‹ Rayons "N"Chapitre 12 sur 16 · DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

DÉCEMBRE

M. le Professeur A. Charpentier ayant bien voulu me tenir au courant de recherches d'ordre physiologique qu'il poursuit actuellement concernant les rayons N, recherches inédites qui promettent des résultats d'un haut intérêt (11), ces expériences firent naître en moi l'idée d'examiner si certains corps n'acquerraient pas par la compression la propriété d'émettre des rayons N. A cet effet, je comprimai, au moyen d'une presse de menuisier, des morceaux de bois, de verre, de caoutchouc, etc., et je constatai- immédiatement que ces corps étaient en effet devenus pendant la compression des sources de rayons N : approchés d'une petite masse de sulfure de calcium phosphorescent ils en augmentent l'éclat, et ils peuvent aussi servir à répéter les expériences qui montrent le renforce-

\i RAYONS X.

ment qu'éprouve l'action exercée sur la rétine par la lumière lorsque des rayons N viennent agir en même temps sur l'œil.

Ces dernières expériences peuvent se faire très simplement : les volets d'une chambre ayant été fermés de façon à laisser juste assez de lumière pour qu'une surface blanche se détachant sur un fond sotnbre, par exemple le cadran d'une horloge, apparaisse à l'observateur situé à 4m ou 5m comme une tache grise sans contours arrêtés, si, une canne étant placée en avant des yeux, on vient à la plier, on voit la surface grise blanchir; si on laisse la canne se redresser, la surface redevient sombre. Au lieu de la canne, on peut employer une lame de verre, que l'on fléchit, soit à l'aide de la presse dont on se sert pour montrer dans les cours que le verre devient biréfringent par la flexion, soit simplement avec les mains. Avec un degré d'éclairement convenable, que l'on obtient par quelques tâtonnements, ces phénomènes sont aisément visibles. Ils ne sont pas instantanés, j'en ai donné précédemment la raison ; il importe absolument de tenir compte de ce retard quand on veut étudier ces phénomènes; c'est lui sans doute qui est cause qu'ils n'ont pas été aperçus depuis longtemps.

Je fus alors conduit à me demander si les corps qui sont d'eux-mêmes dans un état d'équilibre interne contraint n'émettraient pas de rayons N. C'est ce que l'expérience démontre en effet : les

larmes bataviques, l'acier trempé, le laiton écroui parle martelage, du soufre fondu à structure cristalline, etc. sont des sources spontanées et permanentes de rayons N. On peut par exemple répéter les expériences du cadran d'horloge en employant, au lieu du corps comprimé, un outil d'acier trempé, tel qu'un burin ou une lime, ou même un couteau de poche, sans les comprimer ni les plier aucunement; de même, il suffit d'approcher d'une petite masse de sulfure de calcium phosphorescent une lame de couteau ou un morceau de verre trempé pour en augmenter la phosphorescence. L'acier non trempé est sans action : un burin que l'on trempe et détrempe successivement est actif quand il est trempé et inactif quand il est détrempé. Ces actions traversent sans affaiblissement notable une plaque d'aluminium épaisse de icm, 5, un madrier de chêne épais de 3cm, du papier noir, etc.

L'émission des rayons N par l'acier trempé paraît avoir une durée indéfinie : des outils de tour et une marque à cuirs datant du xvme siècle, conservés dans ma famille et n'ayant certainement pas été trempés de nouveau depuis l'époque de leur fabrication, émettent des rayons IN comme l'acier récemment trempé. Un couteau provenant d'une sépulture gallo-romaine située sur le territoire de Graincourt (Lorraine) et datant de l'époque mérovingienne, ainsi que l'attestent les objets que l'on y a trouvés (vases de verre et de terre, fibules,

boucle de ceinturon, glaive dit scramasax , etc.) émet des rayons N tout autant qu'un couteau moderne. Ces rayons proviennent exclusivement de la lame; l'essai à la lime a montré qu'en effet la la lame seule est trempée et que la soie qui était destinée à être fixée dans un manche ne l'est pas ('). L'émission des rayons N par cette lame d'acier trempé persiste ainsi depuis plus de douze siècles et ne paraît pas s'être affaiblie.

La spontanéité et la durée indéfinie de l'émission de l'acier évoquent l'idée d'nn rapprochement avec les propriétés radiantes de l'uranium, découvertes par M. H. Becquerel, et que les corps découverts depuis par M. et Mme Curie : radium, polonium, etc., présentent avec tant d'intensité. Toutefois, les rayons N sont certainement des radiations spectrales : ils sont émis par les mêmes sources que ces radiations, se réfléchissent, se réfractent, se polarisent, possèdent des longueurs d'onde bien déterminées, que j'ai mesurées. L'énergie que représente leur émission est vraisemblablement empruntée à l'énergie potentielle qui correspond à l'état contraint de l'acier trempé : cette dépense

( ' ) Les Gaulois primitifs semblent ne pas avoir connu l'acier, car, au rapport de Polybe, leurs épées de fer ne piquaient pas et se pliaient dans les combats dès les premiers coups. Le couteau dont il s'agit ici est d'origine Gallo-Romaine, et les Gallo-Romains avaient sans doute appris des Romains à fabriquer l'acier et à le tremper.

est sans doute extrêmement faible, puisque les effets des rayons N le sont eux-mêmes, et cela explique la durée en apparence illimitée de l'émission.

Une lame de fer, que l'on plie de façon à lui imprimer une déformation permanente, émet des rayons N, mais l'émission cesse au bout de quelques minutes. Un bloc d'aluminium que l'on vient de marteler se comporte d'une manière analogue, mais la durée de l'émission est beaucoup plus courte encore. Dans ces deux cas, l'état de contrainte moléculaire est passager, et l'émission des rayons N l'est aussi.

La torsion produit des effets analogues à ceux de la compression.

Sur la dispersion des rayons N et sur leur longueur d'onde.

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