CHAPITRE II
Étude comparative et critique des observations. Interprétation des résultats.
Si nous comparons entre eux tous les résultats obtenus dans la recherche de la réaction de Widal au cours des maladies ictérigènes, nous voyons que les différents expérimentateurs sont loin d'être d'accord. Ils se divisent en deux groupes diamétralement opposés.
Les uns, avec Grunbaum, Kœbhler, Zupnik, Eckardt, Megele, Langstein, et Merwein, Joachim, affirment que le passage de la bile dans le sang, ou l'injection d'acide taurocholique déterminent dans le sérum la formation d'un pouvoir agglutinant, indéniable, vis-à-vis le bacille d'Éberth. Pour eux, done, le phénomène de l’agglutination se produit tout aussi bien avec le sérum des ictériques qu'avec celui des typhiques et la réaction du séro-diagnostic n’est, par suite, liée en aucune façon à l'existence d'une infection typhique.
Les autres, plus nombreux, MM. Widal et Sicard,
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Catrin, Weinberg, Achard et Bensaude, Gilbert et Lippmann, en France ; Breuer, Daddi, Cantani, Kænigstein, à l'Étranger, admettent, au contraire, que la bile n’exerce aucune influence sur le bacille typhique, que la réaction agglutinante ne se rencontre que très rarement dans l'ictère et que les cas où elle existe ne font que révéler la nature éberthienne de l'affection ictérigène.
Comment arriver à interpréter ces divers résultats ?
En étudiant d’un peu près les techniques employées
nous avons cru trouver la source de certaines de ces -.
‘contradictions dans la défectuosité de l'expérimentation.
Grunbaum, en effet emploie une méthode bien différente du procédé décrit par M. Widal, D'une part, il fait séjourner ses préparations à la température de la chambre pendant un temps variant d'une demi-heure à une heure ; d'autre part, ilexamine une gouttelette d’un mélange à parties égales des dilutions suivantes : une solution de sérum au 1/16 faite dans du bouillon pur, une dilution dans un centimètre cube de bouillon de la valeur d’une anse de platine de cultures sur ag'ar. En outre, alors que M. Widal n'admet comme signifiatifs que les cas où les bacilles sont complètement
immobilisés, agglutinés et groupés en amas « à la façon
des îlots d'un archipel », Grunbaum considère comme -
positifs les examens où il existe des amas uniquement
composés de trois à quatre bacilles, C’est là une cause. d'erreur très importante ; ce qui fait, en effet, la spéci-.
licité de l’agglutination, ce n'est pas seulement la pro-.
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priété agglutinante du sérum mais surtout le degré auquel elle existe. À
- Kœhler également ne sut point éviter cette mème faute de technique d’où la contradiction de ses résultats avee ceux obtenus plus tard par Kœænigstein- en particulier dans leurs expériences avec l'acide taurocholique. |
Les observations de Zupnik et d'Eckardt sont également passib'es de cette objection, ces expérimentateurs s'étant appuyés dans leurs recherches sur les travaux de Kæhler.
Quant au cas publié par Megele, il est éminemment sujet à la critique. Rien ne prouve, en effet, que le malade dont il s’agit n'était pas atteint d’une affection éberthienne, cet auteur n'ayant pas fait l’'ensemencement du sang de la rate. On nous objectera, il est vrai, que l’autopsie a permis de constater l'absence des lésions intestinales spécifiques de la dothiénentérie,
mais nous opposerons à notre tour qu'il existe des cas,
rares il faut bien le dire, de fièvre typhoïde sans ulcé-
rations intestinales (1).
Les résultats non constants de Langstein et Merwein et de Joachim, pas plus que le taux de l’agglutination qu'ils ont obtenue et le temps au bout duquel ils l'ont vue se produire ne permettent de tirer de leurs observations des lois strictement formelles.
Enfin nous ferons remarquer que, parmi ces auteurs,
Eckardt, Langstein et Merwein n'ont pu obtenir la