‹ Réactions abdominales au cours des pneumococciesChapitre 21 sur 34 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

(M. Triboulet, in Clinique, 23 février 1912.)-

D. Emile.

Il s’agit d’un bel enfant de 11 mois, nourri au sein et qui à peine remis d’un léger mouvement fébrile attribué à la dentition aurait été pris, le 25 décembre, de fièvre avec vomissements. Dès le dimanche 24, le ventre est ballonné. Le lundi 25, arrêt des selles et le mercredi 27, l'enfant est amené mourant et cyanosé en chirurgie pour occlusion intes-

NE | PS et

tinale. Toutefois, en raison de la souplesse relative de l’abdomen bien que tendu, en raison d’une matité thoracique du 1/3 supérieur du côté gauche et en arrière, les internes en chirurgie hésitent à intervenir et viennent nous demander un avis médical.

Nous concluons à une pneumococcie et nous complétons le diagnostic de pleurésie purulente. Or, la ponction du thorax ramène un liquide sinon purulent, du moins fort louche, jaune urine, trouble, dans lequel l'examen sur lame révèle le pneumocoque en grande abondance.

L'enfant meurt rapidement dans le collapsus et l’autopsie confirme de tous points le diagnostic porté.

Pleurésie avec énorme dépôt de fibrine à gauche. Coque pleurale de 2 à 3 centimètres d'épaisseur. Poumon carnifié. Grosse adénopathie similaire.

Thymus congestionné.

Epanchement péricardique notable de 8 à 10 centimètres cubes. |

Rate rose vif à réaction lymphoïde violente.

Reins congestionnés. |

Foie ferme, congestionné avec vagues îlots de dégénérescence et surtout bile fluide presque blanche, nulle au Gmelin et au Petenkofer distendant la vésicule et pathognomonique de la septicémie à pneumocoques.

Les paroïs abdominales avec un aspect blanc, dépoli, le péritoine viscéral congestionné dénotent bien la participation de la séreuse abdominale à la septicémie diffuse sans que l’intestin lui-même ne révèle rien de particulier,

Le frottis sur lames, l’inoculation à la souris avec le liquide pleural confirmèrent d’une façon incontestable le

diagnostic clinique de septicémie diffuse à pneumocoques.

Liquide pleural : frottis ; pneumocoques ; culture d’eau peptonée, la culture de 24 heures est trouble. Les frottis montrent des diplocoques : coccis en chaïnettes et à grappes prenant le Gram. ;

Inoculation à la souris : environ 1 centimètre cube souscutané : mort en 24 heures ; les frottis du sang, du cœur et de la rate montrent des pneumocoques typiques. |

Bile et thymus. Frottis, pas de pneumocoques.

Liquide péricardique. Frottis, polynucléaires.

Coupes des poumons et de la plèvre : pneumocoques.

Ainsi donc, voilà encore une manifestation des réactions du péritoine au cours de la pneumococcie. On voit combien ses symptômes sont trompeurs, puisque dans les deux observations on avait pensé à l'intervention chirurgicale. Dans le premier cas, l'état de faiblesse du malade arrêta seul le chirurgien, dans le second, Ia découverte fortuite d’une zone de matité au niveau du tiers supérieur du poumon gauche permit d'éviter une opération intempestive.

Si ce syndrôme d’occlusion intestinale présente un intérêt au point de vue du diagnostic, il semble bien qu'il ne soit pas d’un bien grand secours au point de vue du traitement, puisque dans les deux observations, les malades succombèrent dans un temps très court.

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