. Les suivantes sont alignées dans une tout autre direction, formant un angle d'environ So" avec l'axe; leur taille diminue jusqu'à la 6* ou 'j^, en même temps que leur forme tend à devenir triangulaire; entre la 7" et la 25*^, la taille reste à peu près constante, puis au delà elle s'accroît considérablement; en même temps, la forme change et, à partir de la 3o*(lent, on voit apparaître, à l'extrémité libre, des cuspides qui sont au nombre maximum de trois. Ces dents à cuspides, les uncini de M. Dali, sont allongées et incurvées. Des modifications simultanées se produisent à la base des dents : à partir de la So" environ, cette base s'élargit fortement, et bientôt une portion s'en détache pour former une pièce basale supplémentaire, bien séparée vers la 33^ dent, peut-être même avant, et qu'on observe jusqu'à la 79*. La base, qui avait son maximum de largeur vers la 33" dent, diminue jusque vers la 40" et se maintient constante au delà sur un long intervalle.
» Les dents à cuspides paraissent être d'abord tricuspides; plus loin, le nombre des cuspides se réduit à 2, peut-être même à i , vers la 4o* dent ; les dents tricuspides reparaissent ensuite, mais avec une structure diffé-
rente; elles sont, en outre, plus minces et grêles. Aux environs de la 5o' dent, on commence à distinguer, au-dessous des trois cnspides, un petit mamelon qui se garnit bientôt d'excroissances sétiformes de plus en plus longues : par ces modifications successives qui s'observent sur un intervalle de quatre ou cinq dents, l'extrémité portant les cuspides est bientôt enveloppée par une houppe de soies. Cette structure très spéciale est visible sur une grande longueur de la radule et disparait assez rapidement vers la 109' ou 1 10' dent.
» i\r. Dali a déjà décrit ces houppes chez le Pleurotomaria Adansoniana, mais ne les avait pas observées chez le PL Quovana: nous pouvons affirmer leur existence, qui paraît dès lors caractéristique dans le genre Pleurotomaria.
» Les dernières dents, à partir de la roô'ou 107*, jusqu'à l'extrémité de la rangée, sont minces et foliacées; après la disparition des houppes, l'ensemble des cinq ou six dernières rappelle absolument l'aspect d'un éventail ouvert dont les lames seraient légèrement recourbées.
» La grande difficulté qu'on éprouve à distinguer des régions bien limitées dans une rangée de la radule montre encore une fois de plus le caractère primitif de l'organisation des Pleurotoraaires. »
BOTANIQUE . — Sur la structure et révolution du protoplasma des Mucorine'es. Note de M. L. Matrcchot (' ), présentée par ^l. Gaston Boniiier.
« Dans une Xote antérieure (-), j'ai exposé que, chez une ^lucorinée" appartenant au genre Morlierella, le cytoplasma des filaments mvcéliens immergés présente une structure assez particulière : au milieu d'un hvaloplasma indifférent au réactif colorant employé, on observe un certain nombre de cordons formés d'un protoplasma très légèrement granuleux, colorable, correspondant à Yenchylema de certains auteurs. Pour des raisons que j'ai données, cet enchvlema m'a paru être seul le siège des couranls protoplasmiques qu'on observe sur le A'ivant; aussi ai-je considéré ces cordons comme de véritables canalicules creusés dans une masse hyaloplasmique légèrement résistante.
(') Travail fait au laboratoire de Botanique de la Sorbonne, dirigé par M. Gaston Bonnier.
(',) L. Matrlchot, Sur la structure du protoplasma fondamental dans une espèce de MortierelJa {Comptes rendus, t. GXXIII, p. iSai).