‹ Rayons et reflets, par le chevalier de ChatelainChapitre 5 sur 116 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Lecteto,

J'AI bien envie (!e vous brûler cette fois la politesse et de ne pue faire? do préface à ce livre.

— " Mois vous n'y pensez pas, mon cher Maître," me dit nne Petite Voix a laquelle je donne l'hospitalité depuis mon enfance, et qui se tienl cachée sous les replis li-s plus secrets de mon for intérieur, " vous n'y pensez pas, un livra sans préface, c'e-t comme eut été une Maisnn Romaine sans le Cave uaiitm ou le Salve! Ui:t préface est chose indispensable, c'est le jour qui doit éclairer le

— " Peut-être avez vous raison l'otite Voix, Allons ! va pour la préface. Donc je vais dire pourquoi j'ai fait ce livre, pourquoi j'ai mis tel poomo, pourquoi j'ai omis

J'omusent prou, an moins, lui aurtù-je coulé en douceur mon "sic vola, sicjubœo!"

— " Mais # prenez garde, Maître," interrompt la Petite Voix, " prenez garde, en écrivant votre préface do ne faire qu'un Moi délayé :

" Le Moi dans une bouche a plus d'une syllabe ! C'est un écueil qu'il faut éviter â tout prix," — " Parbleu, Petite Voix, vous avez raison, je pense entièrement comme vous sur l'inconvenance du Moi — Econtcis plutôt ces quelques vers de ma façon sur ce

tel autre; tant pis pour le lecteur, si

confidences

l'HÉFACE.

iLLijiiusvlliil.c, ijtii de unis tonqis a grillé tant lia monde cl est destiné » en griser encore tant, per omnia siectila zœculorum :

Moi.

KlBH n'est beau que le - Moi," Le "Muï" seul est aimable !

C'eut un mot ravivât, c'est un mot adorable!

En trois lettres il dit plus que tout l'alphabet,

Le " Tn," le " Voua," le " Leur," il les occit tout net.

Lorsque noua disons "Moi!" s'agrandit notre bouche.

Tant le beau du sujet, et uous charme et nom touche :

" Moi! ... des mots c'est le lîui! car ma pensée à Moi,

C'est mon bien, mon joujou, num bijou, mon émoi.

l'uur ce qui m'intéresse, oh! je suis l.mn apôtre,

Mais je me ris pus mal ou du "Leur" on du " Votre I "

Je suis Moi I rien que Mol !— Moi vaut bien mieux que Toi!

Aussi m'accoquiné-je \ " Moi," toujours a "Moïl"

Peut-être direi-vous que c'est de l'Egoïsme ;

Ne pense comme Vous, pour Moi, c'est Héroïsme ;

Donc du qu'en dira-t-ou mo moque, et ju dis Moi :

■Vive Moi! vive Moi! vive Moi! vive Moi!'

C'est mon idée a "Moi "— honni soit qui la fronde 1 Après cette profession Je f.ji, eriitieinciii faite, me emircr.-

vuiis encore, Petite Voix, apte :i .'crire uni' préface hniuiélc,

et pas trop personnelle ? " — " Dame I avisez-v.''

— " Oh 1 par ma foi, non 1 II ne faut pas tenter la diable; j'niiiic mieux, on giiisv île préface, narrer nu lecteur uu petit conte quo jo trouve se promenant dans les rouvros île mou (cal et amé eoll a I» licteur, Ma liinie Je Châtelain. Je traduis donr ï"«j> .ï" (( vfe.".', ni'eii^ii^eaiit à dire au lecteur lo pourquoi do ce narré ... au bout dît conte."

II. y avait une l'ois un chasseur qui vivait dans une belle et antique forêt, asile impénétrable de gibier île imite espèce, si bien qu'en vendant lu peau des iiétes qui t liaient moiii- ;e- c<ui]i-. et en se inini-issunt de leur chair

il s'était fuit mie existence aisée, où l'utile et l'agréable se trouvaient réunis. En effet, le jour se passait à errer à l'ombre d'arbres séculaires, et quand venait la nnit, il avait pour s'abriter" et se délasser de ses fatigues une petite chaumière toute gentille et toute proprette, entourée d'un charmant petit jardin qu'il cultivait avec amour pendant ses heures de loisir.

Tonj vivait déjà de cette douce vie depuis plusieurs année», Bt était très connu dans tons les environs comme le chasseur le plus intrépide et le meilleur compagnon qu'on put trouver à bien des milles à la ronde, quand un soir, comme il revenait chez lui par un beau clair de lune, il trouva le sentier qu'il parcourait, intercepté par un étrange personnage, qui avait plutôt l'air d'un spectre lunaire que d'une créature en ehair et en os, comme vous et moi, tant sou être paraissait diaphane, tant ses yeux surtout étaient d'un brillant inaccoutumé. Heureusement notre rencontré portait sur le dos une sorte de ballothavresac, ce qui faisait naître la pensée qu'il appartenait a la classe essentiellement ambulante des colporteurs. Touuif.iis, nue finie moins forU'Uient trempée que celle de Tony eut bien pu être qnclqnc peu émue i la vue do ce quasi-fan tfime. Cependant d'une voix, qui n'avait rien qne de naturel, le voyageur pria Tony de lui indiquer la route la plus directe et la plus courte pour sortir de la foret.

— Oh 1 rien n'est plus facile, répondit Tony, mais je vous en préviens, le plus prochain village est à une distance assez considérable, et il n'y a aucune auberge sur la route avant d'y arriver, ainsi donc vous ferez mieux de venir dormir sons mon toit, et do remettre à demain matin la continuation de votre voyage.

Tony fit cette offre à l'étranger, porté en partie par ce bon naturel qui faisait la base de Bon caractère, et en partie, l'avouerons-nous, pour se forcer lui-même à s'assurer qu'il n'y avait rien de surhumain dans l'honni le- apparition qu'il rencontrait ainsi.

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