‹ Rayons et reflets, par le chevalier de ChatelainChapitre 6 sur 116 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

— Dormir ] répéta l'étranger dont les yen* semblèrent ae dilater outre mesure, tandis qu'un rire singulièrement strident faisait vibrer les feuilles paisibles des plus vieux arbres de la foret; je ne pense pas que je puisse lîormiri â moins que vous n'ayez du sommeil a me vendre Malgré ce, j'accepte volontiers une nuit de logement chez vous, et je vous remercie sincèrement de votre offre.

Tony conclut do cetto singulière réponse qu'il avait à faire à nn homme bizarre, an cerveau quelque feu fêlé; et sans chercher autrement ;\ nj .[.roforulir qui il pouvait Être, il se mit en devoir de lui montrer !o elicmin de sa chaumière, se promettant, ù part soi, de tirer amusement des eyeentricitt's du hiiu h'iuiiïï". Arrivés il leur de s tins tien, l'étranger m' (U'linrns-Li du biiliMii qui psirni j.iui ( i^r u» 1 r ses épaules, quant à Tony il s'empressa de couvrir la table de mets substantiels dûment accompagnés d'un large cruchon de bière. Cela fait, il invita avec cordialité son diaphane compagnon à prendre place à table et ù faire fête à co repas improvise.

— Ils venaient de s'asseoir, quand Tony s'adressent ù

ainsi dans la boutique que mus portez sur la dosî

—Toutes sortes d'étranges eliosos, ré pond il le eolportour, fixant ses yeux perçants sur sou interrogateur. Mon lnilli.it ne ressemlile ]m> mal à nu ien de eintes, qui renfermo dans les comhi nuisons inédite- do ses feuilles légères ce qui constitue la lionne et la mauvaise fortune.

Tony se mît à rire de cette réponse émsive, et, sans permettre à sa enriosite de chercher autrement à pénétrer les secrets de son convive, il le laissa causer snr tout antre sujet, se tenant, quant à lui, si peu sur la défensive, qu'avant la fin dn souper, après une conversation à bâtons rompus, il avait, sans y faire attention, mis sa biographie complète 6ons les yens de son nouvel ami, sans que, par contre, il eut reçu de sou interlocuteur, en éeliiiu;;e de eetle eimtimice ssm Homes, In moindre confidence. C'est

que, à vrai dire, l'étranger avait nn to] laisser-aller île conversation, il racontait si bien des choses si merveilleuses ut si interressantes qui n'avaient jamais auparavant frappé les oreilles do Tony, qne ce dernier ont été bien filclié, ma foi 1 d'interrompre lii récit de son hôte par des questions

A la fin cependant, il se fit tard, et étant accoutumé à se coucher de bonne heure, Tonj ne put pas plus longtemps

offrit-il son lit à l'étranger, et il se disposait à s'étendre ■air <[:ii;lt[i]i's m îiliures dans un des coinB do

sa cabane, lorsque celui-ci l'assura que l'heure de son coucher n'était pas encore venue, et qu'il préférait, du reste, passer la nuit sur une chaise. Tony le laissa donc faire a sa gui»!', i-t s' étant jeté sur son lit, il s'endormit bien vite de ee sommeil profond que la fatigue et une bonne constitution assurent toujours a l'homme actif et travailleur.

Un tiers de la nuit n'était pas écoulé, quand Tony fut soudain éveillé par la voix de l'étranger qui lui disait :

Holà maître, il est temps do se lover; ïoilà le point

Tony ouvrit avec peine ses paupières robelles.

— Baste I vous vous trompez bruiv hnmiiir. rcpartii-il, et vous prônez pour le point du jour le clair de lune. Pour Dieu ue pourrioz-vons me laisser dormir en repos?

Et se prenant an mot lui-même, il se retourna sur sa couche, et incontinent recommença il ronfler do plus belle

L'étranger se remit sur la chaise, puis la quitta, puis marcha deçà delà dans la chambre, pnis se remit sur sa chaise, et puis patienta quelques moments; mais avant que les deux tiers de la nuit no fussent achevés, de nonveau il interpella Tony pour lui dire qu'il faisait jour.

De nouveau, et bien malgré lui, Tony se hasarda a ouvrir les yeux, de nouveau il s'apperçut sans peine qu'il n'y avait aucun signe qui annonçât le point du juiir : «t

jnguaiil li' Ijihi ;i|.].('tit ih: suiiiiin-il ijni lui restait à

satisfaire, que l'heure où il «Tait coutume de se lover était encore loin, il répondit do mauvaise humeur ù cette seconde interruption d'une occupation favorite :

— Allez vous promener, si vous en avez l'onvio, mais en véritc mon cher, laissez les outres dormir.

— Dormir I murmura l'étranger, ne dirait-on pas que ce soit ce qu'il j a do plus désirable dans le monde entier 7

Mois la remarque mourut sons écho; comme pour prouver qu'effectivement dormir était pour lui lo souverain bien, notre Tony était déjà rentré en possession de son Homtimil, nu plutôt de son trésor, un instant égaré, et do nouveau ronliait fort bien, et bien fort.

L'étranger fut donc encore une fois forcé de prendra patience, jusqu'il co qu'enfin, à son grand contentement, l'aurore aux doigts de rose, comme disent les poètes, ouvrit les portes do l'orient, et vint épandre ses fenx sur la nature rajeunie.

A en moment il commença à ouvrir lo porte, ù remuer so chaise, à reculer la table, ii foire on un mol tonto espèce de bruit qui put suppléer aux paroles, afin da n'avoir pas à avertir do nouveau son voisin le dormeur qu'il étoit temps de so lever. Tonj, toutefois, ne fut pas longtemps lourd au bruyant appel do l'inconnu:

— Maintenant, je suis votre homme, lui dit-il en se jutant hors du lit, et suis prêt ù parcourir tonte la forêt avec vous, si toi est votre bon plaisir, après, bien entendu, que nous aurons déjeuné.

S'aporcevant ensuite que l'inconnu no paraissait ni fatigué, ni reposé do la nuit qu'il avait passé, et que ses yeux, au contraire, étaient tout aussi profondément brillante que jamais, il ne pnt s'empêcher de dire :

— Vous Êtes un singulier homme d'être ainsi éveillé, êtes- vous donc si pressé do partir ?

L'étranger fit un signe de tête négatif.

— Si vous passez ainsi des nuits blanches, poursuivit Tony, vous laisserez vos forces à ce jeu. Asseyez-vous

maintenant, et réconfortez -vous on fusant honneur au

déjeûner.

— Oh ! répliqua l'étranger, en prenant pl&co à table, tout cela est affaire d'habitude. -J'ai passé ces dix-huit derniers mois de la même manière, et je ne m'en porte pas

Le eoutean de Tony n'échappa de su mnin à eelle singulière insertion, et regardant l'étranger avec une indicible

stupéfaction ;

— Comment 1 Sans avoir fermé l'œil seule fois? . . .

— Ainsi que vous le dites, répéta l'étranger.

—Alors vous êtes le diable en personne, s'écria Tony, se levant tout à coup avec un sentiment d'horrenr qu'il éprouvait pour la première fuis de sa vie. .

— Donnes- vous donc, je vons prio, la peine de vous rasseoir, mon brave, reprit te eol|iorteur, riant de la frayeur qu'il venait il'exeiter: pour vous rassurer, detueureï oinvaincii que ehnque f.is .pur je puis me procurer un rn ou

n'en pus f'>e.easion. Mais nsse* eausé lù-dessus.

Maintenant répondez- moi à cette seule question: Qui vous rend si friand de sommeil 7

— Mais, reprit Tony, ne sachant trop comment répondre à une question qui l'embarrassait par sa simplicité même ; mais quand on a chassé tout le jour durant, m'est avis qu'on a besoin de si mil, n'est-il pas vrai ?

- — Peut-être; mais si vous l'tiiv. rietie, si vous ne elinssie/, que ponr votre plaisir, si vous aviez un beau palais avec

alors ne pou nie;; -vous pas vous passer de sommeil?

— .Je pense que lorsque viendrait la nuit, je n-ntiiais encore le besoin de dormir, reprit Tony.

— Mais si ee besoin de dormir, on vous empêi-hait du le ressentir? continua l'étranger.

— Oht alors, ee serait tout profit et fort agréable, par ma foi, de vivre ainsi doublement, et de s'amuser sans interruption ! i

sept Mutées de sommeil.

— Mais comment cela peut-il se faire ? reprit Tony au comble de l'ottinnemcnt.

— C'est mou nffrfiro, laissez m'en io soin, répondit l'étranger; consentez-vous?

--J'y consens, reprit Tony émerveillé rie la splendido perspectiTfl qui s'ouvrait devant lui.

L'étranger retira alors de non hnvresac une sonnette d'urgent il'' pclile iliiurnsii.n i't d'un riche travail d'nrrévrerie, et la présentant à Tony :

— Vous pourrez, sonner, lui dit-il, pour tout ce qu'il vinis pUiira, el de milite vos désir* seront accomplis. A la Hn de la septième année, si vous sonnez pour que je vienne, nous [iniirriiUK renouveler bail pour sept, miul'ir/.c cl lingl et une nouvelles années à votre choix.

— Mais, reprit prndeiiimenl Tony, supposons que je sois fatigué de no jamais dormir avant l'accomplissement de ees sept années ?

— Voua pourrez sonner pour dormir le dernier jour de chaque année ; mais prenez garde que votre palais ne s'écroule pour lu: jamais se relever de ses ruiues.

Ces derniers mots furent articulés d'une voix à moitié! endormir par l'étranger, qui, relombant sur su chaise, prit immédiatement possession de cette bienheureuse nuit do .sommeil si longtemps espérée en vain. île cette nuit qui devait avoir pour lui, pour le moins, la durée d'un an.

— Un palais 1 un palais 1 à moi vite un palais ! cria soudain Tuny agiiaul su f o:meiic coinmo un possédé. En moins d'un olin d'œil, les simples habite de Tony

vitre. Le tout petit jardin s'allongea, s'allongea encore.

s'allongea toujours, jusqu'à ce qu'enfin il fut devenu digne de rivaliser pour la grandeur et la beauté, avec les belles Iles Borroinées elles-mêmes; la foret servit tout naturellement île confins à ee vaste et magnifique domaine si merveillensi-iLt'iit créé. Lu palais se trouvait occupé par une foule de gentilshommes de la chambre; un nombreux

s choses lui apporte z admiré, il sonna pour le dîner. Aussitôt le dïner fut servi, un dîner iptendida Les gcntilhommcs de la chambra prirent place avec loi i table, chacun d'eux n'efforçant, par non esprit et sa gaîlé, de lui complaire, de l'amuser, et s'erupressant d'aller au devant des désirs qu'il pouvait former. Tony qui de sa vie ne s'était trouvé ù pareille fétc, fit largement honneur au festin; mais bien qu'il eut mangé de tous les mets et bu de tous les vins, il ne se sentit pas la moindre envie de faire sa méridienne, selon son habitude, aussi consulta-t-il ses convives sur ce qu'il avait do mieux à faire pour passer la soirée. Es lui conseillèrent do jouer à différents jeux que chacun d'eux, à l'envi l'un de l'autre, s'offrait d'enseigner ù son Altesse; c'était de ce titre qn'ils le saluaient. On apporta des cartes, et Tony se mit en devoir d'apprendre ceux des jeux les plus aisés.

Toutefois, après s'être livré pondant assez longtemps à cet exercice nouveau qui lui parut une fatigue plutôt qu'un délassement, Tony so rappelant quel joyeux diner il avait fuit, unluTiiia qu'on servit le sinqier. Les gcntilhommcs de la chambre se rendirent au vœu de son Altesse, et l'on p&SBa dans la salle du banquet où l'on soupn largement, le repas étant interrompu souvent soit pnr des intermèdes de

chaut, soit |>nr des anecdotes griment et spirituellement racouli-es. Cependant après un certain laps de temps, en dépit do leurs efforts pour se tenir éveillés, les convives

devinrent à peu pris siltneieiix, H quoique slininlés de temps ii auir.' [niv Tony qui les apostrophait griment de propos seinlilaldes il ceux-ci: Allons, joyeux camarades, niiiiisrK-moî, vous connaissez 11' proverbe : " Pus do chanson, pas de souper 1 " la nature eut le dessus, et graduellement, chacun des joyeux camarades tomba de sommeil sur l'épaule de son voisin.

Quand son Altesse se vit ainsi seule, aussi éveillée .pie jriTiiain, elle eniiiiiieiK.'ii à penser qu'un tel état de choses était, fort ennuyeux; et après avoir lenlé, nuits vainement, di' rappeler sis p>:;s au sentiment de politesse, que, scion Ini, ils u'ecssrnl pus i!é oulilii'r, eti leur jetant à la figure des Poulettes île mie de pain que, par passe-temps, il s'amusait à pétrir dans ses doigts; il commanda à un domestique do le conduire à sa chambre à coucher, pensant que, si, selon son habitude, il allait so mettre au lit, il ne tarderait pas à s'endormir. Toutefois, il n'en fut pas ainsi, car après s'être tourné et retourné de roté et d'autre pendant deux heures à la recherche d'un sommeil impossible, Tony ne trouva rien de mieux à faire que de se lever et de s'habiller, et s'en fut-il lira vit il eut promener son insomnie dans la forêt, ne sueliant. ruminent hier le temps. Or il arriva quo cette nuit là était pluvieuse, si bien que Tony dans ses habits d'or et de soie, fut mouillé de part en part, et rentra dans son palais en compagnie d'an rhume violent, et d'un torticolis qui l'obligea à garder le lit trois jours durant, chose qui ne lui était jamais arrivée dans sa vie, et chose (lonUemi'iit f.ldieiiue, puisque tes trois jours durant, il ne put un instant fermer l'œil, et jouir des bienfaits d'un sommeil réparateur.

Sitôt qu'il fut rétabli, Tony pensa que. la meilleure

favorites occupations, à la chasse pour laquelle il avait

toujours y u un «mit très proiionuij ; niais cette Fois ù t» chusso sur une plus grande échelle. 11 sonna donc polir une meute do dikin <A niii.' r cnipc lie chasseurs, et incontinent il se mit en mnipagm: nvec tonte sa suite. Il chassa tout lu jour, si bien qu'à ln fin tin jour ses compagnons su (rouve.i'e.nt tellement iViiijnes. .pu- plutôt h jiii- île uuntiiiin', cette fois, ils tombèrent de sommeil, en sorte que, plutôt

sources. Alors la pensée lui vint de prendre li' plaisir il'mie oluisse iiuji Iiauil>eanx, mais lorsi|U'il fut question de réunir son monde, i) apprit que tous le- cbnsseiirs it.iiml allés so mettre an Ht, et que les chiens oux-mémes étaient assoupis dans leur chenil.

— Du diable ! s'écria Tony, qui les rend doue si arides de sommeil? No pourraient- ils donc pas se tenir éveillé*

Il oubliait que le col[>orteur avait fait dorant lui semblable exclamation !

Tony très agité, sonna de nouveau pour nue nouvelle meule, et une nonrelle troupe do chasseurs, et toute la nuit, il s'en fut courir sus aux bêtes fauves de la foret, et il no rentra ù sou palais qu'au jour 1ère. Ainsi fit-il choque jour et chaque nuit, plusieurs jours durant, ù la fin cependant, malgré une santé de fer, cet incessant exercice finit par la fatiguer tellement quo force lui fut de rester sans sortir pendant plusieurs nuits. Ii sonna alors pour une nouvelle compagnie do gentilshommes do la chambre et de courtisans, afin qu'il y eut la nuit comme lo jour autour do lui des gens disposés à l'amuser; maïs même avec cette compognie de rechange, il se trouva souvent peu amusé, les plus spirituels et les plus guis perdant de leur esprit et de leur gaité après plusieurs heures consécutives de rerve et d'entrain.

— Que ferai-je pour passer le temps ! pensa Tony an malin. Je puis faire ce quo je veux, les dn^t ipinlr'heures durant, je n'ai qu'il tlésiivr puni 1 ohleuir. et .... je ne sais quoi demander I . . .

qui lui indiquerait quelque elicse de nouveau capable, île

Un des gentilshommes s'nvnni,-» alors, cl s'inclirmul dorant lui :

— J'ai, dit-il, cinq filli'B toutes jeunes et toutes belles, si Votre Altesse vent lui' permettre de les lui présenter, jVse croire que pnr leur esprit, cllcw dissiperont ses augustes

— Bien pensé ! s'écria Tony. Parbleu ! j'ui loujimr.-, ni un goiit très vif pour les jolies filles. J'en épouserai une, et nous aurons un bai. Allez dune, mu) brave, niiez vite et roYCiiez [dos vite encore, arec vos cinq filles, je veux les voir toutes, entende a- vous ?

Tandis que le gentilhomme s'empressait d'accomplir l'ordre de son seigneur et maître, Tins- envoya tous ceux qui l'entouraient quérir ceux-ci leurs filles, eeux-là leurs

degré qu'elles fussent, pourvu qu'elles ne fussent ni troji

ce qu'il fallait pour un grand bal : et un même temps, pour que cette fêta, touto improvisée qu'elle fût, n'eut pas l'air bourgeois d'une fétu île famille, il commanda cent jeunes diiiuoisclles ul cent jeunes cavaliers vêtus lus unes et les autres de vêtements assez somptueux pour lui faire honneur.

Aussi jamais la lune n'éclaira une soirée plus délicieuse, un bal pins spleiuluieiiiuul magnifique que ne fut cette nuit là le bal donné - par Tony. Cependant ù l'arrivée du vieux gentilhomme et de ses cinq filles, toutes les beautés furent éclipsées, même celles .<fm-.-i par 1" sonnette magique:

aussi Tony enchanté, ilansa l-i). avee ehaemie d'elles, cl ri] lit jiiir ebnisir pour liancée la plus jeune ili s ci 114 so-urs.

— Et mnintenanl. ilil Tony, voilà la vie dont je veux vivre; jo chasserai le jour, et toute la nuit j'aurai lia] ; ce sera joyeuse 1 1 1 ; l 1 1 l È ■ rt ■ il.] .1.- j i. ■! ist'i- lr temps jusi|u'iiu jour île nies noces; cor lorsque je serai marie le temps volera à tire d'ailes.

Dire et fuir.' pour Tony, c'était tout un, par suite le lai fut régulièrement l'ordre . . . de lu nuit; et on dansa tant et tant de nuits consécutives, que danseurs el danseuse, éfaiotd sur les délits, voire Tony lui-même, liien que sou immense ratigue ne put lui faire trouver l'heure si bonne et pi désirée du sommeil.

Vint enfin le jour des noces. Tony sonna pour de riches présent.- polir la mariée, pour se; sreurs, pour ses gentilshommes, pour tous les gens de sa cour, leurs familles comprises; et il veut une nouvelle série de fêtes, liais, concerts, parties du chasse, parties de pèche, et lu mariée fut admirée de tous ccii\ i|ui eurent occasion île la voir, et sa beauté alla d'écbo en écho semer a cent lieues à la ronde l'inappréciable bonheur de Tony.

Quand il eut joui de cette existeiLee de plaisirs continus

fatigue se peindre sui' le visage Je chacun, et le tiesoin de

dimrile de remplir les longues heures de son crirue\islem-e au milieu du tourbillon de la dissipation et des plaisirs de toute sorte, co fut bien autre chose quand il se renferma dans les habitudes plu- modestes du cercle île la famille, et les heures lui pesèrent longues et silencieuses au milieu du ealme monotone qui l iul succéder an ilésonlli: bruyant des fêtes passées; pour combler la mesure, dus dissentiments se tirent jour entre -a femme et lui.

PII K F Ai; t..

Tony no pouvait souffrir patiemment que Madame Tony s'aseoupft, et souvent s'endormit lorsqu'il causait avec elle au coin du fou; ot Madame Tony, de sun côté, déclarai i qu'un mari qui ne donnait jamais était un être inriii^n n

jamais elle n'uni donné sou consentement à épouser un homme perpétuellement, éveillé, un homme maudit. A Cela Tony rétorquait que loin d'être un liomnio maudît, le lion besoin de sommeil dont il jouissait prouvait un contrnirii sa supériorité sur ton;, lus mitres hommes. Ces querelles et d'antres devinrent si fréquentes que Tony finit par avertir sa belle épousée que si elles continuaient, il sannerail pour réduire i néant le palais qu'ils habitaient.

— Sonnez pour cela, si bon voua semble, reprit sa femme, voua en éles le maure, et je n'y meta pas 'l'obstacle.

Mais Tony su rappelant qu'il lui fallait attendre la fin do l'année avant do pouvoir résilier sou marché,- fit de nécessité, vi'ilu. et disant à liante voix qu'il ne voulait pua eu venir ù du tulles extrémités snno lui avoir donné le temps de réfléchir sérieusement, il sortit du palais furieux, et courut dans la forêt chercher un p<m de calme à ses sens agites.

Je voudrais bieu rencontrer mon nmi le colporteur, pensait-il, mais il n'est pas si lié te que de perdre le temps à se promener; je gage qu'il dort profondément, dans quelque ci tin enclié. En vérité eelte vie sans elitr'ncte commence à devenir pour nmi intolérable.

Cependant, après min minute de réflexion, ses yeux brillèrent, et agitant brusquement sa sonnette:

— Je désire avoir des compliquons aussi perpétuellement éveillés que moi, dit-il.

Un hruissenienl .-e ■nèain api a le IV ■illu^e, et un instant après Tony se trouva entouré de tout un peuple de petites fées. Ces chtUToantos créatures pondaient par grappes aux branches des arbres, et elles couvraient le sol par myriades si innombrables qu'à peine Tony osait-il faire ira

l'JlÉFAL'E.

pas ilu peur d'en écraser des eentaincs, et de devenir ainsi meurtrier anus le vouloir.

—Tiens, tiens, tiens! ... dit Tony, en voilà vraiment des compagnons, ut bon nombre mais d'où diable

être lu Ruine de l:i trunpii ; dites-moi, qui èt un- vous D'i.l'i venez- vous 7

— Qni je suis ? reprit la fée . . . Mon nom est Lumière Etoile). D'où je viens î ... je "viens de bien loin, à votre requête soigneur. Maintenant diics-ttmi .i votre tour ce que vous voulez ; seulement répond uv. -moi promptenient, car j'ai peu de temps à perdre.

— Ali bail ! reprit Tony ; j'ai liesnin de vous et de voire peuple p-iiir jillj tenir compnirnie, nUeiidi] rptu ju ne puis

et les votre?-. qu'A cela ne tienne; je le terni éliirair ut le rendrai aussi grand que la place du marché de la villa

—Nous no pouvons rester avec vous, repartit la Itciue.; sans non? le monde retond lerait ilans l'oli-ieurité du chaos. Nous (lovons veiller tandis que les pntres dorment; tout ce que je puis faire pour vous, c'est d'accurder à In personne que voue me désignerez le don do so tenir toujours éveillée.

pria la Reine eVaccorder ce don a sa fcmme P

Et soudain il y conduisit la Reine. La femme de Tony, par suite de? fatigues éprouvées par elle & veiller tard, reposait assoupie dans son fauteuil. Lumière ilit Ktoilw n'eut pas plutôt touché ses paupières de -a l'nguette qu'elle s'éveilla, et voyant. Tiiliy lui sourire, elle lui demanda, d'assez, mauvaise hnmenr, pourquoi il venait la déranger ainsi de sou sommeil.

— J'ai pensé, lui dit Tony, qne vous aviez assez dormi . . .

Ilïi PBÉFACK.

— Disant ces mots, Tony se tourna pour échanger nu regard d'intelligence avec lu fée, inuis celle-ci avait disparu.

— Maintenant, nous serons à deux (le jeu : et par suite tout à fait confortables !

Mais la femme fut atti'-ri'i: à la pensée d'être réduite à la même condition que son liniri. l'ilulil née Vile dama, elle avait toujours trouvé que le temps était plutôt un fardeau trop lourd qu'un fardeau t r. ■ i > léger à porter; el eo n'était pus siuis effroi (iii'i'llc voyait le siipj ■lémeni. do longues heures que son mari ajoutait à sa vie déjà ennuyée. Elle se répandit donc en amers reproches contre Tony, qui commença à s'appereevoir. maïs trop tord hélas

en effet, orne, depuis ce moment, il n'y rut plu? ni paix ni trêve dans lu maison, ni pour 1rs domestiques, opii étaient tonnés à l-1]iii[hi- heure de lu nuit aussi bien <[u'à chaque lieure ilu jour, ni pour les gentilshommes do la chambre et les ilaiues do la suite, qui eux, et elles aussi, étaient appelés à toute heure pour mettre le holà entre les deux Altesses, rpii ayant dimiile temps pour disputer, usaient et abusaient de ce fâcheux privilège an détriment de tout ce

quatre heures T. s. chamailler.

A la fin, l'aimée — nui pour Tony avait eu la durée il'nn siècle —arriva à son terme. Tony avait été saturé de grandeurs, de festins, de liai.- et du plaisir d'être servi à sorriiuii par un troupeau rie valets do toutes sortes; cependant pur simple huhilinle, il était assis à un banquet splcndide. — qui par parenthèse, n'était que sou dinar île

famille, — et se Yuyait présenter sur de In ynisolle d'oi do.-, mel.s exquis qui charmaient l'odorat cl le goût, ut qui étaient étalés sur mu* tiit.lt' ornée du vases de flenrs et de groupes do statues d'argent admirablement ciselées, serrant ilt; [ j. ir lambeaux.

— Tont cela est fort beau, pensait-il, mais autrefois je mimerais avec plus d'appétit.

Su femme s'cnqttit de lui si le dîner n'était pat do son goût qu'il ne touchait à rien de ce qui était servi.

— Si fait ! c'est assez bon I répondit Tony ; seulement je pensais qu'il y avilit ici quelque chose qui brillait par son absence ....

— Quoi donc ! demanda-t-elle.

— Un bon somme à l'aire après dîner, répliqua Tony.

— Pourquoi Votre Altesse ne sonne-t-elle par pour cela? dit un des courtisons, un aussi grand prince que Votre Altesse peut certainement demander, et qui plus est exiger, eo qui lai plaît î

Règle générale : les courtisans n'ont existé de tout temps que pour conduire par leurs flatteries ou leurs conseils maladroits les meilleurs princes à leur ruine.

Le pourquoi du courtisan remit eu mémoire à Tony que ce jour même était le dernier jour de l'année qu'il avait passé dans cet incroyable tobu-boliu de vie dissipée OÙ le lendemain toutefois ressemblait si fort à la veille, où le bien-être acquis sans fatigue se dépensait sans plaisir, et saisissant sa sonnette: Par nia, foi, je sonnerai, dit-il; .... puis, après s'être arrêté mie seconde comme pour se demander à liii-mi-nie : Hcuon relierai -je le bail [îouitoutea ces belles choses 1 . . . . Il sonna à coups redoublés, comme mi possédé, eu s' écriant : Du sommeil ! .... Du sommeil ! ... je veux du sommeil ! . . . mon palais pour ilu sommeil ! . . .

Le palais soudain s'annihila dans les airs ainsi que s'annihile nne bulle de savon . . . banquet, femme, gentilshommes de la chambre, courtisans, daines d'ntour, tout

ilisparat ; et Tnny se retrouva Tony comme devant ; ?ur le sol même de sa chaumière redevenue ce qu'elle était un an avant, jour pour jour.

Lo colporteur se levn brusquement de la chaise sur

A!i 1 ali! s'étria Tony. parodiant les parole* du colporteur; qni vous rend donc ai friand do sommeil ?

— Eli ! quoi doue, homme, dit lo colporteur, ne ponviezvunri atti'iidiv la lin dts si-pl année* avant de culbuter :iin-i votre palais?

— No me parti;» pas de palais, reprit Tony ; nature nous commando de manger quand nous avons faim, de boire quand lions avons soif, et de dormir quand nous avons sommeil; et j'ai appris maintenant, à mus dépens, h

fYui|(>rui:ii! ii cn'iir juie. L'histoire, iijmite qui. 1 tant qu'il vécut, Tony ne regretta jamais, fut-ee imo seule fois, les grandeurs jadis aelietée-; pur lui si cher nu colporteur.

I,o pourquoi du narré- de ee coule, je lo dois au lecteur, le voici :

C'est quo, Moi qui ai l'honneur do lui parler, jo nie fais l'effet île ressembler lerrilili'iiienl au colporteur. Comme lui, il est vrai, je lie cherclio pas à acheter du sommeil, Dieu merci 1 je dors bien, ayant pour habitude me lever tôt, et me «nicher do bonne licure, deux excellents instincts, epli conduisent l'homme tranquille nient, sans fatimie anémie, car clii va pitnio v<t sunn, dit la sagesse des nalions, jusqu'au jour où la cluctn- sulcnnelli! l'appelle à partager à jamais ce sommeil qui ne doit plus avoir qu'un dernier réveil.

FBjiEJ.CE. IIÏI

Hais, comme Lu colporteur je )>orUi dans mon havresac, à défaut du Bonnettes magiques, du l'admiration, — de l'admiration, et j'en possède un grand fonds, pour tout esprit qui traduit s» pensée en vers — pour moi resté lu liiii^ïi^'i; des Dieux .... et cette admiration je l'éprouve

(ii iiii'ijiiili-nii.'til pour lus | mêles Anglais parce qu'à 1 i a lis,

ils ont beaucoup do jeunesse dans la pensée, ainsi beauuoiip

je parle aussi dus poètes modernes, de eenx même auxquels l:i critique dénie souventefois le nom de poètes, — parce que dans un vol unit', [ m r exemple, elle prétend devoir trouver tout— first rate; tandis que, mon pauvre moi, se contente de trouver dans un volmiu' île trois à quatre ortits pages un on doux petits chefs-d'œuvre .... Il n'en finit pas plus pour me satisfaire.

Or, mon admiration à moi n'e.-l pas égoïste, elle est un l'ont raire e.vlréiiienieiit c.v |.an.-ivc, c'est à ce. (joint que si je n'eu fais pas part ù mes compatriotes en leur disant: " tenez, voilà du nannii," oli ! alors :

" [ ma cabin'd, cribb'd, confin'd."

C'est donc pour cause de santé que je confie ces " Rayons et Itellels" nrbi et orbi.

Et maintenant je dois au lecteur un mot sur la manière dont j'ai conçu mon travail de traducteur. Je me siiia

préceptes formulés par Voltaire.

Or Voltaire fait précéder sa traduction du Jules César île Shakespeare îles lignes que voici :

" Ou peut traduire un poète en exprimant seulement le fond de ses pensées; mais ponr le bien foire connaître, pour donner une idée juste de sa langue, il faut traduire mm seulement ses pensées, mais tous les accessoires. Si le poète a employé une métaphore, il ne faut pas lui sulistïtiier une antre métaphore; s'il se sert d'un mot qui

PHÉFACE.

soit bac, dans na langue, on doit le rendre par un mot qui soit bas dans la nôtre. C'est mi tableau dont il faut copier i'urilijTisminv. Ii-s nttilmii's. !(• cilnri*. lus défunts cl les lifinui-s, ^m- i|i'n<i v<an ilr.mi.'K voire mivriijre pmir 11! sien."

Voltaire rjerivuit M.i. et il l'uir ■!•■ /mnnt/oi l'iVriviint; iiinîs il n'a ]nis toujours, suivi res j.ri'teiili's à Ai lettrt, et je L-rniiis Imlii, mut uu.-pi, il'avciir imité p.irfuis le sans façon de Voltaire. Ponr ce péché quo j'avoue, et pour nombre d'autrss p&hfe que je n'avoue pas :

"Puisse le vent de la critique m'Êlrc léger!"

I,F. CllF.VAUER 1>F, CilATEI.AlK.

BAYONS ET REFLETS,

AINSWORTH (W. II.) Les Tunts Ohoies.

Pkês du Iioi dana un grand festin

Trouait aaaia le fier Thyeste,

Analysant eu gourmet fin

Loa meta pour lui d'un goût céleste :

Tfiyeste mangea goulûment,

Tbyerte rit éperdument;

Hais bientôt tomba ce délire :

Sur un plat d'un air triompliant

Atréa au milien d'un gros rire

Lui montrait son fila en pouffant ;

Le père avait man^é l'oufant 1 Sua ! jusqu'au bord qu'on emplisse le verre, Eu l'honneur do Thyeste et de son gai featin ;

De Syracuse il faut lo meilleur vin, La Tin rouge do sang .... pour boire a ce compare!

Kirns son palais Césaricn Pour célébrer une victoire, Domiticu au réfectoire Monde lo corps Patricien.

Loa Invités finirent d'avance Avec délice une bombance.

Chacun avec grand décorum liât introduit dana l'Atrium Oïl lo banquet doit prendre place.

Mais Dieuil quelle laide grimace !

Sur la facu du visiteur, 3e peint une immense terreurl . .

Suspendue est sa faim vorace.

S'avancent aruu'.-. .l'nu | >(j igluiri î

Et d'une torche ; l'en] hagard Simulant Mânes un Lcmures, Tous porteurs d'Inimitiés ligures, Kl paraissant bénir le sort Au penser île donner In mort :

Si que le malheureui convive En voyant que son heure arrive Sent iliyi du morceau d'acier Iji froiile lame en son goaîer.

Mais lui Domitjen île dire:

" Amis [ lu vie est on délire, Soyez joyeux, eu avant le fou-rirel

Sus ! asseyez- voua la, prenez place an banquet, Domitien fait eea ripailles !

Venez manger ces victuailles

lit d'an vin généreux vider le gobelet."

Chez Borgia c'est gronde (Bte,

La Crois accueille le Coran,

De ses Musulmans i la tfte

DJam est rhôto du Vatican.

A voir c'est chose singulière,

Et d'un bien merveilleut eflet,

T.es sectateurs île Mahomet

Sous la coupole de Saint Pierre !

Bieutut les guerriers Ottomans

Metli-ut smis leurs pieds leurs soi'mctUs.

Ll COHUEIIU ÏITKUH HE CHABOONE.

A s'imbiber do Syracuse,

Quand en riant dit Boigia; "Buvons ce vin!... Alléluia!.."

Et sur ce, l'avancent trois [>agcs

Jouvenceau* .lus plus liants lignages,

Qui munis de gobelets il 'or

S'agenouillent: — Encor, cncorT

Uorgia verse avec délices

L'onde pourprée en ces calices :

"En vérité,jevousledis,

Mon hôte! c'est le Paradis

Je le jure par ma tu,**'" 1 "''

Ce viu ne Je bois qu'il l'autel!"

Djem a bu la liqueur traîtresse :

" C'est le nectar do bi tendresse "

Dit-il ; et chacun 1 son tour

Boit co doui oliiir d'amour,

Et Djom rit, — mois d'un rire étrange;

Puis tout a coup In scène change :

Dans un silence universel S'oleint cet aiïreui rira, et parait Azraei]

Chez Uorgia c'est grande fGte,

La Croît accueille l'Alcoran,

De ses Musulmans à la tête

Djcm est l'hôte du Vatican !

Sus ! jusqu'au bord qu'on emplisse le verre ! Il est fini le grand festin de Borgia ; Comme il ne pout pécher, buvons donc an Saint Père ! . .

Alléluia 1

LE COBBEif VIVEUH 3>E ChAROOSE.

Le viveur de charogne est hardi fossoyeur, Pour en gruger les morts il farfouille la terre. Et comme un vieil avare il creuse avec ardeur Où se cache sou or— le mélange adultère

Du cimetière.

"Caol eau!" B 2

Le viveur de charogne a fort ho] habit noir, Bayent et rdniunt comme robe do prêtre ; Ainsi qu'un avocat, plus sale est le terroir, PIuh il aime 1 foiiilliir. tnniïaiii f il s'enchevêtre

riu de bien-être!

"Caol cao!" Fait-il le vivcitr k- Lhnrou'ii'' :

" Creusons, .... si rude eut la besogne

Le viveur de charogne a certc un palais En,

II gave son jabot do bribes succulentes ;

Du gibier de potence oli ! le nanan divin I

.Tainals diairs trop limy-temps n'ont i't l- trop pendantes.

"Cao? cao! car. ! " Fait-il le viveur de charogne:

" Creusons eu avant sans vergogne C'est du saucisson de Bologne !

Cao ! cao ! eso ! "

Le viveur do charogne il a l'odorat fin (Vnmie un sohlat il suit et il i - furt loin la poudre. Mai- (nmr là ter du ploTiili il est par trop malin. Il a'abat au 11101111:111 dii jl s'éteint la foudre

Pour on découdre:

" Cao I cao! cao! eno ! " Fait-il le rivenr de charogne :

" .le puis nocer et sans vergogne Oli ! quel divin souper d'ivrogne :

Cao! cao! cao! eao ! "

AIED (THOMAS).

A OTT1 Ht BONI) ELLE.

C'est un gentil oiseau que lu vive hirondelle, IJui d'au-delà des mers nous vient h tire d'aile, (Jrncltt du printemps, annoncer son retour, Et nous charnier encore avec ses cliants d'amour.

Suis donc le bien venu gentil petit oiseau (Jui vient nous apporter Ica beaux jours a nouveau.

Avec l'abeille à toi lea fraîches matinées,

De l'heure du midi les chaleurs spontanées,

Et le soir en ton nid guidé pur le soleil

Vu jusqu'au jour suivant goûter un doux sommeil.

Le a.irve, eu serpentant, entend ton gai parlage, lit f.i'mi: il il ci intact 'ii: Mil l' ; L,-rr plumage; Quand dan. l'eau le nmigc est smubre et devient mut, Eu mirant ta poitrine, il reprend sou éclat.

Avec des lacs d'amour l'invisible puissance Qui ly i:ii]iîti,.' uni linm tii lui lnj.'imQ enfance Tu liera davantage a nous, et dans l'auvent Tu venaa tes petits au berceau bleu souvent.

Obi tn vie est nue hymne à Dit n. L'ente hirondelle. A Dieu qui fit pour toi In nature si belle, Te donnant seulement, telle est sa volonté Di.lh MU5MIL5 ;ju;ir l'unium-. h- ji rit ■.temps et l'été.

ALLINGHAH (WILLIAM).

Le Cbeubm.

Est-[L doue devenu cet homme au vaste urpiieil

Dans sa triste métamorphose, Si pou, si peu, si peu, qu'il u'ust plus qu'une chose, Qu'une date, i|i['un nom jiii-H sur un cercueil.

Co seul homme aujourd'hui posthnmo, Tout orné de talismans d'or, Hier prenait son libre essor Dana le duvet et sur la plume.

M était bien servi, bien choyé; — chaque jour C'était H qui cherchait 11 lui faire la cour :

Un mouvement île sa prunelle Arrêtait lo travail, l'activait de plus belle;

Dca bras robustes par milliers Tour fabriquer le miel de Bon aisance Travaillaient sans relâche, incessants pionnier» De «a fastueuse existence.

Autour [le lui, le centre du printemps.

Do force tournait tout un monde, RSpant a son profit, éprenant à la ronde

Le Temps ;

Si i|u' a force d'iulri-sse, à chaque tour de roue De eu monde moulin cran par cran, cran par cran, 11 retirait mouture enrichissant la proue

De son vaisseau,— chique jour et cliaque an.

Et vous lu laissez solitaire

Maintenant que sur il vallon Sanglottc l'aquilon ; Quand dos salons bien chauds vous sourit li pensée,

Et que do fatigue affaissée Votre âme vous appelle nu gr'iccs du logis Pour vous terrestre l'aradis I Et vous le laisses solitaire

Mous cette pierre, Oïl dénudés, le plumage en lambcaui

S'assembleront les noirs corbeaui ; Oii vieillira finir! ter sur sa tito

La tempête 1 Où In souris des champs Folâtrera dans tous les sens, Et de façon fort doshonnetc !

Oh la neige étendra le froid de son manteau

Sur le tombeau:

Que cotte pierre cet l'abri qui protège Lo sépulcre du mort, et son dernier dortoir ?

L'ouragan, la plaie et l'orago Non plus qno la souris sauvage

Do leur dé daiu Se l'épargneront pas ce tombeau, c'est certain I

Mais, dites-vous, bous cette pierre Près de la mer tranquille et solitaire

C'a n'est pas Lui que nous laissons Dans ces bas fonds ;

C'est son corps seulement Dans des voiles funèbres

Dûment empaqueté, dûment cloué, scelle Où peut-il Être niicui que parmi les ténèbres, Sjiis lu poids [l'un.' |iicrro, un mort bien emballé?

Son Ame, c'était Lui ; donc sa vie étant cluse, Il est, nous dites-vous, en un tout autre lieu Au loin, là haut, là lias, et sans doute avec Dieu.

Plût au ciel que Nous Ton! passagers d'une vie Oïl le Créateur nous cbiivie,

Nous puissions retirer une moralité

De ce Bût, a nos yen* devenu vérité,

Que nous fait voir la mort, la mort ce grand chimiste

Qui sait il l* son SKilpd nous t\li:|*r Le chute

Des mauvaises humeurs, du terrcui, de l'obscur,

Des viles pussions, en un mot de l'impur :

Alors aurait passé sur terre Le règne de Robert Macuire, Et nous aurions un jour plus pur :

Plût au ciel que Nous Tous passagers d'une vie Oa le Créateur nous convie,

' Classer l'homme de son vivant, * Et flans attendre que la mort ce grand chimiste Ait su de sou scalpel eu citirper le chiste 1

ANDEBSON (EEV. JOHN).

L'Ebfuit d'Auouii.

Dans la brise du soir je me complais et j'erre,

Je resplendis dans le frais du matin, Le bleu du ciel d'été, c'est le bleu de ma sphère, De ma couronne c'est l'écrit).

Du ruisseau le tant doui cantique, De la Heur lu belle tunique,

La goutte d'eau, Cristal nouveau,

8e reflétant dans les nuages,

Sur tout coin jo rè gnc Roi I

Sous le plafond ries nuits, sur l'homme moi je veill Et le Prince ou le Serf sans bruit je le surveille ; Et laisse s'abaisser mou regard scrutateur

Sur la joie et sur la douleur.

Le plus modeste front l'entoure et l'suréolo, Aui jeunes joui brillants je tloono la parole,

Et je miroite dans le pleur Tombant sur le cercueil d'un brave et uoblc cœur.

Mien fut le Verbe Que dea temps dans lu nuit superbe l'our la première fois ouït le Dieu du jour, Lorsque des chérubins la voii toute d'amour Chant.i crtii' hymne du ]]i;>li'rc Annonçant dn soleil la ipleuUUlc lumière.

Mien fut le saint refrain,

Do Bethléem, .le la plaine biblique

El mienne fut l'étoile il la splendeur si fraîche Qui servir de guide k la crèche.

Mienne encor est la voii Qui dit dans les temps d'autrefois :

"Homme 1 réjouis-toi ! . . . Que In paii soit mit terre Qu'aux sources de la foi l'homme se désaltère ! "

Esprit do paii, Esprit d'umour Je plane sur In terre, cl quand j'y viens c'est pour Au cœur intimidé dernier forco et courage, Et lui mire gagner le céleste héritage.

LE t'AUTEUIL TIDE.

Le Fauteuil Vins.

Las! noua voyons maint spectacle de deuil Dans ce monde où vit la misère,

Mais pour moi le plus triste et le plus léthifare

Oh I c'est le vide d'an fauteuil.

Ce Joui visage au si elmrmant accueil Qui savait ai bien l'ait de plaire.

Sourit doucement là ;— la pensée éphémère Remplit le vide du fauteuil.

L'être perdu, notre ami, notre orgueil,

11 vn venir prendre sa place

Vain soupe, hélas ! 11 est au séjour de la grâce Où n'est plus vide aucun fauteuil.

Il reste la, le! grand soit notre deuil !

Oh! mon Dieu do combien de larmes Des yeui se sont mouillés au milieu des alarmes Sur le ville de ce fauteuil ?

Des pas connus I chut ! chut ! foulent ce seuil !

Dana l'air est une voh aimée

Fatale illusion ! . . Tout s'envole en fumée

Oh 1 laissez vide ce fauteuil !

Oh 1 quel foyer a pu sans un seul deuil Vivre eu ce mande un peu d'aimée»

Sans avoir vu passer de lugubres journées Las! sur le vide d'un fauteuil?

Dans un foyer, aussi gai qu'un bouvreuil C'est du nid le plus joyeui drille, Diiiï l'autre c'est un porc, honneur do la fotnillo Qui n'occupent plus le fauteuil.

Et quelquefois quand écartant le deuil Noél vient éveiller la joie, [In spectre bien aimé soudain so frayaut voie Remplit le vide du fauteuil.

10 r.A PBBCE-HEIQE.

Oh I puissions- nous en sortant du Kuceuil Atteindre à la ten-e promise, A ce séjour céleste où la rie est eiquise, Ou jamais n'est ride un fauteuil 1

La PlECE-NtiOE.

Saint emblème de pureté P»r lo seul fait do ta venue.

De Drivera fui l'ûpreté, Ton avènement, le ealnel

Dana ta touchante floraison La Foi retrou vo l'Espérance,

Do ranimer sa confiance.

Charmant polit prédicateur!

Ton sermon rempli d'éloquence,

Car tu n'as do rival, par chance,

Tu prêches quand tout est muet.

Quand la nature est endormie, Quand dénudée est la foret, Et l'herbe à l'état de momie.

Sortant des langes du tombeau Comme l'âme sort do la bière, A nos j-cus en quéto du Beau Tu fois éclater ta lumière,

Chuchotant au noir vent d'hiver Qui voudrait flétrir ta poitrine, Dus Heurs le Saint Pater Noëter Qui met en fuite la bruine !

ANDEB80N (WILLIAM).

A rsi Fleuh Safvaqe.

Dans quel pays délicieux Heur la douce odeur, dis, ns-tu pria naissanecï Tu dois être l'enfant favori d'autres cieux,

Si belle elle est ton existence !

Mon œil ravi, son vente foi s, Vit prt'B de fraie ruisseaui, ou dans une clairière, De bien charmantes tleurs nui bien charmants minois,

Eclatantes à In lumière,

Mises 11 par la main du goilt, Mais je n'ai vu jamais sur le mont, dans la plaine, l'uni ù tes mille (leurs qu'on voit un peu partout,

Fleur belle comme toi, ma Reine !

Ta beauté" m'enivre le cœur ; Des charmes inconnu» .... tu me les fais connaître! . . Ta voit c'est ion parfum, cette suave odeur

Qui vient vivifier mon être,

Soit dans le calme de la nuit, Huit dans le brouhaha du jour plein de tourmente, Cumuiu le Kuiiï-Miir qui mVli'i'iiir, me poursuit,

D'une lime .... de mon âme absente I

Nous allons conférer tous deux Comme font les Binants d:ina iid lieu solitaire, Quand personne n'entend leurs soupira Hmoureui,

Hors la lune qui les éclaire.

Jo sais deviner tes propos Bien qu'ils ne soient purlus dans un humain lungage, Tu me rappelles dà le dom chant des oiseaux,

Le vin,— un nectar avec l'Age ;

Les arbres et les arbrisseaux, Le» brillants jours d'été si pimpants de Inmièra, Le lac nui Hots d'azur, la fraîcheur des niiwunui,

Les fraises dinprnnt la tamj.

Te» fouil

Racontent des parfums, de»

Ainsi que l'Océan murmura

Les vallons, les plaines, les buis, coulant sans ride nu milieu des prairies, ic où l'ermite il Dieu dit scb émois,

Ile l'esprit toutes les féeries,

Ta [«trie elle est la loin des choses terrestres, Sous les ombrages frais oïl se plaît le cliamois.

Oïl la N;ilnrc il ses orchestres.

Tu nous dis la beauté du ciel, La niUKii|ue du bois, l'amour et son ramage ; La splendeur du soleil, cet gjil de l'Etemel,

En toi pourtant j'en vois l'image.

N'oublierai certes pas du tout

Tu sue apporter a mon cteur La bém; die. lion du e.ie.1, la paix, la grâce ; Et par toi j'ai compris l'indicible grandeur

Du Dominateur de l'Espace !

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