‹ Rayons émis par les composés de l'uranium et du thoriumChapitre 89 sur 425 · C. R., 1898, I" Semestre. (T. CXXVI. .V · texte numérisé non relu

C. R., 1898, I" Semestre. (T. CXXVI. .V

formée? C'est là une question qui devait être posée et qui jusqu'ici n'a pas été résolue. A priori, deux explications paraissent pouvoir être données à ce sujet : i" ou bien la racine primaire est née par voie endogène, comme on l'admettait jusqu'ici, aux dépens d'un tissu profond apparte- , nant à l'axe hvpocotvlé ou à la tigelle; en se développant, cette racine aurait poussé devant elle le tissu de cet axe qui aurait plus tard constitué la gaine radiculaire externe; 2° ou bien la racine principale de la Capucine (se comportant comme celle que j'ai signalée dans une espèce d'une famille voisine, V Impatiens noli-tangere L.) (') aurait complètement avorté et aurait été remplacée par une racine latérale. Celle-ci, étant née dans le voisinage du sommet de la vraie racine primaire, aurait pu, en se développant, prendre la place de cette dernière. La présence d'une gaine radiculaire au sommet de cette racine latérale serait alors un fait normal facile à expliquer.

» Mais ces deux livpotlièses sont absolument gratuites et aucun fait précis ne vient jusqu'ici à l'appui de l'une ou l'autre de ces théories. Ij'anatomie des organes âgés ne pouvant fournir suffisamment de renseignements à ce sujet, l'Embrvologie seule pouvait résoudre la question et l'étude du développement de la racine devait être faite complètement.

» Dans le sac embryonnaire du Tropœoluin, alors que l'œuf esl déjà cloisonné, on constate la présence, au sommet d'un suspenseur assez long, d'une masse pluricellulaire à peu près sphérique et qui représente le jeune embryon. Les cellules qui le constituent se multiplient rapidement et cet embryon ne tarde pas à différencier à son sommet deux petits bourrelets qui deviendront plus tard les cotylédons. Au milieu de ceux-ci apparaît une petite proéminence qui représente le sommet végétatif de la tige primaire, à l'opposé de laquelle, vers le suspenseur, se différencie le sommet végétatif de la radicule.

» L'accroissement de chacune des portions de lembrvon se continue rapidement. Les lobes cotylédonaires ne tardent pas à se colorer en vert et deviennent bilobés à leur base. Les deux lobes de chaque cotylédon se développent autour du suspenseur, dont ils paraissent entourer l'extrémité. Pendant ce temps, le suspenseur s'est luimême accru ; tandis que ses cellules supérieures, voisines du micropyle, ne s'accroissent qu'en longueur, ses cellules inférieures, voisines de l'embryon, se divisent dans tous les sens. La gemmule apparaît entre les deux cotylédons lobés. La tigelle porte de petites proéminences, rudiments des jeunes feuilles, et la radicule est entourée par les cellules du suspenseur qui se sont groupées autour d'elle.

» A l'aide de préparations fraîches obtenues par dissection et rendues un peu transparentes par divers procédés, j'ai pu suivre le développement de cet embrvon

(') C. Brunotte, Comptes rendus, avril 1896.

jusquau moment où apparaissent les premières dilî'érencialions des tissus de la racine. A ce moment, la radicule paraît enfoncée profondément dans une sorte d'entonnoir dont les parois, formées par les cellules de l'extrémité du suspenseur, se prolongent à la surface de l'embrvon, dans la région radiculaire.

» Des coupes faites dans le sens longitudinal et passant par le grand axe de l'embryon et le plan méridien des cotylédons montrent l'organisation suivante : la racine primaire offre à son sommet les trois groupes d'initiales normales du cylindre central, du parenchyme cortical et de l'épiderme qui constitue la vraie coiffe. Au sommet de cette radicule, la vraie coiffe est constituée par quelques rangées de cellules qui s'étendent sur les flancs de la racine et vont en diminuant d'épaisseur, ainsi que M. Flahault l'a parfaitement décrit dans son Mémoire.

» Puis, recouvrant le tout, et cela sur toute la longueur de la racine, se trouve un tissu formé de cellul-es plus grandes que celles de la vraie coiffe, formant parfois au sommet de dix à quinze rangées cellulaires constituant le tissu de la gaine. Celle-ci s'amincit sur les flancs de la racine et l'on peut facilement observer sur les préparations la région occupée par ce tissu et le point exact où il cesse à la surface de l'organe. Ce tissu est en continuité avec les cellules du suspenseur et est formé, sans aucun doute, par les cellules inférieures de cet organe qui, pendant que l'embryon continuait à se développer, a été le siège d'une prolifération destinée à former la gaine radiculaire qui persiste au sommet de la racine.

» Celte proliféralion du suspenseur, clans sa région terminale, ne doit pas étonner outre mesure, dans le cas des Tropœolum, si l'on se rappelle les premières phases du développement de l'œuf, décrites par Schacht ('), dont j'ai vérifié, en partie, les observations.

» Le suspenseur portant l'embrvon à son extréinité est seul logé dans le sac embryonnaire, mais il est en relation avec deux prolongements qui, au lieu de rester dans ce sac, en percent la paroi et vont chercher leur nourriture dans les tissus avoisinants. Ces deux appendices, extérieurs au sac embrvonnaire qui. avec le suspenseur vrai, forment le corps à trois branches décrit par Schacht et figuré dans l'Ouvrage d'Engler et Prantl (-), constituent de vrais appendices nourriciers. Avant la maturité de la graine, ils fournissent au suspenseur resté dans le sac les éléments nutritifs nécessaires à la formation des cellules qui constituent le tissu de renforcement du sommet de la racine primaire, laquelle est ainsi pourvue, dès son jeune âge, d'une gaine radiculaire surnuméraire formée par la prolifération des cellules du suspenseur vrai ( ' ). »

(') Schacht, Enlnickelungs Geschichte des PJlanzen-Embryon, Amsterdam. Analyse dans les Annales des Sciences naturelles, 4° série, t. IV'.

(-) Engler et PiiVNTL, Die naliirlichen Pflanzen faniilien, 4"" livraison; 1890.

(') Laboratoire de Botanique de l'Ecoîe supérieure de Pharmacie de l'Université de Nancy.

CHIMIE VÉGÉTALE. — Sur la. préparation du gentianose. Note de MM. Em. Bourquelot et L. IMardix, présentée par M. L. Giiignanl .

« Le gentianose, sucre analogue au sucre de canne, a été découvert, en 1881, dans la racine de gentiane (Gentiana lutea L.), par Arthur Moyer ('). Bien que la gentiane soit une plante très commune, au moins dans certaines contrées montagneuses de l'Europe, et que Meyer avoue, dans son Mémoire, n'avoir pu élucider certains points de ses recherches parce .qu'il a manqué de produit, il ne semble pas qu'on ait tenté, depuis cette époque, soit de vérifier les observations de ce chimiste, soit de compléter son travail.

)) Il nous a paru que cela pouvait tenir à ce qu'une bonne méthode de préparation du gentianose faisait défaut. En réfléchissant aux conditions biologiques dans lesquelles se trouvent, en général, les polyglucoses au sein des tissus, nous avons été amenés à imaginer le procédé suivant, auquel on ne peut avoir recours que si l'on a à sa disposition de la racine de gentiane fraîche et récoltée depuis quelques heures (^).

» Dans un ballon placé sur un bain-marie, on cliauHe de l'alcool à 95° jusqu'à l'ébullition. On découpe la racine fraîche en tranches minces qu'on fait lomber au fur el à mesure dans l'alcool bouillant. Après quoi, on relie le ballon à un réfrigérant ascendant et l'on maintient l'ébullition pendant vingt à vingt-cinq minutes.

» En opérant ainsi, et en supposant que la racine de gentiane renferme un ferment soluLle capable d'hydrolyser le gentianose, on est assuré de détruire ce ferment, de telle sorte que le gentianose ne pourra être dédoublé.

» Après refroidissement, on exprime, on filtre et l'on distille. Comme le liquide restant dans la cornue est acide, on ajoute, pour neutraliser, une jjetite quantité de carbonate de chaux précipité, et l'on filtre de nouveau. Enfin, on évapore au bainmarie en consistance d'extrait mou.

» Si l'on abandonne cet extrait à lui-même, on voit, au bout d'un temps assez long (trois semaines à un mois), la masse se remplir de crislaux. Sans tenir compte de la présence de ces cristaux, d'ailleurs difficilement séparables, on dissout, au bain-marie, l'extrait dans la plus petite quantité d'eau, possible (i partie d'eau pour 2 parties d'extrait); puis on ajoute, toujours à chaud, 4)5 parties d'alcool à gS". L'opération se fait dans un ballon. On laisse reposer à la température du laboratoire pendant une

(') Uebcr gentianose {Zcilschr. f. physiol. Cliemic, t. VI, p. i35). (^) La racine que nous avons employée a été récoltée aux environs de Belfort. liécoltéc le matin, elle a été traitée l'après-midi.

quinzaine d'heures, puis on décante le liquide dans un autre ballon, pour le séparer d'un enduit visqueux qui s'est déposé sur les parois du premier.

» La cristallisation commence aussitôt après; elle se fait lentement et ne peut être considérée comme complète qu'au bout d'une quinzaine de jours. Le gentianose cristallisé forme une croûte blanche adhérente aux parois du ballon. On le purifie par cristallisation dans l'alcool à 95°.

» Le produit que nous avons obtenu en opérant ainsi (rendement : i environ du poids de l'extrait) se présente en lamelles quand on le fait cristalliser entre deux lames de verre. Il ne renferme pas d'eau de cristallisation. Il donne des solutions aqueuses complètement incolores et, chauffé sur une lame de platine, il bnîle sans laisser de résiiki. Il fond à 207-209° (température corrigée); Arthur Meyer a trouvé 210°.

» Ce corps est dextrogyre. Nos observations conduisent à lui attribuer, comme pouvoir rotatoire en solution aqueuse : Xi,= + Si", 20. Nous n'avons pas constaté de phénomène de birotation, tandis qu'Arthur Meyer aurait trouvé pour un échantillon de son gentianose dissous à la température de 100° : Xo= -T- 65°, 7 et pour un autre échantillon dissous à froid et dont la solution avait été cependant abandonnée à elle-même pendant ime nuit : Xn= + 33°, 36. Mais il convient d'ajouter que ce chimiste, ayant emplové tout son produit, n'a pu répéter ses observations.

» Enfin notre composé ne réduit pas la liqueur cupro-potassique, mais il devient lévogyre et réduit abondamment après traitement à chaud par l'acide sulfurique étendu. Ces dernières observations concordent avec celles que Mever a faites sur ce point. »

BOTANIQUE. — Sur la germination et la fécondation hivernales de la Truffe. Note de ^I. A. de Gramoxt de Lesparre, présentée par M. Chatin.

« J.a Truffe peut être considérée comme un amas de petits sacs ou asques, contenant chacun d'une à quatre spores. Ces asques sont reliés entre eux par des filaments transparents, cloisonnés. Des veines aérilères, qui nous apparaissent blanches, sillonnent la pulpe tout entière.

» Il V aurait à examiner le mode de germination de ces spores, leur fécondation, le développement des spores fécondées jusqu'à production de la spore finale ou téleutospore qui, tombée en terre, produit vraisemblablement le mycélium truffier, enfin le rôle véritable de cet arôme particulier à la Truffe qui lui donne sa valeur.

)) Je parlerai aujourd'hui de la germination et de la fécondation hivernales des spores, me proposant d'examiner, dans une Communication ultérieure, la germination d'été, la production des téleutospores el l'utilité de l'arôme.

» Mes recherches ont porté sur la Tuher melanosporum ou Tiuffe du Périgord et, dans une moindre mesure, sur la Tuher magnatum ou Truffe à l'ail du Piémont.

» Gerininalion et fécondation. — La TrulTe est un champignon héléroïque. Ses spores, comme celles de beaucoup de Puccinies, ont besoin, pour évoluer, d'être transportées sur un terrain nouveau. Elles ne germent ni en terre, ni dans leurs asques, aussi longtemps du moins que ceux-ci demeurent intacts.

)> Pour que la germination ait lieu il faut que la spore ait été extraite de son asque puis déposée sur le limbe des feuilles de certains arbres.

» L'asque est détruit par pourriture ou par les mandibules des insectes tubérivores el de leurs larves; le transport s'opère sur les pattes, le corps et les ailes de ces mêmes insectes. Le tout a lieu dans des conditions que je ne puis examiner ici.

» La spore déposée par l'insecte ne tarde pas à germer lorsqu'elle se trouve sur feuille de chêne, de noisetier, de conifères (épicéas, pins, genévriers, etc.) et, sans

doute, de plusieurs autres arbres. Retenue par ses piquants, elle s'allache au limbe; sur conifères, les exsudations de la surface paraissent aider à l'adhésion. La nervure

centrale et son voisinage sont le meilleur centre de germination {Jlg- i et 2, spor germant sur épicéa, pin à cinq feuilles et genévrier de Virginie).

» C'est du j5 novembre à janvier que germination et fécondation se produisent avec le plus d'intensité et, surtout, de la façon la plus visible, et l'on observe ces phénomènes non seulement sur feuilles fraîches et pleines de sève, mais encore sur feuilles anciennes et desséchées. Je les ai vus se développer avec grande énergie sur feuilles de ■ chêne pubescenl cueillies depuis un an et conservées tout ce temps dans un tiroir. Leur marche, toujours la même, est la suivante :

» Peu de temps après avoir été déposées sur le limbe, hors de leurs asques, les spores mâles germent et émettent un filament épais, transparent, terminé par une pseudo-spore, grosse, lisse, légèrement transparente, brun clair ou ambrée. Parmi ces germes, les uns percent l'épiderme au sortir de la spore et émergent ensuite à petite distance, les autres courent à la surface et présentent la même pseudo-spore terminale en laissant bien voir le filament gros et transparent qui les relie à la spore d'où ils sortent.

» Dans sa marche superficielle ou sous-éplderniique, la pseudo-spore mâle se dirige vers une spore femelle voisine; elle l'atteint quelquefois {/tg- 3, n"' 1 et 4); d'autres fois, elle ne l'atteint pas du premier coup; souvent alors, de la pseudo-spore arrêtée

part un nouveau jet qui arrive à la spore femelle (Jiff. 3, n° 3) et applique sa pointe à côté ou en-dessous. Quand c'est nécessaire, un troisième et un quatrième jet peuvent succéder aux premiers; parfois, plusieurs jets sortent de la pseudo-spore à la recherche d'une fécondation à accomplir.

1) La /ig-. 3 représente différents tvpes de fécondation: le n° 7 montre une spore mâle germant sur un poil; car les spores, rarement il est vrai, germent sur les poils comme sur l'épiderme.

» Dans certains cas rares, si la spore mâle se trouve tout près de la femelle, l'évo-

lulion suit la marche indiquée fig. 4, c'est-à-dire que le germe mâle prend la forme d'un petit ver dont l'extrémité fine féconde directement ou par filament et dont la

Fig. 4.

tête reste parfois coiffée du morceau d'épiderme rugueux qu'elle a arraché à la spore (/„-. 3, n°2).

» Que font les spores femelles pendant ce temps? Restent-elles immobiles? En aucune façon. Si elles ont été fécondées, elles germeront pour de bon. Si le germe mâle ne les atteint pas, elles émettent un filament terminé par une pseudo-spore qui va au-devant ou à la recherche du germe mâle et se fait féconder {fig- 3, n°^ 5, 6, 8 et fig. 5). La fig. 5 montre une double fécondation par spore mâle ; l'une directement, l'autre par jet secondaire.

' Fig. 5.

» Les pseudo-spores femelles sont généralement plus petites que les mâles, noires, rugueuses, pointues. Elles cheminent sous l'épiderme, très rarement à la surface

Fig. fi.

{fig. 6, production de pseudo-spore femelle; fig. 7, n°^ 1, 2, 3 et 4-, pseudo-spores mâles; 5, 6, 7 et 8, pseudo-spores femelles).

» En prenant les délais les plus courts la fécondation peut commencer sept jours après l'ensemencement, durer en apparence un jour ou deux. La spore ou pseudospore fécondée produira vers le douzième jour des téleutospores.

» La fécondation accomplie, la pseudo-spore màle brunit, devient granuleuse, se. flétrit et tombe ou bien s'eflFrite en laissant sur la feuille une tache noire {fig- 3, n"9) ;

Fig. 7.

souvent la pseudo-spore qui a émis un jet secondaire se dessèche et prend l'aspect d'un tube évidé, d'une peau de serpent {fig. 7, n"* 9 et 10).

» Les délais minimum donnés ci-dessus sont fréquents en hiver; mais, même en cette saison, ils peuvent se prolonger, si bien que, parfois, plusieurs semaines après l'ensemencement on voit encore sur le limbe des feuilles des pseudo-spores fraîches et des accouplements.

» A mesure que janvier s'avance, la végétation des spores diminue ; seules quelques rares germinations mâles persistent.il en va ainsi jusqu'en juillet, époque à laquelle germination et fécondation recommencent dans des conditions un peu diilérentes.

)) La germination et la fécondation de la Truffe du Piémont se font comme pour la Truffe du Périgord, mais l'observation est difficile à cause de la transparence des spores. »

GÉOLOGIE. — Sur les gisements de minerais de fer oolithiques du nouveau bassin de Briey (Meurthe-et-Moselle). Note de M. Georges Rolla.vd, présentée par ^L Michel Lévy.

« Un événement de première importance pour l'avenir de la métallurgie française est la découverte de l'extension imprévue des giseniL-ats de minerais de fer oolithiques qui affleurent et sont depuis longtemps exploités sur une grande échelle dans l'ancien département de la Moselle, gisements dont le prolongement souterrain dans l'arrondissement de Briey et jusque dans la Meuse vient d'être constaté par de nombreux sondages d'exploration. Actuellement on ne compte pas moins de ii5 de ces sondages, et d'autres suivront sans doute. Une première série fut exécutée de 1882 à

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