GUN1HA
Je le sais bien.
REBECCA
Parce que mon mari était au palais.,, et on m'a reçue comme une princesse... comme une reine !
GIANINA.
C'est juste... El après ?
REBECCA
Et puis , on m'a menée Jà... ( Montrant la porte à droite.) dans ma chambre à coucher... Tu la verras... on y est comme dans une châsse... de la soie bleue et de la dorure du haut en bas.
GIANINA.
C'est gentil!... Et après ?
REBECCA
Un balcon en marbre donnant sur un jardin délicieux... et ce jardin donne sur un autre, celui de l'hôtel del Dongo... Nous sommes voisins !
GIANINA.
C'est drôle! Après ?...
REBECCA
Mais j'ai mieux aimé rester ici... parce que c'est ce boudoir... tu sais... ce boudoir dont je t'ai parlé...
GIANINA,
Je sais ! je sais !... Et après ?
REBECCA
On nous y a servi à souper avec mou père, qui est resté à causer avec moi, et qui s'est retiré au moment où l'on a annoncé M. le marquis. GIANINA, avec satisfaction.
Ah!... Eh bien?...
REBECCA
Il était superbe ! en grand habit de cour... qui lui allait si bien ! Et il m'a dit, avec une voix pleine de douceur : Pardon, mon enfant, des affaires d'état me retiendront dehors une partie de la nuit....
GIANINA, étonnée.
Tiens !...
REBECCA
Et il est parti en me disant : Rentrez dans votre
appartement et dormez ! Ah bien oui !... j'ai
bien mieux aimé l'attendre... là, dans ce fauteuil.
GIANINA, d'uu air de mécontentement.
Tiens!...
REBECCA
Et il était bien tard quand il est rentré !
GIANINA, avec joie.
Ah ! Eh bien?...
REBECCA
Il avait un travail très important et très pressé, et il s'est mis à son bureau.
GIANINA, d'un air de reproche.
Tiens!...
REBECCA
El moi, j'ai pris mon rouet.,, que voilà !
GIANINA, stupéfaite.
Bah!...
REBECCA
Mais, au Heu de travailler... il s'est mis à me regarder...
GIANINA, avec contentement.
Ah !... Eh bien?...
REBECCA
Et à me dire des choses les plus gracieuses du monde... d'un air si tendre et si troublé... GIANINA, vivement.
Eh bien?...
REBECCA
Et comme il causait... là, tout près... je crois qu'il m'a embrassée...
GIANINA, respirant avec saiisfaction.
Ah! enfin!... Eh bien?...
REBECCA
Eh bien ! eh bien !... il m'a quittée et il est parti !
GIANINA , étonnée.
Encore ?...
REBECCA
Qu'est-ce que tu as donc?
GIANINA.
Rien ! (A part.) 11 paraît que c'est comme ça chez les ministres.
REBECCA
Et toi, Gianina?
GIANINA.
Ah ! dame... moi je n'ai pas eu de réceptions de reine ni de princesse... ni des appartemens tendus en soie et eu or, et Pepito n'est pas un grand seigneur... mais... mais il est très aimable... très aimable !
REBECCA
Je crois bien ! il n'a que cela qui l'occupe !... Il n'a pas, comme mon mari, des travaux importans, des rapports... (Montrant le papier qui est resté sur la table à droite.) comme celui-ci... à écrire toute la nuit.
GIANINA, qui est près de la table , prenant vivement le papier et le parcourant des yeux.
Un rapport ! (Jetant un coup d'oeil.) Ah! mon Dieu!...
REBECCA, de loin.
Ne lis pas ! ne lis pas !... C'est un secret d'état ! C'est donc bien terrible ! car te voilà toute tremblante !... J'ai eu bien raison de ne pas regarder !
GIANINA.
Oui, sans doute. (A part.) Elle en serait morte !
REBECCA
Mais , puisque le mal est fait , dis-moi ce qu'il y a?
(Pendant que Rebecca remonte le théâtre pour voiv si personne n'écoute.)
REBKCCÀ.
GIANINA , traversant te théâtre et passant à gauche
en déchirant le papier, dont elle met les morceaux
dans sa poche.
Ce qu'il y a ?... (A part.) Vouloir, dès ce matin, rompre son mariage parce qu'elle aime Ascanio! REBECCA, revenant près d'elle.
Eii bien ! tu dis donc ?
GIANINA.
Je dis... qu'il se trompe ! que ce n'est pas possible !... et que, s'il y a quelqu'un au monde dont je répondrais autant que de moi... et plus encore peut-être, c'est...
(En ce moment, la porte à droite s'entr'ouvre, et l'on voit Ascanio qui passe la tête. Il n'est pas vu de Rebecca , qui lui tourne le dos ; mais Gianina , qui est en face de lui , l'aperçoit et pousse un cri perçant.)
GIANINA.
Ah!
(Au cri de Gianina, Ascanio rentre dans la chambre à
droite.)
REBECCA
Qu'as-tu donc?...
GIANINA, portant la main à ses yeux.
C'est à confondre !... c'est à ne pas croire ï
OCOOOOOOOOOOOOOOOÛOOOOOCOOOOOOOOOOOOOOQOOOOOJOOOOO