‹ Réadaptation des tuberculeux au travail et assistance post-sanatorialeChapitre 11 sur 27 · ANS · texte numérisé non relu

ANS

tion première à un métier industriel et de leurs aptitudes individuelles, dont il faut tenir compte, les travaux des champs ou des jardins ne semblent pas convenir, il est beaucoup d’autres professions et pelites industries vers lesquelles on doit les orienter et qu’ils peuvent exercer .en milieu rural, après préparation en sanatorium, ou dans son annexe de travail.

Il y a, cependant, des tuberculeux à fin de cure et en état de reprendre du travail, qui ne peuvent aisément, ni changer de métier, ni songer à quitter la ville où’ils l'exercent, pour s'installer à la campagne. Ce sont d’une façon générale, tous ceux qui n’entrent pas dans la catégorie des travailleurs manuels : employés d'Administration, employés de bureaux, de Banques, de Grands Magasins, de Maisons de commerce ou d’affaires, etc., dont les occupations habituelles, les aptitudes et le genre de vie sont peu favorables à une orientation nouvelle vers des professions exigeant un apprentissage d’ouvrier, d’horticulteur, ou d’éleveur.

Pour ces malades, auxquels on peut rattacher le groupe des intellectuels, la réadaption au travail exige des conditions très spéciales, en rapport avec leurs aptitudes professionnelles et avec ce qu’ils pourront seulement faire au moment de leur retour dans la vie commune.

Beaucoup d’entre eux peuvent et doivent revenir au métier primitif, mais à la condition que certaines facilités leur soient accordées, surtout au début, pour la reprise très progressive du travailet pour le choix du milieu et des occupations qui leur conviennent le mieux,

C'est là, comme nous l’avons vu, qu’il faut compter avant tout sur la bienveillance des employeurs et des chefs de service qui peuvent beaucoup pour rendre ces récupérations possibles et régulières,

Bureaux de placement pour tuberculeux

Il est évident que tous les malades, ou du moins la grande majorité de ceux qui ne retourneront pas chez leurs anciens employeurs, auront de grosses difficultés à retrouver du travail. Pour ces anciens malades, il existe dans certains pays, en Angleterre, en Hollande, aux Etats-Unis, des bureaux de placement ; mais ces placements, déjà difficiles en temps normal, rencontrent des difficultés considérables en temps de crise économique comme celle qui sévit actuellement et dont on n’entrevoit pas encore l'issue. Non seulement les places et les emplois pour diminués physiques sont peu nombreux, mais les employeurs, les commerçants, les industriels, elc., etc., acceptent mal les restrictions etles ménagements dans letravail, et refusent, la plupart du temps, de prendre des travailleurs à demi-rendement. A cela s’ajoute, comme nous l’avons vu, la crainte de la contagion qui finit par l’emporter et par motiver le refus des patrons, qui, d’abord, manifestaient les meilleures intentions en faveur des convalescents qu’on leur proposait de reprendre ou d’embaucher.

Voici, d’après le rapport de M. E. BurNEr, comment, pendant, trois ans a fonctionné à New-York un bureau

AE

de placement spécial subventionné par la Fondation Laura Spelman”Rockefeller.

La dépense totale à été de 65.865 dollars ; 676 malades se sont présentés. Pour 1/3 d’entre eux, il a été impossible de trouver dutravail ; 2/3 ont travaillé les 7/10 du temps pendant lequel on a pu les garder en observation comme candidats au travail. 59% de ceux qui gagnaient avant leur maladie plus de 4o dollars par semaine ont pu retrouver un salaire équivalent. 23 % de ceux qui gagnaient moins de 20 dollars ont retrouvé un salaire de plus de 20 dollars. Ceux qui ont pu être placés ont reçu de meilleurs emplois que s'ils avaient été réduits à leurs propres moyens.

On a mis fin à l'expérience parce qu’elle coûtait trop

cher et on a conclu qu'il n’était pas nécessaire de créer des bureaux de placement spéciaux. Enfin, et nous retenons ce fait, l’'OEuvre de placement a été transmise au Bureau Central de placement des diminués physiques qui s’occupera des tuberculeux comme des autres convalescents, malades ou invalides.

D’après l’essai que nous venons de citer, il ne semble pas qu’il y ait lieu de compter beaucoup sur les services de bureaux spéciaux de placement pour tuberculeux, où il est peu probable que les employeurs et les patrons viendront spontanément chercher les ouvriers et employés dont ils auront besoin.

Ces organismes ne pourraient se concevoir que comme des centres où s’inscriraient les convalescents, les anciens sanaloriés et tuberculeux en état de travailler, à la recherche d’un emploi et pour lesquels les bu-

reaux se chargeraient de trouver cet emploi en acceptant de faire surveiller médicalement ceux qu’ils placeraient.

Dans son rapport à Amsterdam, M. BLanco conçoit le bureau de placement, fonctionnant en liaison étroite avec les dispensaires, eux-mêmes renseignés sur l'état des malades par les sanatoriums d’où il sortent.

A la conférence d'Amsterdam également, MM. Cour- Tois et HozBrEecHTs ont émis le vœu suivant : les bureaux doivent fonctionner avec l’aide des visileuses, entre les employeurs et les malades, et on doit intéresser à leur fonctionnement les chefs d'industrie, les hommes poliliques, et particulièrement ceux que préoccupent les questions du travail.

En fait, la tâche essentielle qui incombe à ceux qui veulent bien s'occuper du placement des tuberculeux est de trouver des patrons qui consentent à accepter les ouvriers et les employés de cette catégorie, en leur réservant du travail en rapport avec leur état, et dans de bonnes conditions d'hygiène.

Mais, pour cela, il faut compter sur les organisations antituberculeuses existantes, plutôt que sur des organismes nouveaux fonctionnant comme bureaux de placement spéciaux, et voici ce que M. L. GuixARD proposait à la conférence de Bruxelles, le 13 juillet 1922.

Sans perdre du temps à songer à des créations nouvelles, tel qu'un office central de travail, avec sous-comités locaux et bureaux de placement spéciaux, nous pensons qu'il suffirait de se servir des dispensaires d'hygiène sociale et de préservation antituberculeuse qui, mieux que toute

organisation, pourraient intervenir très efficacement pour aider au placement des convalescents et des chroniques.

Etant déjà organisé pour la surveillance sociale des familles et des malades qu'il a en charge, ou reprend en charge à leur sortie des sanatoriums, le Dispensaire avec ses visiteuses, dont une pourrait être spécialement chargée de ce service, avec les relations qu'il peut se faire dans tous les milieux, n’a pas besoin d'élargir beaucoup son cadre pour satisfaire à ce devoir social.

Assister les malades en les aidant à trouver un travail convenable, les diriger, s'il y a lieu et possibilité, surun établissement de réadaptation au travail, les suivre et les surveiller pendant qu'ils travaillent, nous paraissent des services sociaux qui rentrent dans les attributions des dispensaires, et où ces dispensaires doivent réussir beaucoup mieux que des bureaux de placement.

Prononcées il y a plus de dix ans, ces paroles n’ont rien perdu de leur actualité et de leur opportunité. Il était bon qu’elles fussent rappelées.

On pourrait trouver encore un concours précieux dans des œuvres privées, organisées comme celle dont nous tenons à parler avant de quitter la question du placement des tuberculeux.

Il s’agit d'une associalion fondée à Paris en 1929 par une personne de grand cœur et d’un dévouement admirable, Mile Suzanne Foucné, qui s’est donné la belle tâche de venir en aide à tous ceux, enfants et adultes, qui, en raison de leur constitution ou à la suite de maladies, y compris et surtout la tuberculose sous toutes

MS ra

ses formes, sont dans un état d’infériorité physique exigeant des soins particuliers et une éducation spéciale pour s’adapter au travail,

Cette association, dénommée : « Ligue pour l’adaptation au travail du diminué physique » est présidée par M. Justin Godard. Nous avons pris connaissance de ses statuts et de ses comptes-rendus,et il nous reste l’impression que,malgré le programme extrêmement vaste qu’elle s’est imposé, celle Ligue représente un foyer de solidarité remarquable qui pourra rendre des services précieux, notamment en ce qui concerne la liaison des efforts et surtout le placement judicieux des anciens malades, en prenant contact avec tous les employeurs, les maisons de commerce, sociétés, compagnies, groupes industriels, etc., susceptibles de disposer de places pour ces. travailleurs.

Un centre de placement dépendant d’une œuvre privée, fonctionnant en marge des dispensaires, rendrait certainement des services s’il pouvait être organisé et centralisé par une association bienfaisante, comme la Ligue pour l’adaptation au travail du diminué physique.

Les associations amicales de malades et anciens malades de sanatoriums

Parmi les moyens qui, pour une part, peuvent intervenir dans l’assisiance post-sanaloriale, nous devons rappeler un des éléments de celte assistance qui mérite d’être classé parmi les plus intéressants, et dont, depuis

We

28 «ns, on a pu apprécier la valeur aux sanatoriums de Bligny. + ©

C’est l’entr’aide que les pensionnaires et anciens pensionnaires de sanatorium trouvent dans une association amicale les unissant tous dans un même esprit de camaraderie et de mutuelle solidarité.

L’amicale des pensionnaires et anciens pensionnaires de Bligny, la première du genre, fondée par M. Louis GUINARD, avec un groupe de ses malades, et dont le président, depuis 1904, est toujours M. Yves Le GuIrtToN, mérite d'autant plus une mention spéciale, qu’en plus des services qu’elle a rendus et rend encore, surtout en ces temps difficiles, elle a servi et sert de modèle à d’autres associations, qui, dans le même esprit, ont été créées et vont se créer dans d’autres sanatoriums. |

Le but à atteindre et qui a été atteint par cette associalion, est défini par les termes suivants empruntés à ses statuls : Ce PPEES is :

1° Etablir entre tous ses membres, un centre de relations amicales et d’assistance ; ,

2° Venir en aide aux sociétaires et à leur famille dans le besoin ; | Fr

3° Mettre des « bourses de santé » temporaires à la disposition des pensionnaires nouvellement sortis et dans une situation difficile ;

4° Procurer un emploi dans la mesure du possible, aux pensionnaires sortant des sanatoriums.

Malgré la période de guerre, de 1914 à 1918, qui a laissé un creux et des pertes dans le recrutement et les effectifs, l'Amicale de Bligny compte, actuellement, près

See de 3500 membres; son capital social, d’après le dernier bilan, est sur le point d'atteindre 110.000 francs. En bourses de santé et en secours, elle distribue, chaque année, environ 12.000 francs, exactement 11.722 francs, en 1931, et, par son intervention, sous différentes formes, elle apporte d’utiles secours à ses adhérents.

Si la cotisation demandée aux membres participants n'est que de 5 francs par an, il est remarquable de constaler que presque tous ceux d’entre les anciens et anciennes pensionnaires qui, ayant retrouvé de belles situations, ont la bonne fortume de gagner largement leur vie, ne s’en liennent pas au chiffre modeste fixé par les statuts ;ils pensent à leurs camarades moins heureux et font, annuellement, des dons généreux qui atteignent 5o, 100, et même 200 francs.

A ces ressources provenant des cotisations, s'ajoutent souvent d’autres dons faits par des personnes qui veulent bien s'intéresser aux efforts et à l’'Œuvre bienfaisante de l’Amicale.

Nous avons cité ces faits à titre d'exemple et pour montrer l'utilité d’une association d’anciens malades telle qu’elle a été conçue et réalisée, pour la première fois, à Bligny.

Page 1