ASSISTANCE POST-SANATORIALE PROPREMENT DITE
Nous tiendrons compte pour l’assistance post-sanatoriale de la classification des convalescents de tuberculose en trois grands groupes, que nous avons définis plus haut, et nous distinguerons :
ASSISTANCE AUX MALADES DU GROUPE I Malades reprenant leur place dans la Société sans aucune restriction.
ASSISTANCE AUX MALADES DU GROUPE II Malades à capacité de travail partiellement réduite, d’une façon temporaire ou définitive.
ASSISTANCE AUX MALADES DU GROUPE III
Malades à capacité de travail nulle.
ASSISTANCE AUX MALADES DU GROUPE Ï
Nous ne parlerons pas ici des malades porteurs de pneumothorax thérapeutique qui feront l’objet d’une étude particulière.
Parmi les autres, peu nombreux, seront, à vrai dire, ceux qui auront besoin d’assistance. La plupart reprendront leur place chez leur ancien employeur et c’est là qu’il faut compter avant tout sur la bienveillance de ces derniers et celle des chefs de service, qui peuvent beaucoup pour rendre ces récupérations possibles et régulières.
Nous croyons qu'avec le concours et la sympathie des milieux administratifs, industriels et commerciaux, quil faut intéresser à la cause des tuberculeux, on peut espérer des progrès dans cette forme d’assistance pratique post-sanatoriale, qui a l’avantage de laisser à l’ancien malade, bien stabilisé et remis en bon état de santé, la possibilité de reprendre la profession qu’il connaît, soit avéc le même travail, soit avec un travail ayant le plus de rapport avec ses aptitudes, même en évitant de lui confier un emploi où il risquerait d’être dangereux pour les autres. -
On doit s’efforcer, et par l'expérience acquise à Blignÿ nous savons que c’est possible, on doit s’efforcer d’obtenir, de tous ceux qui ont employé et peuvent réemployer les malades qui ont dû quitter leur place pour entrer au sanaiorium, qu'ils reprennent ces malades quand ils reviennent rétablis, en leur rendant leur emploi ou tout autre emploi reconnu plus convenable pour eux. -
C’est dans cette voie que pourra utilement s’employer l'intervention et l’activité des œuvres d'assistance postsanatoriale, notamment des dispensaires, comme aussi de la Ligue pour l’adaptation au travail du diminué physique, ou de toute autre organisation pouvant s’intéresser au placement des libérés de la tuberculose.
Dans les Administrations publiques, dans les Sociétés industrielles, dans les ateliers, dans les Maisons de commerce, dans les grands Magasins, dans les Banques et Etablissements de Crédit, dans les Compagnies d’assurances, dans les Compagnies de transports, Compagnies de Chemin de fer, etc.., la multiplicité et la variété des postes, des emplois et des fonctions, permet de faire un choix entre ceux de ces postes, emplois et fonctions qui peuvent, plus spécialement, convenir aux anciens malades, aux anciens pensionnaires de sanatoriums, en état de travailler. :
Appliquant cette formule depuis plus de 29 ans à Bligny, M. L. Guarp a souvent réussi et, maintenant, réussit mieux encore à obtenir des placements extrêmement heureux pour les anciens pensionnaires de ces Sanatoriums.
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Certaines grandes Administrations, Compagnies de Chemin de fer; Banques, Maisons de commerce et grands Magasins, avec lesquels les sanatoriums de Bligny sont constamment en rapport, ont très bien compris tout le bien qu’ils peuvent faire en acceptant les directives qui leur sont données dans ce sens et en Îles appliquant.
Nous pourrions citer un grand Magasin dont la Direction, pleine de bienveillance et de sollicitude pour son personne}, non seulement a organisé méthodiquement le dépistage et les soins de ses employés tuberculeux, mais à leur sortie des sanatoriums et sous les responsabilités que le Médecin-Directeur n’hésite pas à prendre, les réadmet dans ses services, en leur réservant les emplois où ils ont le plus de chance de conserver le bénéfice de leur cure.
Après la reprise du travail, ces anciens sanatoriés sont régulièrement suivis et médicalement surveillés, de telle sorte que, à la moindre alerte, s’il s’en produit, ce qui est extrêmement rare, le nécessaire est fait pour que du repos et de nouveaux soins soient donnés.
La phobie de la tuberculose, entrave à la reprise'‘du travail
L’embauchage ou la reprise des tuberculeux en état de travailler par les maisons où ils auraient un emploi, rencontre trop souvent des obstacles, parmi lesquels un des plus difficiles à vaincre est la crainte de la conta-
gion qu’éprouvent, à un égal degré, patrons, employés; et camarades de travail de l’ancien sanalorié.
Il importe donc de prévenir les difficultés que provoque celte crainte de la contagion, obstacle sérieux sur lequel MM. Vos, J. Maner, L. Gunarp, Courcoux, etc., n’ont pas manqué d’insister en reconnaissant que celte phobie a été créée surtout par notre propagande active contre la tuberculose.
Voilà pourquoi, de même que, par une propagande apparemment justifiée, mais trop souvent mal com prise, on a réussi à faire naître, dans le public, la frayeur de la tuberculose qui s’est retournée, non seulement contre les malades, mais aussi contre les meilleurs mcyens à employer dans la défense sociale et médicale contre la maladie, de même on doit maintenant s’efforcer de mettre les choses au point, en faisant savoir comment, dans quelles circonstances, on doit réellement craindre la contagion et comment il est facile de l’éviter.
Nous insistons d'autant plus sur l'influence néfasté de la tuberculophobie que, comme l’a fait remarquer M. Courcoux, l'obstacle à la reprise d’un tuberculeux ne vient pas toujours des employeurs qui, au contraire, dans la grande majorité des cas, ayant donné aux malades les moyens de se soigner, n’attendent pour les reprendre, que l’autorisation du Médecin-Directeur de ja maison de cure. L’obstaclé vient, en effet, souvent du médecin des employeurs qui oppose son velo à la reprise du travail, sous prétexte que l’émployé est un tuberculeux.
AURIACOMBE 4
C’est, ajoute M. Courcoux, une formule absolue, assez simpliste et quikévidemment, met à l’alfi de quelques soucis en se basant sur ce principe que la visite de contrôle du retour au travail doit être aussi rigoureuse que le contrôle d'entrée pour tout nouvel employé. Ceci est inadmissible, car les conditions sont très différentes dans chaque cas. Qu'on élimine à la visite d'entrée des nouveaux, tout tuberculeux ou suspect de tuberculose active, c’est, pour les médecins chargés du contrôle,un devoir absolu, mais qu'on refuse toute possibilité de reprise du travail à un sujet guéri cliniquement, dont les lésions sont inactives, et qui, depuis un temps suffisant, ne crache plus de bacilles, c'est une erreur et une injustice,
et à cet égard, nous pensons absolument comme M. Courcoux.
A la Conférence de La Haye-Amsterdam, M. Epouarp Bresky a rappelé qu’en Tchéco-Slovaquie l’employeur ne peut pas renvoyer du service et doit reprendre en sa place un assuré soumis au traitement sanatorial.
Il faut protester contre les obstacles créés par la crainte irraisonnée de la tuberculose, car dans cette partie de l’assistance post-sanaloriale par la reprise du travail, il est d’une importance extrême d’obtenir le concours, la bienveillance et l’appui de tous les employeurs, en faveur des tuberculeux qui, après une cure bien faite, sont en état de reprendre complètement leur place dans la vie active,
Nous avons vu, plus haut, qu’ils sont nombreux.
Pour les malades qui ne pourront reprendre leur ancien métier, une question se pose, qui a déjà soulevé maintes discussions : doit on orienter les malades forcés
d'abandonner leur ancien métier vers les travaux des champs ou les travaux industriels, s'exerçant dans l'atelier ?
On a longtemps donné la préférence aux premiers qui assurent la possibilité de l'existence au grand air, et, dans les rapports présentés récemment à Amsterdam, nous avons remarqué que MM. HmTMann, CourrTois, et Horsrecars introduisent l’agriculture, l’horticulture et le jardinage dans le programme des travaux auxquels peuvent être préparés les tuberculeux. À la même Conférence, M. le P° MoreLzzt à déclaré que le travail, dans les colonies annexées au sanalorium, doit être partiellement agricole, et partiellement industriel. Pour les convalescents sortis du sanatorium, il préfère d’abord la culture des fruits et spécialement des arbres à hautes futaies, puis, quand il constate une amélioration, il fait passer ces convalescents aux travaux de l’horticulture,
Par contre, des protestations se sont élevées contre ceux qui considèrent la vie aux champs comme l'idéal à atteindre pour les tuberculeux.
Dans son rapport, à la Conférence de Bruxelles, en juillet 1922, M. Kipxer est arrivé aux conclusions sui-
vanies :
C'est une erreur de conseiller aux convalescents les travaux de plein air parce que :
1° Dans peu d'occupations de ce genre, les salaires payés peuvent suffire à un tuberculeux ;
2% Le caractère temporaire et intermittent, variable suivant les saisons, de nombre d'occupations de plein air, fait qu’elles ne peuvent convenir aux tuberculeux ;
Ave
30 L'expérience a démontré qu'il était préférable que les tuberculeux retéurhassent autant que possible au métier qu'ils exerçaient avant leur maladie.
Par ailleurs, on a écrit que l’idée faussement popularisée du grand air a fait le plus grand mal et que, pour résoudre la question du travail des tuberculeux, il ne faut pas se fonder sur la prétendue supériorité des champs sur l'atelier. On a dit encore que le travail de la terre exige un long apprentissage, qu’il est pénible, épuisant, et que celui qui n’en a pas la grande expérience ne sera jamais qu’un manœuvre agricole à demi-salaire. On est même allé jusqu’à vouloir démontrer que l'existence à la campagne est dangereuse.
A la Conférence d'Amsterdam, comme M. VARRIER- Jones, MM. WiLLrAMS, STEWART él PATTISON ont manifesté leur préférence en faveur des travaux industriels s’exerçant en atelier.
Pour M. Vos, rapporteur principal, la question de savoir si l’on peut comprendre l’agriculture et l’horticulture parmi les occupations qui conviennent aux tuberculeux, dépend de facteurs qui ne sont pas identiques dans tous les pays, ce qui nous paraît très exact.
S'il est manifeste que l’on ne doit pas, sous le prétexte de le faire vivre au grand air et à la campagne, conseiller à un convalescent de tuberculose les travaux de grosse culture, qui demandent un effort physique souvent considérable et d’une grande continuité, nous croyons par contre que, dans l’horticulture maraîchère ou florale, dans le jardinage, dans l'élevage des animaux
de basse-cour, tous travaux moins pénibles, on peut trouver des occupations convenables pour les malades sortant du sanatorium, particulièrement pour ceux d’entre eux qui n'ont pas fait d'apprentissage et ne sont pas encore adaptés à une profession exercée antérieurement.
M. L. GuinarD a pu le constater, depuis plus de. 12 ans, en suivant comme médecin les pensionnaires de la Colonie franco-brilannique de Sillery, colonie où l’on ne reçoit pas, il est vrai, de tuberculeux avérés, mais où les pensionnaires, pour la plupart de santé délicate, et de constitution fragile, reprennent santé et vigueur, s’orientent vers la petite culture ou le jardinage et trouvent, à leur sortie, une place qui leur permet de gagner leur vie. Chez aucun de ces anciens pensionnaires dé Sillery, il ne s’est déclaré, à notre connaissance, de tuberculose évolulive. l
Les avantages que nous reconnaissons aux travaux de la campagne, petite culture, horticulture, jardinage, etc., s'expliquent, à notre point de vue, par la plus grande facilité matérielle et financière, avec laquelle on peut les organiser dans les établissements de cure ou leurs annexes de travail, par les bonnes conditions dans lesquelles ces professions de grand air peuvent s'exercer sous les différents climats, particulièrement en France, enfin par la nécessité d’enrayer l’exode rural vers les villes, en ramenant aux champs et à la terre ceux qui, de plus en plus, les abandonnent au détriment de leur santé et des intérêts généraux agricoles du pays. Si, pour certains malades, en raison de leur adapta-