LE PRISONNIER
Et notre partie?
ASCANIO
Je vous la donne gagnée J
(Serrant la main de Fédéric.)
l$4iT
UFJBECCA,
FEDERIC
Ascaniodel Dongo !... le filsdu grand-veneut !... le cousin du premier minisire... vous aussi en prison !
Tout !e monde y est... c'est bon genre... Quel bonheur de se rencontrer!
FÉDÉRIC
J'aimerais mieux pour vous que ce fût ailleurs... Y a-t-il long-temps que vous êtes des nôtres ?... ASCANIO.
Depuis huit jours!... J'étais d'abord dans un autre donjon... j'ai obtenu par protection d'être transféré dans la tourelle des prisonniers d'état... Pour moi, qui ne suis qu'un étudiant... c'est bien de l'honneur !
fÉderic, souriant.
Dites-nous ce qui se passe dans notre duché dî Parme et de Plaisance... car ici nous ne recevons pas de journaux.
ASCANIO
Voici les nouvelles les plus fraîches... celles de la semaine dernière... Notre nouveau duc, le prince régnant voit loujours des libéraux et des carbonari... partout... jusque dans sa chambreà coucher... et l'on dit que tous les soirs le ministre de la police fait en personne une visite officielle sous le lit de Son Altesse.
FÉDÉRIC
AIR de Favart.
Ces princes-la sont fort habiles, De père en fils, lousgens d'esprit!
Mais ils veulent dormir tranquilles.
Voila comment, au moindre bruit, De leur main, qu'à peine ils soulèvent, Ils signent l'exil... souvent mieux !
Puis... ils se rendorment!... et rêvent ' Que leurs sujets vivent heureux !
C'est ainsi que, sous le règne précédent, voire père, le seul homme d'état que nous ayons jamais eu...
FÉDÉRIC
A été condamné comme libéral 1
ASCANIO
Ainsi que vous... Et sans votre jeunesse qui vous a valu un sursis...
FÉDÉRIC
Oui... ce n'est que différé!
ASCANIO
Allons donc !
FÉDÉRIC
Peu m'importe, je vous le jure... car je tiens peu à vie.
ASCANIO
Bah! à vingt-cinq ans!... Vous ne serez pas touours en prison... et la vie est belle !
FEDERIC
Pour vous, Ascanio, pas pour moi, qui n'ai déjà plus d'illusions et necrois plus à rien!... Songez donc à ce que j'ai déjà vu... 5 la position où je me suis trouvé !...
ASCANIO
Oui. . joli cavalier, jeune, riche et fils d'un ministre !... tout le monde vous faisait la cour... même les dames... vous ne voyiez autour de vous que des amis.
FÉDÉRIC
Oui, mais mon père est tombé... tout le monde nous a oubliés... ou trahis!... Moi, c'est tout simple, je ne méritais ni un souvenir ni un regret... mais mon père, le marquis dePalavicini, qui n'avait fait que du bien au pays, qui avait défendu jusqu'au dernier moment sts droits et ses libertés... s'est vu, au jour du danger, abandonné detous... et il a marché au supplice sans qu'un bras s'élevât pour le défendre ou une voix pour le plaindre!... Ah! pardon !... je sais qu'au milieu de la foule silencieuse un cri s'est fait entendre: Viva Palavicini ! c'était vous, Ascanio, et je ne l'oublierai jamais.
ASCANIO
Oui, je m'étais peul-être mis là un peu trop en avant, mais, grâce à ma famille dont les opinions rétrogrades sont connues, on m'a traité comme un étourdi... un écolier sans conséquence !
FÉDÉRIC
Ce ne sont donc point les suites de cette affaire qui vous amènent à la citadelle de Parme? ASCANIO.
Non, vraiment.
FÉDÉRIC
Ah ! tant mieux !
ASCANIO
C'est un débat intérieur. . une affaire de famille... Pour laisser à mon frère aîné les titres et la fortune de la maison del Dongo, on avait décidé que je renoncerais au monde... moi, j'avais décidé le contraire... et je vais vous dire pourquoi... (A demi-voix.) C'est que je suis amoureux!
Un premier amour ?
ASCANIO
Non, le second... au moins, car, en sortant de l'université, j'avais adoré... la comtesse de Lipari... une coquette qui s'est moquée de moi... vous en savez quelque chose... ce qui m'a guéri sur-le-champ... Je ne comprends pas les passions malheureuses... je ne peux aimer que quand on m'aime! et celle fois...
FÉDÉRIC, souriant.
Vous êtes bien amoureux 1
ASCANIO, gaîment.
Je m'en vante... C'est-à-dire, non... je ne m'en vanle pas... mais c'est comme je vous le dis.
iW %
uW