C. R.. iSgS, 1 ' Semestre. (T. CXWI, N
Avant de dégager quelques conclusions théoriques, nous essayerons d'analyser en peu de mots le caractère particulier de chacune des feuilles qui composent ce troisième fascicule.
» La Pi. C comprend, de même que celles qui ouvrent les deux séries précédentes, toute la partie de la Lune visible au moment de l'observation. Mais ici la phase est plus voisine de la conjonction; par suite la région représentée est moins étendue et les détails s'y accumulent dans une perspective fuyante, qui rend parfois les interprétations difficiles. Cette épreuve offre un aspect expressif et un relief intense, du au passage rapide de l'ombre à la lumière. Elle a pour nous un prix particulier en raison des difficultés spéciales qu'il a fallu vaincre pour l'obtenir. On conçoit, en effet, qu'aux époques oi^i la Lune est peu éloignée du Soleil on se trouve dans l'alternative ou d'opérer à la pleine lumière du jour, ce qui tend à voiler les plaques sensibles, ou de laisser la Lune s'approcher de l'horizon à une dislance ordinairement incompatible avec le calme des images. Aussi n'y a-t-il pas plus de trois ou quatre jours chaque année oîi cette phase puisse être photographiée dans des conditions convenables, et il faut en outre un concours assez rare de circonstances atmosphériques.
)) L'objet le plus apparent sur cette feuille est l'a mer des Crises; mieux qu'aucune autre des grandes taches grises de la Lune, elle manifeste les caractères généraux qui les rapprochent des cirques : contour régulier, surface intérieure relativement unie et déprimée au-dessous du niveau moyen de la région, partie centrale séparée du reste par une ligne d'affaissement circulaire.
» Cette disposition concentrique se reconnaît aussi dans la mer de la Fécondité, toute voisine de la première. Ici les lignes de séparation entre les zones successives sont des digues saillantes plutôt que de simples dénivellations, et les traces d'actions volcaniques abondent sur le trajet de ces cordons. La forme polygonale commune à la mer des Crises et à beaucoup de cirques est très visible sur cette épreuve. Elle montre que les parties plus résistantes de la croûte solide se sont opposées à l'extension des aires d'affaissement. Cette circonstance contribue à rendre improbable la théorie qui veut que les mers, aussi bien que les cirques, soient des empreintes de projectiles.
)) Les grands cirques ne sont pas rares dans cette partie occidentale de la Lune, et quelques-uns sont au nombre des plus caractéristiques.
» Petavius et Endymion sont à citer pour le sillon concentrique qui dédouble leur rempart; Petavius encore pour la fissure médiane qui part de
( i5'4i ) la montagne centrale, traverse la première enceinte et s'arrête à la seconde. Plusieurs autres se distinguent comme centres d'émanation de traînées blanches. Des alignements de cirques suivant le méridien se rencontrent ici comme dans d'autres parties de la Lune. Mais à mesure que l'on approche du bord, on voit les plis de terrain, aussi bien que la teinte du sol, se distribuer de plus en plus suivant des lignes d'égale longitude. La recrudescence d'éclat qui se manifeste sur les calottes polaires se limite, dans la région équatoriale, à une bande étroite formant la limite du disque visible. Ce fait, constaté sur de nombreux clichés, et, à ce qu'il semble, indépendant de la phase, mérite une attention particulière. Nous reviendrons un peu plus loin sur l'interprétation qu'il convient de lui donner.
)) La PL XII reproduit à une échelle plus grande la partie sud du cliché précédent. On y voit apparaître avec plus de clarté les caractères spéciaux de Petavius et de Furnerius, imités plus ou moins fidèlement par beaucoup de cirques de la même région.
» On y rencontre aussi, près de Rheita, le spécimen le plus imposant et le mieux placé pour l'étude des grandes vallées rectilignes à bords parallèles. Divers signes s'accordent pour faire attribuer à ces vallées une antiquité très haute. Leur netteté et leur continuité ont quelque peu souffert par la formation de cirques sur leur parcours; mais la distribution de ceux-ci est évidemment subordonnée dans une grande mesure à l'existence préalable des vallées.
» l^e contraste entre les mers et les régions montagneuses s'accuse avec une extrême énergie sur la PL XIII, où l'on voit les masses énormes du Caucase et des Apennins former barrière entre la mer des Pluies et celle de la Sérénité.
» Ces deux vastes bassins, développant leurs rivages en courbe régulière, arrivent à empiéter l'un sur l'autre. Ils communiquent ainsi, entre les Apennins et le Caucase, par une trouée, à partir de laquelle les deux massifs vont eu s'évasant, l'un vers le nord, l'autre vers le sud.
» Le Caucase, plus complètement figuré, se montre divisé en plusieurs blocs bien distincts, qui ont dû anciennement ne faire qu'un tout, et subir les uns par rapport aux autres des mouvements de rupture et de dérive. Une disjonction semblable paraît avoir eu lieu entre les deux bords de la grande vallée des Alpes.
)) Moins abruptes dans leur ensemble que le Caucase, les Alpes offrent une large bande hérissée de pitons à peu près semblables, et atteignent leur plus e;rande altitude à la limite de la mer des Pluies.
» Elles se t'ondenl, au contraire, insensiblement dans la mer fia Froid, qui est une des régions les plus unies de la Lune.
» Au delà recommence une zone montagneuse qui s'étend jusqu'au pôle nord, et qui est remarquable, comme les Alpes, par l'absence presque complète de formes régulièrement circulaires. Le relief du sol y est plutôt constitué par un réseau de nervures qui manifestent une tendance à se grouper en losanges.
» Relativement clairsemés dans cette feuille, les cirques se montrent prodigieusement abondants dans la suivante (PI. XIV) qui nous ramène au voisinage du pôle sud. Entre toutes ces formations accumulées, Tycho se recommande spécialement à l'étude comme étant le centre du rayonnement le plus vaste que l'on aperçoive sur la Lune. Ni l'éclairement, ni l'échelle ne sont ici favorables pour mettre cette circonstance en lumière.
» Mais Tycho révèle aussi sa prépondérance par la disposition en ceintures successives que les formations voisines affectent autour de lui. Il accuse encore sa jeunesse relative par l'énergie de son relief et l'intégrité de sa crête.
» Comme témoins d'une période plus ancienne, on retrouve ces arêtes et ces sillons, déjà rencontrés dans les fascicules précédents, disposés par séries parallèles et formant souvent tangente commune au rempart de deux ou trois cirques. Deux de ces traits rectilignes, le mur droit de Birt et la crevasse d'Hésiode, sont particulièrement nets.
» Ils courent dans des directions à peu près perpendiculaires à la limite de la région montagneuse et de la plaine.
» L'un et l'autre paraissent devoir leur naissance à un affaissement suivi de rupture, le mouvement s'étant accompli, pour le mur droit, dans le sens vertical et s'étant compliqué, pour la crevasse d'Hésiode, d'un glissement tangentiel.
» Les deux planches suivantes (PL XV et XVI) représentent une même région sous deux éclairements contraires, de part et d'autre de l'opposition. Elles sont occupées, pour la plus grande partie, par des régions de plaine. Les massifs montagneux qui s'y rencontrent (Carpathes et monts Riphées) n'ont qu'une faible étendue.
» Leur isolement, le tracé concave de leurs limites rappellent, comme dans le cas des Apennins, la forme tles découpures que l'on obtient dans une surface plane, quand on v pratique des ouvertures circulaires empiétant les unes sur les autres.
» De beaux cirques, réguliers et profonds, apparaissent semés de
distance en distance, sans lien apparent entre eux ni avec les groupes de montagnes. Copernic, le plus vaste et le plus remarquable à tous éganls, résume à lui seul presque toutes les particularités que l'on peut relever isolément sur les autres. Les plis de terrain qui le (constituent, nettement concentriques au voisinage de l'ouverture, prennent, quand on s'éloigne en dehors d'un certain rayon, la disposition rayonnante et la conservent tant que la pente du sol demeure orientée dans le même sens. La situation isolée de Copernic et des cirques voisins, au milieu d'une plaine semée de légers accidents, est très propre à manifester l'origine et la disposition des traînées divergentes qui en émanent dans tous les sens. On s'assurera par la comparaison des deux feuilles que ces dépôts de couleur claire deviennent visibles seulement quand le Soleil est assez élevé, qu'ils n'atteignent nulle part une épaisseur appréciable, que leur direction est indépendante des accidents superficiels qu'ils rencontrent, qu'ils sont sujets à disparaître au passage de certains bassins déprimés et reprennent au contraire un éclat plus vif quand ils atteignent, en s'éloignant de leur point d'origine, des élévations du sol.
» Tout autre est l'aspect présenté par la feuille XVII, qui nous montre, quelques jours après l'opposition, la partie la plus sauvage et la plus tourmentée de la calotte australe. La comparaison aA'ec la feuille XIII rend visible au premier coup d'oeil la différence de condition des deux pôles. Nulle part la mesure des ombres n'indique de profondeurs aussi grandes que dans le voisinage du pôle sud. On reconnaît ici l'existence de plis de terrain très puissants, dirigés parallèlement. Des cirques considérables se sont formés en travers de ces rides, sans les détruire, et ont ajouté leur cavité propre aux différences de niveau déjà existantes.
» Il est intéressant de rapprocher la feuille XVII de la PL VII. la même région étant représentée dans l'une un peu avant le coucher du Soleil, dans l'autre un peu après le lever. L'accord est presque parfait en ce qui concerne le relief du sol, la délimitation des cirques, les petits cratères entourés ou non d'auréoles blanches. Mais les divergences apparaissent si l'on s'attache à l'examen des taches sombres qui occupent, en général, le fond des dépressions. Plusieurs de ces taches, visibles sur la première feuille, manquent absolument sur la seconde. Celles qui se retrouvent de part et d'autre se montrent, après l'opposition, plus accentuées et plus étendues. D'autre part, l'altitude du Soleil est déjà trop grande pour que ces changements puissent être imputés à la marche des ombres. Il semble donc certain que l'action prolongée des ravons solaires fait subir à la teinte
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relative de certaines régions de la Lune une altération temporaire, soumise à la même périodicité que les phases. Des faits de ce genre ont été signalés déjà par des observateurs armés de lunettes. La Photographie nous permettra, sans doute, de multiplier les constatations et de préciser la loi du phénomène.
» Nous nous sommes placés, dans ce qui précède, au point de vue purement descriptif et nous nous sommes limités aux faits qui peuvent être aisément vérifiés à l'inspection de notre Atlas. Dans une prochaine Communication, nous chercherons à coordonner ces remarques et à formuler quelques conclusions théoriques. »
CHIMIE ORGANIQUE. — Sur la préparation et les propriétés des dialcoylamido-anthraquinones-'i. Note de MM. A. H aller et A. Guyot.
« Dans notre dernière Communication ( ') nous avons montré que les acides orthobenzoylbenzoïques substitués se transforment, sous l'influence des réducteurs, d'abord en monophénylphtalides substitués et ensuite en dérivés benzylbenzoïques.
» Nous avons essayé de condenser ces mêmes acides en composés anihraquinoniques en suivant la méthode employée pour produire des condensations analogues avec les acides benzoylbenzoïques.
» Condensation de l'acide diméthylamidobenzoylbenzoïqiie. — On chauffe à une température comprise entre i^S^-iSo", une partie d'acide diméthylamidé avec lo parties d'acide sulfurique concentré. Il se dégage de l'acide sulfureux et, quand on verse le produit de la réaction dans de l'eau, on obtient un précipité rouge, floconneux, qui, lavé et essoré, cristallise, dans la benzine ou le toluène, en belles aiguilles rouges sublimables et qui fondent à i8i«,
^ " \COOH ^ " \C0/^ " Az(CH ) -r-H u.
» A côté de cette diméthylamidoanthraquinone, qu'on obtient dans la proportion de 35 à 40 pour 100 du rendement théorique, il se forme toujours des produits d'oxydation mal définis et qui sont à l'étude, de sorte que nous avons tenté de modifier notre procédé de condensation pour augmenter notre rendement.
(') Comptes rendus, t. CXXVI, p. 12^9.
» Dans ce but, nous nous sommes adressés au produit de réduction de Tacide diméthylamidobenzoylbenzoïque, c'est-à-dire à l'acide diméthylamidobenzylbenzoïque. Quand on chauffe, pendant une demi-heure environ, à 80°, une partie de cet acide avec 12 parties d'acide sulfurique concentré, on obtient une solution brun roiigeàtre, ne sentant que faiblement l'acide sulfureux et qui, étendue d'eau, passe au jaune clair. Ce liquide, neutralisé par du carbonate de soude, fournit un précipité qu'on peut faire cristalliser dans la benzine, d'où il se dépose en aiguilles jaunes. C'est du diméihylamuloanlhranol, très altérable comme tous les anthranols, car même en solution benzénique, et à plus forte raison en liqueur alcaline, il s'oxyde pour donner naissance à de la diniéthvlamidoantbraquinone identique avec celle obtenue par condensation de l'aciile diméthvlamidobenzoylbenzoïque.
» Pour obtenir pratiquement cette anthraquinone substituée, on traite à chaud la liqueur de sulfate de dimélhylamidoanthranol obtenue plus haut par une solution de perchlorure de fer de densité i,3o. La liqueur ne tarde pas à prendre une coloration violette intense, que nous attribuons à la formation de diméthvlamidooxanlhranol, premier terme d'oxydation du produit de condensation; puis elle se décolore presque complètement en laissant déposer un magma rouge, très volumineux, formé par un feutrage de petites aiguilles rouges, très fines et très longues. Sous cette forme, le produit est trop volumineux pour être commodément lavé et essoré. En maintenant le liquide, au sein duquel il se forme, à l'ébuUition pendant une heure environ, les petites aiguilles rouges disparaissent et se transforment en cristaux plus gros et plus lourds, facilement essorables. On obtient ainsi, du premier jet, une diméthylamidoanthraquinone très pure avec un rendement de 80 à 85 pour 100 du rendement théorique.
» La série de réactions qui conduit à ce composé, en partant de l'acide diméthylamidobenzylbenzoïque, peut s'exprimer par les équations suivantes :
I Diméthylamidoanlhraiiol.
il) <
j ou
I /COH\
yCOHx /GHOHN
(2) G«H\ I )C«H3Az(CIP)-4-0::.C«H< "r; )C'^H'Az(Cir')% ^ ' \CH / \ LO /
Diméthylamidooxanthranol.
(3) G«H*(^îî2"^C=lPAz(CH»)2+O^C«HK''î:îî*Nc/H»Az(CH^)^ + H^O.
Diiiiétliylamidoantlii'aquiniine.
» Condensation de l'acide diéthylariiidobenzoylbenzoïque. — Cet acide se comporte, à tous égards, comme son homologue inférieur. Quand on le chauffe avec de l'acide sulfurique concentré, il donne naissance à de la diélhylamidoanthraquinone. De même que pour le dérivé méthylé, le rendement est loin d'être théorique, par suite de la formation de produits secondaires. Aussi est-il plus avantageux de partir de l'acide diméthylamidobenzoïque auquel on fait subir le même traitement, à l'acide sulfurique et au perchlorure de fer, que celui qui a été appliqué à l'acide diméthylamidobenzylbenzoïque.
)) La diéthylamidoanthraquinone cristallise, au sein du toluène bouillant, en beaux feuillets rouges fondant à iGa".
» Ces nouveaux dérivés anthraquinoniques ne peuvent avoir que la constitution suivante :