‹ Réadaptation des tuberculeux au travail et assistance post-sanatorialeChapitre 6 sur 27 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Le sort des tuberculeux remis en santé par une cure, l’avenir des malades sur le point de sortir ou sortis des sanatoriums, toutes les questions que l’on a groupées sous le terme « assistance post-sanatoriale »,sont depuis longtemps à l'étude et ont fait l’objet de nombreux travaux, parus sous la forme de notes, rapports, articles de journaux, mémoires, thèses de doctorat, etc., où sont exposés les divers moyens auxquels on peut avoir recours pour assurer cette assistance spéciale ainsi que la réadaptation des tuberculeux à la vie active.

Ces questions sont toujours d'actualité et aujourd’hui plus que jamais du fait même de l’augmentation du nombre et de l’importance des établissements de cure, d’où sortent chaque année un nombre plus considérable de sujets plus ou moins aptes à reprendre leur place dans la société, et du fait également de lPappoint apporté dans l’arrêt de la tuberculose active par le développement et le perfectionnement des méthodes collapsothérapiques.

Ces questions sont d’un haut intérêt social et posent un problème extrêmement difficile à résoudre, qui,

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malgré tout ce que l’on a écrit et tenté jusqu'ici est loin d’être pratiqueñent résolu. |

Aussi avons-nous pensé qu’il y avait encore place

pour un travail exposant l’état actuel, recherchant aussi et indiquant, d’après les propositions qui ont été faites et lesessais déjà tentés, quelles sont les voies dans lesquelles il y aurait lieu de s'engager pour, dans les meilleures conditions économiques, aboutir à des réalisations possibles.

Afin d'éviter les répétitions et ne pas faire double emploi avec les travaux d'ensemble déjà publiés, que nous rappelons d’ailleurs dans notre index bibliographique, nous n'’entrerons pas, sauf pour ce qui peut éclairer notre sujet, dans les détails des différentes méthodes préconisées, ni des conditions de leur applicalion. Nous nous limiterons à l'exposé critique et comparatif des moyens qui sont ou ont été employés, en vue de préparer et d’assurer l’avenir des tuberculeux.

Aux enseignements et documents recueillis aux sanatoriums de Bligny, nous ajouterons ce que nous avons trouvé d'utile à retenir dans les publications antérieures relatives à la préparation des tuberculeux au travail et à l’assistance post-sanatoriale.

Nous ferons, notamment, une large place à ce qui a été dit dans les rapports présentés et les discussions qui ont suivi sur ce sujet, soit à la Conférence de l’Union Internationale contre la Tuberculose de Bruxelles, en juillet 1922, soit, et plus particulièment, à la Conférence de La Haye-Amsterdam en septembre 1932.

Nous nous sommes plus spécialement inspiré du

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Rapport de M. L. GuinARD,co-rapporteur pour la France, à cette dernière Conférence.

Le but que nous nous efforcerons d'atteindre est d'extraire de cet ensemble d’essais, de mémoires et de travaux, les suggestions pratiques et les moyens paraissant le mieux devoir conduire aux applications les plus facilement et les plus économiquement réalisables.

CE QU'IL FAUT DISTINGUER DANS CE QUE L’ON APPELLE ASSISTANCE POST-SANATORIALE

Un des reproches, et non des moindres, retenus contre les cures de la tuberculose, particulièrement celles que font, dans les sanatoriums populaires, les malades des classes laborieuses et à maigres ressources, est que ces malades, après leur traitement, obligés de reprendre leur place dans la vie active, obligés de se remettreau travail dans les centres urbains, dans les ateliers où ils sont tombés malades, dans des milieux manquant d'hygiène, elc., perdent plus ou moins vite le bénéfice des soins qu’ils ont reçus, rechutent, s’aggravent, luttant, autant qu'ils le peuvent, dans des conditions souvent déplorables, contre une maladie qui, pour beaucoup, entraine la misère et, d’étape en étape, parfois interrompus par des reprises de cure, deviennent finalement incurables, et succombent.

M. le P' Léon Berxarop a fort bien décrit tout cela en faisant ressortir la tristesse de la situation, dans l’article qu’il a fait paraitre dans la Presse médicale du 21 octobre 1922, à propos de la colonie de Papworth, où il a vu une solution du problème social de la tubercu-

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lose. Ainsi s’est posé et se pose le difficile problème de l'avenir des tuberculeux et de l'assistance post-sanatoriale.

Mais le terme d’ « assistance post-sanatoriale » communément employé pour la présentation de l'important sujet dont il s’agit, comporte une signification qu’il faut tout d’abord préciser, car il n’est pas facile de distingüer nettement cette assistance, de la cure proprement dite, dont elle peut être une prolongation, par les soins à assurer après la sortie du sanatorium.

En effet, l’assistance par prolongation des soins que réclament encore certains malades sortis de la maison de cure, est une chose ; les conditions de la réadaptation de ces malades au travail e{ de la reprise de l’existencesont une autre chose. Nous reconnaissons l’importance des soins et de la surveillance médicale à continuer, même après la stabilisation du mal ou la guérison,en remarquant toutefois que ces soins sont particulièrement nécessaires aux sujets imparfaitement rétablis, à ceux dont la capacité de travail reste réduite ou aux malades incapables de travailler. Mais cette assistance « médicale » doit être complétée par une assistance « sociale », et c’est cette dernière qu’un groupe de membres de la VIII: Conférence de l’Union Internationale contre la Tuberculose a remise à l’étude et qui a motivé la création d’un comité international permanent pour la cure post-sanatoriale, dont le siège est en Hollande.

Cette assistance « sociale » post-sanatoriale a deux buts, que nous étudierons successivement :

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1° La réadaption au travail : Préparation des malades à reprendre, dans les meilleures conditions de surveillance, l'habitude du travail et la résistance physique nécessaires à la reprise de la vie active ;

2 L'assistance post-sanatoriale proprement dite : Organisalion de l’aide à apporter aux malades sortis du sanatorium, soit en les aidant à trouver une place, soit en créant, pour les malades à capacité physique réduite, des organismes spéciaux où ils trouveront des occupations en rapport avec leurs aptitudes professionnelles et leur état de santé, soit enfin, en permettant aux malades trop atteints pour pouvoir fournir un travail, même léger, de continuer à se reposer sous une surveillance médicale, en laissant leur place au sanatorium à des malades susceptibles de guérison.

Cette distinction répond bien aux buts différents qu’il s’agit de poursuivre et qui pratiquement, ne comporportent pas les mêmes moyens.

En vue de mieux faire ressortir, à notre tour, tout l'intérêt qui s'attache à ces deux importantes questions, nous rappellerons brièvement l’histoire de quelques organisations, et cerlains faits démontrant combien, depuis longtemps, on s’en préoccupe.

. QUELQUES NOTES RELATIVES A L’'HISTOIRE DE LA RÉADAPTATION DES TUBERCULEUX AU TRAVAIL ET DE L'ASSISTANCE POST-SANATORIALE

Le 1° juillet 1911, sur la demande de Léon BourGxgois, M. L. Guinarp a présenté, à la commission permanente de préservation contre la tuberculose, un rapport ayant pour titre : « Après le Sanatorium », rapport où étaient exposés quelques-uns des moyens qui, à cette époque, permettaient de venir en aide aux tuberculeux sortant du Sanatorium et en état de reprendre leur travail. Comme conclusion, l’auteur soumettait à la Commission les vœux suivant(s :

«1° Favoriser la création et le fonctionnement des Asso- . cialions amicales et Sociétés de secours mutuels d’anciens pensionnaires de sanatoriums populaires, en attirant sur elles l’attention des pouvoirs publics et des grandes administrations, en vue de faciliter l'existence matérielle des libérés de la tuberculose, de favoriser leur placement et de leur assurer l’hygiène et le confort indispensable, à la conservation de leur santé ;

2° Chercher les moyens de faire connaître ces asso-

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ciations aux personnalités, aux groupements industriels, commerciaux, agricoles, etc..…., susceptibles d’offrir des emplois à la campagne pour permettre le retour à la vie de plein air aux malades guéris désirant s'éloigner des villes ;

3° Intéresser les pouvoirs publics, administrations industrielles, financières, ou commerciales, les Directeurs des Grandes Compagnies, etc..., au sort des anciens malades, pour qu’il leur soit plus particulièrement réservé des places pouvant leur permettre de vivre hygiéniquement et de travailler suivant leurs aptitudes physiques et professionnelles, en conservant le bénéfice de la cure )»,

Plus tard la question de l’assistance post-sanatoriale a été mise à l’ordre du jour par l’Union Internationale contre la Tuberculose, d’abord, en 1922, à la Conférence de Bruxelles, puis, tout récemment, le 9 septembre 1932, à la Conférence de La Haye-Amsterdam.

Si nous pouvons comprendre, dans notre exposé, les organisations créées en vue de recevoir soit des menacés d'évolution tuberculeuse, soit des malades à préparer au travail, nous notons que les premières étapes dans cette voie, ont été marquées en France, avant 1914, par la fondation de la Colonie Agricole que Vau- DREMER à Ouverte, au Cannet, en 1899, un an après la Colonie Agricole fondée en 1898 par Sir RoBErT Prix, d'Edimbourg. Ce fut, ensuite, sur l'initiative du D Bouloumié, en 1913, la fondation de la Colonie sanitaire de Tonnayÿ-Charente, Colonie réservée par l’Union des Femines de France, aux jeunes gens exemptés tempo-

rairement ou réformés du service militaire. Les Colonies du Cannet et de Tonnay-Charente n’ont eu qu’une assez courte existence.

Au cours de cette première période, dans quelques Sanatoriums français, notamment à Bligny, depuis 1904, et à Hauteville, depuis 1909, on s’est préoccupé de soumettre les malades à des travaux divers, non pas seulement pour les distraire, mais en vue de les préparer à la reprise de la vie active, par un entrainement progressif de réadaptation.

Pour cela, on leur confiait, soit des travaux méthodiquement réglés et dosés, soit, comme nous le faisons encore à Bligny, certains travaux dans les services intérieurs de la maison, dans les jardins, dans le parc, à la basse-cour, dans lés ateliers de réparations, etc.

Une deuxième période s’est ouverte en 1916, dominée par le souci d’assurer l’avenir des militaires tuberculeux en les orientant, autant que possible, vers des professions pouvant s’exercer à la campagne.

Dans ce but, à l’hôpital militaire de Melleray, M. Cax- TONNET Organisait une section de travail, et, le 15 octobre 1916, le service de santé ouvrait à Campagne-les- Bains (Aude), un service hospitalier spécial qui, sous la direction de M. Roux, devenait une remarquable école de réadaptation à la vie rurale pour tuberculeux. Sur ce modèle fut créée l’école de Baulou-les-Roses (Corrèze), tandis que de son côté, l'Office des Mutilés de la Guerre fondait les fermes de rééducation agricole de Passy-Veron (Yonne), et de la Placelière (Loire-Inférieure).

Ces organismes spéciaux pour réformés militaires tu-

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